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ETUDES ET RECHERCHES POST-CATASTROPHES
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Objectifs
L'UNESCO
occupe une place de choix pour donner des conseils et coordonner
les recherches post-catastrophes. L'égide de l'UNESCO
apporte une valeur ajoutée considérable à
ce genre d'intervention :
-
l'organisation,
la coordination des missions d'experts post-catastrophes
et l'échange d'information par l'établissement
préalable d'accords en matière d'importation
(et d'exportation ultérieure) d'équipement
mobile (tel que les sismomètres), de contribution
participative et divers accords entre l'UNESCO et les
pays à risques
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La
citadelle Arg-e-Bam,
vieille de 3000 ans, après le séisme
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-
l'établissement
d'un centre d'information et de coordination sur le terrain
(un site, une personne), à proximité du
site du tremblement de terre de façon à
communiquer aux pays qui prévoient de dépêcher
une mission post-catastrophe et aux experts sur le terrain
les coordonnées des chercheurs oeuvrant dans ce
domaine et des informations sur le type de recherches
qu'ils mènent, informations accessibles soit sur
la toile, par téléphone ou par une visite
au centre sur le terrain.
-
la
publication de rapports finaux, globaux et standards sur
les répercussions des tremblements de terre, les
causes des dégâts et les recommandations
pour éviter les pertes à l'avenir.
-
l'exploitation
des données, des résultats et des recommandations
visant à agir sur le comportement social et les
politiques gouvernementales par la publication de rapports
et l'organisation d'une réunion (1 à 3 ans
après l'événement) dans le pays sinistré.
La réunion ne serait organisée qu'à
la demande d'un pays sinistré en direction des
décideurs et du grand public
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Après
le tremblement de terre de Bam, Iran, décembre 2003
Le
26 décembre 2003 à 5 h 26 du matin, heure locale,
un tremblement de terre dévastateur a tué plus d'un
quart des 100 000 habitants de Bam, dans leur lit pour la plupart,
et en a blessé au moins 15 000 autres. Un grand nombre des
33 000 élèves et étudiants de la ville ont
péri, avec un cinquième des 5 400 enseignants. Des
dizaines de milliers de personnes se sont retrouvées sans
abri et plus de 6 000 enfants sont devenus orphelins.
Ce
tremblement de terre de 6,5 sur l'échelle de Richter a détruit
à plus de 80% la partie historique de la ville et sérieusement
endommagé l'Arg-e-Bam (la citadelle), vieille de trois mille
ans, le plus vaste au monde des édifices en pisé.
Les deux hôpitaux de la ville se sont effondrés, et
85% des habitations, des écoles, des magasins, des bâtiments
médicaux et administratifs de la ville et des villages avoisinants
furent rasés.
Une
équipe spéciale désignée par le Directeur
général s'est réunie pour la première
fois le 6 janvier afin de coordonner la réaction de l'UNESCO
au tremblement de terre et de préparer la participation de
l'UNESCO à l'Appel d'urgence de l'ONU pour les secours, le
sauvetage et la reconstruction immédiate. Un fonds d'urgence
a été levé au Siège et expédié
au bureau de l'UNESCO à Téhéran pour une aide
d'urgence.
Celle-ci
incluait l'aide aux enfants dans le besoin et les 131 écoles
de Bam et de ses environs, presque toutes détruites, l'évaluation
des dommages subis par le patrimoine culturel et les écoles,
la réparation du système de " qanats " de
la région. Galeries souterraines qui, depuis les temps les
plus reculés captent et transportent les eaux souterraines
dans la région, les qanats sont indispensables à l'irrigation
de la région de Bam, dont les dattes constituent la principale
production.
Plusieurs
missions techniques ont été dépêchées
à Bam afin de déterminer la participation de l'UNESCO
aux travaux de reconstruction selon un urbanisme plus résistant
aux tremblements de terre ; l'une de ces missions était dirigée
par Wolfgang Eder, Directeur de la division des sciences de la terre
à l'UNESCO, accompagné de Badaoui Roubhan, spécialiste
de l'atténuation des effets des catastrophes.
La
mission a travaillé en étroite coopération
avec l'Institut international d'ingénierie des tremblements
de terre et de sismologie (IIEES), créé sous l'impulsion
de l'UNESCO en 1990 à Téhéran, afin d'établir
une " Alliance " face aux conséquences du tremblement
de terre, entre l'UNESCO, l'IIEES, le PNUD et le Secrétariat
des Nations Unies pour la Stratégie internationale de réduction
des catastrophes, dont l'UNESCO fait partie. L'IIEES et les autorités
iraniennes ont accueilli favorablement les propositions des délégations
et des experts internationaux (parmi lesquels un groupe de sismologues
américano-iraniens) d'examiner et répertorier les
destructions causées par le séisme.
L'Alliance
En
février, l'Alliance a déploré " l'inertie
et le manque de rigueur dans l'application des codes de construction
en Iran, aussi bien que dans d'autres pays ".
A
moyen terme, l'Alliance publiera un rapport sur les enseignements
tirés du tremblement de terre de Bam, afin de réduire
les pertes dans des cas similaires. Elle propose de mettre au point
un prototype d'école et d'hôpital faisant appel à
la technologie de pointe, comme l'isolation des fondations, adapté
à la culture locale, à son tissu architectural traditionnel,
ainsi qu'à la morphologie de son urbanisme. L'Alliance contribuera
à la remise en état de la citadelle Arg-e-Bam et d'autres
sites du patrimoine de cette ville historique.
A
plus long terme, l'Alliance appuiera la proposition soumise par
l'IIES de pourvoir le réseau sismologique national iranien
de matériel mobile d'observation sismologique, et d'entreprendre
des études de zonage et de microzonage des risques sismiques
pour les plus vulnérables des régions habitées.
Des
cours seront dispensés chaque année par l'IIEES sur
le thème " Conception et construction sismiques "
à l'adresse des pays de la région. L'Institut encouragera
également une exploitation accrue des techniques de construction,
tant traditionnelles que nouvelles, dans les villes et les zones
rurales à risques.
Deux
projets seront également mis en uvre : l'un portant
sur le microzonage géotechnique, ciblant les grandes villes
et l'autre sur la sismotectonique, comportant la localisation fine
des failles actives dans les régions à haut risques.
Un projet pilote conjoint sera lancé pour introduire la prévention
des risques sismiques dans les programmes d'enseignement, à
tous les niveaux.
L'Alliance
prévoit de soumettre un rapport sur ces projets et sur d'autres
à la Conférence mondiale de l'ONU sur l'atténuation
des catastrophes, qui se tiendra à Kobe (Japon) en janvier
2005.
La
grande vulnérabilité de l'Iran face aux séismes
L'Iran
fait partie des pays les plus exposés aux tremblements de
terre. La vulnérabilité de ce pays aux séismes
- parmi d'autres catastrophes naturelles - se fait malheureusement
de plus en plus sentir, bilan de la croissance démographique,
de l'urbanisation incessante, de l'industrialisation, de la dégradation
du milieu naturel, du changement climatique, de logements précaires
et de l'infrastructure vitale que sont les services de distribution
d'énergie et d'eau.
Bien
que les statistiques de Bam relatives à de tels séismes
fassent défaut, la ville n'en est pas moins située
sur la zone d'activité sismique du sud-est de l'Iran : le
système de failles de Gowk. Quatre grands séismes
ont ravagé la région dans un passé récent
: celui de Golbaf, le 11 juin 1981 (magnitude 6,6 sur l'échelle
de Richter), celui de Sirch le 28 juillet 1981 (7), celui du sud
de Golbaf, le 20 novembre 1989 (5,6), et celui du nord de Golbaf,
le 14 mars 1998 (6,6).
Le
tremblement de terre de Bam risque fort de paralyser la croissance
économique de l'Iran pour les années à venir,
car une partie des dépenses d'investissement est absorbée
par les efforts de reconstruction. L'Algérie se rétablit
tout juste aujourd'hui du séisme qui a frappé la province
de Boumerdès en mai 2003, des répliques sismiques
s'étant poursuivies jusqu'au début 2004.
Un
réveil brutal
Chaque
année, un demi million de tremblements de terre secouent
la planète. La plupart d'entre eux sont si faibles qu'ils
ne peuvent être détectés qu'à l'aide
d'un sismographe. Une secousse tellurique susceptible de faire de
gros titres ne se produit qu'une ou deux fois par semaine et les
fortes (dont la magnitude dépasse 8 sur l'échelle
de Richter) pas plus d'une ou deux fois l'an.
Bien
que les séismes soient susceptibles de se produire n'importe
où, les plus destructeurs sont ceux qui se manifestent en
bordure des plaques tectoniques du globe. La pression s'accentue
jusqu'à ce que la croûte terrestre se fissure soudainement,
en propageant son énergie sous forme de poussées et
de secousses. Ce sont ces dernières qui provoquent le plus
de dégâts, en faisant osciller dangereusement, voire
s'effondrer, édifices et ponts.
Au
cours des dernières 50 années, ingénieurs et
sismologues ont acquis une expérience directe et des connaissances
utiles pour épargner des vies humaines, à condition
que les hommes politiques et autres décideurs prennent le
relais. Les réseaux et systèmes d'observation sismologique
nous permettent de mieux appréhender la répartition
dans le temps et l'espace des risques de secousses telluriques et
leur intensité. Nous savons, par exemple, qu'un séisme
peut fragiliser une région en cas de secousses ultérieures.
En accentuant la pression exercée sur la faille nord anatolienne,
le tremblement de terre d'Izmit (Turquie) de 1999, a accru les risques
de survenue d'un deuxième grand tremblement de terre pour
les 10 ou 20 ans à venir.
Cela
ne signifie pas que les données sismologiques soient des
boules de cristal : la prévision des tremblements de terre
nous échappe encore. Mais les gouvernements peuvent exploiter
les données pour circonscrire les risques, en veillant par
exemple, à faire respecter strictement les codes de construction,
en organisant des formations ou campagnes de sensibilisation à
l'adresse des enfants et des adultes, ou en mettant en place des
dispositifs d'évacuation d'urgence.
La
tragédie de Bam retentit comme un réveil brutal auprès
des millions de citadins aux prises avec les tremblements de terre,
tels que ceux du Caire, d'Istanbul, Manille, Mumbai, San Francisco,
Santiago du Chili, Téhéran, Tokyo, parmi tant d'autres.
Pour
ne citer que Tokyo, qui se distingue, si l'on peut dire, par sa
situation incertaine au carrefour de quatre failles actives, le
dernier grand tremblement de terre remonte à 80 ans, et la
probabilité est forte que le prochain se produise de notre
vivant dans cette mégapole. Le gouvernement japonais et sa
population n'ont pas ménagé leurs efforts dans leur
préparation à l'éventualité de la prochaine
" grande secousse ", mais cela suffira-t-il à éviter
des dégâts humains et économiques considérables
?
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Ce
n'est pas la balle qui tue
Tous
les phénomènes naturels ne se traduisent pas
nécessairement par des catastrophes. Les constructions
humaines sont l'agent principal des catastrophes dues aux
tremblements de terre. Autrement dit, ce n'est pas la balle
qui tue, c'est l'impact. Les séismes ne tuent pas par
eux-mêmes, c'est l'effondrement des bâtiments
vacillant sur des fondations mal assurées qui est la
principale cause des décès à Bam, à
Boumerdès, et plus récemment à Al Hoceima,
au Maroc.
Il
existe aujourd'hui une somme bien plus grande que jamais de
connaissances scientifiques et de savoir-faire technique pour
prévenir les effets éventuels d'un séisme
avant qu'il ne frappe. Que l'Hôtel Marriott de 40 étages
soit resté intact après le tremblement de terre
de 6,9 sur l'échelle de Richter qui a dévasté
San Francisco (États-Unis) le jour de son inauguration
en 1989 en dit bien plus long qu'un discours sur les progrès
de l'ingénierie moderne !
De
toutes les questions d'environnement qui se posent à
l'échelle mondiale, les tremblements de terre et autres
catastrophes naturelles sont les situations les plus gérables
: les risques qu'ils présentent sont les plus faciles
à reconnaître, il existe des mesures efficaces
d'intervention, et les avantages qu'il y a à réduire
la vulnérabilité compensent largement leur coût.
Mais les effets désastreux des phénomènes
naturels ne pourront être maîtrisés que
lorsque la prévention revêtra un caractère
d'urgence aux yeux des responsables politiques.
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La
prévention au cur des priorités
Les
secours en cas de catastrophe peuvent bien séduire l'imagination
du public, mais on ne saurait en dire autant de la prévention
des catastrophes. S'exerçant en coulisses, la prévention
n'est pas aussi spectaculaire que les images d'immeubles qui s'effondrent
ou de tentes installées sur des ruines.
Les
dépenses publiques consacrées aux secours et à
la reconstruction représentent encore aujourd'hui 96 % de
l'ensemble des ressources consacrées chaque année
à la réduction de ces catastrophes, ce qui ne laisse
que quelques miettes à la prévention. Politiques et
donateurs ont tendance à accorder plus d'importance aux secours
qu'à l'atténuation des conséquences et aux
mesures d'intervention qui pourraient aider les communautés
à tirer les leçons des catastrophes et à réduire
leur vulnérabilité à l'avenir.
Les
analyses coûts/bénéfices viennent confirmer
la primauté qu'il convient d'accorder à la prévention
: selon certaines études, le ratio coûts/bénéfices
des investissements dans les systèmes d'alerte et l'atténuation
des effets des catastrophes, à l'aune des pertes provoquées
par les cataclysmes naturels, se situe entre 1 pour 15 et 1 pour
20.
L'UNESCO
continuera à remplir ses fonctions de conseil et de sensibilisation
tant que tous les pays - riches ou pauvres - n'auront pas remplacé
la primauté qu'ils accordent à la réaction
post-catastrophe par la prévention. Si les tremblements de
terre sont une fatalité, ils ne doivent pas pour autant être
à l'origine de désastres.
Pour en savoir
plus : b.rouhban@unesco.org
or tehran@unesco.org
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