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1993 - Discours de M. Shimon Pérès |
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| Ministre des affaires étrangères de l'État d’Israël | |
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Monsieur le Directeur général, C'est un véritable honneur de recevoir le Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix, un grand dirigeant et un ami inoubliable. Je voudrais remercier le Jury et l'homme qui n'a pas seulement fait la paix mais l'a jugée, M. Henry Kissinger, ainsi que le Président du Portugal, le Président de Côte d'Ivoire, les Premiers Ministres du Sénégal et de la Turquie. Merci d'être venus encourager la paix. À la fin de sa visite en Israël, le Président Houphouët-Boigny racontait qu'il avait posé la question suivante à un jeune Israélien : « Comment se fait-il que la Mer de Galilée et la Mer Morte, qui sont situées sur la même longitude, et tirent leur eau du même fleuve, comment se fait-il que l'une d'entre elles, celle de Galilée, soit pleine de vie alors que l'autre, la Mer Morte, ne renferme que la mort ? » Le jeune Israélien réfléchit un moment puis répondit : la Mer de Galilée reçoit son eau du Jourdain et la restitue au fleuve ; c'est une mer qui donne et qui prend. La Mer Morte reçoit l'eau et la garde pour elle-même. C'est une mer qui ne fait que prendre. La différence qui existe entre donner et prendre et seulement prendre, peut devenir la différence qui sépare la vie de la mort : la distinction entre la paix qui garantit la vie et la guerre qui apporte la mort. En l'absence de paix, vos voisins reflètent votre attitude – et, réciproquement, ils voient en vous la cause de leurs souffrances : la pauvreté, la stérilité, la peur, voire la destruction. Avec l'avènement de la paix, vos voisins restent les mêmes mais vos relations avec eux changent. Vous créez pour vous-même et offrez à votre voisin une vie normale, une réduction des dépenses de guerre, une économie de croissance. La paix est une tentative en vue d'établir des relations, avant même de tracer des frontières. L'Accord d'Oslo n'a pas dessiné de carte permanente. Il a tracé une nouvelle âme. Il a défini un programme, fourni une occasion d'améliorer nos relations, et d'introduire un climat qui permettra dans l'avenir de marquer des frontières sûres. Pour nous, qui travaillons ensemble sous la conduite du Premier Ministre Rabin, cet accord traduit un choix moral et un processus politique. Moralement, nous sommes revenus aux valeurs historiques de notre peuple. Pendant près de quatre millénaires, le peuple juif n'a jamais dominé, n'a jamais été tenté de dominer un autre peuple. Un penchant à dominer le peuple palestinien est non seulement une violation des droits des Palestiniens, mais est en contradiction avec l'héritage moral du peuple juif. Quiconque choisit la paix ne peut ignorer le dicton d'Isaïe : « Jamais une nation ne lèvera le glaive contre une autre » – voici l'appel lancé depuis la Ville Éternelle de Jérusalem, un appel retentissant dont la portée n'a jamais été surpassée. Politiquement, en tant que voisins, nous devons regarder vers l'avenir. Pour entrer du bon pied dans le XXIe siècle, nous devons nous adapter à un nouvel ordre ; si vous désirez être forts, fondez votre force sur votre niveau scientifique et non pas seulement sur l'étendue d'un territoire ; si vous désirez être prospères, appuyez-vous sur la haute technologie et non pas seulement sur des ressources naturelles ; si vous désirez protéger votre population contre les missiles et les armes non-conventionnelles, cherchez des solutions politiques. Il n'y a pas d'armes antinucléaires. L'air ne connaît pas de frontières. L'eau traverse les frontières. L'information ne s'arrête pas aux rideaux – qu'ils soient de fer ou de soie – et la science et la nature sont indivisibles et nous concernent tous. En conséquence, les problèmes nationaux doivent être traités dans un contexte élargi, au moins au cadre régional, et les menaces militaires doivent être écartées par de larges accords politiques. L'intégrité territoriale et la stabilité politique s'appuient sur les processus démocratiques. La démocratie est le meilleur rempart contre la guerre ; la démocratie garantit une économie de marché. L'Accord d'Oslo est le premier pas d'une ancienne région chargée de souvenirs pour s'adapter à une nouvelle ère pleine de changements. Lorsque je regarde les montagnes, je vois les sommets d'où les grandes religions ont surgi. Lorsque je regarde les vallées, je pleure sur les tombes où des milliers de jeunes ont laissé leur jeunesse, je sens que nous devons, que nous pouvons apporter aux nouvelles générations les nobles messages qui nous viennent de ces lieux élevés, et la paix terrestre qui doit succéder à la guerre et à l'oppression. Permettez-moi de vous dire un mot personnel. Lorsque j'étais à l'école, dans un village de jeunes sur la route de Jérusalem, nous devions voyager dans des autobus blindés. Nous étions exposés aux embuscades. C'est pourquoi j'ai voué la plus grande partie de ma vie à faire d'Israël un pays fort. Pendant tout ce temps, les Palestiniens représentaient à nos yeux le danger, l'hostilité. Les Palestiniens ressentaient probablement la même chose en ce qui nous concernait. Il est difficile d'oublier ces émotions, et plus difficile encore d'en divorcer. Mais je sens que le temps d'un divorce historique est arrivé. Un divorce d'avec la guerre, la haine, la suspicion et la terreur -un divorce d'avec ceux qui apportent la douleur, le gâchis et le deuil. Je sens qu'à présent est arrivé le temps de la paix, le temps du rendez-vous entre la renaissance juive et la renaissance arabe, entre les réalités d'un État juif et les besoins du peuple palestinien. Le lieu du rendez-vous est petit et dense. Nous devons accroître son potentiel. Au lieu de nous quereller pour partager la pénurie, travaillons ensemble pour créer de nouvelles opportunités, pour ouvrir une nouvelle page dans une ère différente, une ère scientifique, dans une région en paix, en réponse à la prière du monde entier qui aspire à voir un Moyen-Orient alliant la gloire du passé aux promesses de l'avenir, et prouvant qu'il n'y a pas de causes perdues mais seulement la foi perdue. Un nouveau rendez-vous, une foi retrouvée dans un nouveau Moyen-Orient. Notre but n'est pas seulement d'établir la paix au Moyen-Orient, mais de construire un Moyen-Orient pacifique. |
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