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1998 - Discours de M. Federico Mayor

Directeur général de l’UNESCO

Monsieur le Président de la République du Sénégal,
Monsieur le Président de la République de Côte d’Ivoire,
Monsieur le Président Mário Soares,
Monsieur le Représentant du Président de la République de Guinée,
Monsieur le Président du Conseil exécutif,
Monsieur le Président, Madame, Messieurs les Membres du Jury,
Madame et Monsieur les Lauréats,
Excellences,
Chers collègues et amis,
Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux de vous accueillir à l'UNESCO à l'occasion de la remise du Prix Félix Houphouët‑Boigny pour la recherche de la paix à Sheikh Hasina, Premier Ministre de la République populaire du Bangladesh, et à M. George J. Mitchell, ancien Conseiller spécial du Président des États-Unis d'Amérique pour les Affaires irlandaises.

Je me réjouis de la présence parmi nous de S. Exc. Monsieur Abdou Diouf, Président de la République du Sénégal et Parrain du Prix, venu une fois de plus témoigner son attachement aux valeurs que ce Prix honore et récompense.

Mes remerciements s'adressent bien naturellement au digne successeur du Président Félix Houphouët-Boigny, le Président Henri Konan Bédié, qui a placé ce Prix au centre de ses préoccupations. Grâce à son action, le Prix a été renforcé à tous égards après la disparition du Sage de l'Afrique.

Si le Prix est devenu lui-même une institution internationale, l'UNESCO le doit aussi au prestigieux Jury, qui le conduit avec une grande sagesse et une vision élevée et lucide du présent et de l'avenir. À cet égard, vous me permettrez de rendre hommage, une fois encore, à son Président, M. Henry A. Kissinger.

Excellences,
Mesdames, Messieurs,

La cérémonie qui nous rassemble aujourd'hui honore cette année deux lauréats, le Premier Ministre de la République populaire du Bangladesh et un membre du Sénat américain. Des deux côtés du monde, nos deux lauréats, Sheikh Hasina et George J. Mitchell, ont œuvré pour la paix, appliquant les mêmes principes et guidés par la même vision d'une société pacifique et tolérante. Je me tourne d'abord vers Sheikh Hasina, Premier Ministre de la République populaire du Bangladesh et fille du fondateur de ce pays, Sheikh Mujibur Rahman.

Excellence,

Suivant les traces de votre père, qui a consacré sa vie à la fondation d'une nation, vous avez à votre tour emmené cette nation sur le chemin de la paix et de la réconciliation. Après avoir fait l'expérience amère de l'exil, vous êtes rentrée dans votre pays et avez gagné les élections de 1996, devenant le dixième Premier Ministre du Bangladesh. Sitôt installée à la tête de la nation, vous avez cherché à mettre un terme au conflit sévissant dans la région de Chittagong où, depuis longtemps, des forces rebelles avaient pris les armes.

Vous avez agi dans un esprit de compréhension et de réconciliation, attentive à toute la complexité de la situation, restaurant la confiance afin de construire la paix. Vos efforts infatigables ont fini par être récompensés : un quart de siècle de guerre civile dans la région a pris fin avec la signature d'un accord de paix le 2 décembre 1997. Les cinq millions d'habitants de cette région peuvent désormais envisager un avenir pacifique et développer leurs communautés libérées du fléau d'un conflit que beaucoup ont connu pendant toute leur existence.

Madame le Premier Ministre,

Les efforts que vous avez déployés pour rétablir la paix à l'intérieur des frontières de votre pays ont été comparables à votre dévouement à la cause d'une culture mondiale de la paix. Votre engagement a joué un rôle significatif dans le renforcement du soutien international en faveur d'une culture de la paix.

Je voudrais maintenant exprimer ma gratitude et mes remerciements à S. Exc. Monsieur Anwarul Karim Chowdhury, Ambassadeur et Représentant permanent du Bangladesh auprès de l'Organisation des Nations Unies, pour le rôle essentiel qu'il a joué dans la promotion d'une culture de la paix aux Nations Unies.

À la demande du Président de l'Assemblée générale, M. Chowdhury a conduit les négociations avec les délégations en vue de l'élaboration en commun d'un texte pour la Déclaration et le Programme d'action sur une culture de la paix, texte qui a ensuite été adopté le 13 septembre 1999 par l'Assemblée générale des Nations Unies à sa cinquante-troisième session. Ce fut un remarquable succès pour l'UNESCO et l'ensemble du système des Nations Unies.

Mesdames, Messieurs,

 Je vais maintenant rendre hommage à notre second lauréat, le Sénateur George J. Mitchell.

Monsieur le Sénateur,

 Avant de jouer un rôle clé dans le processus de paix en Irlande du Nord, vous avez déjà consacré, dans l'enceinte du Sénat américain, quinze années de travail aux questions de justice sociale : en encourageant l'adoption de mesures destinées à protéger les enfants, les familles à faible revenu et les personnes handicapées, et en défendant l'environnement.

 Vous avez fait preuve, face à la situation apparemment inextricable en Irlande du Nord, d'une capacité de dialogue, d’une ferme détermination et d'une confiance tranquille dans le désir de paix de cette communauté divisée. Pendant tout le long et difficile processus de négociation, vous avez joué un rôle décisif, œuvrant patiemment, avec fermeté, vers la réconciliation.

 Je pense que votre action restera pendant longtemps un modèle et une référence pour ceux qui recherchent la paix : vous êtes l'exemple même de l'observateur extérieur neutre qui, comme nous l'avons vu, a joué un rôle primordial en Irlande du Nord. Les deux principaux protagonistes à l'intérieur de la communauté, David Trimble et John Hume, ont été récompensés par le Prix Nobel de la paix l'année dernière. Aujourd'hui, c'est avec le plus grand plaisir que je vous décerne le Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix.

Excellences,
Mesdames, Messieurs,

En ce dixième anniversaire du Prix, et au moment où, pour la dernière fois, je participe à sa remise solennelle en tant que Directeur général, c'est avec émotion que je mesure le chemin parcouru depuis la première cérémonie au cours de laquelle Nelson Mandela et Frederik W. De Klerk s’étaient serré la main pour la première fois sur une tribune internationale. Quelques mois après, ils devaient être consacrés par le Prix Nobel de la paix.

Vous me permettrez, Excellences, Mesdames, Messieurs, de saisir cette occasion pour rendre hommage, à nouveau, à la mémoire de Félix Houphouët-Boigny, qui, le premier, m'a fait connaître et aimer l'Afrique. Pour remercier aussi le continent africain, qui m'a tant appris.

C'est en Afrique qu'une femme, institutrice, la première, m'a interpellé : « Pourquoi venez-vous toujours nous donner des leçons ? Pourquoi nous donner des conseils, au lieu de nous écouter ? » Et nous avons décidé, ici, à l'UNESCO, d'être désormais à l'écoute de l’Afrique et à l'écoute du monde.

Je voudrais ici exprimer toute ma gratitude, en particulier aux Présidents Abdou Diouf et Henri Konan Bédié, et à nombre de leurs pairs africains, pour le soutien qu'ils m'ont toujours apporté. Leurs avis et conseils m'ont beaucoup éclairé.

Excellences,

Mesdames, Messieurs,

Le Président Félix Houphouët-Boigny voulait la paix pour tous, riches et pauvres. Cette volonté de paix, telle une colombe, s'est envolée de Yamoussoukro pour inviter le monde entier à plus de solidarité, de partage, de fraternité et d'amour. Continuons de faire en sorte que le vol de cette colombe soit facile, et qu'elle soit partout accueillie par des branches d'olivier.

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