Selon le
Rapport de l’UNESCO sur la science 2005,
les États-Unis conservent un dynamisme remarquable en ce début de millénaire ; le pays concentre plus du tiers de l’activité
scientifique mondiale (35,0%), alors que sa population ne compte que 5 % de l’effectif de la planète et alors qu’il représente
22% du PIB mondial. Cette proportion s’est toutefois légèrement érodée ces dernières années: la part des États-Unis dans le
montant des dépenses mondiales de R&D était de 35,6% en 1997.
La part de l’Europe dans le montant des dépenses mondiales de R&D diminue, elle aussi, bien que l’Europe ait effectivement
renforcé sa position sur les publications scientifiques dans les dix dernières années, de 41,2% en 1991 à 46,1% en 2001.
De même, la part de l’Union européenne (UE) dans le montant des dépenses mondiales de R&D a régressée, de 25,2% en 1997
à to 23,6% in 2002, alors que sa contribution aux publications scientifiques a augmenté de 36,1% en 1991 à 40,3% en 2001. En
2002, l’Europe représentait 28% du PIB mondial (dont 23% pour la seule UE) et 13% (7%) de la population mondiale.
L’entrée en 2004 de 10 nouveaux États membres - qui a augmenté de 75 millions (20%) le nombre de citoyens de l’UE
(qui en compte désormais 455 millions) - ouvre de nouvelles chances de coopération à la recherche intra européenne, tout
en accentuant ses disparités. Les nouveaux membres sont Chypre, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne,
Slovaquie, Slovénie et République tchèque. Aucun d’entre eux n’arrive à la hauteur du ratio dépenses de R&D/PIB, qui
s’établit à 1,9 %, bien en dessous du niveau atteint par les États-Unis (2,8 %) ou le Japon (3,1 %).
La mondialisation est porteuse de nouvelles perspectives, grâce à l’intensification de la coopération internationale.
Cependant, la mondialisation s’accompagne également d’une montée de la concurrence internationale, même aux États-Unis,
où « les universités qui mènent des activités de recherche sont confrontées à une montée de la concurrence internationale,
en dépit de leur excellence », observe le rapport. Ces dix dernières années, la part de l’Asie dans les publications
scientifiques s’est accrue considérablement (passant de 16,2% à 22,5%), et l’Europe (voir ci-dessus) a dépassé les
États-Unis USA (39,4% en 1991 et 32,7% en 2001). Ceci dit, « si l'on s'en tient aux publications et citations paraissant
dans les revues qui ont le plus fort impact, les États-Unis restent toutefois nettement en tête ».
La position des États-Unis pourrait apparaître comme « le contraire de celle du Japon », en ce qu’ils orientent
prioritairement la recherche vers le vivant et les sciences de la terre ou de l’espace mais accordent un moindre intérêt
à la physique, aux sciences des matériaux et à la chimie. Pour sa part, l’UE maintient l’équilibre entre les six domaines
scientifiques. Ses nouveaux membres devraient logiquement renforcer la suprématie de l’Europe en matière de publications
car leurs points forts sont la chimie, la physique et les mathématiques. Cependant, au moment où l’Europe perd du terrain
dans la technologie, il est peu probable que ces nouveaux membres contribuent à rétablir l’équilibre. Pour la technologie
et l’innovation, les États-Unis restent sans rivaux.
Le phénomène universel qui ressort du rapport est l’importance du secteur privé dans le financement des activités de
R&D. Néanmoins, le rapport souligne que, du fait que ce type de financement vise nécessairement des applications à court
et à moyen termes entraînant un retour sur investissement rapide, la recherche fondamentale a partout besoin de s’appuyer
sur des fonds publics réguliers. Même aux États-Unis, 60 % des dépenses de R&D proviennent du gouvernement fédéral.
La duplication des recherches constitue un handicap pour l’Europe en raison de la multiplicité de ses organismes de
recherche, par comparaison avec les États-Unis. « Il semble que le besoin se fasse sentir de créer un Conseil européen de
la recherche … qui « exercerait pour les meilleurs scientifiques une force centrale d’attraction ».
La faiblesse relative de la participation du secteur privé en matière de recherche est l’une des raisons qui expliquent
le retard de l’Europe sur l’ensemble de l’Amérique du Nord. Le rapport indique qu’en 2001, au sein d’une UE de 15 membres,
le monde de l’industrie ne participait qu’à hauteur de 56 % au financement des activités de R&D, alors que ce chiffre
atteignait 66 % aux États-Unis et 69 % au Japon. Dans ces conditions, il semble que l’UE pêche par excès d’enthousiasme en
espérant que ses États membres lui consacrent 3 % de leurs PIB d’ici 2010, d’autant plus que les deux tiers de ces fonds
doivent provenir du secteur industriel.
Un certain nombre de pays européens figurent néanmoins parmi les leaders du classement en termes d’innovation.
La Suède arrive en tête, suivie de la Finlande, de la Suisse, du Royaume-Uni et du Danemark. La Suède et la Finlande
partagent la particularité d’être faiblement peuplées (9 millions et 5 millions d’habitants) et de consacrer à la R&D
les plus forts pourcentages du monde par rapport à leurs PIB : 4,3 et 3,4 % respectivement. Dans les autres pays
européens, l’Allemagne, les Pays-Bas et la France sont en perte de vitesse, tandis que des pays tels que la Roumanie,
le Portugal et la Turquie rattrapent progressivement leur retard en matière d’innovation.
Quelques mots sur la Turquie…
Un pays à surveiller dans les prochaines années, c’est la Turquie (70 millions d’habitants), dont « le taux de croissance
économique de 9 % par an est l’un des plus forts du monde ». Entre 1990 et 2000 la part de la R&D dans le PIB y a triplé pour
atteindre 2 749 millions de dollars (soit 0,6 %). Le secteur privé a également accru sa participation au financement de la R&D,
qui passe de 31 % en 1993 à 43 % en 2001. Le nombre de publications des scientifiques turcs a triplé entre 1997 et 2002, et les
exportations de biens high-tech en sont à représenter 3 % de l’ensemble des exportations nationales. Par ailleurs Les exportations
de biens high-tech ont crû à un rythme bien plus soutenu (43 %) que les importations de biens de même nature (16 %) dans les
cinq années qui ont précédé 2001.
… et sur la Fédération de Russie
Tout comme l’Europe centrale et l’Europe de l’Est, la Fédération de Russie se remet progressivement de la pénible
transition vers une économie de marché qui a suivi, en 1991, la désintégration de l’Union des républiques socialistes
soviétiques (URSS). Après avoir plongé de 2 % à moins d’1 % du PIB au milieu des années 1990, le pourcentage de R&D
dans le PIB est remonté à 1,3 % (en 2002). En 2004, la R&D civile a obtenu du budget fédéral une augmentation de 15 %
par rapport à l’année précédente et, au fur et à mesure que les scientifiques émergent de leur isolement, la part de
la Fédération de Russie dans les publications scientifiques s’est mise à remonter (2,1% en 1991 et 3,6% in 2001).
Le choc socio-économique qui a accompagné la transition vers l’économie de marché a donné lieu, dans les années
1990, à une véritable hémorragie de chercheurs dans la Fédération de Russie et les anciens satellites de l’Union
soviétique sous la forme d’une fuite des cerveaux interne aussi bien qu’externe. Le nombre de chercheurs russes par
exemple est tombé de 870 000 en 1991 à 519 000 en 1995 (Rapport mondial sur la science de 1998) avant de se stabiliser
autour de 492 000 (en 2002). Il en va de même en Europe centrale et de l’Est, mais la fuite des cerveaux reste un vrai
casse-tête pour l’Europe du Sud-Est.
La Fédération de Russie possède aujourd’hui la quatrième réserve de
chercheurs au monde, derrière les
États-Unis, la Chine et le Japon. Le statut socio-économique des chercheurs russes reste cependant médiocre et les moyens
financiers mis à la disposition de chacun d’entre eux pour la R&D sont bien moindres que ceux de leurs homologues des pays plus développés.
La Fédération de Russie accède maintenant au marché de l’innovation, en dépit des problèmes de compétitivité que sont,
par exemple, l’inertie face à la modernisation de l’industrie lourde héritée de l’époque soviétique, ou à l’adaptation du
droit national de la propriété intellectuelle à l’économie de marché. En fin 2001, 27 % des organismes russes de R&D
appartenaient au secteur privé.