|
|
|
|
|
|
|
|
|
2002- Discours de M. Henry Kissinger |
|
| Président du Jury | |
|
Prononcé par M. Jean Foyer Messieurs les Présidents, Il était midi passé, lorsque
j'ai été prié de me substituer, à cette tribune, au
Président du Jury, le Dr Henry Kissinger. Dans ces conditions, il
m'était évidemment impossible de préparer un discours qui fût mon œuvre
personnelle. Je me contenterai donc de lire, non pas exactement
l'allocution préparée par le Dr Kissinger, car elle est en langue
anglaise, mais de vous en lire la traduction en français. Et c'est maintenant le Dr
Kissinger qui, par ma bouche, s'exprime en français : En ma qualité de Président du
Jury, j'ai l'agréable devoir, aujourd'hui, de remettre au
Président Kay Rala Xanana Gusmão le Prix Félix Houphouët-Boigny
pour la recherche de la paix que le Jury, réuni à Paris le 9 octobre
2002, lui a décerné à l'unanimité. Cet hommage rendu au Président
Gusmão traduit notre espoir que le passé soit une puissante source
d'inspiration pour l'avenir, afin de rappeler aux dirigeants actuels - et
à tous leurs successeurs - les combats et les triomphes, les sacrifices
et les victoires que d'autres, avant eux, ont inscrits dans les mémoires
au nom de la dignité humaine et de la paix. Pour honorer le Président
Gusmão, nous élevons, non pas une statue de pierre, mais de symbole de
courage, de dévouement et de persévérance, au service de la paix, dans
l'esprit des hommes et des femmes. L'impératif moral auquel le Président
Gusmão a obéi, gardera toute sa valeur pour les générations futures.
Celles-ci ne trouveront pas, pour leurs propres combats, de meilleur modèle
que le Président Gusmão. En recevant ce Prix, le Président
Gusmão rejoint un petit groupe d'hommes et de femmes qui ont apporté
leurs contributions exceptionnelles à la paix et à la dignité humaine,
devenant ainsi la voix de nations tout entières. Le Timor oriental a subi le joug
colonial pendant quatre siècles. Son combat fut celui d'un petit pays
parmi des nations obéissant à des impératifs qu'elles jugeaient plus
pressants. Il y a près de trois décennies que le Président Gusmão prit
la tête du combat pour la libération. Il en assuma toute la charge
lorsque, il y a dix ans, il fut jugé et condamné pour avoir tenté de
renverser la domination coloniale. De sa prison, il mit au point la stratégie
de libération que ses partisans appliquèrent avec autant d'ardeur que
d'efficacité ; pendant ce temps, démontrant que ceux qui mènent la
lutte pour la liberté sont aussi porteurs d'autres valeurs, il apprit
plusieurs langues, peignit et écrivit certaines des œuvres les plus
importantes de la poésie moderne de son pays. Son courage et sa dignité
lui valurent le respect de ceux-là mêmes qui s'opposaient à sa cause. Lorsque l'armée portugaise se
retira en novembre 1975, elle fut remplacée au Timor oriental par une
autre puissance étrangère. L'impact humain de cet événement ne fut pas
compris immédiatement par la plupart des pays du monde, dont le mien. Cela donne encore plus de prix à
ce que les Timorais de l'Est ont accompli. Pendant vingt-quatre ans, le
peuple du Timor oriental mena, sous la direction courageuse de Xanana Gusmão
que nous célébrons aujourd'hui, une lutte difficile mais glorieuse, pour
mettre fin à la domination étrangère. Les Américains peuvent
s'enorgueillir du rôle que leur pays a joué dans l'aboutissement de ces
efforts. La lutte pour la libération
nationale, conduite par cet homme exceptionnel, fut couronnée de succès
à la fin de 1999, et ce, contre toutes les formes d'adversité :
puissance militaire écrasante, indifférence du monde extérieur, terreur
dans le pays, privations et
pauvreté. Magnanime dans la victoire, le premier
geste de Gusmão fut de tendre la main de l'amitié à ceux qui, pendant
longtemps, avaient cherché à faire échouer sa cause. Par son combat, le Président
Gusmão nous montre que la force ne peut justifier une cause, et qu'elle
ne peut vaincre si elle n'est pas mise au service de la dignité humaine
et de la liberté. Nous honorons ici le Président Gusmão et la nation
dont il est désormais le chef, et qu'il inspira avant même qu'elle ne
devînt une nation. Les Timorais ont conquis la liberté grâce à la
puissance morale de leur cause, et c'est ce dont nous nous réjouissons au
nom de la paix. Je vous
remercie. (Texte traduit de l'anglais) |
|
|
|
|