|
La
tâche la plus importante à notre époque est
de créer un monde où tous les citoyens puissent vivre
dans la dignité et dans la paix dans un environnement accueillant
sur lequel ils ont appris à veiller. Cela requiert volonté
politique, soutien de l'opinion et science. En célébrant
en 2003 la Journée mondiale de la science au service de la
paix et du développement, nous mettons en lumière
le rôle de la science, appelant l'attention sur les aspects
positifs et les conséquences bénéfiques de
la recherche et du savoir scientifique.
Toutefois, si nous continuons de nous émerveiller des nouvelles
découvertes scientifiques et de jouir des avantages de progrès
technologiques novateurs fondés sur des avancées scientifiques,
la science suscite un malaise croissant, et de plus en plus d'esprits
s'inquiètent de ses conséquences néfastes.
Dans certains milieux, ces craintes ont tourné à la
méfiance et au refus, réactions d'autant plus préoccupantes
qu'elles sapent en son fondement le soutien du public à la
science. Ce soutien, inséparable de la confiance de l'opinion
dans la science et les scientifiques, ne va plus de soi.
Aujourd'hui, donc, il faut reprendre à nouveaux frais la
cause de la science dans des termes qui puissent convaincre une
opinion de moins en moins encline à magnifier la pureté
d'intention des scientifiques ou la supériorité de
leur sagesse. La cause de la science ne peut pas non plus s'appuyer
sur des réalisations du passé ou des promesses d'avantages
futurs prises pour argent comptant. La science devra de plus en
plus se justifier à chaque fois, sachant que ses preuves
et ses arguments peuvent être soumis à la critique
minutieuse d'une opinion devenue plus sceptique.
Les scientifiques doivent se féliciter de cette évolution,
en particulier lorsqu'elle va de pair avec un bon fonctionnement
des processus démocratiques. En même temps, ils devraient
s'employer vigoureusement à enseigner aux décideurs,
à ceux qui font l'opinion et à l'ensemble du public
ce qu'est la science : ses fins, ses principes, ses méthodes,
son esprit de critique et d'interrogation et ses nombreuses réalisations.
De ce point de vue, l'éducation scientifique devrait être
non seulement une éducation en science mais aussi une éducation
pour et sur la science, qui prenne activement en considération
les problèmes préoccupants et difficiles auxquels
nous nous heurtons.
Les scientifiques doivent mieux communiquer, mais il ne s'agit pas
seulement pour eux d'envoyer des messages scientifiques clairs,
précis et pertinents. Il s'agit aussi de se montrer attentif
à l'interaction entre la science et la société
en même temps que de reconnaître les échecs et
dangers d'activités scientifiques ; en effet, il y a bien
longtemps que l'équation entre "développement
scientifique" et "progrès humains" n'est plus
automatique. L'éducation et la formation des scientifiques
- qu'il faut considérer comme étant, par nature, affaire
de toute une vie - doivent donc prendre en compte les dimensions
éthiques, sociales et politiques de l'activité scientifique.
Si l'on admet que la science est pour quelque chose dans certains
des problèmes et crises qui menacent notre monde, cela ne
signifie pas que les solutions viables puissent faire l'économie
de la science. Les solutions réalistes doivent se concevoir
avec la science, pas contre elle. Nous avons besoin de la contribution
de la science, par exemple, pour étudier dans quelle mesure
l'activité humaine est responsable du changement climatique,
de la dégradation de l'environnement et d'autres phénomènes
préoccupants. Et ce sont les scientifiques et les ingénieurs
qui nous aideront à faire face aux problèmes complexes
de demain.
Il faut mobiliser la science à l'échelle planétaire
pour résoudre les problèmes énormes que posent
la santé publique, la productivité agricole, la dégradation
de l'environnement et la pauvreté. Il faudra pour cela aborder
les disparités très réelles entre pays développés
et pays en développement s'agissant de la production de savoir
scientifique et d'utilisation de ce savoir à des fins sociales
et économiques bénéfiques. Pour combler ce
déficit de connaissances, il faudra notamment trouver des
solutions à l'exode incessant des compétences scientifiques
en direction des pays riches du Nord.
Pour remédier au déficit des connaissances scientifiques,
il faut aussi que s'établissent des partenariats Nord-Sud
et Sud-Sud entre scientifiques, institutions et gouvernements. La
science est affaire de partage. Le rythme du progrès scientifique
et l'interdépendance des problèmes planétaires
exigent que l'on travaille en équipe et en réseau.
Par conséquent, le partenariat et la collaboration nationale
et internationale entre établissements scientifiques, universités,
ONG et autres secteurs et disciplines sont essentiels.
La Journée mondiale de la science au service de la paix et
du développement est l'occasion pour l'UNESCO de réaffirmer
que la recherche scientifique sert à promouvoir le développement
économique, social et culturel des nations et des peuples
et à améliorer les perspectives de paix et d'avenir
viable. Prenons tous l'engagement d'oeuvrer ensemble à renforcer
la solidarité dans la mise en commun du savoir scientifique.
Sans science planétaire, il ne peut y avoir de développement
durable ; sans développement durable, il ne peut y avoir
de paix mondiale.
Koïchiro Matsuura
Autres
langues: Eng
Spa
Rus
Ara
  Chi
 
|
ÉVÉNEMENTS
SATELLITES
L'Alcyone
met le cap sur la Mer Rouge
Pour
célébrer la Journée mondiale de la science
au service de la paix et du développement 2003, l'équipe
Cousteau a expédié son navire Alcyone vers
la Mer Rouge pour une opération symbolique au service
de la paix par laquelle elle exprime une fois de plus son engagement
vis-à-vis de la coopération parmi les scientifiques
de la région.
50
ans après l'expédition de la Calypso, l'Equipe
Cousteau retourne en Mer Rouge sur les traces du Commandant
Cousteau où il avait tourné " Le monde su
silence ", film qui lui valut la Palme d'Or du Festival
du Film de Cannes.
Canada
Le
Centre
des sciences de Montréal a organisé les 8
et 9 novembre, en coopération avec la Commission canadienne
pour l'UNESCO, un week-end de réflexion, de débats
et d'échanges autour de la science et de la paix, la
responsabilité des scientifiques et, pour finir, la science
et les besoins de l'homme (cliquer
ici pour lire le programme).
Madagascar
Des
réunions spéciales ont été organisées
à l'Académie nationale des arts, des lettres et
des sciences sur le thème de la science. Un concours
a été organisé pour les élèves
de 2ème cycle autour de l' " Utilisation responsable
de la science au service de la société ".
Une cérémonie de remise des prix sera organisée
pour les lauréats du concours au sein de la Commission
nationale pour l'UNESCO.
Mozambique
Le
Ministère
de l'enseignement supérieur, de la science et de la technologie
a organisé du 11 au 14 novembre la première exposition
de science et technologie au Mozambique (1a Mostra Moçambicana
de Ciência & Tecnologia).
Portugal
La
Commission
nationale pour l'UNESCO et la Commission sur l'égalité
et les droits de la femme a organisé le 10 novembre à
Lisbonne un séminaire sur le thème " Les
femmes et la science au service de la paix et du développement
". Cet événement a non seulement servi à
promouvoir la science en tant qu'outil au service de la paix
et du développement, mais aussi à valoriser le
rôle des femmes portugaises dans ce domaine. Ce séminaire
était composé de 3 ateliers dont les thèmes
étaient : la bioéthique, le développement
durable et une société viable et la science au
service du développement (pour le programme, cliquer
ici).
Roumanie
Une
cérémonie de remise des prix de journalisme scientifique
s'est déroulée le 11 novembre en présence
de M. Ion Iliescu, Président de la Roumanie, au siège
de la Commission nationale de
Roumanie pour l'UNESCO.
Tunisie
Le
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche
scientifique et de la technologie a organisé les 9 et
10 novembre, en coopération avec la Commission nationale
tunisienne pour l'UNESCO, et avec la participation de scientifiques,
des réunions publiques et diverses activités dans
les universités et écoles de quelques villes du
pays (Sfax, Ezzitouna). Un débat a été
organisé à Sfax en soirée autour de la
science et de la paix, ainsi qu'une exposition à la Cité
de la Science, montrant les réalisations de la recherche
tunisienne en agriculture et environnement et une conférence
sur la biodiversité et la sécurité alimentaire.
L'Université virtuelle
de Tunis a parallèlement organisé une conférence
vidéo, avec la participation d'universités tunisiennes.
|