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AUSTRALIE

Discours adressé pendant le FORUM III

par Hon. Gareth Evans
QC, MP, Membre du Parlement

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Il y a cent ans, un groupe d’intellectuels s’est réuni pour prévoir les caractéristiques du nouveau siècle. Ils ont conclu que ce serait une période de paix profonde, non, comme cela s’est avéré, la période la plus sanglante et la plus destructive de l’histoire du monde. Ils n’ont pas prévu les vols ou les ordinateurs. Ils n’ont pas prévu la fission de l’atome, l’exploration interplanétaire, la découverte de l’ADN, le cyberespace, les lasers. Bref, ils n’ont pas réussi à voir les bonds de la science, et ses conséquences en bien et en mal, qui ont marqué notre siècle.

Ainsi, nous devons être modestes en prétendant prévoir le siècle qui vient; et le nouveau millénaire encore plus. Mais les Australiens pensent que nous devons être audacieux pendant cette conférence, et que, sans être assez audacieux pour prévoir le futur, nous devons, au moins, être assez audacieux pour essayer de le modeler. Nous devrions, après cette conférence, nous engager au minimum en faveur d’un nouveau contrat universel entre la science et la société:

  • un contrat basé sur un niveau nouveau et plus élevé de confiance et de compréhension mutuelle entre la science et la société; et
  • un contrat par lequel la science et les scientifiques acceptent quelques obligations clairement définies, en échange du soutien de la communauté.

Un contrat social de cet ordre est le message clé qui a émergé de la Conférence sur la Science de l’Asie Pacifique, qui a eu lieu à Sydney en décembre dernier et qui a réuni, pour préparer cette conférence mondiale, 23 nations représentant plus de la moitié de la population mondiale.

Un premier point important du communiqué de Sydney (et un point qui me plaît particulièrement en tant que scientifique social) est le fait qu’en concevant de nouvelles relations entre la science et la société on doive considérer la science de manière compréhensive. En d’autres termes, la science doit être considérée comme un tout, englobant non seulement les sciences naturelles, la technologie et l’ingénierie, mais aussi les sciences sociales, et on doit reconnaître que la science dans toutes ses dimensions est une partie intégrante de la société qui a des répercussions sur tous les aspects de la société.

Au cœur de ce nouveau contrat universel, tel que nous l’envisageons, figurent cinq obligations essentielles qui doivent être acceptées par la science et les scientifiques et par ceux qui font les politiques pour eux, en échange du soutien de la communauté. Toutes ces obligations sont apparues très clairement au cours de cette conférence, et elles peuvent être décrites de la manière suivante:

  • l’obligation de communiquer
  • l’obligation d’éduquer
  • l’obligation de coopérer
  • l’obligation d’être global, et
  • l’obligation d’être responsable.

L’obligation de communiquer parle d’elle-même. La science fondamentale doit être considérée comme un bien public international, un bien qui ne peut avoir qu’un bénéfice universel s’il est universellement accessible. De manière générale, il doit y avoir un engagement plus large en faveur de la circulation libre de données et d’informations scientifiques au sein de la communauté scientifique mondiale, sur l’état de l’environnement mondial en particulier. L’Organisation Météorologique Mondiale a pris l’initiative en adoptant des résolutions sur l’échange de données météorologiques et hydrologiques et les autres devraient suivre.

L’obligation d’éduquer est au cœur du mandat de l’UNESCO. Elle représente un engagement en faveur d’initiatives pour l’éducation de la science, qui soient à la fois officielles et informelles et qui développent avec efficacité les compétences scientifiques et technologiques et la capacité à prendre des décisions de nos diverses populations. Cela consiste à préparer tous nos citoyens à mieux comprendre le rythme extraordinaire des changements technologiques et à en profiter. Le nouveau contrat entre la science et la société doit être construit sur de nouveaux engagements

  • à développer une meilleur compréhension dans le public de la science et de la technologie à tous les niveaux; et
  • à développer une approche humaniste et sociale chez les scientifiques et les ingénieurs.

L’obligation de coopérer, de la manière dont l’UNESCO et le Conseil international des unions scientifiques (CIUS) l’ont fait si merveilleusement en organisant cette conférence, est un autre élément très important de tout nouveau contrat social universel. En science, le développement de partenariats est vital au niveau mondial, régional et national si le monde doit profiter plus efficacement, et si le nord et le sud doivent profiter plus équitablement, des énormes réservoirs et fleuves de compétences et de connaissances qui existent au sein de la communauté scientifique dans le monde entier. Les gouvernements, les organisations multilatérales et les organisations non gouvernementales ont tous d’importants rôles à jouer dans la construction de partenariats dans ce sens.

L’obligation d’être global signifie, pour commencer, que les femmes doivent être entièrement inclues comme les hommes dans les entreprises scientifiques, dans tous les pays du monde. La science doit reconnaître et respecter la demande d’attention spéciale des nombreuses autres catégories de ceux qui ont été trop souvent négligés: les jeunes, les populations indigènes et les populations des pays en voie de développement. Avec une approche globale et ouverte, la science et les scientifiques ne peuvent qu’être bénéficiaires; de nouveaux réservoirs de talents, de nouvelles idées, la confrontation à de nouveaux modes de pensée sont essentiels au progrès de la science. L’un des thèmes les plus réjouissants qui ait émergé de cette conférence, comme cela a été le cas à Sydney, est que la science doit être très respectueuse des connaissances indigènes et locales dont elle a beaucoup à apprendre, en particulier en ce qui concerne l’utilisation des ressources naturelles.

L’obligation d’être responsable est peut-être l’élément le plus fondamental de tous ceux qui devraient être gravés dans un nouveau contrat social entre la science et la société. Cet élément est, en de nombreux points, à la base des obligations que j’ai déjà mentionnées, les obligations de communiquer, d’éduquer, de coopérer et d’être global, mais il a aussi une dimension supplémentaire. Cette obligation consiste à reconnaître que le monde de la recherche et le monde des décisions politiques ne sont pas des mondes séparés, mais qu’ils sont liés de manière inextricable. Cela veut dire que les scientifiques doivent assumer carrément leurs responsabilités vis-à-vis de l’humanité et être constamment conscients des implications sur les droits de l’homme, pour les individus comme pour les peuples, des nouvelles sciences et technologies qu’ils créent.

Cela consiste à reconnaître que, si les innovations technologiques sont un élément essentiel à la production de richesse dans les pays industrialisés comme dans les pays en voie de développement, le développement doit être durable, en harmonie avec le monde naturel et respectueux du monde naturel. Cela veut dire que les scientifiques et les décideurs politiques du monde industrialisé reconnaissent que leurs responsabilités ne se limitent pas à apporter une plus grande amélioration de la vie à ceux qui sont déjà privilégiés. Il s’agit de rendre la vie possible, et de rendre une vie décente possible, à des millions de gens qui appartiennent au monde en voie de développement et qui vivent à peine pour le moment.

Hier, je me suis un peu promené dans cette ville célèbre et ravissante, qui a si bien accueilli la conférence et avec tant de chaleur. Mes pas m’ont conduit à l’Opéra. Je n’ai pas pu m’empêcher de toucher la poignée de la porte d’entrée du chef d’orchestre, en pensant que le grand compositeur Gustav Mahler avait placé sa main au même endroit, il y a cent ans. Et je dois dire que je me suis posé la question suivante: notre déclaration vaudra-t-elle une seule des notes de la musique immortelle conçue par Mahler à Budapest il y a cent ans?

La réponse à cette question est celle-ci. Seulement si nous faisons en sorte que nos gouvernements et nos populations s’engagent en faveur d’un nouveau contrat social entre la science et la société. Et seulement si les Nations Unies et l’UNESCO s’y engagent aussi. Si, au cours de cette conférence, nous pouvons apporter notre contribution dans ce sens, le résultat sera certainement un siècle de grande harmonie. Nous n’entrerons pas simplement dans un nouveau siècle. Nous entrerons dans un nouveau siècle juste. Et un nouveau siècle juste, qui ne soit pas diminué ou détruit par la science, mais qui gagne force et confiance, et un monde meilleur pour tous les peuples grâce à la science et grâce à ce que font les scientifiques.

 

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