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Sciences et valeurs
Vérone, Italie, les 21-24 mai 1998

Conférence Internationale
L'UNESCO et l'Association Descartes

Rapport Constat et Propositions

Sommaire
Introduction
Constat
Puissance de la science
Limites de la science et causes d'inquiétudes
La science en question ?
Les propositions
En conclusion
Contacts

Introduction    Retour sommaire

En préparation de la Conférence mondiale sur la science pour le 21ème siècle, qui se tiendra à Budapest en juin 1999, l'UNESCO a demandé à l'Association Descartes de réunir un groupe de réflexion et de proposition sur le thème " Sciences et Valeurs ".

Ce groupe s'est réuni en présence de Federico Mayor, Directeur général de l'UNESCO, et de Werner Arber, Prix Nobel de Médecine et Président de l'ICSU, sous la présidence du professeur François Gros, Secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences (France).

Constat    Retour sommaire

Ce groupe a constaté que les relations entre les sciences et la société se caractérisent par une situation contrastée.

Puissance de la science    Retour sommaire

Les sciences et les techniques montrent une puissance jamais égalée, incluant une affirmation sans précédent de la créativité et de l'utilité, qui annonce de nouvelles découvertes et de nouvelles applications.

L 'explosion des sciences et techniques
L'époque actuelle est caractérisée par un essor considérable dans de nombreux domaines des sciences et des techniques. Citons à titre d'exemples les progrès issus :

  • de la connaissance de l'univers,

  • des nanotechnologies,

  • de la génétique,

  • de la synthèse de nouveaux matériaux

  • des technologies de l'information,

  • de la conquête de l'espace terrestre et des premiers pas en direction du système solaire.

Parallèlement le nombre d'acteurs de la recherche scientifique et technique s'est considérablement accru dans ces trois/quatre décennies ce qui a conforté, de manière spectaculaire, le système de recherche de par le monde (du moins au sein des pays industrialisés...).

La recherche technologique est devenue le " référentiel " du degré de développement économique (compétitivité) et d'indépendance géopolitique.

Limites de la science et causes d'inquiétudes    Retour sommaire

Pour autant, ce tableau ne doit pas masquer nombre de situations au demeurant inquiétantes, voire même parfois explosives :

L'accroissement des connaissances n'a pas mis fin aux actes et aux pulsions de barbarie en tous genres. Le racisme, l'exclusion et certaines idéologies confinant à l'intégrisme frappent encore trop fréquemment à nos portes ...

La croissance économique, liée pour partie aux progrès technologiques, a " marqué le pas " dans de nombreux pays et si elle donne heureusement des signes de reprise, elle n'a pas, pour autant, empêché dans bien des cas la montée du chômage. Les progrès de la technologie en sont d'ailleurs souvent tenus pour responsables, soit qu'ils servent d'exutoire à l'impatience justifiée ou à l'exacerbation des exclus soit qu'ils débouchent effectivement sur une réduction de la main d'oeuvre.

Au plan géopolitique mondial, les avancés technologiques des pays industrialisés ont plutôt creusé qu'elles n'ont comblé le fossé entre eux et les pays en développement, confrontés à une économie déstabilisé et à une démographie explosive.

Les problèmes de l'environnement planétaire urbain deviennent prégnants et certaines grandes technologies sont mêmes indirectement considérées comme étant à l'origine des atteintes aux écosystèmes vivants et non vivants. II leur est fait souvent grief d'accroître la consommation d'énergie et l'accumulation des déchets, ou encore de contribuer à la pollution chimique, physique, nucléaire, sans parier des effets indirects sur l'équilibre rural qui leur sont imputés.

Des déclarations ayant souvent valeur de promesses ont été faites, notamment par des décideurs politiques lors des sommets de Rio sur l'Environnement et de Copenhague sur le Développement social, promesses qui n'ont généralement pas été tenues. Il s'agit tout particulièrement du partage de la connaissance et des bienfaits de ses applications à travers le monde.

Les progrès spectaculaires de la biologie et de la médecine à mesure qu'ils suscitent d'immenses espoirs, soulèvent également de nombreux problèmes d'éthique dans des domaines variés (génétique, transgénèse, clonage mais aussi procréation médicalement assistée).

La science en question ?    Retour sommaire

Dans ce contexte, la société développe de manière parfois contradictoire une suspicion croissante à L'égard de la science, tout en désirant, pourtant, bénéficier des bienfaits attendus de ses résultats dans des domaines aussi divers que ceux de la connaissance, de la santé, de la communication et de l'environnement. Cette fin de siècle est donc caractérisée par un véritable paradoxe :

  • d'un côté, une société qui a foi dans le progrès technique et qui continue à " miser " sur lui,

  • de l'autre, l'expression de sa méfiance, de sa désillusion face à la science, souvent désignée, dans une réaction d'amalgame, comme responsable des maux et dysfonctionnements de la planète et des sociétés humanisées. Cette situation peut parfois provoquer un retour à diverses formes d'idéologies qui rompent clairement avec la démarche objective et l'approche rationnelle qui ont fondé les succès de la science depuis le milieu du 19ème siècle. Par ailleurs, les religions, les philosophies et les sciences se cherchent... et rarement se trouvent ! Au mieux elles cohabitent. Les philosophes sont à la recherche de nouveaux systèmes de pensée qui, dépassant le simple constat et la simple analyse des situations, soient à même de conférer une " plus-value " positive à la réflexion sur le monde. Ils se bornent souvent à une exégèse contrainte d'une science et de technologies dominantes et jugées par eux parfois " dominatrices ".

  • les religions sont souvent remises en question, sinon abandonnées, taxés de passéisme, et pourtant traversées par de nombreuses illustrations d'un retour à la foi lesquelles sont souvent et plus ou moins consciemment, les signes d'une sorte d'insatisfaction a l'égard de la science .

  • quant aux " politiques ", aux éducateurs, ils ne tiennent pas un langage clair face au rôle culturel de la science en tant qu'activité formatrice d'individus et révélatrice de leur identité imaginative et créatrice.

  • Enfin, les effets nocifs des applications non accompagnées et non maîtrisées des techniques sur la vie quotidienne de tout un chacun, telles que l'augmentation importante de sans-emploi et de sans-logis, la destruction de l'environnement ne sont pas suffisamment combattus, ni perçus comme contrebalancés par les effets incontestablement positifs, que représentent la lutte contre les grandes maladies, le renouvellement des activités du travail, etc.

Il en résulte un certain état de questionnement voire d'incertitude dans la jeune génération, plongée au sein d'un tourbillon de valeurs, que plus personne n'identifie clairement, et vis-à-vis desquelles il est de plus en plus difficile de se positionner personnellement, alors qu'il est notamment apparu que les sciences, la philosophie et les religions, bien comprises dans leurs finalités propres, n'ont aucun motif profond et inéluctable de s'exclure mutuellement.

Les propositions    Retour sommaire

Les considérations développées ci-dessus ont conduit les conférenciers de Vérone à souhaiter que les scientifiques présents lors de la Conférence mondiale de Budapest, prenant pleinement conscience de leurs responsabilités mettent tout en oeuvre pour que les décideurs politiques, industriels et financiers définissent les conditions concrètes d'un véritable rapprochement de la science et de la société, sorte de " nouvelle alliance " qui s'impose à l'aube du 21ème siècle.

Ils insistent tout particulièrement sur les points suivants :    Retour sommaire

  1. Il leur paraît nécessaire que soit réaffirmée, avec force, la reconnaissance des valeurs propres à la démarche fondamentale des sciences laquelle implique la préservation de leur créativité, de la liberté d'expression, de la libre communication des données scientifiques mais aussi une plus juste vision de l'importance des applications issues des sciences et des techniques.

  2. Implicite à cette légitime reconnaissance (seule condition du libre exercice des sciences et des techniques) doit être réaffirmé, avec plus de force encore, le respect de la dignité humaine et des conditions d'exercice de la souveraineté de ses droits pour tout un chacun. Cela présuppose le respect de l'objet de recherche et de soins, que celui-ci soit l'univers et le monde vivant animal ou végétal et plus encore... l'homme. A cet égard, on ne saurait trop insister sur le respect de la volonté de la personne humaine dans le consentement qu'elle donne lorsqu'elle est impliquée dans un protocole de recherche biomédicale.

  3. Ils appellent à l'exercice d'une " science en partage ", luttant contre le grave déphasage, (confinant à l'injustice), entre les pays qui ont accès aux sciences et aux techniques et ceux qui n'y ont pas accès. Cela implique également la restitution à chaque culture de la place qu'elle occupe historiquement dans l'élaboration des sciences et des techniques et nécessite l'accès de chaque pays à l'autofinancement de ses priorités scientifiques et techniques ainsi libérées des intérêts financiers purement spéculatifs.

  4. Dans un monde à la recherche de ses valeurs, il leur apparaît que le libre et plein exercice de la science, comme la reconnaissance des valeurs qui lui sont propres, ne sont en rien antinomiques de la reconnaissance des valeurs spirituelles, culturelles, philosophiques et religieuses et que, bien au contraire, un dialogue de toutes ces valeurs est à encourager afin de lutter contre toute forme d'idéologie dominante et d'accéder à un meilleur état de tolérance parmi les hommes.

  5. Il est essentiel que la Conférence mondiale sur la science de Budapest jette les bases scientifiques d'une révolution de l'éducation en mettant au coeur de ses préoccupations le transfert pédagogique des savoirs et leur partage. Dans cet esprit, des plans d'action concrets doivent être proposés pour que les institutions de recherche se rapprochent de ceux qui ont en charge la tâche de former et d'enseigner, afin que s'épanouisse, chez chaque individu, notamment chez les jeunes, le goût de la créativité, la passion d'apprendre et de découvrir.

  6. Enfin cette Conférence devrait permettre que s'élabore une véritable stratégie de communication rétablissant la science dans son autorité sur la validation des données scientifiques et garantissant la transparence de l'information. Les scientifiques doivent devenir de véritables " médiateurs " dans cette information, qui passe par les supports écrits, audiovisuels, les multimédia et Internet afin de veiller à l'objectivité de son contenu et de contrebalancer la domination qui peut parfois s'avérer exclusive des intérêts financiers.

En conclusion    Retour sommaire

La Conférence de Vérone émet le voeu que la Conférence mondiale sur la science pour le 21ème siècle place le thème de la Science en Partage au coeur de ses travaux.

 

Contacts    Retour sommaire
Pour de plus amples informations, veuillez contacter:  huber@cybercable.fr

 

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