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1994 - Discours de Sa Majesté Juan Carlos I |
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| Roi d'Espagne | |
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La République de Côte d'Ivoire et son Président, M. Henri Konan Bédié, nous réunissent aujourd'hui à Yamoussoukro pour honorer sur le lieu de sa naissance Félix Houphouët‑Boigny, à qui l'UNESCO a rendu de son vivant un hommage hautement mérité en donnant son nom, en 1989, au Prix pour la recherche de la paix. Lorsque j'évoque la figure du Sage de l'Afrique, que j'eus l'honneur de rencontrer personnellement, je me souviens avant toute chose de sa quête inlassable de la paix et de son acharnement à bannir la violence des rapports entre les hommes. Son instinct le porta avec bonheur à lier cet objectif au développement de son pays et de son continent, dont il s'occupa activement à la tête de la Côte d'Ivoire comme dans les rencontres internationales. Je suis convaincu moi aussi que l'Afrique saura, quelle qu'en soit la difficulté, surmonter les obstacles rencontrés sur le chemin du progrès et d'une paix durable. Son premier atout sera son potentiel humain. L'homme, ainsi que l'ont redit les Nations Unies, est le fondement et le but ultime de toute politique de développement. Je suis certain que les nouvelles générations dont dépend l'avenir sauront mener, grâce à l'éducation et conseillées par l'expérience, des projets de développement dans la liberté, en portant aux catégories les plus démunies l'attention nécessaire. Particulièrement intéressante à cet égard est la reprise économique prometteuse qui, jointe aux efforts accomplis sur le terrain de l'intégration et de la coopération régionales, ne pourra que renforcer les possibilités du continent dans ce domaine. À ces éléments positifs, il faut également ajouter les processus de réforme constitutionnelle, l'organisation d'élections libres et pluralistes et, les mesures adoptées pour la protection et la défense des droits de l'homme. Ce sont autant d'aspects favorables à la consolidation des processus démocratiques et à l'instauration de l'État de droit, sur lesquels doivent se fonder le progrès et la paix de l'Afrique au sud du Sahara. L'idéal de paix est un devoir moral et l'objectif par excellence de la vie publique. La volonté généreuse d'apaiser les conflits susceptibles de surgir à tout moment est une attitude qui s'affermira, nous en sommes persuadés, avec le nouveau siècle, et se manifestera par un travail de prévention dont le point de départ se situe dans la conscience et la conception du monde personnelle de chaque individu. Comme l'a justement répété l'UNESCO, la paix ne peut se trouver que dans l'esprit, le cœur et les habitudes des hommes. La paix est une façon d'être, de vivre, d'aimer et de vouloir, en acceptant les limites posées par la coexistence avec autrui et en ayant clairement conscience de sa réalité et du fait que ses droits et ses aspirations sont l'égal des nôtres. Au regard de cette coexistence, des convictions partagées et assumées par tous, des institutions publiques solides et correctement coordonnées constituent aussi des facteurs essentiels de paix. Enfin, la paix ne peut être réalisée ni pérennisée lorsque des inégalités trop fortes outragent la raison et la justice. Cette dernière hypothèse serait pareillement inexcusable à l'échelle internationale. L'UNESCO offre, dans ses domaines de compétence, une tribune et un instrument d'une valeur inestimable pour alléger les tensions engendrées par les disparités entre les pays, au service de la recherche constante d'un équilibre plus juste et équitable. Dans cet effort opiniâtre, car « il est plus facile de vouloir la paix que de l'obtenir », comme le soulignait voilà quelques années le président de ce Jury, l'éducation, la science et la culture sont des outils indispensables. Garantes en elles-mêmes, dans sa signification la plus large et la plus profonde, du sentiment de la dignité et de l'égalité de tous les hommes, elles contribuent remarquablement à promouvoir l'édification d'une véritable communauté internationale fondée sur les valeurs de l'esprit. Telle est, pour nous, la raison première du Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix. Au fil du temps, toutefois, un prix ne se définit plus seulement par ses objectifs, mais se distingue par les lettres de noblesse de ses lauréats. Depuis 1991, année où il fut décerné pour la première fois, le Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix a récompensé aussi bien les personnalités qui, en Afrique du Sud, ont fait de l'apartheid une page d'histoire désormais tournée, que celles qui mettent leur dévouement à en faire autant du conflit israélo-arabe. De ces efforts personnels et institutionnels, l'humanité tout entière a tiré bénéfice et, sans doute aucun, le monde où nous vivons est plus humain. J'aimerais louer, entre toutes, la figure singulière d'Itzhak Rabin, martyre de la cause qui nous voit ici rassemblés. Destin parfaitement exemplaire que celui d'un homme de guerre brillant qui sacrifie sa vie pour la paix, lauréat du précédent Prix Félix Houphouët-Boigny et aujourd'hui, en homme d'État entièrement attaché à sa mission et à son devoir de responsabilité, victime de l'intolérance et du fanatisme. Que son âme repose en paix et que son sacrifice allume, telle une grande lueur d'espoir, des vocations semblables. Pour tout ce que j'ai évoqué, je suis particulièrement honoré de recevoir maintenant ce prix. Je suis aussi particulièrement heureux que sa remise coïncide avec le cinquantième anniversaire de l'UNESCO et avec la célébration de l'Année de la tolérance. La tolérance pour laquelle nous plaidons ne doit pas impliquer l'inégalité entre celui qui l'accorde et celui qui ne peut que l'espérer. Nous voulons, dans les faits, que la tolérance soit toujours le fruit manifeste d'un respect mutuel, fondé sur la conscience de l'égalité et de la fraternité ainsi que de la liberté de chaque être humain. En recevant cette distinction, je tiens à féliciter chaleureusement l'ancien Président Jimmy Carter et à l'assurer de ma satisfaction de partager avec lui le Prix Félix Houphouët-Boigny 1994. Je m'incline avec le Jury devant la constance, la force de volonté et l'énergie mises au service de la paix par le Président Carter depuis son départ de la Maison Blanche. Il nous est particulièrement précieux de pouvoir continuer à compter sur son inépuisable engagement en faveur de l'idéal qui nous unit. Qu'on me permette, pour conclure, de rappeler les mots d'un poète convaincu de l'importance éternelle de la poésie en tant que source d'harmonie. La paix, a-t-il dit, est un état dans lequel l'hostilité entre les hommes se traduit par la création, alors que, dans la guerre, elle engendre la destruction. Choisissons de créer, comme nous le suggère Valéry ; choisissons, comme l'a voulu Houphouët-Boigny, de « construire la paix », ce qui reste aujourd'hui la mission essentielle de l'UNESCO. Merci beaucoup. |
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