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BÉNIN

Discours adressé pendant le FORUM III

par Monsieur Nestor Aho
Ministre de la Science et de la Technologie

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Permettez-moi de joindre ma voix à celles des Délégations qui m’ont précédé pour remercier le Gouvernement et le peuple de Hongrie pour l’accueil des présentes assises et la remarquable hospitalité offerte aux participants. Je voudrais féliciter l’UNESCO et le Conseil International pou la Science, pour avoir pris l’initiative de notre Conférence, et tout particulièrement l’Académie hongroise des Sciences pour la parfaite organisation des travaux. Mes félicitations s’adressent enfin à toute la communauté scientifique internationale pour l’opportunité qui lui est offerte de se remettre en question, aux fins de mieux accomplir la mission qu’elle s’est assignée au service de l’humanité tout entière.

En cette fin de millénaire, marquée par des bouleversements sans précédent dans les sociétés humaines, et où les défenses de la paix sont ébranlées sur tous les continents, les jeunes générations sont en droit de nous interpeller sur notre gestion du patrimoine commun de l’humanité, je veux dire notre bonne vieille terre, les formes de vie qu’elle héberge et cette somme de connaissances scientifiques et de valeurs intellectuelles, culturelles et morales élaborées par les générations qui nous ont précédés et que nous avons mission d’enrichir et de transmettre à la postérité. La présente conférence nous donne l’occasion de faire le bilan des activités de la communauté scientifique et de prendre les résolutions qui s’imposent pour éclairer l’horizon du troisième millénaire et pour cultiver l’espoir dans l’esprit des générations montantes.

Nous devons reconnaître que les progrès scientifiques du 20ème siècle dépassent de loin, en volume et en qualité, ceux de l’ensemble des siècles passés. La conséquence en est un développement prodigieux des technologies de production des biens matériels et des services, notamment les technologies des machines-outils, des biens de consommation, de l’information et de la communication. Mais nous devons reconnaître aussi qu’en dépit des progrès de la science et des innovations technologiques, ou à cause de ceux-ci, une partie de plus en plus écrasante des populations humaines subit les affres de la pauvreté, de l’insécurité alimentaire et sanitaire, de la dégradation de l’environnement et de l’exclusion, sources de révoltes, de manifestations violentes et de conflits menaçant la paix mondiale. L’intelligence humaine, qui est responsable du développement scientifique, a tout le potentiel requis pour prévoir les conséquences négatives et anticiper des dispositions pertinentes pour en limiter la portée ou en réduire l’ampleur. Les scientifiques et les chercheurs en ont conscience.

  • Mais, en ont-ils l’intime conviction, les moyens, le cadre favorable ?

  • La communauté internationale est-elle prête à promouvoir la science et la technologie dans le respect des valeurs qui fondent les sociétés humaines ?

  • Les grands pôles de développement technologique des pays industrialisés sont-ils prêts à concilier performances techniques et économiques et exploitation durable des ressources de notre environnement ? Dans leurs élans novateurs peuvent-ils associer véritablement les partenaires du sud, pourvoyeurs de matières premières ? Les acteurs peuvent-ils avoir la sagesse et la patience de tester l’innocuité des produits de la biotechnologie avant de les livrer à la consommation des honnêtes gens ?

  • Les pays du sud sont-ils prêts à accorder à la science et à la technologie un niveau de priorité à la hauteur des bienfaits qu’ils en attendent pour leurs populations ? Les gouvernements de ces pays ont-ils la capacité de développer la masse critique de ressources requise pour combler le retard technologique qui caractérise les communautés nationales ?

Ce sont là quelques questions qui appellent des réponses et un engagement francs et sincères, de toutes les parties prenantes : gouvernements, société civile, scientifiques, ingénieurs, industriels, femmes, jeunes.

De notre aptitude à souscrire à cet engagement dépendront le succès réel de cette conférence et la foi que la société placera en nous pour résoudre durablement les problèmes des temps présents et des temps futurs.

Pour notre part, le Bénin soutient le projet de Déclaration sur la Science et l’Utilisation du Savoir Scientifique et appuie le Projet d’Agenda pour la Science – Cadre d’Action.

Dans ses grandes lignes, le projet de Déclaration satisfait aux recommandations issues de la concertation sous régionale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, organisée à Yaoundé, au Cameroun, du 12 au 16 janvier 1999, et où la préparation de la présente Conférence était à l’ordre du jour. Le document reprend également l’esprit des conclusions de la concertation nationale, exclusivement consacrée à cette conférence, le 26 Février 1999 à Cotonou. Nous nous félicitons du bon niveau de convergence de vue entre nos communautés scientifiques nationales et les organisateurs de ces assises.

Permettez-moi, cependant, de verser quelques idées-forces au débat général.

Il est souvent reproché aux gouvernements des pays du sud la faiblesse du soutien apporté à la recherche fondamentale. La raison ne semble pas devoir être recherchée dans l’ignorance que ces gouvernements auraient du rôle de la recherche fondamentale au service des sciences appliquées, directement ouvertes sur le développement. La raison se situe plutôt dans la fragilité des économies de ces pays, qui ne permettent pas toujours de faire face aux problèmes pressants du présent et d’investir en même temps pour le développement scientifique à long terme. En cette matière, seule la coopération régionale et internationale semble pouvoir amener les pays concernés à promouvoir des pôles d’excellence, utilisateurs des ressources humaines compétentes, le plus souvent obligées de s’expatrier si elles n’arrivent pas à se positionner dans le système national d’enseignement supérieur et de recherche scientifique.

Pour des raisons de même nature, les promoteurs privés sont presque totalement absents du secteur de la recherche scientifique des pays en développement, les intérêts de ces promoteurs à faible envergure économique étant la réalisation de profits immédiats. Des mesures incitatives d’ordre fiscal, combinées avec des activités scientifiques directement appliquées à la résolution des problèmes de production des entreprises, devraient rencontrer l’adhésion de ces promoteurs. Mais, ici aussi un cadre plus élargi que les territoires nationaux serait un atout.

La coopération régionale et internationale, stratégie appropriée de développement scientifique des pays du sud, ne va cependant pas sans mal. Si elle favorise la mobilisation des ressources nécessaires à la mise en œuvre des activités, par contre l’exploitation et la valorisation des résultats sont souvent sources de conflits, les parties justifiant d’une certaine expérience en la matière ayant tendance à spolier les autres. C’est dire que les aspects éthiques de la science doivent être perçus, non seulement vis-à-vis de la société et de ses valeurs fondamentales, mais aussi vis-à-vis du système scientifique lui-même. Ici, le problème de la propriété intellectuelle se pose dans toutes ses dimensions morales et juridiques

Au total, la culture scientifique se veut être au service de la personne humaine et de la société :

  • La personne humaine dont l’intégrité physique, intellectuelle et morale et la capacité de voir toujours plus loin que l’horizon doivent constituer l’objectif fondamental de la science ;

- La société dont les valeurs de référence, la cohésion, la paix et la capacité de réconciliation avec l’environnement et ses ressources doivent justifier la science.

 

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