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1995 - Discours de M. Federico Mayor |
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| Directeur général de l'UNESCO | |
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Monsieur le Président de la République du Sénégal, Permettez-moi de vous dire tout d'abord le plaisir que j'ai à vous accueillir à l'UNESCO, Maison de la paix, à l'occasion de la cérémonie qui nous réunit aujourd'hui pour la remise du Prix Félix Houphouët-Boigny 1995 au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et au Haut Commissaire, Mme Sadako Ogata. Je voudrais adresser mes salutations les plus chaleureuses à M. Abdou Diouf, Président de la République du Sénégal et Parrain du Prix ainsi qu’à M. Henri Konan Bédié, Président de la République de Côte d'Ivoire, venus encore une fois renouveler leur attachement au Prix qui porte le nom du Sage de l'Afrique. Je salue aussi la présence parmi nous de M. Salim Ahmed Salim, Secrétaire général de l'Organisation de l'Unité Africaine, qui a tenu à se joindre à l'hommage rendu au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et au Haut Commissaire, et à apporter son soutien aux objectifs de paix du Prix Félix Houphouët-Boigny. Mon cher collègue Jacques Diouf, M. Yoshiro Mori, Envoyé spécial du Premier Ministre du Japon, M. Xavier Emmanuelli, Secrétaire d'État, Mme Glynne Evans, Chef du Département des Nations Unies au Foreign and Commonwealth Office du Royaume-Uni, je vous souhaite la bienvenue à cette cérémonie où nous allons honorer les services qu'ont rendus à l'humanité le Haut Commissariat et le Haut Commissaire. Messieurs
les Présidents, La finalité de l'UNESCO – vous le savez –, c'est l'union des esprits et des cœurs pour une paix durable, fondée sur la justice, la liberté, la dignité et la fraternité. C'est pourquoi je suis heureux de recevoir aujourd'hui en tant que lauréats du Prix Félix Houphouët-Boigny, l'organisme des Nations Unies qui incarne le mieux les valeurs de solidarité et de respect de la personne humaine : le Haut Commissariat pour les réfugiés, et Mme Ogata, qui le dirige. En effet, depuis sa création en 1951, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés s'emploie avec dévouement et efficacité à soulager les souffrances des populations civiles contraintes par la guerre ou la violence sociale à chercher refuge hors de leur pays. Il accomplit depuis quarante-cinq ans une œuvre admirable, exemplaire, unanimement saluée, et qui – faut-il le rappeler – a été deux fois couronnée par le Prix Nobel de la paix. Présent partout où son aide est réclamée, il a vu l'ampleur de sa tâche croître d'année en année et y a fait face sans jamais renoncer aux principes fondamentaux qui guident son action. Une des conséquences de l'instabilité du monde actuel a été de porter le nombre des réfugiés dans le monde de 2,5 millions en 1970 à plus de 18 millions en 1993, auxquels viennent s'ajouter 24 millions de personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays. Ces chiffres donnent la mesure du défi que relève aujourd'hui, et chaque jour, le Haut Commissariat Madame, Permettez-moi d'associer mon hommage personnel à celui que vous a rendu le Jury en décidant de vous décerner conjointement le Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix 1995 « pour la façon remarquable dont vous avez mené la mission qui vous a été confiée, pour le succès que vos efforts ont obtenus et pour avoir su attirer l'attention de la communauté internationale sur le problème des réfugiés », selon les termes mêmes du Président du Jury, M. Henry Kissinger. L'ampleur prise par le problème des réfugiés au cours des cinq dernières années reflète les bouleversements survenus dans le monde depuis la fin de l'équilibre bipolaire. Jamais dans le passé des foules aussi nombreuses, dans d'aussi nombreuses régions du globe, n'avaient été contraintes de quitter leur pays ou leur communauté pour chercher refuge ailleurs. Face à l'aggravation de la situation, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés a mis en œuvre, sous votre impulsion, de nouvelles stratégies de nature à prendre en compte non seulement les conséquences, mais aussi les causes des déplacements forcés de populations. Aujourd'hui, l'action du Haut Commissariat pour les réfugiés s'attache beaucoup plus qu'auparavant à faire en sorte que ces personnes puissent regagner leur foyer et reprendre une vie normale dans la société dont elles sont originaires. Quand le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés commença ses activités, c'étaient l'installation des réfugiés sur place ou leur réinstallation dans un pays tiers qui étaient les solutions privilégiées. Plus tard, et surtout depuis votre arrivée à la tête du Haut Commissariat, cette approche a progressivement cédé le pas à des programmes de rapatriement et de soutien aux réfugiés après leur retour. Vous avez mis l'accent sur le fait que les mouvements de population ne sont pas inéluctables, qu'ils peuvent être évités par des actions visant à réduire ou supprimer les menaces pesant sur les populations et les poussant à fuir. À la revendication du droit de chercher asile hors de son pays, vous tentez de substituer celle du droit de vivre en paix dans son pays et de ne pas être réduit à la condition de réfugié ou de personne déplacée. Cette approche novatrice d'un problème qui touche aux droits les plus fondamentaux de la personne humaine, le Haut Commissariat la doit aussi bien à votre souci passionné de soulager la misère humaine qu'à votre approche réaliste des conditions matérielles de la réalisation de ce noble objectif. C'est pourquoi l'UNESCO se réjouit de vous accueillir pour remettre au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et à vous même, à titre personnel, une distinction si amplement méritée. En consacrant votre énergie et votre talent à la lutte contre l'un des aspects les plus tragiques des conflits actuels, vous faites partie, avec toute l'équipe que vous dirigez, de ceux, encore peu nombreux, qui tentent de réduire, à l'échelle internationale, la part d'injustice, de violence et de malheur qui accable les hommes. Mesdames, Messieurs, Aujourd’hui comme lors des cérémonies antérieures, nous nous réjouissons de pouvoir rendre hommage à Félix Houphouët-Boigny, Sage de l'Afrique, qui savait que chaque jour, le chemin de la paix est à refaire. Monsieur le Président Henri Konan Bédié, je vous remercie sincèrement du soutien que vous apportez à ce Prix qui porte le nom de votre prédécesseur. Quant à vous, Monsieur le Président Abdou Diouf, votre présence comme Parrain de ce Prix, en cette Maison qui est la vôtre, nous honore profondément. Mesdames Messieurs, Le Secrétaire général des Nations Unies, M. Boutros Boutros-Ghali, dans son Agenda pour la paix, nous a rappelé que le maintien de la paix n'est pas tout : il y a aussi – je dirais, il y a surtout – la construction de la paix. La paix, c'est le préalable. Il n'y a pas de justice, pas d'éducation, pas de travail, pas de vie normale, pas de joie de vivre, s'il n'y a pas de paix. La paix devrait être un droit de l'homme, un droit fondamental de tous les êtres humains. Souhaitons qu'un jour, nous réussissions à tenir la promesse formulée au début de la Charte des Nations Unies : « Nous, peuples des Nations Unies, résolus à éviter aux générations futures le fléau de la guerre (...) ». Ce jour-là, Madame, le Haut Commissariat n'aurait plus de raison d'être. Et vous en seriez, je crois, aussi heureuse que nous tous. Je vous remercie. |
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