| Le rôle de
la science et de la technologie dans la société et la gouvernance Vers un nouveau contrat entre la science et la société Kananaskis Village, Alberta (Canada) 13 novembre 1998 Rencontre nord-américaine en prévision de la Conférence mondiale sur la science Sommaire du Rapport Sommaire Des représentants du Mexique, des États-Unis et du Canada se sont réunis en Alberta, Canada, pour examiner lincidence des progrès scientifiques sur la société et son administration. En prévision de la Conférence mondiale sur la science de 1999, le groupe sest penché sur de nombreux aspects des liens entre la science et la société points forts et faibles, avantages, écueils et possibles orientations futures. Le rapport intégral et les annexes résument les réflexions du groupe et il est également soumis à la Conférence mondiale sur la science. De brefs exposés sur quatre sujets retenus agriculture et production alimentaire, médecine et sciences de la santé, changement planétaire et questions énergétiques ont donné une assise concrète à la discussion. Intentionnellement, de nombreux points soulevés touchaient à plusieurs de ces sujets introductifs. Dans le rapport, les discussions quils ont suscitées sont regroupées sous six grands thèmes :
La réunion navait pas pour but de définir une position nord-américaine officielle ; les participants étaient plutôt invités, en qualité de scientifiques professionnels, à exposer leurs perspectives personnelles sur le rôle en évolution de la science dans la société et la gestion des affaires publiques. Plusieurs observations générales et conclusions se dégagent de ces échanges francs et pénétrants et ne sont pas sans rapport avec lidée et lordre du jour de la Conférence mondiale sur la science. Elles sont assorties de propositions daction recommandées par des participants individuels. Par le passé, nos méthodes et établissements scientifiques ont valorisé létude des processus naturels individuels plutôt que des systèmes, lanalyse plutôt que la synthèse et la compréhension de la nature plutôt que la prévision de son comportement. Et dans de nombreux cas, la science a focalisé son attention sur des problèmes à court terme et de petite échelle, souvent selon un mode monodisciplinaire, plutôt que sur des problèmes à plus long terme et de plus grande échelle. Ces approches et perspectives nous ont certes permis dédifier un imposant corps de connaissances et de mettre au point une vaste panoplie de technologies utiles, surtout au XXe siècle, mais un grand nombre des problèmes auxquels lhumanité est confrontée aujourd'hui ne trouveront de solution quavec une approche plus holistique de la science. Il faut faire plus defforts pour comprendre les systèmes naturels selon des échelles de temps et despace multiples. Les découvertes scientifiques doivent aussi être appliquées à léchelle qui convient. Lincidence des interventions technologiques sur les individus, les collectivités et lenvironnement doit aussi être examinée de près. À cette fin, la science doit devenir plus multidisciplinaire et ses praticiens doivent continuer de promouvoir la collaboration et lintégration entre les sciences sociales et naturelles. Une approche holistique exige aussi de la science quelle accepte les contributions des humanités (comme lhistoire et la philosophie), des systèmes de connaissance locaux, de la sagesse autochtone et dune grande diversité de valeurs culturelles. La science a de plus en plus dinfluence sur la vie des gens. Les avantages que lhumanité en a récemment tirés sont sans précédent dans lhistoire de lespèce humaine, mais dans certains cas les impacts ont été nuisibles ou leurs répercussions à long terme suscitent de graves préoccupations. Un fort courant de méfiance à légard de la science et de crainte de la technologie existe dans le public aujourd'hui. Il salimente en partie au fait que certains individus et certaines collectivités croient quils seront ceux qui auront à subir les conséquences néfastes indirectes des innovations techniques qui ont été introduites au profit seulement dune minorité privilégiée. Le pouvoir de la science de changer les choses impose aux scientifiques lobligation de faire preuve de beaucoup de prudence dans leurs actions et leurs paroles. Les scientifiques devraient réfléchir aux conséquences sociales des applications technologiques de leur travail et expliquer au public et aux décideurs la part dincertitude ou dinachèvement scientifique que leurs découvertes comportent. Mais, parallèlement, ils ne devraient pas hésiter à exploiter à fond la capacité prévisionnelle de la science, avec toutes les réserves qui simposent, pour aider les gens à sadapter au changement de lenvironnement, en particulier en cas de menaces directes telles que les catastrophes naturelles ou les pénuries deau. La tendance à la privatisation manifeste dans de nombreux pays a des effets sur lobjet et la pratique de la science. Dans certains cas, cela peut avoir pour résultat daccroître la capacité de recherche et les connaissances dans certains domaines, mais nombreux sont ceux qui craignent que cette tendance soit en train de miner la science dans le secteur privé, surtout au niveau de la recherche fondamentale et à celui des efforts déployés pour résoudre les problèmes qui ont une importance sociale mais qui sont sans intérêt pour les entreprises commerciales. La protection par brevet de la propriété intellectuelle privée, par exemple, complique la tâche de la recherche publique. On sinquiète aussi des implications sociales de la propriété et du contrôle privés de la technologie, et de ses effets sur les connaissances scientifiques du public en général ainsi que sur les options laissées au choix du public. Une autre tendance majeure façonne la science, à savoir la mondialisation. La fin de la guerre froide, le besoin croissant de technologie dans les économies émergentes, la reconnaissance à léchelle mondiale de linterconnectivité des systèmes biophysiques de la planète et lamélioration des communications, en particulier à laide dInternet tous ces facteurs favorisent au maximum la collaboration scientifique transfrontière et léchange dinformation entre les chercheurs individuels, les établissements et les gouvernements. Une bonne part de cette expansion, cependant, ne se produit que dans une poignée de pays scientifiquement avancés. Pour que la science devienne vraiment mondiale, de nouveaux efforts doivent être déployés afin que tous les pays, riches et pauvres, et un large éventail de cultures du monde participent à la recherche fondée sur la collaboration et aux transferts technologiques. Cela est particulièrement important dans des domaines comme celui du changement climatique mondial qui se répercutera, tôt ou tard, sur tous les êtres humains. Avec des politiques judicieuses en vigueur, les travaux scientifiques conjoints dans lArctique, par exemple, pourraient servir de modèle pour dautres types de collaboration mondiale. Un des défis majeurs que la science mondiale doit relever, cest de trouver des arrangements institutionnels favorisant la réussite. La prolifération des réseaux et des programmes internationaux, la fameuse " jungle des acronymes ", traduit une approche plutôt concrète, imputable en partie à létroitesse des objectifs des établissements scientifiques établis et aussi à labsence de soutien stratégique intégré des gouvernements nationaux dans des domaines comme celui de transformation du globe. Ce quil faut, cest établir des partenariats réellement internationaux grâce auxquels les scientifiques de divers pays et disciplines peuvent soutenir pleinement les buts de chacun et partager les ressources et les fonctions de gestion de façon mutuellement avantageuse. Les scientifiques et les établissements scientifiques devraient :
Au sein du public, on décèle une certaine méfiance, voire crainte, de la science et de la technologie. Cela signale une importante lacune des communications entre les scientifiques et la société. Un grand nombre de raisons justifieraient ces attitudes : ignorance ou incompréhension de la science par le public, couverture médiatique inexacte ou partiale, répartition inégale des coûts et avantages de la science entre différents sous-groupes de la société, absence de contrôle public sur les applications de la S et T, et incapacité de certains scientifiques de communiquer leurs idées dans un langage clair. Le problème de lélimination des déchets nucléaires est un exemple qui montre que lécart entre les découvertes scientifiques (qui, dans ce cas, donnent à penser quil existe des techniques délimination sans risques qui ne posent pas de risques plus élevés que les autres activités industrielles acceptées par la société) et lopinion et le comportement du public (opposition permanente à lutilisation de ces technologies) peut parfois sembler insurmontable, cest-à-dire que sa solution ne dépend pas uniquement dune amélioration des communications ou de recherches techniques plus poussées. Une bonne communication scientifique par lentremise des médias de masse est particulièrement importante dans les cas dincidences directes sur la vie des gens par exemple, avant, pendant et après des catastrophes naturelles telles que des orages, des éruptions volcaniques et tremblements de terre, ainsi que dans le domaine général de la transformation du globe. En communiquant leurs idées, les scientifiques devraient établir clairement les limites de leurs prévisions et autres déclarations. Mais ils ne doivent pas hésiter à faire des déclarations publiques simplement du fait que leurs messages vont à lencontre des vux et des attentes du public ; en fait, ils devraient sattendre à susciter des réactions négatives dans ces cas-là et expliquer alors soigneusement le fondement de leurs conclusions ou opinions scientifiques. Mise à part la communication à laide des médias de masse qui est largement unidirectionnelle, la communication au sens dun dialogue permanent entre les scientifiques, le public et les décideurs est importante aussi. Elle peut revêtir deux formes : des consultations sur des questions dintérêt public et comités dexamen, salons scientifiques, portes ouvertes, et services dinformation du public fournis par les universités, les instituts de recherche et les entreprises privées. À mesure que les exigences de transparence et de reddition de comptes simposent en science, la communication de ce type ainsi que la participation du public à la prise de décisions sur les applications de la S et T devient impérative. Malheureusement, on manque de ressources pour établir un tel dialogue, non seulement dans les établissements scientifiques, mais aussi dans les groupes de la société qui ont des enjeux dans lévolution scientifique et qui ont donc quelque chose à gagner dun tel contact avec les scientifiques. La privatisation croissante de lactivité scientifique ne favorise guère la communication ouverte des conclusions et incertitudes scientifiques. Léducation scientifique, en particulier la formation à des approches de la recherche multidisciplinaire et en équipe, a aussi besoin dêtre renforcée. Un grand nombre de programmes déducation scientifique focalisent encore sur les devoirs détudiants individuels et sur une évaluation individuelle, alors que la tendance dans les secteurs public et privé va dans le sens du travail en équipe, et que les besoins des sociétés sont de plus en plus satisfaits par les actions concertées de nombreux domaines de recherche. La science, pour susciter réellement lintérêt des jeunes, doit également être démystifiée par les éducateurs, cest-à-dire présentée de manière attrayante et stimulante, labstraction de la théorie étant étroitement liée à la vie de tous les jours. Par ailleurs, les étudiants doivent participer plus étroitement à la discussion publique de la science et de ses applications. Non seulement sont-ils ceux qui seront les plus touchés par lorientation actuelle de la science, mais ce sont également eux qui seront les scientifiques et les décideurs de demain.
Dans le monde en développement, la science diffère sous trois grands rapports de ce quelle est dans le monde industrialisé : les budgets sont beaucoup plus modestes, les programmes de recherche sont différents parce que les problèmes socio-économiques et biophysiques à résoudre ne sont pas les mêmes et laccès à linformation scientifique et à la technologie ainsi que la compréhension de cette information et de la technologie par le public sont plus limités. Lécart du savoir entre le Nord et le Sud est, pour certains, la dimension sociale et économique la plus urgente de la science moderne. Un grand nombre de pays en développement ont des scientifiques compétents, mais qui sont souvent peu nombreux et qui manquent de ressources et du soutien politique requis pour résoudre des problèmes complexes. Au Mexique, par exemple, où lagriculture demeure un volet important de léconomie nationale, les travaux scientifiques menés sur la production alimentaire et la sécurité alimentaire sont en partie étouffés par la toile des problèmes sociaux tels que la pauvreté rurale, la discrimination sociale contre les paysans, la migration vers les villes à la suite des changements dans lutilisation des terres, la faiblesse des transports et des services de marketing et la difficulté pour les agriculteurs davoir accès à du crédit. Dans le domaine de la santé, également, les problèmes des pays en développement sont très différents de ceux des pays développés. La maladie de Chagas et la schistosomiase, par exemple, sont endémiques dans de nombreux pays en développement, et pourtant les scientifiques spécialisés en santé et entreprises pharmaceutiques des pays industrialisés leur accordent très peu dattention. Il existe certes plusieurs programmes de coopération Nord-Sud qui soutiennent la science dans les pays en développement et améliorent le transfert technologique, mais cela ne suffit pas. La gestion de leau, la recherche sur les maladies tropicales et les techniques à haut rendement énergétique ont été reconnues comme des domaines où les programmes de coopération actuels sont faibles, mais dans lesquels les pays industrialisés peuvent fournir une aide précieuse aux pays en développement. En ce qui concerne la recherche internationale sur les problèmes à grande échelle tels que la transformation du globe, la plupart des pays en développement sont incapables de contribuer aux éléments scientifiques requérant des installations et technologies de recherche sophistiquées. Mais il y a dautres façons efficaces et peu coûteuses pour eux dy participer, notamment en menant des études sur les situations et incidences locales. Il a été suggéré, par exemple, que le Mexique pourrait contribuer à la recherche sur le changement climatique en effectuant, à un coût très bas, des études épidémiologiques sur le rapport possible entre la qualité de lair urbain et laugmentation constatée récemment du nombre de cas de maladies cardio-vasculaires et dhypertension associée à la grossesse. LICSU a un rôle important à jouer et doit veiller à ce que les pays en développement participent aux études sur la transformation du globe de façon imaginative mais abordable et pratique. Un autre symptôme du fossé scientifique NordSud, cest la répartition inéquitable des profits que rapportent les nouvelles technologies et les nouveaux produits à base de ressources phytogénétiques originaires des pays en développement.
Économie
et développement durable
La science semble aujourd'hui être écartelée entre deux conceptions du monde opposées. Dun côté, elle est un des grands outils de lidéologie moteur de léconomie mondiale, à savoir le système du libre-échange, la croissance continue et la poursuite de la richesse personnelle. De lautre, elle est de plus en plus sollicitée pour produire des connaissances et de la technologie qui favorisent un développement respectueux de lenvironnement axé sur les gens et une gestion des ressources pour le long terme. Léconomie mondiale continue de reposer lourdement sur du pétrole bon marché, une ressource non renouvelable et une des principales causes de gaz à effet de serre. Le fait quelle agisse de la sorte alors quelle pourrait utiliser des technologies de remplacement " écologiques " techniquement réalisables jette un éclairage cru sur ce dilemme. On trouve dans de nombreux autres domaines des exemples de ce conflit entre les forces économiques en jeu actuellement et la nécessité dun développement durable. Les politiques dajustement structurels imposés par les institutions financières internationales, par exemple, ont obligé certains pays à réorienter leur recherche et production agricoles vers des cultures commerciales qui génèrent des devises étrangères plutôt que des cultures vivrières destinées à la consommation locale. Dans certains cas, ces politiques ont remis en cause la sécurité alimentaire ainsi que la capacité du sol à continuer de produire, ont créé dénormes difficultés personnelles pour les citoyens et suscité des troubles sociaux. Les ententes de libre-échange, elles aussi, peuvent constituer une menace pour certains des éléments sous-jacents du développement durable tels que la biodiversité, lautonomie des collectivités et les systèmes de savoir locaux. Dans certains cas, la suppression des obstacles au commerce entre pays a mené les agriculteurs à abandonner la culture de variétés traditionnelles qui étaient bien adaptées aux conditions et aux goûts locaux, en faveur de variétés importées qui répondent peut-être mieux aux besoins des nouveaux marchés en expansion. La déréglementation et la privatisation ont toutes deux pour but daméliorer la compétitivité commerciale et de stimuler la croissance économique. Pourtant, dans certains secteurs comme ceux de la production dénergie et daliments, on voit de plus en plus clairement que ces tendances ne peuvent être conciliées avec une des exigences du développement durable, à savoir que lon tienne compte des coûts environnementaux et sociaux cachés de la production économique cest-à-dire les coûts dont il nest normalement pas tenu compte dans les prix des biens et des services comme lénergie. Par le passé, les développements dans le domaine de lénergie ont tourné davantage autour de la protection de droits économiques acquis que du souci du bien public ou de la conservation de lenvironnement. La perspective dune perpétuation de cette approche est une grande source de préoccupation pour lavenir de la science de lénergie, étant donné que les combustibles fossiles sont une ressource épuisable et une des principales sources des gaz à effet de serre, et que les recherches portant sur les énergies de remplacement sont défavorisées.
Politique
scientifique et éthique
Les progrès de la science ne sont jamais, en eux-mêmes, une garantie de bienfaits pour la société. La technologie doit être traitée comme une servante de la société, non pas comme son maître. La croissance de la productivité, parallèlement au chômage et à la pauvreté inévitables, nest pas une solution socialement acceptable. La science doit être pleinement intégrée à de larges besoins sociaux, mais cette position nest pas encore entièrement acceptée. Une des raisons pour lesquelles les gens ordinaires se méfient de la science, cest quils ont limpression quils finiront parfois par être ceux qui subiront les coûts de linnovation technologique. Il a été suggéré à de nombreuses reprises à la réunion nord-américaine que le temps est venu dintroduire un code déthique pour les scientifiques de manière à ce que la science vise le bien collectif. Dans leur travail quotidien, il arrive que les scientifiques soient isolés du courant général de la société et aient du mal à être clairement conscients des besoins du public. À linverse, les décideurs, qui ont parfois un besoin urgent de conseils sur des question techniques, ne sont peut-être pas conscients des compétences scientifiques dont ils disposent à proximité. La société a beaucoup à gagner à ce que les scientifiques participent activement à lélaboration des politiques. La biotechnologie médicale est un domaine de pointe de la science qui progresse à une rapidité telle que la société a du mal à assimiler ses implications éthiques et sociales. La recherche génétique qui présente dénormes avantages au niveau du diagnostic et du traitement des maladies, soulève aussi de graves questions sur la nature de la vie humaine et la protection des droits de la personne. La possibilité de voir la technologie génétique réquisitionnée par de puissants groupes pour poursuivre des objectifs conformes à leurs propres intérêts mais qui pourraient être socialement destructeurs ou discriminatoires ne doit pas être prise à la légère. Cest une question qui revêt une importance toute particulière pour les personnes handicapées. Il faut de toute évidence quun dialogue plus soutenu soit instauré entre les scientifiques, les décideurs et le public, en particulier les groupes qui sont proportionnellement plus touchés par les progrès technologiques. Une des choses que lon craint énormément, cest que les récents progrès réalisés dans les sciences de la santé mènent à une " génétification de la médecine ", cest-à-dire la tendance à comprendre et à expliquer les êtres humains et la santé de lhomme essentiellement du point de vue des gènes et de leurs interactions. Ce qui est inquiétant ici, cest que lattention donnée à des facteurs environnementaux et sociaux sera de moins en moins suffisante, débouchant sur une vision unidimensionnelle des maladies et des invalidités. Un autre problème éthique pour la science est ce quon a appelé la " réification " des besoins humains essentiels tels que lalimentation, lhébergement, le vêtement, lénergie et les services de santé. Dans de nombreux pays, un grand nombre de ces besoins ont toujours été satisfaits par lentremise de structures de soutien sociales non monétaires, souvent familiales. À mesure que les économies monétaires et les programmes publics daide sociale traitent de plus en plus fréquemment les biens de première nécessité simplement comme des produits que lon peut acheter et vendre, il est fort à craindre que les innovations technologiques, stimulées par les scientifiques travaillant dans un cadre commercial, seront exploitées principalement par des minorités bien nanties, et que les pauvres en retireront peu ou pas davantages. Il faut donner beaucoup plus dattention à la capacité de la science daméliorer les situations sociales humaines de façon non matérielle.
Après latelier, un participant a suggéré quon sinspire du serment de lingénieur, qui a indéniablement influé sur le comportement éthique des ingénieurs professionnels dans plusieurs pays, au niveau des principes devant régir la conduite de la science en général, et quon ladapte de manière à exprimer une prise en compte de toute lhumanité, de lintégrité écologique et des conséquences à long terme. Questions à
intégrer Science et société
Les progrès de la science et les technologies qui en résultent, tels les communications mondiales, les images de la Terre par satellite, ainsi que la fascination des gens pour les dinosaures, etc. ont irrévocablement élargi les échelles spatiales et temporelles en fonction desquelles les gens à de multiples niveaux de la société voient leur monde. Cest grâce à la science que les gens sont de plus en plus conscients quils partagent la planète avec dautres créatures vivantes, que lenvironnement qui soutient la vie évolue et que les activités humaines modifient actuellement cet environnement et menacent de laltérer gravement. Au cours des deux derniers siècles, la science a principalement été utilisée comme un outil dexpansion économique et de pouvoir militaire pour les segments plus fortunés de la race humaine. Il est clair aujourd'hui que la consommation actuelle des richesses naturelles et les agressions croissantes contre lenvironnement régional et local ne pourront se poursuivre indéfiniment sans effondrement des systèmes de soutien naturels, sans lesquels les civilisations actuelles ne sont pas possibles. La science, qui a contribué à cet état de choses, doit maintenant assumer une responsabilité générale, à savoir aider les sociétés à passer dune recherche obsessive de la croissance à létablissement dun système économique dynamiquement stable et écologiquement durable. Une alliance entre la science technologique moderne et la sagesse holistique des sociétés indigènes et des philosophes de toutes les cultures pourrait être dune grande importance dans cette transition. Au cours du prochain siècle, on peut sattendre à ce que la situation de la nature et des hommes et des questions qui sy rapportent change à un rythme encore plus accéléré. Les scientifiques ont de plus en plus lobligation de sassocier aux décideurs et au public pour trouver et mettre en uvre des solutions ou des moyens de sadapter à des questions qui ont des dimensions à la fois locales et mondiales, par exemple concilier la recherche actuelle du profit compétitif et le bien commun ; faire en sorte que les segments marginalisés de la société et les cultures minoritaires puissent apporter leur contribution et en tirer profit ; justifier les dépenses actuelles afin de prévenir les coûts ou dommages laissés aux générations futures ; récompenser les projets collectifs plutôt quindividuels. La science na jamais eu un rôle aussi important à jouer dans la société et la gestion des affaires publiques. Contacts
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