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1996 - Discours de M. Misael Pastrana Borrero

Vice-Président du Jury

Monsieur le Président de la République du Guatemala,
Commandant Rolando Morán,
Messieurs les Chefs d'État et de gouvernement,
Monsieur le Sous-Secrétaire d'État des États-Unis d'Amérique,
Monsieur le Représentant du gouvernement français,
Monsieur le Représentant du Président de la République française,
Monsieur le Directeur général de l'UNESCO,
Messieurs les Membres du Jury,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

C’est pour moi un honneur de tenir, en qualité de vice-président, le rôle de porte-parole du Jury international du Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix au nom de M. Henry Kissinger, Président du Jury.

            En cette occasion qui m’est offerte par les circonstances, j’ai conscience d’interpréter le sentiment des peuples d'Amérique latine qui se sont associés dans la même émotion solidaire à l’acte de portée historique accompli par le gouvernement du Guatemala, représenté par son Président, M. Alvaro Arzú Irigoyen, et par les forces de l’URNG représentées par le Commandant Rolando Morán, lorsque les deux parties ont scellé, avec lucidité et courage, en décembre dernier, un accord de paix mettant fin à plusieurs décennies de luttes sanglantes.

            Le Président Arzú et le Commandant Morán ont fait un pari courageux sur l’avenir et ils l’ont réussi. Il paraissait impossible de faire comprendre aux esprits tournés vers la lutte, après de longues années d'affrontement, que le dialogue et la coexistence étaient plus fructueux pour le destin de leur patrie et ils l’ont fait.

            Il était difficile d’appeler à l’union nationale dans un pays où l’on ne pouvait même concevoir la possibilité d’établir les bases à partir desquelles le rapprochement entre les belligérants pourrait s’effectuer. Et en peu de temps, ils ont rassemblé le pays autour d’un même projet d’avenir, la paix.

            « Il n’y a pas de chemin vers la paix, car c’est la paix qui est le chemin », disait le Mahatma Gandhi. C'est le chemin que les deux lauréats d’aujourd'hui ont montré à la communauté internationale et, en particulier, à une Amérique latine encore en proie à de profondes convulsions internes.

Politologues et sociologues s’interrogent sur les raisons pour lesquelles l’Amérique latine a été et continue d’être la région où l’hydre de la violence déploie ses tentacules avec le plus de force.

On s’accorde généralement à reconnaître plusieurs causes à cette situation :

  • L’intolérance est apparue dès les premiers contacts entre les Européens et ce qu’ils ont appelé le Nouveau Monde, avec les affrontements et les antagonismes inhérents au processus de conquête, et qui ont souvent mené à la destruction de la nature et à la disparition de nombreuses races autochtones.

  • Puis, la violence a imprégné la vie républicaine dans plus d’un pays, du fait de l’exercice arbitraire d’un pouvoir autocratique par les militaires, face à des citoyens privés de leurs droits les plus fondamentaux.

  • Enfin, la pauvreté s’est généralisée en raison de la répartition inégale des bienfaits du progrès et de l’absence de perspectives de développement pour les catégories sociales les plus défavorisées. Aucune paix véritable ne peut s’établir solidement lorsque 60 % de la population manquent de tout ce qui est nécessaire pour vivre dignement.

Il en résulte, et c'est bien ainsi que l’ont compris le Président Arzú et le Commandant Morán, qu’un accord de paix n’est pas un point final mais un point de départ pour rassembler le peuple en vue de l’avènement d’une société plus tolérante et plus juste.

 

M’appuyant sur le témoignage des protagonistes de l’un des plus douloureux épisodes de l’histoire de l’Amérique latine dont le Directeur général de l'UNESCO, M. Federico Mayor, s’est fait l’infatigable missionnaire de paix, je prie cette respectable assemblée de me permettre d’exprimer le souci que m’inspire mon pays. Je voudrais depuis cette tribune, en espérant que ma prière ne sera pas considérée comme l'expression d’une présomption personnelle excessive, appeler tous mes compatriotes à rechercher sans réserve le dialogue qui leur permettra de passer dans la paix et la concorde le seuil tout proche du nouveau millénaire.

Président Arzú,
Commandant Morán,

Le Guatemala, votre patrie, vous est reconnaissant d’avoir converti en réalité son rêve de paix. Aussi, c’est en y associant votre peuple et en saluant vos mérites exceptionnels qu’au nom du Jury, j’ai l’honneur de vous remettre le Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix 1996. 

 

Je vous remercie.

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