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1994 - Discours de M. Abdou Diouf |
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| Président de la République du Sénégal | |
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Majestés, Il m'est offert aujourd'hui l'insigne honneur, le grand bonheur, de dire quelques mots d'allocution à cette importante cérémonie et en ce lieu symbolique de Yamoussoukro. Cet honneur, ce bonheur, je les dois à l'amitié particulière qu'éprouvait le Président Félix Houphouët-Boigny pour mon pays, le Sénégal, ainsi qu'à l'affection profonde qui me liait à lui, et dont je ne me souviens qu'avec la plus grande émotion. A l’œuvre où il s'est engagé, avec l'UNESCO, pour une culture de la paix et dont la distinction prestigieuse que nous décernons est un aspect capital, le Président Félix Houphouët-Boigny, en effet, avait souhaité m'associer étroitement en me désignant, avec la générosité légendaire qui était la sienne, comme parrain du Prix pour la recherche de la paix portant son nom. C'est donc en cette qualité que je voudrais, tout d'abord, adresser mes plus chaleureuses félicitations à Sa Majesté Juan Carlos Ier, Roi d'Espagne, ainsi qu'au Président Jimmy Carter représenté parmi nous par son fils James Earl Carter et sa belle-fille, Mme Ginger Carter. A mon tour, j'aimerais porter témoignage que l'action qui fut menée par l'un et l'autre lauréat en faveur de la démocratie et du pluralisme, de la tolérance, des droits de l'homme et de la paix, action universellement reconnue, justifie pleinement le choix des personnalités prestigieuses qui composent le Jury du Prix pour la recherche de la paix. Ainsi, Majesté, Votre nom est-il indissociablement lié, désormais, à l'idée d'une Espagne démocratique, résolument européenne, attentive aussi, par sa position et par sa vocation, aux sociétés et cultures du Sud ; d'un mot, une Espagne prête à prendre toute sa part à l'avènement d'un monde de paix, qui pourra voir l'humanité réconciliée avec elle-même autour des valeurs de démocratie, de pluralisme et de solidarité. L’engagement du Président Jimmy Carter pour ces valeurs est également connu du monde entier. Lorsqu'il était, comme l'on dit, « aux affaires », son action en faveur de la paix mondiale marquée, entre autres, par les Accords de Camp David, a manifesté avec éclat qu'il existait aussi une efficacité politique, au sein des nations comme dans les relations internationales, de l'exigence éthique de sincérité, de bonne volonté et de foi en l'humain. Et le jury n'a pas manqué de souligner que, redevenu simple citoyen, Jimmy Carter ne s'est pas cru pour autant libéré de l'impérieux devoir qu'il s'était à lui-même assigné, de contribuer à la paix et à la culture du respect des droits de l'homme, partout dans le monde, chaque fois qu'il s'agit de mettre fin à la violence ou d'accompagner le processus démocratique. Mesdames, Messieurs, Le projet de stratégie à moyen terme (1996-2001), soumis à la Conférence générale de l'UNESCO, a proposé que la culture de la paix soit entendue comme « l'ensemble des valeurs, des attitudes, et des comportements, des modes de vie et d'agir qui traduisent, en s'en inspirant, le respect de la vie, de la personne humaine, de sa dignité et de ses droits, le rejet de la violence et l'attachement aux principes de liberté, de justice, de solidarité, de tolérance et de compréhension, tant entre peuples qu'entre groupes et individus ». Promouvoir les valeurs que voilà afin d'élever durablement, selon le Préambule de l'Acte constitutif de l'Organisation, les défenses de la paix dans l'esprit des hommes, telle est la philosophie dans laquelle se comprend l'institution du Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix. Il s'agit, pour l'UNESCO, de manifester la reconnaissance des peuples à des personnalités qui ont su forcer les circonstances pour faire advenir l'espérance d'un monde débarrassé des haines et des violences raciales, nationales, religieuses, ethniques, l'espoir de voir « civiliser la terre », c'est-à-dire, comme l'a écrit le sociologue Edgar Morin: « confédérer l'humanité, tout en respectant les cultures et les patries, mais aussi démocratiser et solidariser ». En magnifiant ainsi avec éclat ces personnalités et les actions qui leur ont valu d'être distinguées, l'UNESCO met en lumière cette notion qui fut au cœur de la vie du Président Houphouët-Boigny, ainsi que je viens de le rappeler dans l'hommage que j'ai prononcé tout à l'heure: le dialogue. Savoir rompre avec la logique, qui se nourrit indéfiniment d'elle-même, des conflits et des affrontements, et être toujours disponible, de cœur et d'esprit, pour s'engager dans la voie du dialogue, quoi qu'il en coûtât: tel était son credo. Le credo d'un sage, apôtre de la fraternité humaine, d'une part; de l'autre, la mission d'une institution universelle, attachée à favoriser une culture de la paix: voilà la rencontre qui, avec un jury de personnalités venues de différents horizons et unanimement respectées, fit le Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix. Aujourd'hui, il y a également, pour dire ce qu'est le prix et quel impact est le sien, la liste prestigieuse des lauréats de l'UNESCO : le Président Nelson Mandela et le Vice-Président Frederik De Klerk, le Premier Ministre d'Israël Itzhak Rabin, son successeur actuel dans ses fonctions, Shimon Pérès, le Président Yasser Arafat, maintenant le Président Jimmy Carter et le Roi Juan Carlos 1er d'Espagne, sans oublier l'Académie de droit international de La Haye qui fut distinguée en 1992. Les personnalités qui ont ainsi été reconnues comme des « faiseurs de paix » se sont montrées hommes de conviction et de dialogue, déterminés dans leur foi en la réconciliation, toujours possible, de ceux qui purent se croire ennemis irréductibles. Ce sont donc ces personnalités qui, aujourd'hui, avec l'Académie de droit international de La Haye, portent témoignage pour le Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix. « Nous sommes pressés pour ces enfants qui naîtront dans un monde nouveau où «hostilité » et « guerre » ne seront plus que des mots oubliés, enterrés dans les dictionnaires », déclarait Itzhak Rabin en recevant ce prix ; il reprenait ainsi une sentence du Sage de Yamoussoukro qui disait: « Allons doucement, parce que nous sommes pressés ». Voilà que ces mots qu'Itzhak Rabin avait prononcés, ainsi que sa mort tragique sous les balles du fanatisme ennemi de la paix, qui ont mis fin à sa vie sans réussir à tuer l'idéal auquel il s'était finalement identifié, portent témoignage aujourd'hui pour le Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix. Majestés,
Je suis sûr que vous partagez mon sentiment qu'ici, à Yamoussoukro où repose un digne fils de notre continent, qui sut incarner les valeurs les plus nobles de l'Afrique pour les proposer au monde, l'espérance d'un jour où les enfants n'apprendront plus la guerre que dans les dictionnaires a l'intensité d'une promesse. Je vous remercie. |
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