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1994 - Hommages à la mémoire du Président Félix Houphouët-Boigny |
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M. Federico Mayor Félix Houphouët-Boigny nous a laissé un message en forme d'exigence : la paix. Il avait fait de la recherche de la paix la source d'inspiration de ses pensées et le but de son action, rejoignant ainsi la vision des pères fondateurs de l'UNESCO, convaincus que « C'est dans l'esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix ». En écho, il avait confessé n'avoir été toute sa vie « guidé que par un idéal, celui de la fraternité universelle », et il avait mis au service de cet idéal, d'une part l'autorité que lui avait value son combat sur le plan national et africain, d'autre part son aura de sage sur la scène internationale. Dans la continuité de la tradition africaine de conciliation et d'échange, il sut restaurer la négociation dans sa dignité et sa fonction prioritaire de méthode de résolution des conflits, préférée en toute occasion à l'affrontement et à la violence. C'était son option résolue, lui qui avait compris que le vrai courage se traduit par l'écoute, la compréhension et la tolérance. « Il n'y a pas au monde de problème difficile, si ardu soit-il, qui ne puisse être réglé par la voie de la négociation » répétait-il, même au cœur des crises. Comment s'étonner, dès lors, que ce soit à l'écoute de son message qu'ici même, à Yamoussoukro, naquit en 1989 l'idée de « culture de la paix » dont la Conférence générale de l'UNESCO vient, par acclamation, de faire une priorité ? C'est ici, ici même, au cœur de l'Afrique, que je suis venu, dès mon élection ; chercher l'inspiration, la vision, la rigueur, la sérénité nécessaires à l'Institution intellectuelle du système des Nations Unies pour qu'elle puisse semer la paix, bâtir la paix, et donner à chaque femme et à chaque homme les moyens de maîtriser son destin. Cette inspiration, cette vision, je les ai trouvées. Le Président Félix Houphouët-Boigny m’a fait partager la sagesse africaine, cette sagesse dont les pays riches ont aujourd'hui un urgent besoin. Il m'a fait partager les traditions de son peuple, ses coutumes. Il a fait de moi l'un des siens. Nelson Mandela, premier lauréat du Prix avec Frederik De Klerk, s'était exclamé à Paris, le jour de la remise du Prix : « Votre autorité et votre sagesse sont, pour nous tous, des guides essentiels. » Et c'est avec gratitude que nous rendons aujourd'hui au Président Houphouët-Boigny, Sage de l'Afrique, un hommage ému. À ses mânes qui nous inspirent, nous pouvons renouveler notre engagement de fidélité au devoir de mémoire et au combat quotidien, inlassable – pour la paix. ____________ M.
Henri Konan Bédié C’est avec une grande émotion que je m'adresse à nos illustres hôtes, aujourd'hui, dans cette Fondation que le Président Félix Houphouët-Boigny a léguée à la communauté internationale en vue de contribuer à la recherche de la paix et qui porte son nom. Il souhaitait qu'elle servît de réceptacle à son message, comme un écrin préservant le plus pur diamant et que, sous la conduite de l'UNESCO, elle en diffuse le contenu et la signification aux quatre coins de la terre. Car, par-delà la disparition physique, l'enseignement d'un Sage ne meurt jamais. Le bon grain qu'il avait semé durant toute sa vie, en prêchant l'amour, l'amitié et la fraternité, avec la douceur assurée des bons Apôtres, a levé. Son combat pacifique pour la paix entre les hommes sera poursuivi par l'ensemble du peuple de la Côte d'Ivoire, indéfectiblement fidèle à la mémoire de celui qui fut, pour nous, tout à la fois le premier Président de notre République, le père de notre indépendance, le bâtisseur de notre État, le symbole et le ciment de notre unité nationale. Il avait semé les graines de la paix, en bravant toutes les embûches. Il avait entretenu, au fond de son cœur, l'espoir inaltéré de voir lever les moissons afin que dans les champs de la concorde, les hommes apprennent à maintenir, comme autant d'épis rassemblés, leur nécessaire solidarité. De ce lieu édifié pour pérenniser son message, nous lui faisons le serment que son œuvre sera continuée, que la flamme de son souvenir sera entretenue et que son message d'espoir sera transmis aux générations futures, pour que triomphe son idéal de justice, de fraternité, de paix et d'amour. ____________ M.
Abdou Diouf Il y aurait beaucoup à dire, sur le bâtisseur, l'homme d'État, le grand Africain, le Sage enfin que fut le Président Félix Houphouët-Boigny. Mais on exprimera, sans aucun doute, la vérité de l'homme en disant, simplement, qu'au soir d'une vie qui nous enseigne à quel point la paix doit être placée au-dessus de tout, le Président Félix Houphouët-Boigny a donné son nom à un Prix décerné par l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture afin de continuer, au-delà de la mort, l’œuvre de ce qu'il fut éminemment : un apôtre de la fraternité. Universellement salué comme tel, de son vivant, il est ainsi de ceux qui ont donné au mot « dialogue » sa plus haute signification : savoir nous rencontrer, par-delà tout ce qui nous sépare, en notre commune humanité, pour imprimer désormais au cours des choses une destination de paix. ____________ M.
Boutros Boutros-Ghali Nous sentons bien, aujourd'hui, à Yamoussoukro, la force spirituelle de celui que nous voulons, ensemble, honorer. Son souvenir nous rassemble et nous fortifie. Sa présence immanente nous entoure et nous soutient. Son autorité morale continue à nous dicter la voie à suivre vers la paix et le développement. Dans les moments essentiels de ma vie diplomatique, j'ai souvent trouvé le Président Houphouët-Boigny auprès de moi. Et c'est de cet appui dont j'aimerais un instant témoigner. Lorsque j'étais Ministre chargé des affaires étrangères en Égypte, j'ai rencontré auprès du Président Félix Houphouët-Boigny une immense compréhension, notamment lors de l'initiative du Président Sadate de se rendre à Jérusalem. Il n’a pas alors ménagé sa peine pour nous aider, et pour déclarer publiquement son appui, et convaincre certains chefs d'État réticents de l'importance de cette initiative historique. C'est durant la même période, et notamment en 1979, que j'ai à nouveau retrouvé le Président Félix Houphouët-Boigny à l'occasion de la préparation du Sommet des non-alignés qui se tenait alors à La Havane. Nous partagions la même inquiétude que le communisme ne dénature le non-alignement. L'année suivante, à l'occasion de la session extraordinaire de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) à Lagos, j'ai été fortement impressionné, comme tous les participants, par les fortes convictions du Président Félix Houphouët-Boigny sur le développement économique du continent et par son obstination à convaincre les autres chefs d'État africains de partager sa vision de l'Afrique, d'une Afrique fondée sur les valeurs de la dignité et du progrès. Dans les années qui ont suivi j'ai, à plusieurs reprises, retrouvé le Président à l'occasion de manifestations et de sommets de la francophonie. Il aimait alors à rappeler la naissance de son engagement politique et les liens à la fois puissants et complexes qu'il a toujours entretenus avec la France. Je veux enfin me souvenir que c'est à l'occasion du Sommet de Paris, en 1991, qu'il m'a réitéré sa promesse de voter à l'ONU pour son ami égyptien. Il lui semblait que, par mon élection au poste de Secrétaire général, l'Organisation des Nations Unies donnait enfin au continent africain l'opportunité de contribuer au progrès de la communauté internationale dans son ensemble. J'ai eu, par la suite, de nombreuses conversations avec Félix Houphouët-Boigny. Je lui ai demandé, à plusieurs reprises, d'user de son influence pour apaiser certains différends inter-africains. Et j'ai pu mesurer alors ce qui faisait la grandeur de la personnalité de Félix Houphouët-Boigny : parce qu'il était profondément africain, il avait su accéder à l'universel. C'est ce témoignage personnel que je voulais aujourd'hui, à Yamoussoukro, renouveler devant vous, en hommage à notre grand disparu. |
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