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1996 - Discours du Commandant Rolando Morán |
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| Représentant de l'Union révolutionnaire nationale guatémaltèque | |
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Monsieur le Président
de la République du Sénégal, C’est avec une profonde émotion que je tiens à exprimer l'honneur que représente pour moi le fait d’être désigné, conjointement avec S. Exc. le Président Alvaro Arzú, pour recevoir le Prix Félix Houphouët-Boigny 1996 pour la recherche de la paix. Nous interprétons ce Prix, créé par l'UNESCO en hommage juste et mérité à l'inoubliable figure du « Sage de l'Afrique », Félix Houphouët-Boigny, pour distinguer ceux qui, partout sur la planète, œuvrent pour la paix, comme la reconnaissance mondiale d’un événement important qui nous concerne : la signature de la paix au Guatemala entre le gouvernement et l'Union révolutionnaire nationale guatémaltèque (URNG). Le mérite d'avoir mené, pour l'URNG, les huit années de négociations couronnées le 29 décembre dernier par la signature de la paix, appartient en réalité au commandement de l’URNG, qui comprenait le Commandant Pablo Monsanto, le Commandant Gaspar Illom, M. Carlos González et moi-même. C’est en les représentant et en reconnaissance de la lutte révolutionnaire livrée, durant trente-six ans, par les milliers de combattants des deux camps aujourd'hui revenus à la vie civile de notre pays, que je reçois cette précieuse récompense. Comment ne pas mentionner que cette paix n'aurait pu être obtenue sans le soutien des différents secteurs de la société guatémaltèque qui, après avoir beaucoup subi et souffert, ont pressenti la possibilité de trouver par la voie pacifique et politique, par la concertation et la conciliation, la solution aux problèmes séculaires de notre patrie. Les Guatémaltèques ont traversé une période obscure durant laquelle l’autoritarisme, la faiblesse institutionnelle, la violation des droits de l'homme, ont isolé notre pays du monde et lui ont valu d'innombrables condamnations sur les scènes internationales les plus diverses. Depuis 1954, année où la démocratie fut ébranlée au Guatemala, sa population n’entrevoyait aucun espoir de construire un avenir de paix et de justice dans la dignité. Avec la conclusion de la paix et les engagements pris lors de sa signature, le Guatemala est de nouveau en mesure de proposer des initiatives et d’assister, la tête haute, aux réunions internationales organisées sur les grandes questions de la politique mondiale, ainsi que de canaliser tout ce que cela signifie pour son propre développement et sa consolidation nationale. Les accords qui fondent la signature de la paix ont créé les conditions pour construire intégralement et de façon cohérente un nouveau Guatemala. Les solutions légitimes et justes aux problèmes historiques de notre pays apparaissent aujourd'hui réalisables. Il est permis d’affirmer que l’accord de paix offre une plate-forme qui permettra de construire, dans un cadre de tolérance, d’ouverture et de pluralisme politique et idéologique, ce nouveau Guatemala. Cette nouvelle patrie démocratique, pluriethnique, pluriculturelle et multilingue, luxuriante et variée comme l’est la nature et la population de notre pays, ne pourra naître que de la synthèse historique des cultures, des volontés, des opinions et des sentiments de tous les Guatémaltèques en un élan national unique, transcendant le système de valeurs hérité du passé. Les efforts qui ont débouché sur les accords et la signature de la paix doivent être employés à leur mise en pratique, à leur couronnement en tant qu’objectif et succès national. Ouvrir cette perspective est la clef de ce moment historique. Les pleins droits des peuples Maya, Garifuna et Xinka, leur participation aux prises de décision concernant la conduite du pays, à la préservation de la nature sacrée et féconde que nous a donnée la vie, supposent la fusion organisée et consciente de notre destinée commune. Nous voulons ainsi jeter les bases de la solution de l’un des problèmes actuels posés par le développement de l'humanité : comment allier les aspirations à l'identité nationale et les exigences d'universalité ? Nous sommes conscients que le chemin sera complexe et difficile. Il existe au Guatemala des conceptions géostratégiques, déphasées et dépassées par l'histoire, que des secteurs minoritaires puissants mettent en avant pour s’opposer à toute mesure touchant à leurs privilèges et à leur pouvoir. La mise en application des accords de paix est le point de départ du salut national. Nous savons que notre histoire et notre destinée ne sont pas inconnues de la communauté des pays du monde et des organisations qui représentent les États de la planète. Dans ce monde contemporain où l’inter-relation et l’intercommunication entre les pays sont un fait incontestable, une proposition de finalité nationale possède sa propre portée internationale. Même durant les années de guerre, les communautés guatémaltèques, en particulier les communautés indigènes, ont bénéficié de l'aide, de la reconnaissance et de la solidarité internationales. Nous aurons toujours la plus grande gratitude envers le travail accompli par l’UNESCO, inspiré par la sensibilité et la vision du grand ami du Guatemala qu’est Federico Mayor, qui a réussi à promouvoir des projets éducatifs dans les zones touchées par le conflit armé. Cette contribution a aidé à créer une prise de conscience générale propice et la conviction de rechercher l’issue de ce labyrinthe historique dans le cadre de la paix. La participation de l’Assemblée des secteurs civils, sous la présidence de Mgr Rodolfo Quezada Toruño, a apporté des éléments de réflexion et des propositions sans lesquels les négociations n'auraient pas abouti à des accords concrets. Notre reconnaissance va spécialement au Président Alvaro Arzú Irigoyen et à son gouvernement, dont le choix convaincu et résolu de donner la priorité dans leur ordre du jour au programme de paix a été décisif. La contribution du groupe de pays amis partisans du processus de paix au Guatemala, avec lesquels nous avons partagé succès et problèmes, a été éminemment précieuse pour la réussite finale. Les Nations Unies, avec la participation infatigable et enrichissante de M. Jean Arnault en tant que modérateur, la valeur inestimable du travail accompli par la Mission de vérification des Nations Unies au Guatemala (MINUGUA) dès sa création et, à présent, depuis la signature de la paix, celui, irréprochable, accompli par les observateurs militaires de cette Organisation, nous ont apporté une aide irremplaçable. Il appartient à tous les Guatémaltèques de réaliser une paix durable, démocratique, juste sur le plan social, digne de s’insérer dans le modèle mondial en gestation pour l’avenir et d’y apporter leur effort national. Réaffirmons les sages principes de nos ancêtres qui nous enjoignent dans le Popol Vuh, livre de la pensée Maya Quiché : « Que tous se lèvent, tous soient appelés, qu’il n’y ait pas un groupe, ni deux groupes parmi nous, qui restent derrière les autres. » Je vous remercie. |
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