
La fréquence du cancer du poumon est importante : en France, chez l’homme, il arrive en deuxième position après celui de la prostate (80 cas pour 100 000 habitants) et chez la femme en troisième, après le cancer du sein et celui du côlon (20 pour 100 000). Il faut savoir qu’il existe deux formes principales de cancer pulmonaire: la plus fréquente (85% des cas) concerne les cancers dits « non à petites cellules », qui se traitent, selon leur stade, par chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie. La forme dite « à petites cellules » (15 %) relève de la chimiothérapie et de la radiothérapie ; elle n’a pas connu d’avancées importantes depuis ces vingt dernières années. Les tumeurs à «non petites cellules » ont en revanche bénéficié de grands progrès. «Avant d’aborder des protocoles thérapeutiques, précise le Dr Thierry Le Chevalier, il faut parler des avancées réalisées dans les techniques de diagnostic ! L’arrivée récente du scanner spiralé permet aujourd’hui de déceler un petit nodule cancéreux inférieur à 3 millimètres, alors qu’avec la classique radiographie on ne les découvre qu’à une taille de 2 centimètres ! Depuis environ cinq ans, un autre type d’examen, le Tep-Scan, nous livre les caractéristiques de ces cancers, renseigne sur une éventuelle extension ganglionnaire et sur l’existence de métastases à distance. Comme pour les autres cancers, celui du poumon, sans traitement, va évoluer de stades précoces (1 et 2) à un autre, plus avancé, le stade 3, puis à celui où les cellules cancéreuses auront colonisé un autre organe, le stade 4. »
Pour les petits cancers du poumon: la vidéochirurgie. Dans les stades 1 et 2, quand la tumeur est encore localisée, on effectue d’emblée une lobectomie (ou ablation d’un lobe pulmonaire). La nouvelle technique chirurgicale par vidéochirurgie est beaucoup moins lourde et douloureuse que l’opération classique. «Cette intervention, explique le Dr Patrice Bergeron, s’effectue sans ouvrir le thorax, par de toutes petites incisions au travers desquelles le chirurgien glisse ses instruments. Il effectue ses gestes (les mêmes que ceux de l’acte opératoire classique : ablation du lobe, exérèse des ganglions adjuvants) les yeux rivés sur l’écran qui reproduit le champ opératoire considérablement agrandi. Il n’a plus à couper les muscles ni à fortement écarter les côtes (elles ne le sont que très légèrement pour laisser passer deux doigts). Si, en cours de route, apparaît une complication (exemple: difficulté de dissection), il pourra toujours revenir à la technique de chirurgie classique à thorax ouvert. Grand avantage de cette nouvelle approche chirurgicale: les suites sont plus simples, plus courtes et moins douloureuses. Les doses de produits morphiniques sont réduites et l’hospitalisation moins longue: huit jours au lieu de douze ou quinze. La reprise de la vie active s’effectue dès le quinzième ou vingtième jour selon les cas. Et cette chirurgie mini-invasive présente un avantage esthétique: il n’y a pas de séquelle cicatricielle. Mais tous les cancers du poumon ne peuvent bénéficier de cette avancée : pour être opérables, ils doivent être de petites tailles, situés en périphérie du lobe et ne pas présenter de ganglions envahis sur les images du scanner. Les résultats sont les mêmes qu’en chirurgie conventionnelle: au stade 1, on a 80% de rémission complète à cinq ans.»
Au stade 3, lorsque les cellules cancéreuses ont atteint les ganglions avoisinants (ceux du médiastin) ou les organes de proximité comme l’oesophage, la trachée ou l’aorte), les traitements de base sont la chimiothérapie et la radiothérapie. Les symptômes peuvent encore être inexistants ou très discrets. «Il m’arrive ainsi tous les jours, remarque le Dr Thierry Le Chevalier, de découvrir des patients en pleine forme dont la vie bascule au cours d’un examen pulmonaire de routine. En radiothérapie, on n’a plus peur, aujourd’hui, d’irradier un poumon car on cible beaucoup mieux le volume tumoral. En chimiothérapie, on commence à mieux choisir les drogues anticancéreuses à administrer car ce choix est de plus en plus guidé par les caractéristiques de la tumeur (analysée en laboratoire par des tests de plus en plus performants). »
Au stade 4, quand il y a des métastases, le traitement repose sur la chimiothérapie. «Et quand il n’y a qu’une seule métastase et qu’elle est opérable, on l’associe à la chirurgie, ce qui permet d’obtenir de bons résultats. Il est possible de guérir, même à ce stade!» affirme le Dr Thierry Le Chevalier.
L’arrivée des molécules ciblées: les fameux missiles guidés. Toujours pour les cancers avancés du stade 4, on a commencé à utiliser une nouvelle approche thérapeutique des plus prometteuses : celle des drogues ciblées. Il s’agit là de molécules et de substances qui peuvent être des «anticorps», qui se fixent spécifiquement sur les récepteurs des cellules cancéreuses en préservant les cellules saines ou de petites molécules qui entrent dans les cellules et bloquent la transmission d’une information. Certains de ces missiles, véritables gendarmes (les anti-facteurs de croissance), empêchent les cellules de proliférer en arrêtant « le signal fou » du gène devenu anormal, qui commande aux cellules de se multiplier. D’autres, les agents anti-angiogéniques, asphyxient les cellules malignes en détruisant les vaisseaux qui les nourrissent. «Un tout récent médicament de cette famille, confirme le Dr Thierry Le Chevalier, commercialisé aux Etats-Unis en 2006, a permis d’obtenir de bons résultats dans des cas de cancers pulmonaires métastasés. Il est prescrit en association avec la chimiothérapie.»