ALGÉRIE Discours adressé pendant le FORUM III par S.E. M. Amar TOU
Permettez-moi de massocier aux distingués orateurs qui mont précédé pour vous présenter, au nom de la délégation de lAlgérie, mes félicitations les plus chaleureuses pour votre élection à la présidence de la Conférence mondiale sur la science. Je suis convaincu que, sous votre direction et grâce à vos qualités personnelles et professionnelles, nos travaux seront couronnés de succès ; et à cet effet, je vous assure de la pleine coopération de la délégation algérienne. Je voudrais également remercier lOrganisation des Nations Unies pour léducation, la science et la culture et le Conseil international pour la science pour linitiative quils ont eue dorganiser cette rencontre mondiale sur la science et de la placer sous le signe dun nouveau contrat planétaire à négocier entre la société et la science. Les érudits de lEgypte ancienne, rapporte la légende, enseignaient à leurs disciples que " linventeur des sciences ne pouvait-être quun dieu ennemi du repos des hommes ". Depuis cette période reculée de lHistoire jusquà lorée du troisième millénaire, cest toute la marche de lHumanité qui a pour toile de fond la conquête du savoir à travers les âges. Aujourdhui la civilisation humaine repose essentiellement sur la science.
Nest-il pas édifiant de constater, que pour accélérer le progrès et stimuler linnovation dans une logique de marché, cette même obsolescence est désormais planifiée mais également innovatrice ? Ne voit-on pas enfin les tâches déducation désormais considérées comme un investissement productif, la science devenir quasiment un domaine dactivité économique, la connaissance se muer en bien marchand et luniversité, faire leffort de se transformer en entreprise de sciences ? Car la société a dautant besoin de la science quelle pousse celle-ci à faire la démonstration de son efficacité et de sa performance. Il est aujourdhui clair que les flux dinnovation quengendre la recherche sont à lorigine des multiples améliorations des conditions dexistence de lhomme. Conscientes de ce fait, les Nations sorganisent plus que jamais à partir de données de la science et du progrès industriel ; car les recherches daujourdhui ce sont les produits et biens de demain et les emplois daprès-demain. Par delà le cercle des Nations développées, ce sont la majorité des Etats qui renforcent leur politique en matière de science et de technologie, dans le cadre de stratégies destinées à faire face à la nouvelle division internationale du travail. Derrière la compétition mondiale de plus en plus vive se profile le rôle moteur des Etats qui, par les ressources financières quils mobilisent, mais aussi par les appuis multiformes et les services quils fournissent à leurs laboratoires et à leurs industries, dynamisent le processus de recherche, de production et de diffusion des nouvelles technologies et créent, en faveur de celles-ci, des avantages comparatifs importants sur les marchés internationaux. Dun autre côté, les restrictions qui se font jour en matière de libre circulation des connaissances et en matière de transferts internationaux de technologies, le glissement perceptible vers une "privatisation" de la connaissance, y inclus de la connaissance fondamentale naguère considérée comme patrimoine universel, le fossé scientifique qui se creuse entre pays du Nord et pays du Sud, tous ces facteurs vont à lencontre du principe de partage du savoir et constituent un sujet de préoccupation pour nombre de pays. Il est dune absolue importance que les acteurs de la science - scientifiques et politiques intègrent le principe de la solidarité intellectuelle comme élément de démarche et uvrent en faveur dune péréquation mondiale des richesses que procurent le savoir et la connaissance. Savoir et connaissances qui doivent en priorité se mettre au service des grands problèmes de santé publique dans le monde, de la lutte contre la pauvreté, lignorance, la marginalisation sociale, lappauvrissement des ressources et la malnutrition qui sévissent encore dans de nombreux pays. La science devrait également sintéresser, plus quelle ne la fait jusquà présent, aux préoccupations environnementales qui touchent la planète ou plusieurs de ses régions, notamment la désertification, lamenuisement des ressources hydriques, lérosion de la biodiversité, le réchauffement de la planète et la pollution sous toutes ses formes. A lorée du troisième millénaire il était important pour lAlgérie de rester au diapason des autres Nations en donnant à sa politique scientifique une dynamique qui soit en rapport avec lambition de notre pays de participer à lélargissement de la connaissance universelle, en rapport également avec le caractère multiforme des enjeux. Pour ce faire, lengagement réciproque entre la société - dans toutes ses composantes - et la science - à travers ceux qui la détiennent -, vient dêtre consacré par la législation algérienne, à travers la promulgation de deux instruments juridiques, lun portant loi dorientation et de programmation sur la recherche scientifique et le développement technologique, lautre portant loi dorientation sur lenseignement supérieur. La première loi, promulguée le 22 août 1998, définit la recherche scientifique et le développement technologique comme des priorités nationales et leur fixe comme finalités le développement économique, social, culturel, scientifique et technologique de lAlgérie. La problématique de développement du pays est ainsi traduite, dans le cadre de cette loi, en un ensemble cohérent dobjectifs et dactions sous-tendus par des programmes nationaux de recherche, à lexécution desquels sont tenus de participer les agents économiques publics et privés, en contrepartie de mesures incitatives et dencouragement. Pour la réalisation des objectifs tracés par cette loi, lEtat algérien porte les dépenses nationales consacrées à la recherche scientifique de 0,2% à 1% du produit intérieur brut. Certes ce niveau demeure en deçà de ce que consacrent les nations développées au secteur de la recherche, mais il traduit la nette volonté de lAlgérie de sengager résolument dans leffort de développement de la science et de la technologie. Cette loi garantit au chercheur lindépendance de sa démarche scientifique, la liberté danalyse, laccès à linformation, la participation à la diffusion du savoir ainsi que la participation aux rencontres scientifiques, la mobilité et la formation permanente. Cette loi vise également à garantir progressivement au chercheur les conditions les plus adéquates et les plus stables en matière demploi, de rémunération et de suivi de carrière ; de même quelle consacre lobligation de résultats ainsi que le respect des règles déthique et de déontologie. Autre texte de portée législative, la loi dorientation sur lenseignement supérieur, promulguée le 04 avril 1999, assigne comme objectifs au service public de lenseignement supérieur de contribuer, notamment : à la promotion sociale en assurant légal accès aux formes les plus élevées de la science et de la technologie à tous ceux qui en ont les aptitudes et le mérite, laccès à la formation supérieure de graduation étant ouvert à tout titulaire du baccalauréat de lenseignement secondaire. au développement de la recherche scientifique et technologique et à lacquisition, au développement et à la diffusion du savoir et au transfert des connaissances ; à lélévation du niveau scientifique, culturel et professionnel du citoyen par la diffusion de la culture et de linformation scientifique et technique ; Ces objectifs, chacun laura relevé, sont en totale harmonie avec les dispositions pertinentes de la déclaration universelle des droits de lHomme, notamment son article 26.1. Le service public de lenseignement supérieur garantit à lenseignement supérieur les conditions dun libre développement scientifique, créateur et critique. Lenseignement supérieur tend à lobjectivité du savoir et respecte la diversité des opinions ; il contribue au développement de la culture et à sa diffusion ainsi quà celle des connaissances, des résultats de la recherche et de linformation scientifique et technique. Il favorise linnovation et la création dans le domaine des arts, des lettres, des sciences, des techniques et des activités sportives et contribue, au sein de la communauté scientifique et culturelle internationale, au débat des idées, au progrès de la recherche et à la rencontre des cultures et des civilisations en vue de léchange des connaissances et de leur enrichissement. Par ailleurs les deux lois que je viens dévoquer dotent désormais les universités algériennes et les centres de recherche de statuts juridiques adaptés qui leur donnent toute la souplesse de gestion requise par leurs missions scientifiques, en particulier louverture sur un financement en dehors de la sphère publique et la filialisation possible de leurs activités, en vue notamment de valoriser les résultats de leurs recherches. Car la recherche ne doit pas avoir pour seule finalité de démontrer les capacités du chercheur à créer et innover sans se soucier de lapplication sur le terrain de cette créativité au bénéfice des populations et de la société, même si lon ne peut que partager la pensée du professeur Bernardo HOUSSAY, Argentin et prix Nobel de médecine, lorsque celui-ci affirme " quil ny a pas de science appliquée sil ny a pas de science à appliquer ". Pour conclure, je voudrais constater avec vous tous que la science au XXIème siècle devra à la fois répondre aux espoirs placés en elle par lHomme et surmonter les obstacles économiques, techniques et éthiques qui jalonnent les chemins de son progrès.
La compétence des uns, la bonne volonté des autres, lengagement des uns envers les autres seront le ciment de la réussite pour lavènement dune science nouvelle dans le nouveau millénaire, une ère qui consacrera la responsabilité des grands pays vis-à-vis des moins grands et permettra ce faisant la mise en commun des sources du savoir et une plus grande mobilité des scientifiques. Je voudrais souligner le rôle de premier plan que ne manquera certainement pas de continuer dassumer à cet égard lUNESCO. Scientifiques et décideurs ne peuvent réécrire le passé, lorsque la science a servi lhomme et la nature mais les a parfois desservis par certaines de ses applications. Ils peuvent, en revanche, unir leurs efforts pour écrire, dès aujourdhui, lavenir encore non dévoyé dune science qui triomphe tant dans ses aspects fondamentaux que dans ses applications, une science mieux partagée, au service du bien-être de toute lhumanité.
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