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CÔTE D'IVOIRE

Discours adressé pendant le FORUM III

par S.E M. Vangah Francis Romain WODIE
Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique

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Nous voudrions saluer et féliciter les initiateurs et organisateurs de cette conférence, dont l’importance ne nous échappe guère.

La science pour le XXIè siècle, un nouvel engagement, tel est le thème de cette conférence le thème qui invite, à l’orée du troisième millénaire, à s’interroger et à s’engager ; s’interroger sur l’efficacité autant que sur la légitimité de la science, en l’état.

Définie comme l’appréhension du réel par la raison, la science permet d’accéder à une connaissance rationnelle et objective de la nature, de la société et de l’homme.

Par cette voie, nous pouvons mieux nous comprendre et apprendre sur notre environnement, et devons (devrions), en conséquence, savoir entreprendre dans le sens du progrès de l’humanité tout entière.

Ainsi s’offre à nous la corrélation, positive et bénéfique, entre le développement scientifique et le développement technologique et industriel, entre celui-ci et le développement, en général, des sociétés et des hommes.

Revêtant un caractère universel, la science alimente le patrimoine commun de l’humanité de ses découvertes.

Mais qu’il y a encore loin de cet idéal au réel tel que vécu par les Etats, les peuples et les individus.

Le patrimoine scientifique, à l’image de toutes les autres productions humaines, reste marqué au coin du déséquilibre, en étant inégalement réparti. La division, pour l’essentiel, demeure, séparant le nord, producteur, du sud, consommateur, souvent insolvable.

Ainsi, par exemple, l’Afrique noire ne participe qu’à concurrence de 2 % à la production du savoir scientifique mondial, bien en déçà du seuil de scientificité. Le savoir ne peut s’affranchir de l’avoir auquel il doit trop souvent rendre hommage. La mondialisation, en l’état, nous renvoie à un monde de puissance, économique et financière, célébrant les vertus du marché et de la marchandise (tout est marchandise), oublieux, voire dédaigneux des valeurs éthiques et morales.

Ainsi s’offrent à nous les raisons et la nécessité d’un nouvel ordre scientifique, comme l’une des composantes du nouvel ordre mondial, dont nous voudrions, avec votre accord, dessiner, ici, les linéaments, c’est-à-dire les fondements - scientifiques - et les finalités.

I - LES FONDEMENTS DU NOUVEL ORDRE SCIENTIFIQUE
     QUI EN SONT LES FONDATIONS    
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En Côte d’Ivoire, tenant compte des exigences du nouvel ordre scientifique, et à des fins d’appropriation, nous avons organisé, du 14 au 16 mai 1999, les Etats Généraux de la Recherche Scientifique, dont les résultats, ajoutés à ceux qui seront ici adoptés, serviront à renouveler le champ et à enrichir le patrimoine scientifique national, et partant international.

Le nouvel ordre scientifique doit se construire sur le socle des principes suivants, consistant à :

  1. donner à tous les peuples les mêmes chances, chances égales, d’accès au savoir scientifique ;
  2. s’approprier la science et la technologie comme un outil de développement de l’humanité tout entière, sur la base d’une juste répartition du patrimoine scientifique universel. Que la civilisation de la compétition ou de la guerre économique le cède, quelque peu, à celle du partage.
  3. Le droit à la science ou savoir scientifique étant reconnu comme un droit fondamental de l’homme, souligner le lien entre le savoir scientifique et le pouvoir politique, afin que la définition des programmes de recherche autant que l’exploitation des résultats ou découvertes scientifiques obéissent moins aux lois du marché qu’à celles de la démocratie, donnant, ici, la science au service de tous, à tout le moins du plus grand nombre, sous le règne de la responsabilité collective et individuelle.
  4. Ainsi, pourra s’organiser et se développer une coopération internationale mutuellement bénéfique.

Le progrès scientifique et technologique, on l’a vu, en soi, ne garantit nullement le progrès de l’humanité. La science et la technologie peuvent apporter le meilleur comme le pire, tout comme l’homme, le même, est à l’origine de la paix autant qu’il est à l’origine de la guerre, ainsi que le souligne le préambule de l’acte constitutif de l’UNESCO.

Aussi, les fondations du nouvel ordre posées, convient-il de lui assigner les finalités suivantes :

II - LES FINALITES    Back to top

La science n’est jamais qu’un moyen. Sa légitimité est celle de sa finalité ; et nous pouvons, partageant, en cela, les vues du projet de déclaration mondiale sur la science et l’utilisation du savoir scientifique, assigner une triple finalité à la science.

  1. La science comme moyen de développement de l’humanité, au profit et au non au détriment des hommes. La science doit savoir poser les problèmes de la société et aider à leur apporter les solutions appropriées ; car, tout développement qui ne s’appuie pas sur ou ne s’éclaire du savoir scientifique est un développement sans vision, développement aveugle qui cesse, donc, d’en être.
  2. La science comme moyen de restaurer et de renforcer la justice sociale entre les peuples et les individus, sur la base de la solidarité (universelle), permettant de corriger et réduire les inégalités.
  3. La science comme moyen d’instaurer la paix, la paix universelle, et de la préserver ; les découvertes scientifiques étant affectées à des fins exclusivement pacifiques.

Par la guerre rien de solide et de durable ne peut être obtenu ; par la paix tout pourrait l’être, à condition...

Et ce sont ces conditions que les hommes, démocratiquement, c’est-à-dire librement, doivent savoir et pouvoir déterminer et assumer ; et là aussi la science a son mot à dire.

 

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