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2002 - Discours du Président Xanana Gusmão |
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| Président de la République démocratique du Timor-Leste | |
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Monsieur Koïchiro Matsuura, Directeur
général de l'UNESCO, C'est un très grand honneur pour
moi de me trouver aujourd'hui parmi vous pour recevoir le prestigieux Prix
Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix, au siège de
l'UNESCO, une organisation dont la réputation est aussi établie que
respectée. Félix Houphouët-Boigny est une référence
pour des États comme la jeune nation du Timor-Leste, par son humanisme,
ses principes, son esprit de réconciliation et sa vision de l'avenir et,
tout particulièrement, par son sens profond de la démocratie et du
pluralisme, ainsi que par la définition claire qu'il a su donner des
objectifs de développement et de valorisation de la dignité de son
peuple. Un sage qui inspire nos valeurs universelles, aujourd'hui encore L'UNESCO, qui promeut l'épanouissement
de l'individu grâce à l'éducation et à la science, ainsi que la
reconnaissance du patrimoine humain, matériel, naturel et spirituel, représente
les nombreuses aspirations des peuples comme celui du Timor-Leste, résolus
à maîtriser leur destin par la sauvegarde et le respect de leur culture
et des valeurs identitaires nationales. Félix Houphouët-Boigny et l'UNESCO
sont, l'un et l'autre, d'indiscutables sources d'inspiration pour fonder
solidement l'harmonie et la stabilité sociales, qui sont les conditions
indispensables à la construction de la paix. Pour le Timor-Leste, la plus
jeune nation du monde, ce Prix ne peut avoir d'autre signification que
celle de l'édification de la paix, qui doit être une priorité et un
objectif permanent. Le Timor-Leste vient de vivre sa première
année d'indépendance après des décennies de lutte. Nous sommes de plus en plus convaincus
que c'est là un chemin long et difficile, parsemé d'embûches et de défis
pour le Timor qui reste attaché à ses principes et à ses idéaux. Il
faut d'urgence dépasser certains obstacles, pour que la paix et l'indépendance
acquièrent un sens réel pour notre peuple. La paix ne doit pas être envisagée
comme n'étant que l'absence de violence ou de guerre. Au Timor-Leste,
nous connaissons une situation d'absence de guerre, et les manifestations
de violence sont parmi les plus faibles du monde. Pourtant, la paix n'est
ni encore installée, ni encore concrétisée dans notre société, car
pour nous la paix n'est pas un concept abstrait. Félix Houphouët-Boigny a défini la
paix comme un comportement. C'est cette philosophie que nous partageons en
luttant pour une culture de la paix sur laquelle puisse reposer la
tranquillité individuelle et collective au sein de la société
timoraise. La construction de la paix au
Timor-Leste présente deux aspects essentiels : la réconciliation
nationale et la participation des citoyens à l'édification d'une véritable
nation. Dans cette perspective, nous en sommes
venus à centrer notre action sur des domaines stratégiques dont la clé
de voûte est la participation individuelle ou collective des citoyens,
soit à travers les institutions qui constituent l'État, soit à travers
des espaces moins conventionnels, mais qui permettent de véhiculer
l'expression de volontés et d'opinions nouvelles. Je veux parler, par exemple, de
l'intensification des actions visant à promouvoir la vie démocratique,
le respect et la tolérance, ou encore du processus de réconciliation qui
comporte un débat collectif sur les efforts à déployer pour panser les
plaies du passé et se tourner vers l'avenir avec confiance. Autre action engagée, le
Dialogue National, initiative de la présidence qui vise la participation
de tous au débat ouvert de manière démocratique, sur des questions qui
préoccupent la majorité de la population, et qui structurent les
institutions de l'État et la construction de l'État de droit. Récemment, s'est tenu le
Dialogue National sur le pouvoir local, son rôle, son objectif et sa
mission. Avant le débat final auquel participaient tous les secteurs
importants de la société, une consultation a eu lieu dans tout le pays
pendant deux mois. Selon nous, structurer le pouvoir local, décentraliser
les processus de prise de décision, et donner aux citoyens une
responsabilité dans la définition des besoins et des priorités locales,
et dans la recherche de solutions, sont autant de puissants moyens de
garantir la participation directe à la consolidation de la démocratie et
à l'enracinement d'un comportement de paix : il s'agit avant tout de
faire de chaque citoyen l'acteur principal du destin du pays. Dans un pays comme le Timor-Leste,
qui compte parmi les plus pauvres du monde, l'édification de la paix est,
à notre avis, la contribution la plus précieuse que nous puissions
apporter à notre peuple, à la région du Sud-Est asiatique et à la
communauté internationale. C'est dans cette perspective que nous
continuerons de nous employer activement à l'établissement de meilleures
relations de coopération avec l'Indonésie et avec tous les voisins de la
région. Ce Prix que je reçois en tant que représentant de l'État démocratique
du Timor-Leste, est un encouragement à suivre cette voie. Excellences, Il y a cinq jours, le Timor-Leste
a signé à Londres l'Acte constitutif de
l'UNESCO, devenant ainsi membre de l'Organisation. C'est pour notre
pays une nouvelle étape importante de son insertion dans la communauté
des nations. Je tiens ici à rendre hommage et exprimer ma gratitude à
l'UNESCO pour l'appui et les encouragements qu'elle nous a dispensés
avant même notre adhésion, et que nous pourrons désormais,
conjointement, traduire en actes. Je suis convaincu que, sous la direction
de M. Koïchiro Matsuura, les relations du plus jeune pays membre de
l'UNESCO, avec l'Organisation et les autres États membres, ne pourront
que se développer et s'enrichir. Je veux remercier les membres du
Jury international du Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de
la paix de leur geste de confiance qui donne une nouvelle dimension à la
responsabilité du Timor-Leste, et aussi à la mienne, dans l'édification
de la paix, essentielle au développement et à la valorisation de la
dignité du peuple du Timor-Leste. Au Président du Jury, M. Henry
Kissinger, j'adresse mes remerciements pour l'honneur qu'il nous rend par
son message, même s'il n'a pas pu être parmi nous, ayant été retenu à
Londres en raison de la grève. C'est un témoignage de son soutien au
processus de paix au Timor-Leste. Notre gratitude va également aux
invités illustres qui honorent de leur présence le Timor-Leste et moi-même
- le Président Abdou Diouf, le Président Henri Konan Bédié, M. Michel
de Bonnecorse, représentant le Président Jacques Chirac, S. Exc. M.
l'Ambassadeur Teiichi Sato, qui représente le Premier Ministre Koizumi du
Japon, et à vous, Mesdames et Messieurs, les éminents représentants des
gouvernements et de l'UNESCO, ainsi qu'aux membres de la famille du Président
Félix Houphouët-Boigny. Je souhaite également exprimer
mes remerciements aux membres du Jury et au personnel du Secrétariat du
Prix et, en particulier, à son Secrétaire exécutif, M. Alioune Traoré,
pour avoir perpétué la conception humaniste universelle de Félix
Houphouët-Boigny en administrant ce Prix, et aussi pour l'hospitalité
chaleureuse et sympathique qui a été réservée à la délégation En recevant ce Prix aujourd'hui,
je veux honorer la mémoire de Félix Houphouët-Boigny, ce Sage du
continent africain et du monde, et aussi rendre hommage à sa vision et à
son action, célébrées chaque année par l'attribution du Prix qui porte
son nom et qui représente un message très important pour la paix
mondiale. Je vous remercie. (Texte traduit du portugais) |
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