Message du Directeur général de l'UNESCO
à l'occasion de la Journée mondiale de la science
au service de la paix et du développement
(10 novembre 2002)

 

Notre époque est marquée par des avancées sans précédent dans le domaine scientifique. Il n'est d'ailleurs pas exagéré d'affirmer que l'avenir de l'humanité dépend du progrès continu de la science et de ses applications. La science a contribué très fortement au développement des sociétés modernes, et l'application des connaissances scientifiques continue d'offrir de puissants moyens pour affronter nombre des défis qui se posent à l'humanité, qu'il s'agisse de l'élimination de la pauvreté ou de la fourniture de soins de santé, de denrées alimentaires et d'eau potable aux populations.

Les progrès réalisés ces dernières années dans la génétique et les biotechnologies ouvrent d'extraordinaires perspectives à l'humanité dans son ensemble et à l'individu. Cependant, ces avancées soulèvent en même temps de nouveaux et graves problèmes éthiques, qui concernent non seulement les générations actuelles mais aussi celles à venir. Ce qui est en jeu, ce n'est rien de moins que l'essence même de l'être humain. Dans ces conditions, les responsabilités morales de la science n'ont jamais semblé aussi importantes.

Par ailleurs, on peut constater de très grandes inégalités dans la répartition des activités scientifiques à travers le monde. C'est ainsi que la part du PIB consacrée à la recherche scientifique est, en règle générale, très inférieure à 1 % dans les pays en développement, alors qu'elle varie entre 2 et 3 % dans les pays riches. Le nombre de scientifiques par million d'habitants dans les pays en développement est de 10 à 30 fois inférieur à celui des pays développés. L'idée qu'il puisse ainsi y avoir une science à deux vitesses heurte profondément l'esprit scientifique mais force est de reconnaître qu'hélas, ces disparités ne vont qu'en s'aggravant.

C'est la première année que nous célébrons la Journée mondiale de la science au service de la paix et du développement. Cet événement devrait être l'occasion de nous rappeler que la science est notre patrimoine commun et que toutes les nations devraient pouvoir participer à sa pratique et à son développement. Le moyen le plus sûr de sauvegarder la paix est de faire en sorte que tous les pays et toutes les populations profitent, sur un pied d'égalité, des bienfaits de la science. Lorsqu'elles se creusent, les inégalités portent toujours en elles les germes du conflit.

En vertu de son mandat et de son Acte constitutif, l'UNESCO a l'obligation morale de promouvoir la science au service de la paix et du développement. Mais ce devoir n'incombe pas qu'à elle seule. En cette Journée mondiale de la science, les organisations internationales, les gouvernements, la communauté scientifique et la société civile doivent tous ensemble réaffirmer que la science a vocation à répondre aux besoins les plus urgents de la planète : lutter contre la pauvreté et les maladies chroniques, édifier des sociétés en paix avec elles-mêmes et avec les autres, hisser les deux tiers de la population du monde à un niveau de vie compatible avec la dignité humaine.

J'espère ardemment que la célébration de cette première Journée mondiale de la science au service de la paix et du développement aidera à diffuser un message d'unité, de responsabilité partagée et d'action commune pour que la science soit appliquée au bénéfice de la paix et au profit de l'humanité dans son ensemble, dans des formes respectueuses de la diversité culturelle et de la liberté.

La Journée mondiale de la science doit donc être l'occasion de renouveler l'engagement de la science en faveur de la paix et du développement à travers le monde. C'est aussi le moment de redoubler d'efforts dans le noble but de faire progresser la science et ses applications pratiques afin que tous les êtres humains, où qu'ils soient, puissent mener une vie riche et digne dans la liberté.

Koïchiro Matsuura