« Décarboner » le développement
La
dure réalité de l'impact du changement climatique commence
à gagner la conscience du public. Selon l'argumentation d'Andrew
Dobson dans ce numéro, un monde plus chaud sera un monde plus
malade, du fait que les vecteurs de maladie étendront progressivement
leur aire géographique. Alors que le réchauffement sera une
aubaine pour les agents pathogènes, il fera des ravages dans
les espèces végétales et animales utiles et inoffensives :
une simple hausse de 1° C en Australie - scénario très plausible
- et ce sera l'extinction du possum nain des montagnes (Barramys
parvus) des Blue Mountains, comme le révèle une étude
de cas dans ce numéro.
La prise de conscience des menaces que le changement climatique fait peser sur la biodiversité va de pair avec la conscience des difficultés que nous aurons pour réduire d'ici 2010 la perte de biodiversité, conformément à l'objectif fixé en avril 2002
par les Parties à la Convention sur la diversité biologique. L'UNESCO accueillera à Paris,
du 2 au 6 juillet, la 12e réunion de l'Organe subsidiaire de conseil scientifique et technique auprès de la Convention, qui évaluera les progrès accomplis jusqu'ici par la communauté mondiale. D'après les premiers indices, la perte de biodiversité serait, en fait, en voie d'accélération.
Mais toutes les nouvelles sur le changement climatique sont-elles mauvaises ? Peut-être pas. Lors de la Journée de l'environnement, le 5 juin, le Pnud et Fortis, le géant de la banque et de l'assurance, ont annoncé, quelques jours à peine avant la réunion du G8 en Allemagne, un partenariat " carbone-finance ". Le Pnud aidera les pays en développement à concevoir des projets réduisant leurs émissions de gaz à effet de serre, projets très bénéfiques à l'environnement ainsi qu'au développement humain, tout en garantissant leur conformité avec les normes du protocole de Kyoto. Fortis revendrait alors les crédits provenant de la réduction des émissions générés par les projets du Pnud. Les bénéfices tirés de la revente devraient retourner vers les pays en développement et leurs communautés, pour financer des investissements dans le développement durable.
De tels partenariats peuvent-ils aider à remonter le temps ? C'est peu probable. Peuvent-ils aider les populations à atténuer les effets du changement climatique et à s'y adapter ? Très probablement.
La menace du changement climatique crée des possibilités de coopération inédites jusqu'ici, entre les parties prenantes de l'environnement et de la finance. Les nouvelles orientations de la coopération offrent de nouveaux moyens d'engranger des recettes, au bénéfice mutuel de la séques-
tration du carbone, du développement humain et d'une exploitation durable de la biodiversité.
Les
507 réserves de biosphère de l'UNESCO dans 102 pays peuvent
devenir des laboratoires d'apprentissage pour de tels partenariats
innovants. En mai dernier, par exemple, le programme de l'UNESCO
l'Homme et la biosphère a passé un accord avec Star Alliance,
consortium de 20 compagnies aériennes, pour qu'il attire l'attention
de ses nombreux partenaires potentiels - eux-mêmes grands
voyageurs - sur les projets de l'UNESCO en faveur des réserves
de biosphère, qui allient la volonté d'atténuer le changement
climatique et de s'y adapter, à la nécessité de freiner la
perte de biodiversité en soutenant le développement durable.
W.
Erdelen
Sous-directeur général pour les sciences exactes et naturelles