| Femmes,
science et technologie Forum régional de lAfrique Sommaire Dans le cadre de la préparation de la Conférence mondiale sur la science pour le XXIème siècle, lUNESCO a entrepris à travers le monde une série de consultations destinées, dune part à faire létat des lieux sur la participation des femmes au développement scientifique et technologique et, dautre part à identifier les moyens susceptibles daider à combler lécart important qui apparaît à lheure actuelle entre le nombre dhommes et de femmes uvrant dans ce domaine. Sur linvitation du gouvernement du Burkina Faso, ce Forum a réuni sur ce sujet une soixantaine de spécialistes africains dont la plupart étaient des femmes occupant des postes de responsabilité en science et technologie dans leur pays dorigine. Venus de quarante trois pays, ces participants représentaient toutes les zones linguistiques du continent. On notait également parmi eux une représentante de la Commission économique africaine (CEA) ainsi que celles dassociations de femmes et dorganisations non gouvernementales (la TWOWS (lOrganisation mondiale des femmes scientifiques du Tiers Monde) et le FAWE (Forum of African Women Educationalists) notamment) . Le Forum a été organisé en étroite collaboration avec les autorités du Burkina Faso, avec la collaboration des Commissions nationales pour lUNESCO de lAfrique et le soutien du Ministère des Affaires Etrangères français et de lISESCO. Les travaux proprement dits du Forum se sont déroulés au sein de séances plénières (panels) comportant chacun un ou plusieurs exposés substantiels suivis de débats et de propositions. PREMIER PANEL
- Femmes, science et technologie : un enjeu pour lAfrique Dans une communication intitulée " Formation scientifique et technologique des filles dans léducation de base en Afrique " Mme Alice Tiendrebeogo, Ministre de la Promotion de la Femme du Burkina Faso, a tout dabord souligné le rôle essentiel que les femmes jouent dans les économies nationales, notamment dans lagriculture où elles contribuent dans une proportion de 60 à 80% à la production vivrière, ainsi que dans la gestion des ressources naturelles. Elle a regretté que, pour assumer ces responsabilités, les filles ne reçoivent ni formation initiale suffisante ni formation technique adaptée. Elle a ensuite mis laccent sur le taux danalphabétisme élevé des femmes en Afrique subsaharienne (72% en moyenne contre 51% chez les hommes), le faible taux de scolarisation des filles (inférieur à 50%) et montré que plus de 50% des filles scolarisées abandonnaient lécole avant la fin de lenseignement primaire. Elle a expliqué que le système éducatif ne répondait pas aux besoins des filles et quil ne tenait pas suffisamment compte des savoirs traditionnels acquis par celles-ci dans leur communauté de vie. Elle a dénoncé lattitude différentielle des enseignants à légard des filles et des garçons et montré que les manuels scolaires diffusaient des idées préconçues perpétuant une image stéréotypée et dévaluée des femmes présentées comme passives, irresponsables, peu compétentes, cantonnées le plus souvent à des activités domestiques. Elle a aussi analysé le rôle des parents qui, ayant moins confiance dans les capacités de leurs filles que dans celles de leurs garçons et considérant que les mathématiques et les sciences étaient des disciplines masculines, norientaient pas leurs filles dans les filières scientifiques et techniques. Les débats qui ont suivi la communication ont montré combien léducation scientifique des femmes était indispensable au développement de lAfrique ainsi quà la participation de ce continent à léconomie mondiale. Recommandation du
premier panel
DEUXIÈME PANEL -
Léducation scientifique Ce panel a principalement traité de la situation des filles par rapport à lenseignement scientifique et technologique distribué dans lenseignement secondaire. Trois communications ont été prononcées :
Les enquêtes menées dans différents Etats africains ont montré que les filles étaient généralement peu scolarisées, quelles allaient moins souvent et moins longtemps à lécole que les garçons et que leur représentation dans les différents cycles denseignement allait en décroissant. Cest ainsi quau Burkina Faso en 1997-1998, 33,4% des filles étaient scolarisées dans lenseignement primaire contre 48% des garçons , que 7,41% des filles étaient présentes dans lenseignement secondaire contre 12,9% de garçons et que seulement 0,41% des filles bénéficiaient de lenseignement supérieur contre 1,7% des garçons. Par ailleurs, les études ont mis en évidence le fait que, généralement peu nombreuses dans lenseignement secondaire, les filles choisissaient moins souvent que les garçons les filières scientifiques et technologiques (leur représentation dans ces classes est inférieure à 25% au Burkina Faso) et quelles y réussissaient assez mal en raison notamment de difficultés rencontrées en mathématiques. Selon une enquête menée entre 1990 et 1996 dans 4 pays dAfrique, 80 à 90% des filles obtenaient de mauvais résultats en mathématiques et 60 à 80% étaient en difficulté dans les disciplines scientifiques. Les intervenants se sont tous accordés pour désigner les principaux
facteurs responsables de cette situation :
Dans la cellule familiale tout dabord et dans la société par la suite, il nest pas encore admis que la fille ait les mêmes aptitudes que le garçon et que léducation scientifique fasse partie de sa formation de base. Aussi est-elle éduquée autrement que le garçon et la plupart du temps non encouragée à sorienter vers les filières scientifiques et techniques. Victime des " domaines réservés ", elle reste ainsi en marge des activités socialement valorisées, bien rémunérées et performantes.
Dans la situation de crise économique actuelle, les parents choisissent denvoyer le garçon à lécole au détriment de la fille quils confinent aux tâches domestiques, aux activités génératrices de faibles revenus afin de subvenir aux besoins de la famille et, dans certains cas, quils contraignent au mariage forcé ou précoce.
Dès son entrée à lécole, la fille est en effet confrontée aux programmes inappropriés, aux stéréotypes sexistes, aux approches et méthodologies dépassées, aux attitudes négatives des enseignants et des enseignantes, à labsence de modèles. Lorsquelle sintéresse aux disciplines scientifiques, elle ne trouve pas lencouragement souhaité pour persévérer dans cette voie. Face à une telle situation, des actions vigoureuses ont été
engagées par les Etats et des Organisations nationales et internationales dans le but
daméliorer léducation scientifique et technologique des filles :
Les débats qui ont suivi ces communications ont confirmé que la quasi totalité des
Etats africains représentés au Forum avaient pris conscience de la nécessité
daméliorer léducation scientifique des filles et que de nombreuses
initiatives avaient été prises, par exemple :
Recommandations du
deuxième panel
TROISIÈME PANEL
- Recherche et technologie Le panel a été centré sur la place des femmes dans les carrières scientifiques et technologiques (recherche, enseignement supérieur et ingénierie) et sur les possibilités de promotion au sein de ces métiers. Il a été loccasion de nombreuses interventions :
Ces nombreux exposés ont donné un aperçu assez global de la situation des femmes dans les carrières scientifiques et technologiques en Afrique. En dépit des différences observées entre les sous régions représentées concernant la scolarisation des jeunes filles dans les trois cycles denseignement, les difficultés à recruter des femmes scientifiques ont été reconnues comme étant du même ordre dans tous les pays étudiés. Il a été souligné que les femmes étaient peu nombreuses dans les carrières scientifiques et technologiques (moins de 30%), quelles choisissaient de préférence les sciences biologiques aux autres disciplines de travail et quelles restaient absentes des lieux de décision et de responsabilité. En Côte divoire, les femmes sont sousreprésentées dans le corps des enseignants chercheurs scientifiques : 5 femmes Professeurs titulaires en sciences de la santé; 10% de femmes Professeurs titulaires dans les autres Unités de formation et de recherche scientifiques (UFR). Il ny a aucune femme Directeur de recherche ni Maître de recherche, les femmes étant toutes Chargées de recherche ou Attachées de recherche. Au Burkina Faso, une femme figure parmi les 18 Professeurs dUniversité titulaires. On dénombre seulement 8,8% de femmes chercheurs non contractuelles au Centre national de la recherche scientifique et technologique. Aucune femme noccupe un poste de responsable dans ce Centre de Recherche. Lexamen des données statistiques des pays de lAfrique australe révèle que bien que le taux de scolarisation des filles dans lenseignement primaire et secondaire soit élevé et même supérieur à celui des garçons (83% de taux de scolarisation avec plus de 50% de filles et 53,5% de filles dans lenseignement secondaire du Botswana en 1994-95), celles-ci nen sont pas pour autant très présentes dans les carrières scientifiques. On compte en moyenne 28% détudiantes en sciences à lUniversité du Botswana et pour les pays de la sous région 10% de femmes enseignantes dans les Facultés scientifiques avec seulement 0,71% de Professeurs. Les difficultés rencontrées par les femmes dans lenseignement supérieur et la recherche sont accentuées dans les métiers dingénieurs. Les femmes représentent 3,5% des ingénieurs et 11,3% des techniciennes au Mali. Le Soudan connaît le plus fort taux de femmes ingénieurs avec 15,8%. Laccès des femmes africaines aux carrières scientifiques et technologiques a été considéré par les intervenantes comme un véritable parcours du combattant, semé dembûches. La conduite dune carrière scientifique étant longue et particulièrement difficile pour une femme, les jeunes filles préfèrent souvent choisir les filières de formation courtes, débouchant rapidement sur un emploi. Parmi celles qui ont osé opter pour laventure scientifique, un bon nombre décident après plusieurs années détudes ou de pratique professionnelle de changer dorientation. Les raisons de cette désaffection des filles
pour les sciences et les technologies sont connues :
Les débats qui ont suivi ces communications ont montré que les difficultés relevées au cours des différents exposés concernaient toute lAfrique. Parallèlement à ce constat, les participants ont fortement insisté sur la nécessité daccroître la présence des femmes dans les métiers de la science dans la perspectives dun développement humain durable. Il sagit en effet, par lobtention dune masse critique de scientifiques féminins, de renforcer le potentiel scientifique du continent mais, au delà de cet aspect quantitatif, denrichir non seulement la communauté scientifique mais aussi la société toute entière par lapport de nouvelles idées, de points de vue différents, de méthodes originales et sans aucun doute de motivations en faveur dune culture de la Paix. Aussi a-t-il été demandé que le Forum contribue à inciter les Etats à tenir compte des ressources considérables et inexploitées que représentent les femmes du continent africain. Recommandations du
troisième panel De nombreuses recommandations ont été proposées (voir Plan daction régional) parmi lesquelles nous retiendrons :
QUATRIÈME PANEL
-Formation professionnelle Les exposés de ce Panel ont traité principalement de la place et du rôle de la formation professionnelle à composante scientifique et technologique vis à vis des nouveaux besoins des entreprises :
A partir dexemples concrets les intervenants ont montré combien lévolution technologique que connaissent les entreprises à lheure actuelle devrait inciter les décideurs à offrir aux femmes une formation professionnelle adaptée. Dans lindustrie textile, lune des plus grandes génératrices demplois en Afrique, dans lindustrie de lénergie solaire et dans dautres branches professionnelles (conservation et transformation des denrées alimentaires par exemple) les femmes constituent souvent la majorité des travailleurs les moins qualifiés. Les nouvelles technologies et larrivée de linformatique entraînent de profondes modifications dans la marche des entreprises. Cette évolution contraint celles-ci à recruter un personnel qualifié qui souvent nest pas encore disponible sur le marché du travail. Pour remédier à cet état de fait, il serait nécessaire de concevoir et de mettre en uvre des programmes de formation professionnelle intégrant les sciences, les mathématiques et la gestion dentreprise permettant aux jeunes filles de trouver des emplois intéressants et bien rémunérés. Lassociation internationale des Guides et Eclaireuses a présenté ses programmes déducation non formelle en matière de santé, dalimentation et de nutrition et de protection de lenvironnement destiné essentiellement aux filles et aux jeunes femmes analphabètes ou peu scolarisées. Les discussions ont porté sur limportance de léducation non formelle pour aider les femmes analphabètes dans leur vie quotidienne. Lenseignement à distance a été aussi prôné. Concernant la formation professionnelle, il a été noté la faiblesse de loffre face à une demande croissante, le nombre insuffisant de professeurs qualifiés dans les centres de formation mais aussi le nombre trop restreint déquipements disponibles au regard des effectifs pléthoriques. Plusieurs intervenants ont évoqué les difficultés rencontrées par les jeunes filles lors de leur insertion professionnelle, à la fin de leur période de formation. Il a été demandé que les associations de femmes scientifiques et ingénieurs fassent linventaire des technologies utilisées par les femmes dans lartisanat et plus généralement dans les différentes activités du secteur informel et quelles encouragent le transfert de technologies plus adaptées. Parmi les réalisations à létude citons la création dun Centre international de coordination des activités relatives aux femmes, implanté au Burkina Faso, destiné à devenir un pôle dexcellence en éducation et en formation. Recommandations du
quatrième panel A la suite de ces interventions plusieurs propositions ont été faites :
Lors de la dernière journée du Forum, deux documents ont été adoptés : Les participants ont procédé à la finalisation du message que le Forum a adressé à tous ceux qui sintéressent au devenir de lAfrique . Ce message intitulé " Déclaration de Ouagadougou " cherche à mettre en exergue le fait que des changements drastiques dans les méthodes déducation, de formation simposent désormais au nom du développement de lAfrique. Elles sadresse en particulier aux gouvernements africains, à lUNESCO, aux organisations internationales non gouvernementales, aux institutions bilatérales et multilatérales daide au développement ainsi quà tous ceux qui, de par leur position, peuvent contribuer à favoriser, au niveau de leur pays, laccès des femmes au développement et à lapplication de la science, cest-à-dire les parents délèves, les enseignants, les chercheurs, les industriels, les chefs dentreprise. Sur le plan continental, le Forum a également proposé un Plan daction régional destiné à encourager et à appuyer les initiatives de tous les Etats membres africains en mettant à leur disposition, grâce à des projets régionaux ou sous-régionaux, à des réseaux, à des associations, etc, des données, des expériences et tous autres moyens dont ils ont besoin dans ce domaine. Dans un second temps, le Forum a procédé à une cérémonie de clôture au cours de laquelle M. Nouréini Tidjani-Serpos, Sous-Directeur général, Chargé du Département " Priorité Afrique " à lUNESCO, a salué le courage des participants du Forum " face à la pauvreté, à linjustice sociale, à lexclusion, à la marginalisation dont les femmes sont victimes dans le partage des connaissances, face aux défis de la mondialisation " et les a encouragés " à construire avec les différentes composantes de la société un monde nouveau qui est dabord un monde de Paix ". S. Exc. M. François Cousin, Ambassadeur de France au Burkina Faso a exprimé la satisfaction de son pays davoir pu contribuer à la réalisation de cette importante rencontre de femmes scientifiques dont les conclusions devraient enrichir les débats de la Conférence mondiale sur la science pour le XXIème siècle. M. Christophe Dabiré, Ministre des Enseignements Secondaire, Supérieur et de la Recherche Scientifique du Burkina Faso sest solennellement prononcé en faveur de la promotion de la femme en général et plus particulièrement dans le domaine de la science et de la technologie et a déclaré " Je mengage à uvrer avec mes homologues africains en charge de lEducation et de la Formation pour une transformation qualitative des mentalités, pour une réforme de la conception des outils pédagogiques et didactiques, afin quun regard désormais positif soit autant accordé à la jeune fille quau jeune garçon ". Après avoir invité les participants à poursuivre leur action auprès de leurs gouvernements et de leurs institutions de recherche et denseignement, il a déclaré clos les travaux du Forum. Fait et adopté à Ouagadougou le 28 janvier 1999 |
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