Encadrer la ruée vers l'or des fonds marins
Restés inexplorés jusque récemment,
les grands fonds marins abritent des organismes qui ne se
trouvent nulle part ailleurs sur terre. Le potentiel considérable,
au plan économique comme au plan scientifique, de
ce " nouveau " stock de ressources génétiques
incite les " bioprospecteurs " à se ruer
vers l'une des dernières frontières de la
Planète. En l'absence de régime juridique
spécifique s'appliquant à la bioprospection
dans les eaux internationales, un rapport divulgué
le 9 juin nous avertit que les grands fonds pourraient subir
des dommages irréparables si les pays ne parvenaient
pas à s'accorder afin de réglementer l'accès
aux zones de grands fonds marins qui échappent aux
juridictions nationales.
Durant les 25 dernières années, l'exploration
des océans a fait des progrès sans précédents
grâce à la science et à la technologie.
Il nous est désormais possible d'atteindre les profondeurs
du plancher océanique, qui abrite des écosystèmes
tels que les sources hydrothermales, les coulées
d'eau froide et les monts sous-marins. Les conditions extrêmes
de ces écosystèmes, au point de vue de la
pression, de la température et de la toxicité,
confèrent aux organismes qui les habitent un intérêt
croissant, au plan scientifique comme au plan commercial.
Nombre d'entre eux font déjà l'objet de bioprospection
: la recherche de ressources génétiques potentiellement
précieuses dans le " domaine public " de
la planète.
Mais la communauté scientifique internationale redoute
les dommages éventuellement graves et peut-être
irréversibles que ces écosystèmes fragiles
pourraient subir. Plusieurs licences d'exploitation ont
déjà été accordées à
des inventions se proposant d'utiliser les ressources génétiques
des grands fonds marins ; des composés d'organismes
de ces fonds ont déjà été isolés
et transformés en vue d'applications industrielles.
Certaines sont déjà présentes sur le
marché, d'autres le seront bientôt.
La montée en puissance de la bioprospection dans
les fonds marins nous incite à poser plusieurs questions
d'ordre scientifique, juridique et politique. Dans quelle
mesure ces écosystèmes sont-ils vulnérables
à l'intervention de l'homme ? Devrait-on réglementer
l'accès à ces fonds marins et si oui, comment
? Qui devrait bénéficier des avantages - financiers
ou autres - de ces travaux de prospection, et comment en
répartir les bénéfices ?
Signé par Salvatore Arico de l'UNESCO et Charlotte
Salpin de l'Institut international du développement
durable, Bioprospecting of Genetic Resources in the Deep
Seabed est publié par l'Université des Nations
unies. L'ouvrage passe en revue les travaux d'exploration
scientifique ou commerciale, en cours dans les profondeurs
océaniques et présente une analyse détaillée
des instruments juridiques pertinents - et de leurs lacunes.
Les fonds marins situés à l'intérieur
des limites territoriales tombent actuellement sous la juridiction
de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer,
qui fixe les limites de juridiction des États, leurs
droits et obligations dans les océans, et sous la
Convention des Nations unies sur la diversité biologique,
qui réglemente l'exploitation des ressources génétiques
et le partage des profits.
Alors que la plupart des pays se sont dotés de législations
sur les recherches scientifiques marines entreprises dans
leurs eaux et leurs fonds marins, ils sont peu nombreux
à avoir adopté des lois sur l'accès
à leurs ressources génétiques et leur
exploitation, y compris les ressources marines. En outre,
ces règlements sont caducs au-delà de la législation
nationale, car il n'existe pas, à l'heure actuelle,
de régime international concernant spécifiquement
la bioprospection des profondeurs océaniques dans
les eaux internationales. Jusqu'ici, aucune initiative de
coopération internationale ne s'est manifestée
au niveau des gouvernements.
Les conclusions de ce rapport seront développées
dans le prochain numéro de Planète Science.
Rapport disponible : www.ias.unu.edu/binaries2DeepSeabed.pdf
5.
Concernant
la premirèe de ces conférences, voir Planète
science de janvier 2004