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1996 - Discours de M. Alvaro Arzú Irigoyen

Président de la République du Guatemala

Monsieur le Président de la République du Sénégal,
Monsieur le Président de la République islamique de Mauritanie,
Monsieur le Président de la République de Côte d’Ivoire,
Monsieur le Premier Ministre d’Haïti,
Monsieur le Représentant du gouvernement des États-Unis d’Amérique,
Monsieur le Représentant du gouvernement français,
Monsieur le Directeur général de l’UNESCO,
Monsieur le Secrétaire du nouveau parti guatémaltèque, 
   mon ami Ricardo Ramirez,
Mesdames et Messieurs,

Je reçois ce Prix au nom de mon peuple, car c’est à lui qu’il revient vraiment d’avoir conquis la paix. Je le reçois, en particulier, au nom de ces Guatémaltèques qui, après avoir souffert des rigueurs de la guerre, savent aujourd’hui se réconcilier avec leurs amis et, surtout, avec ceux qui furent leurs adversaires. Je le reçois également au nom de mon équipe gouvernementale, qui s’est pleinement engagée dans la recherche de cette paix, et de la Commission de paix qui a su remplir sa tâche avec créativité, efficacité et dévouement.

Je suis heureux de la décision du Jury qui me fait partager ce Prix avec mon ami Ricardo Ramirez, Représentant de l’Union nationale révolutionnaires guatémaltèque (URNG), puisque l’effort accompli et les résultats obtenus sont le fruit de l’action et de la volonté des deux parties.

Avec la signature de cette paix, le Guatemala voit s’offrir à lui une chance à la hauteur des défis. L’ensemble des accords souscrits constitue un point essentiel de l’ordre du jour national et leur application représente un engagement auprès de notre peuple, mais aussi à l’égard de la communauté internationale. La paix s’enracinera dans l’esprit et le cœur des Guatémaltèques dans la mesure où elle se traduira par des résultats concrets, par des améliorations substantielles pour la population du Guatemala et pour les plus défavorisés en particulier. Parmi les conquêtes de ce processus de paix, il convient de souligner celle qui a trait au renforcement de l’identité et des droits des peuples indigènes. Elle répond aux besoins spécifiques de ceux-ci mais également aux besoins globaux de tout le pays. Il est indispensable pour tous les Guatémaltèques que nous affermissions notre identité en comprenant et en appréciant nos racines millénaires et, en même temps, que nous bannissions de notre sol la discrimination qui fait tant de tort à notre coexistence et à notre force en tant que nation. La paix, dans sa signification la plus large et dans ses fondements sociaux, est un processus long et permanent et, en ce sens, elle est toujours perfectible, donc imparfaite. Mais la paix au sens strict, c’est-à-dire l’absence de guerre, est en soi un résultat très important et qui a déjà modifié qualitativement le cours de notre histoire, même si nous n’avons pas encore eu le temps d’en percevoir toute la dimension.

L’ensemble de facteurs qui a permis de passer d’une lutte fratricide à la concurrence politique légale est l’expression d’une évolution globale du Guatemala dans laquelle s’est inscrite le processus de paix. La paix a résulté de la démocratisation et constitue elle-même un pas en avant dans notre processus de développement. La paix, sous forme d’absence de guerre, est une conquête définitive du peuple guatémaltèque, non seulement parce que les forces en présence ont été démobilisées et l’armement remis, mais parce que telle est la conviction profonde de ses acteurs directs et de la population du Guatemala qui a pris l’inébranlable décision de dire non à la violence.

Nous avons là des bases suffisantes pour affirmer que les garçons et les filles de notre pays ne connaîtront plus les horreurs qui, multipliant la haine et la peur, ont marqué la vie de générations de Guatémaltèques. Le seul souvenir de ce qui fut notre réalité durant tant d’années nous permet d’apprécier ce que nous avons aujourd’hui, bien qu’il nous manque beaucoup encore. Seule la connaissance des torts profonds que nous nous sommes causés nous permettra d’apprécier le climat de conciliation que nous vivons aujourd’hui. Nous seuls, qui avons souffert de la terreur, pouvons mesurer ce que signifie pour notre pays la liberté. Pour entrer dans une ère de paix solide et durable, nous devons construire un pays prospère et une société juste. À cette fin, notre principale ressource est nous-mêmes : le peuple du Guatemala dans son intégralité. Nous avons aussi notre territoire qui est, comme notre société, d’une extraordinaire diversité, donc d’une grande richesse. Nous nous trouvons au cœur de l’Amérique, et la communauté internationale est bien disposée à appuyer la construction d’un nouveau Guatemala. 

Je voudrais, depuis cette tribune, exprimer ma reconnaissance pour le travail accompli par l’UNESCO qui, dans une attitude visionnaire, a soutenu depuis plus d’une décennie dans notre pays le processus de réforme éducative, notamment pour adapter les programmes d’études. Nous devons ainsi à cette noble institution la promotion des thèmes relatifs à l’environnement, aux droits de l’homme et au multiculturalisme, toutes questions dont l’importance n’est plus à souligner. Je rends grâce avec émotion à l’UNESCO pour ce Prix institué pour perpétuer la mémoire d’une grande figure, Félix Houphouët-Boigny, dont le brillant parcours est inséparable de la lutte pour l’indépendance de la Côte d’Ivoire et de la formation de ce nouvel État souverain.

J’interprète l’attribution de ce Prix à Ricardo Ramirez et à moi-même comme une nouvelle consécration et, conscient de ce fait, je le porte gravé en mon cœur. Nos remerciements vont à l’Organisation des Nations Unies pour sa précieuse contribution, au groupe des pays amis de la négociation, à tous les gouvernements, aux peuples et aux personnes qui nous ont témoigné à tout moment leur solidarité. Quel meilleur cadre pour cette cérémonie qui nous est chère que la ville de Paris, centre de civilisation deux fois millénaire, et dont la vive lumière a rayonné sur la planète comme un message d’humanisme, de progrès et de liberté !

Je remercie profondément de leur hospitalité le gouvernement de la République française et les autorités de cette merveilleuse cité qui nous accueille avec sa beauté et ses racines historiques. Nous espérons en retour travailler hardiment pour un Guatemala heureux et prospère. Si notre expérience dans la conquête de la paix peut être utile à d’autres peuples, nous serons comblés de pouvoir la partager.

Du processus achevé le 29 décembre 1996, nous tirons les leçons que dans tout différend, la solution exige de comprendre les raisons de l’autre et de reconnaître ses propres erreurs, et qu’il faut pour cela un dialogue respectueux et un seul objectif : le bien-être de la patrie, c’est-à-dire celui de la population.

Merci beaucoup.

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