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1997 - Discours de M. Fidel V. Ramos |
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| Président de la République des Philippines | |
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Monsieur le Président de la République du Sénégal, De tous les titres auxquels puisse aspirer un homme d'État, il n'en est de plus prestigieux que celui d'artisan de la paix. L’artisan de la paix fait en effet l'objet de toutes les faveurs : « Béni soit l'artisan de la paix car on l'appellera fils de Dieu » nous dit Matthieu au 9e verset du chapitre 5 de son Evangile. C'est pourquoi je suis profondément reconnaissant envers l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture de nous avoir décerné cette distinction, au Gouverneur Misuari et à moi-même, surtout dès lors qu'elle porte le nom de Félix Houphouët-Boigny qui a incarné, aux yeux de tant de gens, les aspirations de l'humanité à la paix et à la fraternité. Toutefois, tout en vous remerciant pour cette récompense, je dois ajouter que je ne saurais l'accepter qu'au nom de mes compatriotes Philippins, qu'au nom des amis de mon pays et des hommes de bonne volonté de nombreuses régions du monde. Je dis ces mots parce qu'en ce siècle de conflits, l'instauration de la paix – lorsqu'elle entre dans les faits – n'est jamais l'œuvre d'un seul individu, voire de quelques personnes. C'est toujours l'œuvre collective du grand nombre. C'est ce qui s'est produit lorsque a été signé l'Accord de paix entre le gouvernement de la République des Philippines et le Front de libération nationale Moro. Aux yeux des Philippins qui ont connu cette période de violence de vingt-six ans, il ne saurait à l'évidence y avoir de plus grand prix que celui de l'éclosion de la paix et du développement qui en est le fruit. Le processus de paix que nous avons engagé ayant mis un terme aux luttes meurtrières fratricides dont le sud de notre pays a été le théâtre, il a éclairé de nombreuses voies d'un avenir meilleur pour notre peuple. La remise annuelle par l'UNESCO du Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix est universellement appréciée à sa juste valeur, car elle symbolise la volonté de l'humanité tout entière de s'élever au-dessus des conflits qui nous assaillent. Ce Prix est un véritable guide pour tous les peuples et pour toutes les nations en proie à la guerre civile, à l'insurrection et aux conflits sociaux. Il nous laisse espérer qu'il existe, pour mettre un terme à ces conflits, d'autres moyens que ceux de l'extermination réciproque et c'est la voie qu’a, en réalité, suivi l'homme d'État dont cette récompense porte le nom. Comme l'a déclaré en substance le Président Houphouët-Boigny, il ne saurait y avoir de problème dans le monde, aussi difficile fût-il, qui ne puisse être résolu par la négociation. Souscrivant à cette vérité même, nous voici donc en paix à Mindanao, dans un climat de paix dans lequel s'inscrit un véritable programme de développement. Mais nous savons aussi que d'autres, qui aspirent à la paix, y parviendront plus ou moins de la même façon, c'est-à-dire par la négociation patiente et créatrice. Les voies qui nous ont menés à la cessation de la lutte armée à Mindanao ont été à la fois longues, difficiles et onéreuses. Nous n'avons heureusement pas eu à faire, nous Philippins, ce chemin en solitaire. Sur le chemin de la paix, nous avons en effet reçu l'aide et les encouragements de dirigeants du monde entier, tandis que les pays membres de l'Organisation de la Conférence Islamique nous ont insufflé l'énergie nécessaire qui nous a permis de faire pression sur des événements apparemment toujours plus dramatiques. Il est tout à fait opportun que nous ayons organisé cette cérémonie à Dakar. Le Sénégal est en effet, avec l'Indonésie, la Libye, l'Arabie Saoudite, le Bangladesh et la Somalie, l'un des pays membres de la Commission des Six à nous avoir offert, sans relâche, ses bons offices pour que soit assurée la poursuite du dialogue entre les parties au conflit, en dépit de différences d'interprétation, apparemment inconciliables, de l'Accord de Tripoli. Fort des encouragements de l'Organisation de la Conférence Islamique et sous la présidence de M. Nur Misuari, le Front de libération nationale moro (MNLF) a reconnu les avantages que présentait la cessation des hostilités dans le cadre d'une nouvelle constitution aux Philippines. De son côté, le gouvernement philippin reconnaissait aussi la nécessité d'instaurer, dans une société multiculturelle, un système par lequel le peuple puisse définir librement son statut politique et les moyens à mettre en œuvre pour assurer le développement socio-économique des diverses communautés. C'est ce qui a conduit à la création de la Région autonome du Mindanao musulman, qui est désormais un concept politique inscrit dans notre constitution de 1987. Grâce à l'hospitalité et aux bons offices de l'Indonésie, notre voisine et notre sœur au sein de l'Association des Nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), grâce aussi aux encouragements de la Commission des Six, le gouvernement philippin et le MNLF ont commencé à gommer leurs divergences dès le mois d'octobre 1992. Au cours de ces rencontres, nous avons connu des moments de tension et de profonds désaccords, des moments qui ont failli rouvrir les plaies infligées par des années de conflit. Mais, finalement, l'Accord de paix de Mindanao a été signé le 2 septembre 1996, juste trois mois avant que ne vienne à échéance une période de vingt ans écoulée depuis l'Accord de Tripoli. Je me souviens encore des messages de félicitations reçus de dirigeants d'Asie, d'Europe, d'Afrique et des Amériques. Je me souviens tout particulièrement du message reçu le 3 septembre de Federico Mayor, Directeur général de l'UNESCO, nous offrant le plein appui de son Organisation à la création du Conseil du sud des Philippines pour la paix et le développement, appelé à surveiller l'application de l'Accord de Mindanao. La tâche, tout aussi difficile, d'assurer le développement durable des régions touchées, occupe désormais un rang de priorité élevé au sein de notre gouvernement, dès lors que la paix et le développement doivent aller de pair. La paix et le développement à Mindanao sont l'œuvre de bien des gens de bonne volonté du pays et de l'étranger. Tandis que le Gouverneur Misuari et moi-même recevons cette récompense de l'UNESCO, il n'est que juste que nous rendions hommage à l'aide qu'ils nous ont apportée. Pour perdurer, la paix doit être bien davantage. Elle doit aussi être l'accomplissement des vœux que nous formons de concert, pour une vie meilleure, pour un avenir meilleur pour chaque Philippin. Mais, dans le sud des Philippines, les deux parties à l'Accord de paix ont encore bien plus à faire, ensemble, et en accord avec tous nos concitoyens. L'Accord de paix appelle aussi la création d'institutions politiques, économiques et sociales susceptibles de permettre à la population de Mindanao de décider, par voie de référendum, de la future composition de la région autonome du Mindanao musulman (ARMM). Dans le sud des Philippines, la paix a aussi accru nos chances de protéger notre culture traditionnelle des incidences de la mondialisation. Grâce à la paix, il nous est aujourd'hui plus facile de renforcer l'unité au sein de nos communautés composites, unité dont dépend l'instauration de relations de bon voisinage, contre les méfaits d'un opportunisme égoïste, tandis que l'influence conjuguée de l'islam et de l'œcuménisme contribue à réunir les familles, les voisins et les communautés en dépit des inévitables apports des cultures étrangères et des nouvelles technologies. En guise de conclusion, qu'il me soit permis de résumer le message que vous envoie le peuple philippin. De nouveaux espoirs sont nés, une nouvelle vie est née à Mindanao où, grâce aux encouragements et à l'appui sans faille de nos amis du monde entier, nous avons trouvé le courage de faire la paix dans la fraternité. En dépit des épreuves qu'un long et coûteux conflit nous a imposées, nous sommes demeurés déterminés à rechercher des solutions pacifiques aux problèmes séculaires qu'a connus le sud des Philippines et, lorsque l'occasion nous a été donnée d'ouvrir une brèche dans ce conflit, nous avons saisi l'occasion de gagner la paix. Dans un contexte historique élargi, je suis fier de pouvoir déclarer que le peuple philippin s'est engagé dans la voie de la paix aussi bravement qu'il s'était chargé du fardeau du conflit, et je suis convaincu que les Philippins continueront d'assumer la responsabilité du maintien de la paix, car nous ne sommes que trop conscients du terrible prix des hostilités. Nous savons désormais que nous ne saurions nous développer séparément, en tant que groupes ethniques ou factions politiques ou en tant que communautés culturelles différentes ou classes économiques diverses isolées les unes des autres. Les Philippins sont désormais conscients qu'en tant que société multiethnique, notre pays et notre peuple ne peuvent se développer que soudés. Et nous avons aussi appris – non sans peine – les leçons de notre propre histoire, même si nous continuons à tirer des enseignements de l'histoire des autres peuples. Au cours des cent dernières années, les Philippins ont traversé toutes formes de conflits sanglants. En revanche, les Philippins peuvent aujourd'hui se targuer d'avoir connu la première révolution populaire pacifique et non violente de leur histoire qui ait abouti au renversement d'une dictature dans cette partie du monde. Appuyé par des militaires démocrates, cet acte de souveraineté populaire a fait au monde entier la démonstration des sentiments pacifiques des Philippins, en février 1986. Nous avons survécu à toutes ces vicissitudes, tandis que notre démocratie est désormais plus stable et plus unie que jamais. Pour nous Philippins, c'est surtout parce que ce Prix de l'UNESCO 1997 pour la paix nous est décerné en un moment particulier, à quelques jours près de la commémoration du centenaire de l'indépendance des Philippines, du centenaire d'une nation qui fut la première république d'Asie, que nous attribuons à cette distinction la plus haute importance. Le prix UNESCO pour la paix ne fait donc que donner plus d'éclat encore à cet héritage de liberté que nous laissons aux futures générations de Philippins. Messieurs les Présidents, Soyez à nouveau remerciés pour le très grand honneur que nous fait l'UNESCO, et pour cette merveilleuse cérémonie organisée sous les auspices du Sénégal en présence des dirigeants africains. Nous chérirons à jamais ce Prix pour la paix que vous avez décerné au Gouverneur Misuari, à moi-même et à nos compatriotes Philippins, comme nous nous souviendrons toujours du grand homme d'État au nom duquel il nous est attribué. Je vous remercie. |
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