Une femme sur huit dans sa vie est atteinte d’un cancer du sein. Actuellement, on recense en France 42000 nouveaux cas par an (dont 11 000 décès). Comment naît un cancer du sein? « Comme beaucoup d’autres cancers, explique le Pr David Khayat. Au départ, une seule cellule subit une altération de son patrimoine génétique et se met alors à proliférer de façon anarchique et permanente. Cette cellule anormale, en se divisant, va créer une véritable colonie et, plus tard, ces cellules malignes vont pouvoir acquérir de nouvelles propriétés redoutables: des capacités à se déplacer dans le corps pour y former des métastases. Elles vont dominer les cellules normales environnantes et leur voler leur approvisionnement en sang frais, en détournant à leur profit, par angiogenèse, les vaisseaux sanguins pour nourrir leur descendance qui ne cesse de croître.» Classiquement, on considère qu’il existe quatre stades de cette maladie, le 1ier comporte les petites tumeurs n’ayant pas encore envahi les ganglions de l’aisselle. Le 4e concerne les cancers du sein qui ont métastasé à distance. Les stades 2 et 3 sont intermédiaires. La grande avancée à laquelle on se prépare pour demain est une nouvelle distinction des critères de gravité d’un cancer mammaire et, par-là même, une nouvelle orientation dans la décision de donner ou non une chimiothérapie. On sera amené à considérer la gravité non plus en fonction de la taille de la tumeur ou de ses caractéristiques au microscope, mais à partir de sa constitution génétique. «Aujourd’hui, explique le Pr Martine Piccart, grâce aux avancées de la technologie, on peut mieux différencier les cancers à haut risque de récidive des cancers à faible risque de rechute qu’il faudra éviter de sur traiter avec une chimiothérapie inutile. Cette “signature génétique” est un nouvel outil qui demande à être validé: une étude avec 6000 participantes vient de démarrer.».
Les avancées dans les traitements : technique du ganglion sentinelle, nouveaux antihormonaux, chimiothérapies plus puissantes et traitements ciblés.
LA CHIRURGIE
A un stade précoce, la chirurgie consiste à extraire la tumeur et quelques ganglions axillaires pour les analyser. «Dans ce domaine, précise le Pr Piccart, une nouvelle technique de prélèvement ganglionnaire est proposée pour les petites tumeurs (moins de 2 centimètres). Elle consiste à enlever seulement le premier ganglion de la chaîne axillaire et, s’il n’est pas touché, à préserver les autres. Auparavant, on prélevait tous les ganglions, ce qui entraînait le risque de «gros bras», dû à une entrave à la circulation lymphatique.
LA RADIOTHÉRAPIE
Ce traitement qui irradie la partie du sein restante permet très souvent de détruire les quelques cellules que la chirurgie aurait pu laisser. « Depuis ces dernières années, précise le Pr Martine Piccart, on utilise un autre protocole de radiothérapie dit “curiethérapie”, administré avec des aiguilles d’iridium implantées dans le lit tumoral. On étudie aussi la possibilité d’appliquer un tout nouveau traitement de radiothérapie, qui serait quant à lui délivré en une seule séance, durant l’intervention chirurgicale. »
L’HORMONOTHÉRAPIE
«Dans les cas où les cellules cancéreuses sont sensibles à l’effet des œstrogènes, explique le Pr David Khayat, ces hormones activent leur prolifération. Il est donc logique de bloquer cette stimulation. » On a longtemps utilisé un seul antihormonal, le tamoxifène, qui bloque l’action des œstrogènes au niveau du sein. Mais le produit comporte deux inconvénients: il augmente le risque de thrombose veineuse et celui de cancer de l’utérus. «Aujourd’hui, poursuit le Pr Martine Piccart, on bénéficie de nouveaux médicaments très efficaces, les anti-aromatases, dotés d’un mode d’action différent qui attaque le problème à sa source en réduisant de façon drastique la production résiduelle d’œstrogènes chez la femme ménopausée (par les surrénales et les tissus adipeux). Les résultats d’études ont montré qu’on obtient 20 à 50 % de moins de rechutes qu’avec le tamoxifène.»
LES TRAITEMENTS CIBLÉS
Ces tout nouveaux médicaments, plus fins que les drogues de chimiothérapie, visent cette fois uniquement une structure spécifique de la cellule cancéreuse (exemple : la protéine H.e.r.2), exerçant un rôle capital pour sa survie. Le fait de bloquer l’action de cette structure peut entraîner la mort de la cellule cancéreuse. «Le premier de ces produits ciblés, affirme le Pr Martine Piccart, a été l’herceptine, destinée uniquement aux femmes dont le cancer était porteur de cette fameuse protéine H.e.r.2.Après avoir démontré de remarquables résultats dans les stades avancés, ce médicament a été ensuite utilisé en prévention des rechutes (et avec un grand succès: il diminue ces risques de récidive de moitié!).» Un nouveau produit efficace pour les cancers avancés apparaît déjà à l’horizon pour les patientes qui ne répondent pas à l’herceptine: le lapatinib, qui, lui, ne s’administre plus par injection intraveineuse mais par voie orale. Une grande étude évalue cette fois son efficacité dans les cas précoces.
LA CHIMIOTHÉRAPIE
Il s’agit là de médicaments qui attaquent les cellules cancéreuses, mais aussi les cellules saines. Pour le Pr Martine Piccart, la récente arrivée des produits de la famille des taxanes a permis de franchir une étape importante dans les cancers les plus menaçants en limitant leur risque de rechute. «Grâce à ces chimiothérapies utilisées à bon escient, et associées à la chirurgie, la radiothérapie et les hormones, souligne le Pr David Khayat, aujourd’hui plus de 70 % des femmes atteintes vont guérir, et avec la mise au point de nouveaux “traitements de support”, on a fortement diminué les effets secondaires.»