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1997 - Discours de M. Federico Mayor

Directeur général de l'UNESCO

En cette fin de siècle et de millénaire, il faut constater l'échec de la violence, de la guerre, de la contrainte, et son prix élevé de souffrances et de vies humaines.

Aujourd'hui, monte du cœur de l'Afrique un cri d'amour et d'espoir, qui réclame la tolérance, le partage et la paix. Sur cette terre meurtrie par le souvenir de l'esclavage, abreuvée du sang de milliers d'innocentes victimes de la haine, sur cette terre qui ne peut oublier, mais qui sait pardonner, ce cri devient un engagement. Ce cri devient un appel à tous les habitants de la planète.

Monsieur le Président de la République du Sénégal,
Monsieur le Président de la République de Côte d'Ivoire,
Monsieur le Vice-Président de la République gabonaise,
Messieurs les Membres du Jury,
Messieurs les Lauréats,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,

Permettez-moi tout d'abord de vous dire tout le plaisir que j'ai à me trouver parmi vous, à l'occasion de la remise du Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix à M. Fidel V. Ramos, Président de la République des Philippines, et à M. Nur Misuari, Président du Front de libération nationale moro.

Je me réjouis que cette grande fête de la paix ait lieu cette année à Dakar, où nous sommes venus rendre hommage à nos deux lauréats et exprimer notre reconnaissance au Parrain du Prix, M. Abdou Diouf, Président de la République du Sénégal.

L’accueil que nous réserve le Président Diouf est digne des grandes traditions de l'hospitalité sénégalaise et l'UNESCO se félicite de venir honorer les éminents lauréats du Prix dans un pays comme le Sénégal qui place la paix au premier rang de ses priorités.

C'est avec plaisir et émotion que j'exprime au Président Diouf toute la gratitude de l'UNESCO pour la protection irremplaçable qu'il accorde au Prix depuis qu'il a accepté, à la demande du Président Félix Houphouët-Boigny, d'en devenir le Parrain. Grâce à son appui, le Prix peut poursuivre sa carrière sous les meilleurs auspices.

Je souhaiterais rendre hommage à M. Henri Konan Bédié, Président de la République de Côte d'Ivoire, venu une fois de plus témoigner son attachement au Prix qui porte le nom de son illustre prédécesseur. Le Président Bédié n'a jamais cessé de veiller au renforcement et au rayonnement du Prix, devenu, en moins d'une décennie, l'une des plus hautes distinctions internationales au service de la paix. Je souhaite vivement, Monsieur le Président, que la Déclaration de Yamoussoukro pour la paix, approuvée par acclamation le 5 décembre 1997 lors de l'inauguration de la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix, et dont vous êtes en quelque sorte le père, représente, à la veille de l'an 2000, année internationale de la culture de la paix, un engagement mondial en faveur de l'entente, de la compréhension et de la tolérance.

Je voudrais adresser mes salutations les plus chaleureuses au Vice-Président de la République gabonaise, qui nous fait l'honneur de représenter ici le Président El Hadj Omar Bongo. Le Président Bongo connaît bien la valeur irremplaçable de la paix. Il s'en est fait l'ardent défenseur dans son pays et a contribué à la rétablir au delà des frontières du Gabon. Votre présence aujourd'hui à Dakar, Monsieur le Vice-Président, rehausse la signification symbolique de cette cérémonie en y associant le pilier de la stabilité en Afrique centrale.

Enfin, mes remerciements et mes félicitations vont au Président du Jury, M. Henry Kissinger, et aux membres du Jury, dont les choix judicieux ont, année après année, renforcé le prestige et la crédibilité du Prix.

Messieurs les Présidents,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,

La remise du Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix 1997 au Président Fidel V. Ramos et à M. Nur Misuari, Président du Front de libération nationale moro, vient célébrer un moment historique dans la vie de la République des Philippines : celui de la signature, le 2 septembre 1996, de l'Accord général de paix mettant fin à trente ans de guerre civile. L’UNESCO ne pouvait recevoir de meilleure nouvelle que cette promesse d'un avenir de stabilité et de développement pour les Philippins enfin réconciliés avec eux-mêmes. Cet Accord de paix, marque non seulement la fin des hostilités, mais surtout constitue un acte solennel de reconnaissance de l'Autre dans la plénitude de sa dignité, de ses aspirations légitimes et de ses droits.

La paix a donc été officiellement proclamée. Il reste maintenant à l'enraciner dans les esprits et dans les cœurs. C'est dans cette perspective que prend toute son importance le programme d'intégration et de promotion sociale des populations musulmanes de Mindanao, élaboré par le gouvernement des Philippines et le Front de libération nationale moro.

Le Président Fidel V. Ramos et M. Nur Misuari l'ont bien compris : la paix civile n'est pas seulement l'absence de guerre. Elle est le fruit du sentiment d'appartenance à une même entité, de la volonté de vivre ensemble et de construire une communauté nouvelle.

Par leur courage politique et leur volonté de transcender le passé pour mieux construire l'avenir, les deux lauréats du Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix 1997 ont engagé leur pays sur la voie de la réconciliation nationale à laquelle aspirent tous leurs concitoyens.

Messieurs les Présidents,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Mesdames, Messieurs,

Profitons de cette occasion pour évoquer avec gratitude et admiration tous ceux qui ont eu le courage de s'asseoir autour d'une table de négociations pour mettre fin à des périodes souvent très longues de confrontation, de haine et de violence. Avec de la bonne volonté et de l'imagination, c'est ce qui a été fait au Salvador comme au Guatemala, au Mozambique comme en Irlande du Nord. Aujourd'hui, en cette circonstance solennelle, je voudrais, en tant que Directeur général de l'Institution du système des Nations Unies chargée « d'élever les défenses de la paix dans l'esprit des hommes », lancer un appel au cessez-le-feu immédiat partout où il existe un conflit fratricide, et à la poursuite persévérante des processus de paix en cours. La violence engendre la violence, mais c'est le verbe qui finira par prévaloir sur le glaive. Au Moyen-Orient, au Kosovo, en Guinée-Bissau et ailleurs, il est temps de renoncer à la raison du plus fort pour faire triompher la force de la raison. Notre mission est de « préserver les générations futures du fléau de la guerre » comme le proclame le premier alinéa du préambule de la Charte des Nations Unies. Pour cela, nous devons investir davantage dans la construction de la paix, dans le développement, dans l'éducation et la santé, et moins dans la capacité de destruction massive.

Nous ne pouvons pas changer le passé. Nous pouvons en tirer des leçons, mais pas le modifier. Nous pouvons le décrire, mais pas le réécrire. Par contre, il dépend de nous de changer l'avenir, cette meilleure partie de notre patrimoine que nous tenons entre nos mains, encore intacte et inviolée. Nous pouvons mieux partager et nous montrer plus attentifs aux besoins. Nous pouvons décider d'emprunter les voies du dialogue, de la tolérance et de la non-violence pour abolir en cette fin de siècle la culture de la guerre et aborder le nouveau millénaire en instaurant une culture de la paix.

Messieurs les Lauréats,

Tous les hommes épris de paix dans le monde se réjouissent de la décision du Jury de vous décerner le Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix 1997, et forment le vœu que l'accord historique que vous avez signé soit le début d'une ère de paix, de prospérité et de bonheur pour le peuple philippin.

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