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1993 - Discours de M. Federico Mayor

Directeur général de l'UNESCO

Messieurs les Présidents,
Madame le Premier Ministre de la République de Turquie,
Monsieur le Premier Ministre de la République du Sénégal,
Messieurs les Lauréats,
Monsieur le Président et Messieurs les Membres du Jury,
Monsieur le Président de la Conférence générale,
Madame la Présidente du Conseil exécutif,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

C'est pour moi une grande joie d'accueillir aujourd'hui à l'UNESCO tant de personnalités éminentes venues célébrer avec nous la remise du Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix 1993 aux trois lauréats qui symbolisent, aux yeux du monde entier, le retour de la paix au Moyen-Orient Messieurs Yitzhak Rabin, Shimon Pérès et Yasser Arafat.

Je souhaiterais tout d'abord saluer M. Henri Konan Bédié, Président de la République de Côte d'Ivoire, venu marquer son attachement à la pérennité du Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix et aux idéaux poursuivis par l'UNESCO.

Je salue M. Mário Soares, Président de la République portugaise et depuis quelques mois membre du Jury international de ce Prix, auquel il a bien voulu apporter l'appui de sa haute compétence et de sa vaste expérience dans la recherche de la paix.

Je salue Mme Tansu Çiller, Premier Ministre de la République de Turquie, dont la présence marque tout l'intérêt que son pays attache au processus de paix en cours au Moyen-Orient.

Je salue aussi la présence parmi nous de M. Habib Thiam, Premier Ministre de la République du Sénégal, venu apporter les félicitations du gouvernement et du peuple sénégalais aux trois lauréats.

Je suis heureux d'accueillir par ailleurs M. Mohammed Salem Ould Lekhal, Ministre des affaires étrangères de Mauritanie, qui représente le chef de l'État mauritanien ; M. Allal Sinaceur, Ministre des affaires culturelles du Maroc, qui représente S. M. le Roi Hassan II et S. Exc. M. l'Ambassadeur Fedotov, qui représente le président de la Fédération de Russie, M. Boris Eltsine.

Je voudrais enfin remercier le Président de la Conférence générale, M. Ahmed Saleh Sayyad, et la Présidente du Conseil exécutif, Mme Attiya Inayatullah, d'être venus prendre part à cette cérémonie.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Rarement l'UNESCO aura eu plus de raisons de se réjouir. Cette Maison, qui est celle de la concorde et de la fraternité entre les hommes, accueille avec émotion les trois illustres lauréats qui, par leur lucidité, leur courage et leur détermination, ont su faire prévaloir la voie de la paix.

Quand, le 13 septembre 1993, après un demi-siècle de conflits, le monde apprit la nouvelle de la signature des Accords de Washington, de partout monta un immense espoir, celui d'une aube de paix au Moyen-Orient. Depuis, par un chemin certes étroit, tortueux, difficile, cet espoir est en train de se réaliser.

Cet événement historique, nous en mesurons l'importance, ainsi que l'extraordinaire force intérieure des hommes qui l'ont fait advenir.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Je songe en cette occasion à la cérémonie qui s'est déroulée ici il y a deux ans, au cours de laquelle MM. Nelson Mandela et Frederik De Klerk ont reçu ensemble le Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix 1991, en reconnaissance de leurs efforts pour donner naissance à une Afrique du Sud démocratique et unie. Depuis cette date mémorable du 3 février 1992, le dialogue, le courage et la raison ont prévalu et l'Afrique du Sud s'est engagée dans la grande aventure qu'est la réconciliation de ses différences dans la paix et la justice.

Au nom de l'UNESCO, je félicite les trois lauréats de cette année d'avoir jeté les fondements de la paix dans leur pays et souhaite à leur courageuse entreprise les mêmes succès que ceux qui ont couronné les efforts de Nelson Mandela et de Frederik De Klerk en Afrique du Sud.

Je souhaiterais ajouter que si ce Prix est un hommage rendu à l'initiative exemplaire de trois dirigeants remarquables, il peut aussi être perçu comme un encouragement, pour les communautés qu'ils représentent, à relever le défi de la paix. Car, comme l'affirme l'Acte constitutif de l'UNESCO, une paix sûre est une paix qui prend ses racines dans le cœur et dans l'esprit d'hommes et de femmes disposés à accepter les difficiles compromis qu'elle exige, à cultiver la tolérance et à accorder aux autres les droits fondamentaux qu'ils revendiquent pour eux-mêmes. Je ne doute pas que les peuples israélien et palestinien, puisant dans les riches traditions d'une vieille civilisation pour surmonter de longues et profondes divisions, seront à la hauteur de ce défi historique.

Ce faisant, ils apporteront une contribution majeure à la paix mondiale. Le temps sera bientôt venu pour nous de planter des oliviers sur nos frontières. La mémoire du futur prévaudra sur la mémoire du passé. Et, dans notre diversité, nous suivrons les mêmes voies : d'une culture de la guerre, nous passerons à une culture de la paix que vivront nos enfants et les enfants de nos enfants.

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