| Le présent document a un double propos : expliciter
les raisons profondes des principes d'action formulés dans l'Agenda
et proposer une orientation concrète propre à aider à la mise au point de la
version finale de l'Agenda qu'adoptera la Conférence générale. LE NOUVEAU CONTEXTE 
Plusieurs facteurs importants ont transformé les rapports qui se
sont tissés entre la science et la société pendant la seconde moitié du siècle - et
ils continueront à avoir une incidence sur ces rapports.
La recherche scientifique accroît notre connaissance et notre
faculté de compréhension des systèmes et des processus complexes, dans une gamme de
plus en plus étendue d'échelles spatiales et temporelles. Les sciences exactes et
naturelles traversent une phase fortement créatrice du fait des percées et des avancées
faites dans divers domaines, de la biologie moléculaire et de la biochimie aux sciences
planétaires et à l'astronomie, en passant par la physique quantique et la science des
matériaux. L'avènement de nouvelles disciplines et leur action réciproque, l'apparition
d'outils de calcul de plus en plus puissants, l'accumulation rapide de connaissances
scientifiques et la nécessité d'intégrer les sciences exactes et naturelles et les
sciences sociales dans des programmes d'action communs ont de fortes incidences sur la
recherche scientifique et l'éducation.
Les conditions de la production et de la mise en commun du savoir
scientifique changent elles-mêmes du fait de l'intensité grandissante de la
communication, d'une synergie croissante entre les disciplines et d'une interaction plus
étroite entre la science et la technologie, l'université et l'entreprise, les
laboratoires et les usines. D'importantes incidences économiques et sociales découlent
des contacts plus étroits entre les découvertes scientifiques et leurs applications, le
savoir-faire technologique et l'exploitation commerciale. Les technologies de
l'information et de la communication suscitent dans tous les domaines des changements
aussi profonds que ceux qui intervinrent lorsque l'imprimerie fit son apparition.
Parallèlement aux changements qui interviennent dans la science et
la technologie, on observe la mondialisation du commerce et des transactions, le rôle
croissant des firmes transnationales, et une réduction des capacités des gouvernements
à réglementer l'activité économique, avec leur cortège de répercussions sur la
société. A l'intérieur d'un cadre qui est de plus en plus soumis à des enjeux
transnationaux et régi par les besoins à court terme, les entreprises compétitives sont
souvent celles qui savent capter les flux d'information et les appliquer rapidement, et
non créer des inventions elles-mêmes.
La fin de la guerre froide a eu pour corollaire une réorientation
importante des investissements dans la science et la technologie de quelques pays. Pour
les plus industrialisés d'entre eux, les ressources consacrées à la recherche militaire
pendant cette période représentaient une grande part des dépenses publiques de R-D.
Malheureusement, ces dernières années, le pourcentage du PNB consacré à la
coopération internationale, en particulier avec les pays en développement, a stagné ou
diminué, à quelques exceptions près . Conjugué aux difficultés économiques, ce
facteur a eu pour conséquence une absence totale ou quasi totale de croissance des
financements publics alloués à la recherche fondamentale, tandis que, parallèlement, la
stagnation de l'économie mondiale entraînait tout naturellement un recul de la R-D
privée. Par ailleurs, les programmes de recherche, en particulier les projets de grande
envergure conçus pour faire face à des problèmes mondiaux, doivent affronter des coûts
croissants.
Le monde est aujourd'hui en proie à des inégalités grandissantes,
qui viennent alimenter de nouvelles tensions et de nouveaux conflits. Les disparités sont
désormais plus complexes et plus accentuées. Pour n'en citer qu'un exemple afin
d'illustrer la situation à l'échelle mondiale, rappelons que 80 % de la consommation
privée totale est le fait de 20 % du genre humain. A l'intérieur des pays et entre les
pays, les bienfaits de l'éducation, de la culture, des services de santé et d'autres
facteurs du bien-être humain et social sont de plus en plus inégalement répartis. Dans
l'ensemble, si les pays plus développés industriellement ont constitué une forte
capacité de recherche scientifique et d'innovation technologique, d'autres pays - la
majorité - n'ont toujours pas réussi à satisfaire les besoins essentiels de leurs
populations. Les degrés divers auxquels les pays et régions s'adaptent aux changements
scientifiques et technologiques menacent d'accentuer davantage encore les inégalités
d'accès au savoir scientifique et au savoir-faire technologique et à leur production.
Un autre facteur important est la multiplication des problèmes
environnementaux qui pèsent sur l'avenir de notre planète. Outre les phénomènes de la
croissance démographique et de l'urbanisation accélérée, les activités industrielles
et agricoles et les transports sont à l'origine d'une profonde transformation de
l'environnement mondial qui porte gravement atteinte à la santé humaine et à la
productivité des écosystèmes. L'activité humaine commence même à affecter le
fonctionnement des systèmes qui entretiennent la vie de la planète, notamment le climat.
La nécessité de s'en tenir au principe de précaution, d'entreprendre des recherches
prospectives, de prendre des mesures de prévention, et surtout de faire de la viabilité
écologique un ingrédient essentiel de tout modèle de développement est devenue plus
manifeste en cette époque où les sociétés, les cultures, les économies et les
environnements deviennent de plus en plus interdépendants.
La nécessité de tenir compte des conséquences éthiques des
orientations que pourrait prendre la science s'est faite plus impérieuse ces dernières
années et appelle un débat ouvert de la communauté scientifique et de la société tout
entière. Dans ce contexte, les scientifiques eux-mêmes ont commencé à jouer un rôle
actif dans la définition et l'acceptation de leurs responsabilités éthiques. Faire
comprendre la science par le public et l'y sensibiliser sont des facteurs importants pour
l'élaboration de principes directeurs et de procédures appropriés en matière
d'éthique.
Une des caractéristiques de notre temps est l'apparition de secteurs
organisés de la société réclamant une participation aux débats démocratiques et à
la prise de décision, ainsi que la transparence dans toutes les affaires publiques. Outre
les acteurs traditionnels, tels les syndicats et les partis politiques, de nouveaux
groupes bien structurés viennent sur le devant de la scène - médias, mouvements de
citoyens et une grande variété d'organisations non gouvernementales, associations de
parlementaires, d'industriels, d'entrepreneurs. Nombre de ces groupes s'intéressent aux
questions environnementales et à d'autres questions que les sciences sont censées
traiter ; quelques-uns manifestent un désenchantement profane et un dédain vis-à-vis de
la science, et craignent les conséquences imprévues ou inconnues de certaines de ses
applications. Parmi les nombreux secteurs, qui parle au nom de la science ? A la science
de qui peut-on faire confiance ? Cette confusion accroît encore la méfiance du public.
Les femmes, en ce qu'elles constituent la majorité de la population
mondiale, revendiquent un rôle accru dans toutes les activités, et en particulier en
science et technologie. Les importants obstacles institutionnels et culturels qui
empêchent les femmes de progresser dans le domaine de l'éducation et de la recherche
scientifiques et d'y assumer des responsabilités à égalité avec les hommes, n'ont
toujours pas été abattus. La réalisation d'un meilleur équilibre entre les deux sexes
dans les activités scientifiques, en elle-même vivement souhaitable pour des raisons
d'équité, signifierait aussi que l'approche, voire le contenu, des progrès
scientifiques pourrait changer et s'orienter davantage vers la satisfaction des besoins et
des aspirations du genre humain.
|
Il existe aujourd'hui une accumulation de découvertes,
d'applications et de savoir-faire qui constitue une source sans précédent de
connaissances et de pouvoir. Jamais les découvertes et les innovations n'ont promis un
plus grand essor matériel qu'elles ne le font aujourd'hui, mais jamais non plus la
capacité productrice - ou destructrice - du genre humain n'a laissé planer tant
d'incertitudes. Le grand défi du siècle prochain tient à l'écart entre le pouvoir que
le genre humain a à sa disposition et la sagesse dont il est capable de faire preuve dans
l'utilisation de ce pouvoir.
Guidés par la conviction qu'il est à la fois urgent et possible de
relever ce défi, les participants à la Conférence sont résolus à concentrer leurs
efforts sur la production et la mise en commun du savoir, du savoir-faire et des
techniques afin de s'attaquer aux grands problèmes à venir, qu'ils soient locaux,
régionaux ou mondiaux. Toutefois, c'est aujourd'hui une évidence pour tout le monde que
la science à elle seule ne résoudra pas les problèmes. Il faut construire un nouveau
rapport entre ceux qui créent et utilisent le savoir scientifique, ceux qui le
soutiennent et le financent, et ceux qui se préoccupent de ses applications et de ses
effets. Telle est l'essence, et tel est l'esprit du nouvel engagement.
Quand on réfléchit aux expressions pratiques de cet engagement,
force est d'admettre que le rapport entre la recherche scientifique, l'éducation,
l'innovation technologique et les avantages pratiques est beaucoup plus divers et complexe
qu'il ne l'était par le passé, et qu'il met souvent en jeu de nombreux acteurs autres
que les chercheurs. On ne peut plus justifier le progrès de la science en invoquant
uniquement la quête du savoir ; on doit le défendre - et de plus en plus, à cause
des restrictions budgétaires - en faisant valoir son intérêt et son efficacité pour
répondre aux besoins et aux attentes de nos sociétés.
Pour qu'il y ait prise de décision démocratique sur les questions
scientifiques, il faut la participation de tous les secteurs de la société. Il faut
aussi faire preuve de considération et de respect pour la diversité nationale, dans un
esprit de solidarité et de coopération. Si un seul secteur de la population, ou un seul
groupe de pays, a un rôle actif en ce qui concerne la science et ses applications, des
déséquilibres peuvent se produire, et les écarts et disparités tendent à s'accentuer.
C'est pourquoi, lorsqu'il s'agit de définir et d'honorer l'engagement multilatéral
vis-à-vis de la science, il importe non seulement que chaque pays soit à même
d'apporter sa propre contribution, éclairée et bien formulée, mais aussi que tous les
acteurs - le public, les médias, les scientifiques, les éducateurs, les industriels, les
hommes politiques et les décideurs - s'associent au processus.
LE NOUVEL ENGAGEMENT 
Au cours du processus qui a débouché sur la Conférence mondiale
sur la science et l'élaboration de l'Agenda, de nombreux et enrichissants débats
et réflexions ont eu lieu. Parmi les préoccupations et les propositions exprimées, qui
étaient d'une grande diversité, se sont clairement dégagés des signes de convergence
concernant certaines questions essentielles. Celles-ci sont énumérées ci-après, à
titre de principes directeurs généraux afin que le nouvel engagement puisse être plus
aisément identifié.
Nécessité d'apporter des changements radicaux à l'attitude
adoptée à l'égard des problèmes du développement et à l'approche de ces problèmes,
en particulier de leur dimension sociale, humaine et environnementale. Les sciences
doivent être mises au service d'une paix et d'un développement durables dans un contexte
de responsabilité et de démocratie progressives ; les scientifiques doivent donc, comme
toutes les autres parties prenantes, reconnaître leurs responsabilités sur les plans
éthique, social et politique.
Nécessité d'améliorer, de renforcer et de diversifier
l'enseignement scientifique, formel et non formel, à tous les niveaux et dans tous les
secteurs et d'intégrer la science à la culture générale, en soulignant sa contribution
à la formation d'une pensée ouverte et critique ainsi qu'à l'amélioration de la
capacité des individus de faire face aux défis de la société moderne. Toute barrière
discriminatoire entravant une participation équitable à la science doit être éliminée
et des efforts concrets doivent être faits pour y intégrer pleinement les femmes.
Nécessité de renforcer l'assise nationale en S&T, en rénovant
la politique scientifique nationale, d'accroître le personnel scientifique et d'aménager
un contexte stable, propice à la recherche, en particulier dans les domaines d'intérêt
local et mondial. Dans les pays en développement, il faut accroître le financement de la
S&T en tenant compte des capacités et priorités locales, l'augmentation des crédits
découlant d'engagements similaires de la part des partenaires développés. Il faudrait
notamment créer des mécanismes permettant de partager les connaissances afin de combler
certaines lacunes et d'élargir dans le même temps l'assise scientifique.
Nécessité d'abattre les cloisonnements traditionnels entre les
sciences exactes et naturelles et les sciences sociales et d'adopter l'approche
interdisciplinaire en tant que pratique courante. De plus, étant donné que la solution
aux phénomènes qui sont à l'origine des problèmes et difficultés actuels exige une
action concertée de toutes les disciplines scientifiques, il est impératif de bien
équilibrer le soutien qui leur est apporté.
Nécessité d'ouvrir les questions scientifiques à un débat public
et à une participation démocratique de manière à parvenir à un consensus et à une
action concertée. Il est attendu de la communauté scientifique qu'elle se prête à un
dialogue permanent avec la société. Un dialogue avec d'autres formes de savoir et
d'expressions culturelles est particulièrement approprié.
- Nécessité de renforcer et d'élargir la coopération scientifique, régionale et
internationale grâce à la constitution de réseaux et à la prise de dispositions
institutionnelles avec les OIG, les ONG, les établissements de recherche et les centres
d'enseignement. C'est pourquoi les programmes de l'UNESCO et du CIUS doivent être
renforcés, notamment par le biais de la coopération entre les deux organisations et avec
d'autres organismes des Nations Unies. Mieux coordonner les différents efforts de ces
partenaires tout en respectant leurs rôles respectifs et en favorisant la synergie entre
eux est une gageure.
|
BASES DE L'ACTION 
Le texte ci-après, qui couvre l'ensemble des sections du projet
d'Agenda pour la science - Cadre d'action, s'efforce de dégager les idées générales
qui sous-tendent les principes directeurs pour l'action énumérés dans ce projet.
1. LA SCIENCE POUR LE SAVOIR . LE SAVOIR POUR LE PROGRÈS 
1.1 Rôle de la recherche
fondamentale 
Les sciences devraient continuer à remplir leur mission
intrinsèque, qui est l'acquisition du savoir et la compréhension, tirant parti de la
créativité des scientifiques du monde entier. Telle est l'idée centrale qui milite pour
la poursuite de la recherche fondamentale et de l'enseignement dans toutes les disciplines
scientifiques.
Les pouvoirs publics, les sociétés privées, les universités, les
laboratoires de recherche et les instituts ont chacun leur propre dynamique et leurs
propres domaines d'action. En étant associée à tous ces partenaires si différents, la
recherche scientifique doit affronter la diversité inhérente à ces contextes et adopter
un programme d'action cohérent, assurant l'équilibre entre les objectifs immédiats et
les objectifs à long terme.
Au stade de la conception des politiques et programmes scientifiques
internationaux, il convient d'avoir à l'esprit la multitude des conditions de la
recherche scientifique, des perceptions de la science, ainsi que des problèmes, des
besoins et des possibilités en matière d'application du savoir. Idéalement, la science
internationale devrait reposer sur la pluralité et la diversité des contributions que
tous les pays peuvent apporter à l'entreprise scientifique, compte tenu de leurs propres
capacités, besoins et intérêts.
1.2 Les secteurs publics et
privés 
La recherche fondamentale exige une aide publique soutenue
car elle représente un actif public non marchand et dont la rentabilité à court terme
est incertaine. Les retombées et les applications de la recherche fondamentale apportent
à leur tour un sang nouveau au système de recherche tout entier, tout en contribuant en
même temps à la solution de problèmes déterminés et au développement de compétences
technologiques.
De nouveaux mécanismes de financement doivent être mis
au point en faveur de la science, en tenant compte du contexte actuel. Dans la plupart des
pays industrialisés, les investissements privés dans la recherche en S&T dépassent
les dépenses financées à cet effet par le secteur public et un certain nombre
d'établissements publics ont été privatisés ou sont en cours de privatisation. Les
organismes qui accordent des subventions donnent la préférence à la recherche
poursuivant des buts à court terme et l'obligation de rendre des comptes pour les
résultats obtenus est fondée de plus en plus sur les applications technologiques et les
brevets plutôt que sur l'acquisition de connaissances de base. En revanche, dans la
majorité des pays en développement, la plus grande partie de la recherche scientifique
bénéficie d'un financement public. Même dans les pays qui ont réussi à constituer une
masse critique de scientifiques, le secteur privé donne la préférence à la recherche
poursuivant des buts à court terme ou bien n'investit pas du tout dans la recherche ; le
système scientifique est faiblement lié au système productif et l'industrie locale ne
tire pas parti des possibilités créées par la S&T. De ce fait, la S&T ne
contribue guère à la création de la richesse nationale dans ces pays.
1.3 La mise en commun de
l'information et des connaissances scientifiques

Les nouvelles technologies de la communication et de l'information
sont devenues un important facteur de changement, donnant naissance à des orientations et
des méthodologies nouvelles et à de nouveaux scénarios pour le travail scientifique,
ainsi qu'à de nouveaux modes de production de l'information, d'accès à l'information et
d'utilisation de l'information. Etant donné l'impact croissant des technologies nouvelles
et leur potentiel, il est nécessaire que les scientifiques, comme les établissements,
s'adaptent eux-mêmes afin de tirer pleinement parti des avantages qu'elles peuvent
apporter. A cet égard, il est indispensable qu'elles soient développées et utilisées
pour offrir des chances égales aux scientifiques des différentes régions du monde,
faciliter une large diffusion de l'information et l'accès à cette information, et
favoriser un dialogue scientifique vraiment international. Il y a lieu de concevoir des
systèmes informatiques et d'information aux fins de la S&T qui reflètent, dans toute
leur diversité, les cultures, les langues, les ressources techniques, les habitudes et
les besoins des différents peuples du monde.
Les moyens électroniques ne permettent pas à eux seuls de réaliser
un partage authentique et poussé du savoir scientifique. L'expérience a montré que les
réseaux régionaux et internationaux de recherche et de formation, les partenariats
associant les communautés des pays développés et des pays en développement et les
programmes visant expressément l'échange et le transfert des connaissances et des
savoir-faire scientifiques sont des mécanismes importants qui devraient être encouragés
et mis en oeuvre plus largement.
Les scientifiques, les établissements
de recherche et les sociétés savantes scientifiques devraient s'engager à collaborer
davantage à l'échelon international en vue du libre échange des connaissances et des
compétences. Les initiatives visant à faciliter l'accès des scientifiques et des
établissements des pays en développement aux sources d'information scientifique
devraient être tout particulièrement encouragées et soutenues.
2. LA SCIENCE POUR LA PAIX ET LE DEVÉLOPPEMENT 
2.1 La science et la
satisfaction des besoins essentiels des êtres humains

L'alimentation, l'eau, le logement, l'accès aux soins de santé, la
sécurité sociale et l'éducation sont des pierres angulaires du bien-être humain. On ne
peut sortir de la pauvreté et de la dépendance, qui sont le lot d'un certain nombre de
pays, que par la transformation sociale et économique et la détermination politique, un
système éducatif complet et de meilleure qualité et le développement et l'utilisation
appropriés de la science et de la technologie. Il faut appliquer le savoir scientifique
pour trouver les moyens de réduire le déséquilibre, l'injustice et le manque de
ressources qui frappent tout particulièrement les secteurs marginalisés de la société
et les pays pauvres du monde.
La science a aujourd'hui valeur de monnaie dans la hiérarchie des
nations. Les pays en développement ont besoin de renforcer leur capacité en S&T dans
les domaines pertinents au regard des problèmes de leurs propres populations et de leur
développement national. Il conviendrait toutefois de ne pas perdre de vue le fait que ces
pays sont d'une très grande diversité, certains étant à divers égards plus proches du
monde industrialisé que des autres pays en développement. Il est indispensable que
chaque pays ait la capacité et prenne la responsabilité de définir ses priorités et
domaines d'intérêt et de déterminer comment agir en conséquence.
C'est à ce titre qu'une aide à la S&T dans les pays en
développement est prônée. Grâce à cette aide, ces pays pourront résoudre leurs
problèmes réels et réaliser un développement plus sain et plus soutenu. Au bout du
compte, cette aide aura des retombées mondiales puisqu'il y a plus de 120 pays en
développement, où vivent les trois quarts de la population de la planète. Tant que ces
pays ne se seront pas effectivement investis dans la science, peut-on parler de
"science mondiale" ?
Il y a urgence à cet égard. Un développement global, d'une grande
portée et durable, est un enjeu universel et n'est pas limité à un groupe particulier
de pays. Il appelle une action cohérente, plurielle et multiforme à laquelle la
communauté internationale a beaucoup à apporter.
2.2 La science,
l'environnement et le développement durable

L'un des défis majeurs lancés à la communauté mondiale au cours
du prochain siècle sera la réalisation d'un développement durable, ce qui nécessite
des politiques interconnectées équilibrées visant à la croissance économique, à la
diminution de la pauvreté, au bien-être humain, à l'équité sociale et à la
protection des ressources de la terre et des systèmes qui soutiennent la vie. On se rend
de plus en plus compte qu'une gestion et une utilisation écologiquement viables des
ressources et en général des modes écologiquement viables de production et de
consommation constituent les seules voies de la satisfaction des besoins des générations
présentes et futures en matière de développement et d'environnement. Nous devons donc
renforcer et mobiliser nos capacités scientifiques pour promouvoir la durabilité.
Compte tenu du "Programme relatif à la poursuite de la mise en
oeuvre d'Action 21" adopté par l'Assemblée générale des Nations Unies en 1997,
les principes directeurs pour l'action énoncés dans l'Agenda devraient viser à la
réalisation des objectifs clés suivants : renforcer les capacités de la science de
favoriser le développement durable, l'accent étant mis en particulier sur les besoins
des pays en développement ; réduire l'incertitude scientifique et améliorer la
capacité de prédiction à long terme pour une gestion avisée des interactions
environnement-développement ; favoriser la coopération scientifique internationale
et promouvoir le transfert et le partage des connaissances scientifiques ; réduire
le fossé entre la science, le secteur productif, les décideurs et les grands groupes
afin d'élargir et de renforcer les applications de la science.
2.3 La science et la
technologie 
La science, la technologie et l'ingéniérie font partie des moteurs
principaux du développement industriel et économique. Le fait que les pays ne sont pas
également capables d'exploiter la science et la technologie grâce à l'innovation
contribue de plus en plus à accentuer l'écart entre pays industrialisés et pays en
développement en termes de performance économique et de revenus.
Dans tous les secteurs, l'innovation se caractérise de plus en plus
par des flux bidirectionnels d'information entre le système de recherche fondamentale et
les réseaux de développement et de diffusion de la technologie. Cela modifie les
exigences à satisfaire pour assurer le succès des transferts de technologie et renforcer
les capacités d'innovation des pays en développement, ce qui comporte des implications
pour les politiques nationales et la coopération internationale. L'une des premières
priorités de ces pays doit être désormais de promouvoir le développement des
infrastructures scientifiques et technologies nationales et des ressources humaines
correspondantes.
2.4 L'enseignement
scientifique 
Il faut d'urgence renouveler, élargir et diversifier l'enseignement
des sciences fondamentales pour tous, en privilégiant les connaissances et les
compétences scientifiques et technologiques nécessaires pour participer d'une manière
conséquente à la société de demain. Du fait du progrès rapide du savoir scientifique,
le système d'enseignement établi ne peut plus, à lui seul, faire face aux besoins
changeants de la population aux divers niveaux ; de plus en plus, l'éducation
formelle doit être complétée par des voies non formelles. Les médias et les
technologies de la communication peuvent à cet égard jouer un rôle important. A une
plus grande échelle, une société de plus en plus orientée vers la science a besoin de
vulgarisation scientifique au sens le plus large, de manière à promouvoir une meilleure
compréhension de la science et à orienter comme il convient la perception par le public
de la science et de ses applications et ses attitudes à leur égard.
Il est communément reconnu aujourd'hui que sans un enseignement
supérieur en S&T et des institutions de recherche adéquates fournissant une masse
critique de scientifiques qualifiés, aucun pays ne peut assurer un développement
authentique. Il est en outre admis que l'action menée à l'échelon national devrait
viser à resserrer les liens entre les établissements d'enseignement supérieur et les
institutions de recherche, en tenant compte du fait que l'enseignement et la recherche
sont deux éléments étroitement associés dans l'acquisition du savoir.
2.5 La science pour la paix
et la résolution des conflits 
Il ne saurait y avoir de paix durable tant que les problèmes
essentiels du développement n'auront pas été traités comme il convient ; il ne
saurait y avoir de bon développement tant que la culture et la pratique de la paix
n'auront pas été universellement adoptées. Si la science était toujours orientée vers
des fins pacifiques, elle apporterait certainement une plus grande contribution au
bien-être du genre humain.
"Elever les défenses de la paix dans l'esprit des hommes",
ainsi que le recommande l'Acte constitutif de l'UNESCO, implique que l'on se serve des
outils du savoir scientifique pour révéler, comprendre et en même temps prévenir les
causes profondes des conflits. Ce domaine de recherche exige l'action concertée d'un
grand nombre de disciplines scientifiques, étant donné qu'il met en jeu des questions
telles que l'inégalité sociale, la pauvreté, l'approvisionnement alimentaire, la
justice et la démocratie, l'éducation pour tous, les soins de santé et la dégradation
de l'environnement. En d'autres termes, il intéresse tous les aspects de la vie
économique, sociale ou politique qui engendrent la violence.
Contribuer à l'édification des défenses de la paix représente
pour tous ceux qui exercent leur profession dans le domaine de la science et de la
technologie une grande responsabilité. Les principes d'universalité, de liberté et de
pensée critique qui sont chers à la science constituent un lien commun propice à un
dialogue constructif entre les parties engagées dans un conflit et servent à combattre
l'intolérance et les barrières idéologiques et sociales. Les scientifiques ont
démontré le rôle qu'ils peuvent jouer dans la résolution des conflits et dans
l'élaboration d'accords de paix ; ce rôle doit continuer, avec le concours des
gouvernements et d'organismes indépendants.
2.6 Politiques scientifiques 
Chaque pays a besoin de la capacité de concevoir et de mettre en
oeuvre sa propre politique scientifique compte tenu du contexte mondial et d'affronter les
dilemmes des priorités et de la compétition pour les ressources, eu égard au stade
particulier de développement économique et d'industrialisation qui est le sien. Le
développement équilibré d'une base scientifique adaptée aux besoins du pays nécessite
une infrastructure élaborée et un socle institutionnel stable, ainsi que l'existence
d'un cadre juridique et réglementaire approprié. La constitution de réseaux et la
coopération, aux niveaux régional et international, peut faciliter l'échange des
expériences nationales et la conception de politiques scientifiques plus cohérentes. Il
faut accorder une attention particulière aux problèmes et dispositions juridiques
régissant les activités internationales de R-D dans des domaines stratégiques comme les
technologies de l'information et de la communication, la biodiversité et les
biotechnologies. Une coopération s'impose entre les organisations internationales en vue
d'améliorer l'évaluation et la compréhension du capital intellectuel et la
reconnaissance de son importance et en vue de protéger les investissements dans des
domaines tels que les droits de propriété intellectuelle. Un cadre internationalement
accepté devrait assurer la protection des droits de la propriété intellectuelle tout en
tenant compte des dispositions des mécanismes existants qui autorisent des différences
d'approche.
Eu égard à la complexité croissante du processus de prise de
décisions dans le monde contemporain, les scientifiques devraient participer plus
activement à l'élaboration des politiques nationales. Le rôle de la science dans la
société et la gouvernance n'a jamais été aussi important. La science a aujourd'hui le
devoir incontournable d'aider nos sociétés à réussir la transition vers un système
écologique et économique viable qui soit à la fois dynamique et stable. Dans cette
transition, l'alliance entre la science et la technologie modernes et la sagesse
universelle des sociétés traditionnelles et des philosophes de toutes les cultures peut
être un élément déterminant.
3. LA SCIENCE DANS LA SOCIÉTÉ . LA SCIENCE POUR
LA SOCIÉTÉ
3.1 Les impératifs sociaux
et la dignité humaine 
La science devrait être au service du genre humain dans son ensemble
et contribuer à améliorer la qualité de la vie de tout un chacun, appartenant aux
générations actuelles ou futures. Les disciplines qui se consacrent aux problèmes
d'intérêt social doivent donc occuper un rang de priorité élevé. S'agissant des
bienfaits de la science pour la société, il faut une planification scientifique
inspirée par une vision à long terme, étant entendu que des objectifs intermédiaires
doivent être définis de façon qu'une évaluation appropriée puisse être réalisée.
Les besoins et exigences des différents individus, secteurs ou groupes peuvent varier
sensiblement en fonction de divers paramètres tels que l'âge, l'instruction, la santé,
la formation professionnelle, le lieu de travail, le lieu de résidence, la condition
économique, le sexe et le milieu culturel. Recenser ces besoins divers et déterminer de
quelle manière on pourrait y faire face et les satisfaire nécessite un travail concerté
des scientifiques appartenant à différentes disciplines. Le nouvel engagement
réciproque science-société exigera non seulement que la communauté scientifique tienne
compte de ces défis, mais aussi que les mécanismes de coopération s'engagent à
promouvoir une stratégie pour y répondre.
La communauté scientifique, les gouvernements et tous les organismes
compétents sont priés instamment de s'engager à respecter sans réserve la dignité
sociale et humaine. Honorant une obligation sociale et morale essentielle, les
scientifiques devraient toujours oeuvrer en faveur des principes démocratiques de
dignité, d'égalité et de respect des individus, contre l'ignorance, le préjugé et
l'exploitation des êtres humains.
3.2 Questions d'éthique 
Les nouvelles découvertes et applications de la science, tout en
suscitant de grandes espérances et une énorme attente, peuvent aussi donner naissance à
des problèmes éthiques ; les scientifiques ne peuvent donc plus se désintéresser
des implications éthiques de leur travail. L'éthique est un sujet de débat
permanent ; elle appelle des choix et des engagements aux niveaux tant individuel que
social ; elle transcende les prescriptions juridiques et s'adapte à des situations
diverses et qui évoluent.
Le libre et plein exercice de l'activité scientifique, avec ses
valeurs propres, ne devrait pas être perçu comme étant en conflit avec la
reconnaissance des valeurs spirituelles, culturelles, philosophiques et religieuses ;
il faut maintenir un dialogue ouvert avec ces systèmes de valeurs pour faciliter
l'entente mutuelle. Pour instaurer un débat exhaustif sur la science et l'éthique qui
pourrait déboucher sur un code de valeurs universelles, il est nécessaire de
reconnaître les nombreux cadres éthiques des civilisations du monde.
3.3 Elargissement de la
participation à l'activité scientifique 
Tous les êtres humains ont le droit de participer à l'activité
scientifique. L'égalité des chances quant au choix et à la poursuite d'une carrière
scientifique est l'une des conditions sociales et éthiques de l'épanouissement de
l'être humain ; en science, aucune discrimination ne devrait être faite à
l'encontre d'un secteur ou d'un individu quels qu'ils soient. La participation et le rôle
de plus en plus marqués de tous les secteurs de la société à la vie scientifique
appellent à procéder à une révision fondamentale de la science ; il est clair que
les mécanismes normatifs et de prise de décision de l'institution scientifique s'en
ressentiront inévitablement. En particulier, tout type de contrôle central, qu'il soit
de nature politique, éthique ou politique, doit prendre en compte la diversité de plus
en plus marquée des acteurs qui constituent le tissu social de la science.
La participation des femmes à la planification, à l'orientation et
à l'évaluation de la recherche scientifique et des activités éducatives doit de toute
urgence être renforcée pour que l'on puisse bénéficier de leurs points de vue sur la
science et de leur contribution à celle-ci ; c'est seulement de cette manière que
l'on pourra tirer le meilleur parti du potentiel intellectuel du genre humain tout entier
et garantir qu'il contribue au maximum au bien-être des individus et de la société.
3.4 Science moderne et
autres formes de savoir 
La science moderne n'est pas la seule forme de savoir et il importe
de resserrer ses liens avec les autres formes, systèmes et méthodes de connaissance,
pour leur enrichissement et profit mutuels. Il convient que s'instaure un débat
interculturel constructif pour contribuer à mieux relier la science moderne au vaste
patrimoine de savoir de l'humanité.
Des sociétés traditionnelles - nombre d'entre elles ayant
des racines culturelles profondes - ont entretenu et affiné des systèmes de savoirs
qui leur sont propres, dans des domaines aussi divers que l'astronomie, la météorologie,
la géologie, l'écologie, la botanique, l'agriculture, la physiologie, la psychologie et
la santé. Ces savoirs représentent une très grande richesse. Non seulement ils
recèlent une information restée jusqu'à présent inconnue de la science moderne, mais
ils sont aussi l'expression d'autres manières de vivre dans le monde, d'autres rapports
entre la société et la nature, et d'autres approches de l'acquisition et de la
construction du savoir. Une action particulière doit être menée pour conserver et
cultiver ce patrimoine mondial fragile et divers, face à la mondialisation et à
l'emprise croissante d'une conception unique du monde naturel telle qu'elle est soutenue
par la science. Un rapprochement entre la science et les autres formes de savoir devrait
apporter d'importants avantages mutuels.
***
Les principes généraux de la Déclaration
sur la science et l'utilisation du savoir scientifique sont traduits de manière
pragmatique dans l'Agenda pour la science - Cadre d'action, dans
le sens des grands axes exposés dans la présente Note d'introduction. Il convient
de noter que les principes directeurs récapitulés dans le projet d'Agenda sont le
fruit des consultations menées jusqu'à ce jour avec tous les partenaires de la
Conférence mondiale sur la science. Ils constituent des exemples tout à fait concrets
d'axes d'action. Il est entendu que les participants auront la possibilité de les
compléter durant la Conférence de manière que la version finale de l'Agenda
constitue l'expression réelle du nouvel engagement contracté par toutes les parties
prenantes.
ANNEXE 
La Déclaration sur la science et l'utilisation du savoir
scientifique et l'Agenda pour la science - Cadre d'action ont tenu compte des
décisions, recommandations et rapports d'un certain nombre de grandes conférences
intergouvernementales et non gouvernementales récentes, mentionnées ci-après, ainsi que
des rapports de réunions connexes organisées dans le cadre de la présente Conférence :
- Recommandation concernant la condition des chercheurs scientifiques, adoptée par la
Conférence générale de l'UNESCO, Paris, 1974
- Programme d'action de Vienne pour la science et la technique au service du
développement (CNUSTD), ONU, New York, 1979
- Conférence internationale CIUS/FIAPS/UNESCO sur l'enseignement des sciences, Bangalore,
1985
- Déclaration du CIUS sur la liberté de conduire des travaux scientifiques, Paris, 1989
- Conférence mondiale sur l'éducation pour tous - répondre aux besoins éducatifs
fondamentaux (Rapport final), Jomtien, 1990
- Deuxième Conférence mondiale OMM/PNUE/UNESCO/CIUS sur le climat, Genève, 1990
- Déclaration de la Conférence internationale sur un programme d'action scientifique
pour l'environnement et le développement (ASCEND 21), Vienne, 1991
- Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement, Rio de Janeiro,
1992 - Action 21
- Conférence internationale sur les libertés académiques et l'autonomie universitaire,
Sinaia, 1992
- Déclaration du CIUS sur la brevetabilité des gènes, Paris, 1992
- Conférence mondiale sur les droits de l'homme, Vienne, 1993
- Rapport de la Conférence mondiale sur le développement durable des petits Etats
insulaires en développement, Bridgetown (Barbade), 1994
- Agenda pour le développement, adopté par le Groupe des 77 à New York, 18 avril 1995
- Conférence internationale sur le soutien des donateurs à la recherche en sciences
fondamentales orientée vers le développement, Uppsala, 1995
- Sommet mondial pour le développement social, Copenhague (Danemark), 1995
- - Rapport du Groupe de travail sur la sexospécificité de la Commission des Nations
Unies sur la science et la technique au service du développement de 1993 à 1995
- Quatrième Conférence mondiale sur les femmes, Beijing, 1995
- Congrès international sur l'éducation et l'informatique, Moscou, 1996
- Déclaration du CIUS sur l'expérimentation animale, Paris, 1996
- Sommet mondial de l'alimentation, Rome, 1996
- Programme relatif à la poursuite de la mise en oeuvre d'Action 21, Assemblée
générale des Nations Unies, New York, 1997
- Congrès mondial sur l'enseignement supérieur et la valorisation des ressources
humaines pour le XXIe siècle, Manille, 1997
- Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l'homme, adoptée par la
Conférence générale de l'UNESCO, Paris, 1997
- Déclaration mondiale sur l'enseignement supérieur au XXIe siècle - Vision et actions,
UNESCO, Paris, 1998
- Cadre d'action prioritaire pour le changement et le développement de l'enseignement
supérieur, UNESCO, Paris, 1998
|