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1998 - Discours de Sheikh Hasina |
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| Premier Ministre de la République populaire du Bangladesh | |
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Bismillahir Rahmanir Rahim Monsieur Henri Konan Bédié, Président
de la République de Côte d'Ivoire, Assalamu Alaikum. C’est un moment de grand honneur pour mon pays, pour mon peuple et pour moi-même. Je suis particulièrement reconnaissante à l'UNESCO de nous témoigner un tel honneur. J'aimerais féliciter M. George J. Mitchell, le co-lauréat de ce Prix. Nous sommes parfaitement conscients du rôle qu'il a joué en faveur de la paix et pensons que ce rôle mérite bien des félicitations. Je souhaiterais exprimer mes sincères remerciements à M. le Directeur général de l'UNESCO et à MM. les Présidents du Sénégal et de la Côte d'Ivoire pour leurs paroles aimables à mon égard, concernant mes efforts en faveur de la paix, et pour mon pays. La résolution du problème de la région des collines de Chittagong ne s'est pas faite en un jour. Lorsque la Ligue Awami du Bangladesh, mon parti, se trouvait dans l'opposition, il avait créé une cellule de recherche dans le but d'approfondir la question de la région des collines de Chittagong et de proposer une solution. Nous en étions arrivés à la conclusion qu'il s'agissait d'un problème politique, qui devait par conséquent trouver une solution politique. Des solutions économiques, militaires, avaient été tentées, mais sans grand succès. En tant que leader de l'opposition, j'avais été la première à exiger une solution politique du problème et à demander la mise en place d'un comité national composé de membres du Parlement des deux camps. Il avait été créé, mais n'avait pas réussi à résoudre le problème. Je crois que nous avons eu plus de chance, tout simplement parce que nous avions plus la volonté sincère d'aboutir ; la Ligue Awami est un parti populaire et l'a toujours été depuis sa création. Défendre les droits du peuple a toujours été son unique objectif. Nous avons, par conséquent, estimé que les habitants de la région des collines de Chittagong avaient des droits, et qu'ils devaient être reconnus. Nous avons essayé de créer des liens de confiance et d'amitié, et, par la grâce d'Allah, nous y sommes parvenus, tout en maintenant nos efforts dans le cadre de la Constitution. Nous croyons que poser un problème correctement, l'aborder avec la volonté sincère de le résoudre, créer une atmosphère de confiance et de compréhension, et afficher un profond respect pour la loi suprême du pays sont des conditions essentielles pour pouvoir résoudre et voir disparaître les conflits. Je voudrais ici rendre hommage à M. Jyotirindra Bodhipriya Larma, leader des ex-insurgés de la région des collines de Chittagong, désormais Président du Conseil régional, pour sa clairvoyance et sa circonspection dans la recherche de la paix. Il a déposé son arme à mes pieds, et ses hommes l'ont fait après lui. Je lui ai, en retour, offert un bouquet de fleurs, des roses blanches. C'était un moment inoubliable. Le monde n'avait pas connu d'instants comparables depuis bien longtemps, du moins dans un passé récent. Les réfugiés, qui avaient fui hors des frontières par crainte pour leur vie, ou qui étaient restés cachés à l'intérieur du pays sont tous retournés chez eux sous les auspices de M. Upendra Lal Chakma. Alors que tant de réfugiés aux quatre coins du monde continuent à souffrir et que leurs problèmes sont de plus en plus difficiles à maîtriser, on ne peut que se féliciter d’un tel succès. Mais ce qui est encore plus important, c'est le fait que l'accord de paix avec la région des collines de Chittagong a pu être conclu sans aucune médiation venue de l'extérieur. C'était notre problème et nous avons pu, par la grâce d’Allah, le résoudre par nous-mêmes. Nous sommes convaincus que la paix est à la portée de tous les peuples, à condition qu'ils le veuillent vraiment. Hélas, beaucoup n'ont pas cette volonté. Je regrette de devoir aboutir à une telle conclusion, mais elle me paraît inévitable. Ceux qui produisent et vendent des armes doivent trouver des acheteurs. Ceux qui gouvernent autrement que par la volonté du peuple doivent trouver le moyen de se maintenir. Mais ce sont des groupes d'intérêts, et les groupes d'intérêts, nous le savons bien, ne durent jamais indéfiniment. Je suis bien plus préoccupée par la situation des gens du peuple qu'ils exploitent. L’homme du peuple ne se rend pas compte qu'il vit dans un monde de malveillance, qui l'encourage à la suspicion, à la haine et à l'hostilité. Il faut que cela cesse. Le Bangladesh a essayé de promouvoir la culture de la paix dans des lieux de rencontres internationales, notamment à l'UNESCO, et souhaite continuer à le faire. La Conférence de La Haye pour la Paix et la Justice au XXIe siècle m’a demandé de transmettre son message à tous les chefs d'État, et je l'ai fait. J’ai également lancé un appel afin qu'ils diffusent l'éducation à la paix à tous les niveaux. Au Bangladesh, nous avons commencé à le mettre en pratique et nous espérons élargir encore son objectif dans le futur. La paix est sans aucun doute à portée de main, mais pas sans une culture de la paix, pas sans une justice et une égalité sociales et économiques. La misère doit être éliminée, ainsi que les infortunes qui l'accompagnent. Nous devons respecter la dignité humaine. Nous ne saurions tolérer qu’un seul homme ou qu'une seule femme, sans parler des enfants, vive dans une situation dégradante et dans des conditions qui l'écrasent. Tant de choses ont été dites sur les droits de l'homme. Pour moi, il n’en est pas de plus important que le droit à une existence sans misère, sans maladie, avec une éducation et un toit. La paix, c'est cela. C'est cela, l'objectif auquel il nous faut parvenir, et pas seulement celui de résoudre et de mettre fin à un conflit. Au cours de ma vie, j'ai connu des périodes où la paix était sérieusement menacée. La première, c'était en 1971, lorsque nous avons été contraints de mener notre Guerre de libération nationale. Celle-ci aurait pu être facilement évitée si les militaires pakistanais alors au pouvoir avaient écouté les préceptes de la raison. La guerre a fini par s'imposer. Lors des élections générales de 1970, la Ligue Awami avait obtenu une majorité de sièges à l'Assemblée nationale du Pakistan, conduite par le Père fondateur de notre nation Bangabandhu Sheikh Mujibur Rahman. Mais il n'y eut cependant aucune passation de pouvoir. Au lieu de cela, la junte militaire pakistanaise fit régner la terreur et perpétua un génocide qui coûta finalement la vie à trois millions de personnes. Nos hommes, femmes et enfants furent tués, des milliers de femmes furent violées. Nous n'avions plus d'autre choix que de prendre les armes. Et nous vîmes l'horrible visage de la guerre. Bangabandhu Sheikh Mujibur Rahman est mon père. Il est aussi le Père de notre Nation. « Bangabandhu », cela signifie l'« Ami du Bengale ». Il a été, comme ma mère, comme mes trois frères – le plus jeune n’avait que dix ans –, comme les jeunes épouses de deux de mes frères, comme la plupart des membres de ma famille, sauvagement assassiné le 15 août 1975 par quelques militaires abusés. Ma sœur et moi-même avons échappé au massacre car nous vivions alors hors de notre pays. Nous avons dû vivre en exil pendant de nombreuses années, passant d'un pays à un autre, continuellement traquées par la peur de mourir assassinées. Après 1975, le Bangladesh a connu une période relativement longue de gouvernements autoritaires et militaires. Les dirigeants se maintenaient au pouvoir en organisant des élections truquées. On a essayé plusieurs fois d'attenter à ma vie. Mais cela ne m'a pas détournée de mon but, qui était de donner à mon peuple le droit de vote et de quoi manger. Mon engagement en faveur de la paix me vient de cette expérience personnelle que je viens d'évoquer. Je sais ce que signifie la guerre, ce qu’est un gouvernement autoritaire, je sais ce qu'est un peuple qui souffre parce qu'il ne connaît ni la paix ni la démocratie, parce qu'on lui dénie tout pouvoir. Nous avons dû nous battre, longuement et durement, pour imposer le droit de vote et offrir de quoi manger à notre peuple. Le principal objectif de notre lutte a été d'instaurer la démocratie et l'émancipation économique de notre peuple. Nous avons déclenché un mouvement constitutionnel et pacifique pour déloger le pouvoir autoritaire en place. Par la grâce d'Allah, nous y sommes parvenus. Nous avons également rendu au peuple son droit de voter librement et impartialement, selon sa conscience. Cela a été rendu possible grâce à l'adoption d'un amendement à la Constitution permettant de nommer un gouvernement intérimaire non partisan pour conduire toutes les élections nationales. À présent, nous allons nous battre afin de créer une société qui ne sera plus fondée sur l'exploitation et où chacun pourra manger à sa faim ; afin de réaliser le rêve du Père fondateur de notre nation, celui d'un Sonar Bangla – d'un Bengale prospère. Au cours de tous ces affrontements, j'ai été arrêtée plusieurs fois. On a tiré sur moi à diverses reprises pour tenter de m'assassiner. Mais ma force, je la tiens de mon peuple. Je suis prête à tous les sacrifices dans l'intérêt de mon peuple. Aucune paix n’est possible sans la démocratie. Il y a quelques jours, l'Association des parlements d'Asie en faveur de la Paix a été fondée à l'initiative du Bangladesh. Nous sommes convaincus que seuls les représentants du peuple sont en mesure d'installer la paix durablement ; personne d'autre ne peut le faire à leur place. En toute humilité et toute gratitude envers le Tout-Puissant Allah, j'accepte cette récompense dans l'espoir que la paix règnera sur l'ensemble du monde au cours du prochain millénaire, si ce n'est pour toujours. Merci à tous. Vive la Paix. Longue vie au Bangladesh. |
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