Un siècle de Prix Nobel : science et humanisme Paris (France) 8-10 avril 1999 Projet de Déclaration finale
Nous, représentants de disciplines telles que la physique, lastrophysique, la chimie, la biologie moléculaire, la génétique, la médecine, la paléontologie, létude des systèmes complexes, léconomie, la philosophie et lhistoire, réunis à Paris à linitiative de lUNESCO et de lUniversité interdisciplinaire de Paris, prenons acte de linfluence que la science exerce sur notre société, non seulement à cause des projets technologiques quelle génère, mais aussi par lintermédiaire de la vision de lhomme et du Monde quelle nous donne. Nous tenons à affirmer, que dune part la science, par luniversalité de sa méthodologie, fournit un moyen de rapprocher toutes les cultures ce qui exclut toute dérive relativiste qui affirmerait que la science nest quune " construction sociale " ne reposant sur aucune vérité objective. Dautre part que la science a connu au cours du XXème siècle et connaît actuellement un bouleversement conceptuel profond dont lampleur na pas encore été perçue de tous, y compris au sein de la communauté scientifique. Les révolutions issues de la physique quantique et de lastrophysique ont réfuté les conception en vigueur pendant plusieurs siècles selon lesquelles la réalité serait unidimensionnelle et descriptible à laide de concepts familiers. Associées aux théories du chaos, à létude de la complexité et de lirréversibilité, elles ont montré lincapacité des approches déterministes et réductionnistes (quelques fructueuses quelles aient pu être, et quelles puissent être encore dans certains domaines particuliers) pour rendre compte de la nature de notre monde. Les progrès énormes de la biologie et des neurosciences ont réintroduit les questions éthiques mais aussi philosophiques au cur même de la Science. Ils ont mis lhomme et le chercheur face à leur propre responsabilité et ont montré que lactivité scientifique ne pouvait être totalement déconnectée dune réflexion sur la nature du processus dévolution du vivant et sur la nature de la conscience. Ainsi, alors que la physique nest plus laplacienne, que lastronomie nest plus newtonienne, que la chimie nest plus lavoisienne et que la biologie ne se résume plus au hasard et à la nécessité, nous voyons émerger une nouvelle image de la Science. Une Science consciente à la fois de son importance culturelle mais également de ses limites, nayant plus la prétention de tout expliquer et de tout prévoir à partir de ses outils. Une science ouverte à la difficile question du sens, aux autres formes dapproches du réel, aux dialogues avec les différentes traditions et religions. Une science mieux à même de prendre en compte les phénomènes complexes dont dépend notre survie. Une science plus compatible avec une approche qualitative et non plus uniquement quantitative du progrès et de la croissance. A laube du troisième millénaire, nous attestons de la réalité de cette évolution du projet de la science et de certains concepts sur lesquels elle repose, évolution qui permet, à partir de la connaissance scientifique, de mieux prendre en compte les nécessités de protection de lenvironnement, la quête du sens et les interrogations éthiques de nos contemporains, le développement dune économie plus soucieuse des réalités humaines. Nous encourageons la communauté scientifique à tenir compte de lexistence de cette mutation car elle constitue la principale voie pouvant rapprocher science et société. La cité humaine doit être le lieu de laction rationnelle par rapport aux valeurs. Elle ne saurait avancer sous leffet du seul automatisme de lévolution économique, technique et scientifique. Gouvernants, savants, et citoyens doivent se référer à ces valeurs que lhomme a commencé délaborer dès quil a émergé de la biologie animale. La pérennité de la démocratie est à ce prix.
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