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2000 - Discours de M. Henry A. Kissinger |
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| Président du Jury | |
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Madame
Robinson, C’est à l’unanimité que le Jury du Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix a désigné Mary Robinson lauréate pour l’année 2000, en reconnaissance de sa contribution remarquable à la cause de la paix et des droits de l’homme. Les orateurs qui m’ont précédé ont évoqué l’œuvre remarquable accomplie par Mme Robinson. Je voudrais, pour ma part, faire quelques observations d’ordre philosophique sur le rôle qu’elle joue dans le monde actuel. La période dans laquelle nous vivons est marquée par des révolutions à l’échelle mondiale d’une ampleur sans précédent. Jamais, auparavant, les différents continents n’ont été en mesure de communiquer en permanence les uns avec les autres. Jamais, auparavant, nous n’avons disposé d’autant de capacités techniques pour infliger la souffrance et jamais, auparavant, n’ont existé autant de moyens matériels pour améliorer la condition humaine. Le défi à relever pour les dirigeants politiques est écrasant. En effet, les problèmes à gérer au quotidien sont dominés par l’urgence. Or, pour avoir vécu dans ce monde, je sais d’expérience combien il est difficile de prendre en considération des questions importantes qui n’exigent toutefois pas une attention immédiate. Les objectifs politiques sont atteints par étapes, mais les objectifs moraux relèvent d’une attente universelle. L’équilibre à trouver entre ces deux impératifs est, depuis des siècles, un sujet de réflexion pour les philosophes de l’histoire. Une chose est certaine : toute génération, quelle qu’elle soit, peut se considérer comme favorisée par le sort si ses dirigeants la rappellent à ses obligations, et insistent sur les valeurs permanentes qui transcendent les exigences tactiques du moment. J’ai lu nombre des déclarations de Mary Robinson et elles m’ont ému. Il y en a une, en particulier, qui la définit tout entière ; ainsi, quand elle déclare : « Ma mission est de parler pour tous ceux qui ne peuvent le faire, pour ces désespérés qui se sentent totalement négligés par le reste du monde. Nous devons montrer, c’est notre devoir, que nous prenons au sérieux le drame de chaque famille. » Pour moi, qui ai vécu enfant sous un régime totalitaire, ce message est chargé d’émotion et de signification. Ce n’est donc pas un hasard si Mary Robinson a été le premier chef d’État à se rendre en Somalie en 1992, alors que le pays était frappé par la famine, et aussi au Rwanda, au lendemain du génocide. Elle a accordé une attention particulière au continent africain, une région accablée de souffrances et manquant cruellement de structures. Nous souhaitons tous que l’Afrique ne soit plus préoccupée par ses seules souffrances, qu’elle puisse accéder à un monde meilleur, et qu’elle soit un continent qui ne suscite pas seulement notre compassion, ce qui demande de notre part des engagements politiques de tous les jours. Ce que Mary Robinson a accompli, en vue de cet objectif, par ses discours et ses conférences, figure parmi les grandes actions de notre époque. C’est pourquoi, en tant que président du Jury du Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix, je suis flatté de prendre part à la remise de ce Prix et je suis fier de la décision de notre Jury. Je vous remercie de votre attention. |
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