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Femmes et sciences - qualité et égalité
Conditions d'un développement humain durable

Bled (Slovénie), 5-7 novembre 1998

Conférence régionale européenne

Rapport final

Sommaire
Questions-clé
1. La diversité des situations en Europe exige de disposer
de données exhaustives et comparables

2. Faible représentation des femmes dans les disciplines scientifiques
au niveau de l’enseignement supérieur et des postes d’encadrement

3. Relecture des statistiques : cadre général, égalité
entre les sexes et statut des sciences

4. Vers la parité entre les sexes :
comprendre la logique d’exclusion et d’intégration

5. Comprendre la science autrement
Contacts

 

Organisée à l'initiative de la Commission nationale slovène pour l'UNESCO, la présente Conférence régionale européenne a été le lieu d'échanges profonds, originaux et constructifs autour d'une question qui se pose aujourd'hui avec acuité : comment les sciences vont-elles à l'avenir s'engager dans une "perspective de genre", c'est-à-dire d'égalité sociologique des sexes ?

S'inscrivant dans le cadre général des objectifs de l'UNESCO en matière d'égalité entre les sexes dans tous les domaines du développement humain et particulièrement dans celui des sciences et des technologies, cette Conférence s'est fixée pour objectif ultime d'ouvrir les sciences aux femmes et d'y instaurer l'égalité entre les sexes. Les participants ont donc étudié les relations entre femmes et sciences et analysé les obstacles qui s'opposent encore à la participation à égalité des femmes et des hommes au travail et aux carrières scientifiques en Europe. Partant d'une culture fondée sur un modèle égalitaire de développement humain, les participants ont exploré et proposé des actions et des stratégies visant à améliorer la compréhension du savoir scientifique au regard de la perspective de genre, à affirmer la place des femmes dans les sciences et à diffuser ce savoir scientifique aux femmes et aux hommes dans le cadre d'une société durable. L'analyse du savoir et de ses liens avec les valeurs culturelles, le développement durable et la mobilisation du potentiel créateur de l'être humain est apparue comme une composante essentielle de toute discussion sur la qualité et l'égalité et leurs conséquences pour l'avenir. Grâce à cet ordre du jour ambitieux, la problématique "femmes et sciences" et celle de la compréhension des sciences dans une perspective de genre ont été abordées dans toute leur diversité et leur complexité.

L'intégration des femmes a été l'un des fils conducteurs de cette Conférence, qui s'est déroulée dans un contexte unique de relations et d'échanges constructifs entre des scientifiques qui auraient eu sinon peu de chances de se rencontrer pour travailler ensemble. Elle a en effet réuni des spécialistes de toutes disciplines – sciences naturelles, ingénierie, sciences sociales et humaines – et de tous milieux, différents par la formation, la méthodologie et la sensibilité. Cette rencontre a dû aussi son originalité à l'hétérogénéité des formations scientifiques, des références conceptuelles et des méthodologies – témoin à elle seule de la richesse du secteur des sciences –, qui a permis une compréhension exhaustive de démarches, intérêts et grilles d'interprétation différents. Certaines complexités du domaine traité se sont trouvées éclairées sous un jour nouveau grâce à la réflexion en commun et à l'échange d'expériences. Réciproquement, la prise en compte de la diversité, des différences et de la complexité des questions abordées n'a pas empêché de constituer des bases de travail communes et d'élaborer des stratégies collectives, qui tiennent compte des spécificités tout en poursuivant des objectifs généraux.

Le taux de participation à cette Conférence a été excellent, grâce aux délégations nationales de 40 pays de la région Europe, aux représentants de l'UNESCO, de l'Union européenne et des forums "Femmes et sciences" d'Amérique latine et de la Méditerranée préparatoires à la Conférence mondiale sur la science pour le XXIème siècle. La diversité des participants a permis d'aborder les questions tant d'un point de vue national qu' international, ainsi que sous l'angle de l'histoire récente ou passée, du développement scientifique et de la place des femmes dans la société.

L'intégration des femmes a naturellement figuré parmi les thèmes prioritaires de la Conférence, mais elle s'est également manifestée de manière originale grâce à la participation de spécialistes des deux sexes. En fait, cette Conférence a eu pour tout premier résultat de réaliser une expérience à échelle réduite des relations entre les sexes dans le domaine de l'échange scientifique, du transfert des connaissances et de la réflexion. Cette expérience a permis aux femmes et aux hommes de parler d'une seule voix, riche de leurs diversités respectives et libre de toute identification sexuelle et de parvenir bien souvent à une compréhension commune, au-delà des clivages traditionnels. L'échange d'idées, le respect des positions et interprétations de l'autre, le défi des hypothèses lancées et la mise en commun des divergences n'ont pas nécessairement fourni des réponses, mais ont apporté des éclairages utiles et posé de nouvelles questions, qui pourront constituer la base de stratégies et recommandations pour l'avenir.

Questions-clé    Back to top

Cinq questions-clé ont été identifiées ; elles correspondent à des domaines d'action prioritaires dans toute démarche visant à modifier les relations entre femmes et sciences dans le cadre de la problématique de genre.

1.

La diversité des situations en Europe exige de disposer de données exhaustives et comparables    Back to top

Les nombreuses études de cas présentées par les participants de différents pays pendant les séances de travail ont révélé une grande disparité dans la situation des femmes en Europe et dans les changements en cours, qui définissent et modèlent la place des femmes dans les sciences.

Les conférenciers ont pris conscience dès le départ de lanécessité de prendre en compte la diversité des relations entre femmes et sciences en Europe et les différents niveaux de compréhension de ce que l'on peut appeler une approche "sexuée" de la science.

Ils se sont trouvés confrontés d'emblée à l'absence de données exhaustives et comparables sur la situation des femmes en Europe. Malgré les demandes répétées du comité organisateur, il s'est avéré impossible d'obtenir une vue d'ensemble des données statistiques relatives à la situation des femmes scientifiques en Europe. Soit les données n'étaient pas disponibles, soit elles étaient dispersées, soit elles étaient périmées. Cette absence de statistiques exhaustives et d'indicateurs comparables a empêché l'étude comparative des relations entre femmes et sciences en Europe, pourtant indispensable à l'élaboration de stratégies efficaces pour traiter des problèmes rencontrés par les femmes dans ce secteur.

La constitution d'une base de données exhaustive sur "Femmes et Sciences" est apparue comme une condition préalable à toute initiative visant à améliorer la situation des femmes dans les sciences dans une perspective de genre.

Propositions    Back to top

  • amélioration des statistiques "sexuées" disponibles dans chaque pays, qui recensent les résultats des femmes et des hommes dans les disciplines scientifiques, à tous les niveaux de la formation ;

  • élaboration de statistiques comparatives à long terme, pour suivre l'évolution des carrières des femmes dans l'enseignement, les centres de recherche, les universités et les filières professionnelles ;

  • contribution de l'UNESCO, de l'Union européenne et de l'OCDE à la constitution d'une base de données sur "Femmes et Sciences" au niveau européen et au niveau mondial.

2.

Faible représentation des femmes dans les disciplines scientifiques au niveau de l’enseignement supérieur et des postes d’encadrement    Back to top

L'un des résultats essentiels de cette Conférence est d'avoir révélé à quel point la faible représentation des femmes dans le domaine des sciences nuit à une collaboration équilibrée entre femmes et hommes et à l'avènement du développement durable dans ce domaine.

A quelques exceptions près, les données présentées dans la plupart des études de cas nationales révèlent la faible représentation des femmes dans le domaine des sciences, ainsi qu'à différents niveaux de l'enseignement supérieur et dans les centres de recherche.

Dans la plupart des pays européens, à l'exception de certains pays d'Europe centrale et orientale, on constate le plus souvent un déséquilibre entre les sexes et l'exclusion des femmes. Dans toute l'Europe, les femmes sont moins représentées dans le secteur des sciences et, d'une manière générale, dans l'enseignement supérieur. Bien qu'on assiste à l'heure actuelle à une augmentation du nombre des étudiantes en licence – qui représentent souvent 50% et plus du nombre total des étudiants – et des doctorantes, la sous-représentation des femmes dans la plupart des institutions de l'enseignement supérieur demeure frappante. Les statistiques fournies par la Slovénie illustrent la situation de nombreux pays européens. Depuis l'arrivée des femmes dans l'enseignement supérieur il y a environ un siècle, l'Université de Ljubljana accueillait en 1997 environ 62% d'étudiantes en licence et 51% au niveau du troisième cycle ; on observait pourtant une sous-représentation des femmes au niveau du corps enseignant, avec seulement 19% de femmes professeurs. Dans la plupart des pays européens, les femmes scientifiques sont beaucoup moins nombreuses que les hommes dans toutes les disciplines et particulièrement dans les facultés de technologie et d'ingénierie.

Cet écart entre les sexes se creuse encore au niveau des chaires d'enseignement, avec un nombre réduit de femmes professeurs titulaires. La lecture des données présentées fait apparaître comme constante l'exclusion ou la présence réduite des femmes aux plus hauts niveaux de l'encadrement ou dans les postes de professeurs titulaires. L'absence des femmes au plus haut niveau de la prise de décision dans les systèmes éducatifs a pour effet pervers de les maintenir à l'écart des processus de décision concernant la répartition des allocations de recherche et des ressources humaines, ainsi que de l'embauche du personnel et de la conception des projets de recherche. L'absence des femmes scientifiques aux postes les plus élevés des institutions éducatives et des centres de recherche ainsi qu'au niveau ministériel les exclut de fait des processus de prise de décision relatifs aux orientations en cours et à venir dans le domaine de la science et de la technologie.

3.

Relecture des statistiques : cadre général, égalité entre les sexes et statut des sciences    Back to top

Dans certains pays d'Europe centrale et orientale, les relations entre femmes et sciences semblent se présenter sous un jour différent. Ainsi, la présence et le rôle des femmes dans les sciences donnent-elles en apparence l'image d'une bonne intégration. Les statistiques de la Pologne, de la Hongrie, de la Russie et d'un certain nombre de pays extra-européens tels que la Chine et l'Indonésie ont tout d'abord donné cette image d'intégration. Dans ces pays, la présence des femmes dans l'enseignement supérieur et dans les centres de recherche est importante. Leur présence dans les sciences est une tradition de longue date et elles sont, dans une certaine mesure, reconnues pour leur excellence scientifique dans leur domaine. Le contexte historique propre aux anciens pays du bloc communiste et leur politique d'intégration des femmes dans le marché du travail et dans l'enseignement supérieur explique ce décalage avec d'autres pays européens, où les femmes ne sont pas encore parvenues à prendre pleinement leur place dans les institutions scientifiques et les établissements d'enseignement supérieur. Le contraste avec d'autres pays extra-européens comme l'Indonésie met en évidence, s'il en était besoin, la nécessité de corriger le déséquilibre entre les sexes dans de nombreux pays européens.

Les statistiques accompagnant les études de cas de la Pologne et de la Hongrie ont apporté un éclairage nouveau sur l'évolution conduisant à l'équilibre entre les sexes et à la féminisation des centres de recherche et des institutions de l'enseignement supérieur dans ces deux pays. Il appartient aux sociologues et aux historiens de lire et d'étudier ces données à la lumière des contextes sociaux et culturels concernés. Toutefois, si les contributions présentées n'ont pas minimisé l'importance des données chiffrées révélant la présence importante des femmes dans les sciences, elles ont eu le mérite de les analyser différemment et de proposer la relecture des rapports entre femmes et sciences, en ne se bornant pas à lire ces données chiffrées, mais en les interprétant à la lumière des changements sociaux. Si l'on replace ainsi les relations entre femmes et sciences dans un contexte plus large, on s'aperçoit que l'équilibre numérique entre les sexes ne signifie pas statut scientifique ou économique équivalent. Ainsi, le nombre croissant des femmes dans ces secteurs est attribué à un certain nombre de facteurs négatifs tels que la baisse significative des salaires, du statut et des budgets alloués et l'"émigration" des scientifiques hommes vers des postes mieux rémunérés et plus prestigieux du secteur privé, dans leur pays ou à l'étranger. L'équilibre entre les sexes et la féminisation croissante des sciences semble ainsi résulter d'une diminution des budgets, d'une dépréciation du statut et d'une baisse du niveau d'excellence de la recherche.

Une telle constatation amène à s'interroger sur les rapports réels entre la féminisation du secteur scientifique et l'apparition des différences de statut. En ce sens, l'évolution sur le long terme de la position des femmes dans les sciences dépend du maintien des budgets alloués .

Le développement global des sciences et de l'équilibre entre les sexes suppose la constitution d'un potentiel dans ce domaine et par conséquent l'attribution des ressources nécessaires pour maintenir un niveau d'excellence dans le domaine scientifique, dans les pays où la recherche est en danger. Afin d'affirmer la situation des femmes dans le secteur scientifique et d'assurer la mise en place de politiques visant à développer la parité, il convient de prendre en compte les processus d'ajustement structurel et de développement économique, qui affectent les ressources allouées à l'éducation et aux sciences. Le défi est d'obtenir une parité durable entre les scientifiques des deux sexes et des budgets suffisants pour assurer un haut niveau d'excellence scientifique.

Proposition

  • mise au point de stratégies pour empêcher que la féminisation du secteur des sciences coincide avec une perte de statut ou une baisse des crédits alloués à la recherche.

4.

Vers la parité entre les sexes : comprendre la logique d’exclusion et d’intégration

Il est essentiel de comprendre la logique d'exclusion et d'intégration des femmes dans les sciences, afin de pouvoir mettre au point des stratégies efficaces en vue d'atteindre la parité, l'égalité et le développement durable des sciences.

Logique d'exclusion    Back to top

Les mécanismes éducatifs, culturels et économiques fournissent un grand nombre d'exemples d'exclusion et de marginalisation des femmes dans tous les domaines scientifiques. En Italie par exemple, les femmes scientifiques se représentent symboliquement comme des marginales, ne s'identifiant pas à la culture masculine des sciences. Dans d'autres pays, certaines femmes se trouvent être la seule représentante de leur sexe dans leur spécialité. Partout, les femmes sont sous-représentées aux postes les plus élevés de l'enseignement et de l'encadrement. On le voit, les mécanismes d'exclusion et d'intégration ne sont pas linéaires, mais complexes, multiples et opaques. Notre siècle finissant a vu l'abandon progressif des pratiques discriminatoires directes et pose au prochain millénaire le défi d'identifier et d'éliminer les pratiques discriminatoires indirectes et les mécanismes occultes de l'exclusion.

De nombreux intervenants ont souligné le rôle important des facteurs socio-culturels dans la mise en place des mécanismes de l'exclusion. Selon une étude historique, la prédominance de la culture patriarcale, le poids historique des religions sur l'attribution aux femmes d'une position subalterne et la perpétuation de modèles "androcentrés" dans le domaine scientifique ont été les facteurs constitutifs des codes et valeurs régissant les relations entre les sexes, qui ont toujours dissuadé les femmes de s'orienter vers les filières et carrières scientifiques.

L'absence de modèles féminins dans le domaine des sciences et l'association courante entre science et culture masculine empêchent l'identification des femmes avec la science et les projets scientifiques. Un débat animé a eu lieu sur ce thème et particulièrement sur la nécessité de concevoir des programmes d'éducation et de formation scientifiques qui s'adressent spécifiquement aux femmes et aux filles, afin de susciter leur intérêt et de développer leur estimes d'elles-mêmes dans ce domaine. A cet égard, mettre du sens dans l'apprentissage est un principe pédagogique indissociable de la démarche de l'enseignant.

Dans le même ordre d'idées, il est apparu que le progrès vers une égalité et une qualité plus grandes dans le domaine des sciences passait par l'élaboration de projets plus directement liés aux intérêts des femmes et par l'adoption de mesures destinées à changer la conception des sciences dans une perspective de genre.

Le milieu de l'enseignement supérieur et de la recherche est généralement fermé et hostile aux femmes. Ce mécanisme d'exclusion occulte empêche la pleine intégration du potentiel féminin dans ce secteur. Au Canada, les femmes scientifiques se sont constituées en réseau, afin de se promouvoir mutuellement ; leur démarche pourrait bientôt faire école en Europe. Cette stratégie existe d'ailleurs depuis de nombreuses années dans d'autres disciplines, notamment chez les historiennes.

La transmission de valeurs culturelles traditionnelles telles que le manque de disposition des filles pour les sciences, ainsi que l'attribution de rôles et d'attentes professionnelles différenciés selon les sexes contribuent dans une large mesure à dissuader les filles de porter un intérêt soutenu aux sciences pendant leur scolarité. Les étudiantes postdoctorales attachées à un institut de recherches d'élite ont beau obtenir d'excellents résultats, – comme cela a été rapporté dans une intervention –, il n'en demeure pas moins que dans la plupart des cas la répartition des rôles en fonction des valeurs culturelles traditionnelles, ainsi que l'absence de structures-relais pour s'occuper des enfants empêchent les femmes d'accéder aux professions scientifiques et d'y faire carrière. L'une des raisons de ce retard réside dans leur choix de vie - leur priorité allant à la maternité et à la vie de famille -, et dans l'inégal partage des tâches au sein du couple. La prise en compte des contraintes familiales des jeunes femmes scientifiques, ainsi que des moins jeunes qui ont à leur charge des parents âgés, exige non seulement la mise en place de structures-relais, mais également une redéfinition culturelle de la valeur sociale des services correspondants et de leur répartition dans la société.

Logique d'intégration    Back to top

De nombreux arguments ont été présentés en faveur de l'intégration des femmes dans les sciences ; ils procèdent de modes de pensée et d'argumentations différents.

Le principe des droits de l'individu dans une démocratie a été invoqué pour justifier la reconnaissance de l'égalité des sexes dans le domaine des sciences. Au titre des droits humains et de la justice sociale, les femmes doivent avoir le droit d'accéder à tous les niveaux de l'enseignement et de pénétrer le savoir scientifique, que ce soit pour le recevoir ou le transmettre.

Les arguments sociétaux ont été largement évoqués dans le cadre de cette logique. L'éducation des femmes en sciences et technologies est essentielle au progrès économique et social. L'éducation et l'accès aux savoir-faire technologiques et scientifiques sont une clé du développement global durable et garantissent le changement social et l'amélioration de la vie quotidienne.

Les arguments liés au marché et à ses impératifs, concurrence, économie de marché globalisée et nécessité de développer la créativité, justifient eux aussi très largement l'intégration des femmes dans les sciences. Compte tenu de la logique de la concurrence qui prévaut actuellement, il est inconcevable de se priver du talent, du potentiel et de la créativité des femmes ; une telle erreur est préjudiciable aux sciences et révèle une sous-utilisation du talent, de la créativité et des ressources humaines à l'échelle de la société tout entière.

La contribution spécifique des femmes en matière d'idées, d'intérêts et de modes de travail plaide fortement en faveur de leur intégration. L'accent est mis ici sur la contribution spécifique apportée par les femmes dans le domaine scientifique, en partant du principe que les projets de recherche, les étapes du travail scientifique et les méthodes de recherche ont tout à gagner à intégrer leur approche, car elle complète et enrichit notre compréhension des sciences.

Cette logique d'exclusion et d'intégration impose de concevoir des stratégies pour identifier et comprendre les mécanismes de l'exclusion – culturels, sociaux, économiques ou liés à la discrimination sexuelle –, qui empêchent l'intégration des ressources et du potentiel féminins dans le secteur des sciences. Promouvoir la logique de l'intégration exige donc une démarche volontariste pour prouver aux médias et aux décideurs de haut niveau que cette intégration est un mécanisme efficace afin d'amener les changements culturels propres à mettre en valeur le rôle des femmes dans les sciences.

Propositions    Back to top

  • allouer des crédits – du budget de l'Etat ou de fonds internationaux – pour maintenir et développer l'enseignement et la recherche dans tous les pays, afin de permettre aux femmes et aux hommes d'atteindre un niveau d'excellence scientifique dans des domaines où les subventions sont menacées;

  • entreprendre l'analyse comparative des réalisations des femmes dans le domaine des sciences en Europe, en déterminant le rôle respectif des facteurs sociaux, culturels, politiques et économiques dans les tendances observées ;

  • constituer des groupes de solidarité et des réseaux professionnels pour les femmes scientifiques ;

  • prendre les mesures suivantes pour réduire l'inégalité due à la double charge de travail qui pèse sur les femmes :

- crèches et gardes d'enfants, assistance aux personnes âgées,

- délais plus souples pour l'achèvement de la thèse de doctorat,

- meilleure répartition des tâches au sein de la famille ;

  • analyser l'efficacité des mesures anti-discriminatoires mises en oeuvre dans le domaine de l'éducation et dans le secteur des sciences et technologies ;

  • mettre en circulation des manuels scientifiques comportant une représentation équilibrée des deux sexes ;

  • faire admettre l'idée que les filles et les garçons ont les mêmes possibilités intellectuelles à partir du moment où l'on éveille leur intérêt et où l'on cesse de les enfermer dans les attentes traditionnelles liées à leur sexe ;

  • mettre au point des méthodes et des contenus d'enseignement appropriés aux femmes ;

  • modifier les stratégies d'apprentissage en faveur du travail de groupe ;

  • diffuser auprès des scolaires des informations sur les carrières scientifiques ;

  • former les professeurs à une transmission non-discriminatoire des savoirs, afin de mettre à jour les mécanismes d'exclusion occultes et d'éliminer la transmission des vieux stéréotypes liés au sexe ;

  • instaurer un équilibre entre les sexes à tous les niveaux de l'enseignement ;

  • présenter comme modèles dans les écoles et dans les médias des femmes scientifiques reconnues ;

  • veiller à une répartition équitable des crédits à l'enseignement, des bourses, subventions et allocations de recherche, afin d'assurer l'excellence scientifique des femmes et des hommes ;

  • faire valoir auprès des hommes politiques, des médias et des décideurs les avantages liés à l'intégration des femmes dans les sciences.

5. Comprendre la science autrement    Back to top

Il convient de porter également au crédit de cette Conférence une ferme détermination en faveur d'une compréhension nouvelle des sciences et des technologies. Un vaste consensus s'est dégagé autour de l'idée de changer la conception de la science pour la relier à la notion de développement durable, de valeurs culturelles et d'intérêts globaux de la société humaine. Les besoins globaux en matière d'environnement déterminent le changement de perception de la science et de la technologie et de leurs domaines d'application. Les scientifiques femmes et hommes, relayés par les autres composantes de la société civile, jouent chacun à leur niveau un rôle essentiel dans cette évolution du sens et de l'orientation des sciences et des technologies dans notre monde globalisé.

Ce nouvel engagement envers une conception autre de la science vise à éliminer ce que l'UNESCO a défini sous le terme d'"intolérables" : les problèmes de santé affectant la reproduction, la pauvreté, la dégradation de l'environnement et la violence. Cette nouvelle compréhension de la science suppose de s'engager dans la voie d'une "lecture sexuée" de ces problèmes.

La compréhension nouvelle de la scienceprévoit une approche différente du savoir et des processus d'apprentissage, en vue de développer la compréhension critique, l'application efficace, l'apprentissage et la réflexion en groupe, la créativité, l'inventivité et la capacité à transmettre le savoir. Elle suppose donc de recourir à des méthodes d'enseignement qui favorisent le respect de soi et l'expression du potentiel intellectuel et créatif. Elle implique également d'adopter un modèle éducatif, qui reflète la logique d'intégration et des méthodes d'enseignement, qui mettent en valeur l'individu et répondent aux besoins spécifiques des étudiants. Elle exige par ailleurs d'envisager l'éducation comme un processus continu, non plus seulement associé à la jeunesse, mais adapté aux besoins des différents groupes sociaux tout au long de la vie et répondant aux exigences d'innovation et de changement imposées par l'évolution des sciences et des technologies. La formation continue, l'éducation des adultes, la reconversion des éducateurs et la mise au point de méthodes d'enseignement prenant en compte toutes les différences – qu'elles soient historiques, culturelles ou liées à l'appartenance sexuelle – telles sont les questions à l'ordre du jour. En dépit de l'actuelle globalisation de la société, les processus éducatifs doivent répondre à des réalités et des contextes culturels variés, en tenant compte des exigences des deux sexes.

L'évolution des sciences passe désormais par une révision des catégories traditionnelles ou par la mise en perspective de l'analyse scientifique par une approche multidisciplinaire, afin d'assurer le développement d'une "bonne science" et de parvenir à l'excellence scientifique dans le cadre d'une culture du développement durable. Il appartient aux scientifiques des deux sexes de faire le lien avec la société, afin de garantir la transmission des savoirs scientifiques spécifiques et de favoriser une nouvelle compréhension culturelle du rôle de la science dans la société.

Dans le cadre de cette nouvelle compréhension de la science et des valeurs scientifiques, l'approche holistique de la science implique de redéfinir ses objectifs et engagements en y intégrant une perspective "sexuée".

Les femmes ne peuvent être exclues du patrimoine cognitif de l'humanité, qu'il s'agisse de l'appropriation du savoir scientifique ou de la création de ce savoir. La compréhension du progrès scientifique et technologique est en pleine mutation et, dans ce processus, les femmes ont un rôle déterminant à jouer pour promouvoir une nouvelle compréhension des contenus de la science et de la technologie, ainsi que de leur rôle et de leur image dans la société.

Les nouveaux paradigmes pour la compréhension des sciences doivent intégrer les préoccupations et l'expertise scientifique des femmes dans toute leur diversité d'expression. Sur ce point, la Conférence a conclu quel'édification d'un modèle de développement humain égalitaire et d'un savoir et d'une recherche scientifiques durables exigeait un engagement sérieux pour établir l'égalité entre les sexes .

Propositions    Back to top

  • Favoriser une nouvelle compréhension de la science par les scientifiques des deux sexes et de toutes disciplines, pour faire progresser une conception de la science orientée vers le développement durable, les valeurs culturelles, la parité entre les sexes et l'intérêt général de la société humaine ;

  • prendre des mesures pour que cette nouvelle approche de la science soit relayée par les médias, afin qu'elle soit comprise par la société tout entière ;

  • veiller à ce que les points de vues des deux sexes fassent partie intégrante de cette nouvelle compréhension de la science à toutes les étapes de son développement;

  • encourager une lecture de la science dans une perspective de genre et la diffuser, afin de remettre en question l'approche traditionnellement "androcentrique" en proposant une analyse qui reflète le point de vue des femmes ;

  • constituer des forums de discussion intra- et interdisciplinaires entre scientifiques de toutes spécialités sur les questions relatives aux "sexospécificités";

  • intégrer une perspective "sexuée" dans les projets de recherche et de développement ;

  • développer des micro- et macro-projets qui reflètent les préoccupations et les domaines d'intérêt des femmes ;

  • réformer les programmes scientifiques pour y intégrer la science au quotidien et des méthodes de travail basées sur des applications concrètes;

  • concevoir des programmes de formation des personnels enseignants visant à développer l'apprentissage de groupe et des processus d'acquisition des connaissances favorables à l'intégration des femmes.

Mise en œuvre du programme : intégration de la perspective de genre dans la Conférence mondiale de l'UNESCO sur la science pour le XXIème siècle :

La Conférence mondiale de l'UNESCO sur la science pour le XXIème siècle un nouvel engagement, prévue à Budapest en 1999, constitue un forum exceptionnel pour intégrer et diffuser l'ordre du jour et les recommandations de la présente Conférence.

Dans ce contexte, le programme de cette Conférence, qui était de faire la promotion de l'égalité et de la qualité dans les sciences auprès de la Conférence de Budapest, va se trouver renforcé par les recommandations et stratégies du Forum d'Amérique latine sur "Femmes et sciences", ainsi que par les conclusions des Forums d'Afrique et de la Méditerranée sur ce même thème.

Propositions pour la Conférence mondiale sur la science de l’UNESCO/CIUS

  • veiller à ce que les "sexospécificités" et le rôle des femmes dans la science soient bien pris en compte dans les travaux de la Conférence et ce, à tous les niveaux ;

  • veiller à ce que la parité soit respectée lors du choix des scientifiques désignés pour faire partie des délégations des Etats à la Conférence ;

  • veiller à ce que le principe général de l'intégration des femmes soit respecté dans toutes les délibérations ;

Le nouveau millénaire nous lance de nombreux défis en matière de développement durable pour l'humanité. La présente Conférence s'en est donné un également : changer la perception de la science et parvenir à la participation à égalité des femmes et des hommes aux sciences, afin d'assurer une répartition plus équitable des savoirs scientifiques et technologiques, en vue d'atteindre le développement durable. Il ne s'agit pas là d'une utopie millénariste. Les femmes et les hommes de science se doivent d'élaborer des stratégies et de conclure des alliances, afin de mettre en œuvre ce programme en Europe et, en collaboration avec d'autres forums, dans le monde.

Site UNESCO - Femmes, science, technologie

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Pour de plus amples informations, veuillez contacter Mary Nash à : nash@trivium.gh.ub.es

 

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