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Sécurité humaine / Human Security

Le millénaire s’achève sur une profonde transformation de la sécurité. Trois facteurs principaux contribuent à la redéfinir dans un sens plus large. D’abord les conflits sont de moins en moins inter-étatiques, et de plus en plus internes aux Etats-nations, exprimant souvent la crise qui affecte ceux-ci et qui remet profondément en cause les contrats sociaux et, plus largement encore, les volontés individuelles de coexistence. Par ailleurs, la distinction tranchée, classique depuis Hobbes, entre sécurité nationale et sécurité internationale, ne fait plus sens aujourd’hui: l’abolition des distances, les interdépendances croissantes accréditent l’idée, chez les gouvernants, mais de plus en plus chez les gouvernés également, que ces deux constructions de la sécurité sont indissociables. Il n’y a pas de sécurité internationale lorsque les paix civiles sont incertaines; mais surtout, il n’y a pas de sécurité nationale possible sans paix minimale chez les autres... Enfin, le registre militaire n’apparaît plus, avec la mondialisation et le dépassement de la bipolarité, que comme un élément, parmi beaucoup d'autres, des politiques de sécurité qui se font toujours plus inclusives: la paix est de plus en plus fonction du développement, de la sécurité des ressources, de la protection de l'environnement, mais aussi de celle des droits de l'homme dont la violation crée non seulement injustices et tensions, mais aussi imprévisibilités et instabilités, donc insécurité internationale.

Cette reconstruction de la sécurité, désormais humaine plus qu’inter-étatique, impose de nouvelles directions pour la réflexion et l’action. Elle suppose d’abord une appréhension sociologique de la sécurité, celle-ci devant être pensée dans son environnement social et culturel. Elle implique également une action d’ingénierie politique, le pacificateur étant investi d’un rôle de reconstructeur des communautés politiques meurtries, mais aussi d’un rôle de concepteur de communautés politiques nouvelles, dépassant le cadre statonational dans ce qu’il peut avoir de belligène: travailler pour la paix suppose de promouvoir l’intégration régionale, l’ouverture des communautés politiques à la mondialisation et aux flux humains, la mise en place de formes nouvelles de délibération démocratique débordant du cadre national. Elle se doit d’être responsable avant d’être souveraine, chacun étant comptable des défaillances du contrat social de l’autre et pouvant être ainsi amené à agir chez l’autre à titre subsidaire. Elle ne peut être enfin qu’interactive, les États agissant en interaction avec un espace public international, constitué d’acteurs non-étatiques de plus en plus impliqués dans la vie internationale, contrôlant et surveillant l’usage de la puissance par les États, contribuant à la définition des conditions de la guerre et de la paix (ONG, média, réseaux transnationaux...).

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Bertrand Badie

 

The millennium is closing on a profound transformation in security. Three main factors are helping to redefine security more broadly. The first is that conflicts take place to an ever lesser extent between States and are increasingly internal, within nation States, often as the expression of a crisis affecting them that has radically challenged social contracts and, more broadly still, individual willingness to live alongside others. Next, the clear distinction - classical ever since Hobbes - between national security and international security is now meaningless: the abolition of distances and growing interdependence give credence to the idea among those who govern, and increasingly among the governed, that these two forms of security are inseparable. There can be no international security when civil peace is uncertain; but above all there can be no national security without a modicum of peace elsewhere… Thirdly, the military register, what with globalization and the relegation of bipolarity, seems to be but one component among many others of security policies that are becoming ever more inclusive: peace is increasingly dependent upon development, security of resources and protection of the environment, but also of human rights, whose violation gives rise not only to injustice and tension but also to unpredictability and instability and hence to international insecurity.

This rebuilding of security, which is now human rather than inter-State, imposes new directions for reflection and action. It presupposes first of all a sociological conception of security, which must be perceived in its social and cultural environment. It also implies an act of political engineering, the peacemaker being vested with the role of rebuilder of battered political communities but also with that of designing new political communities dispensing with those features of the nation-State which make for war: working for peace means promoting regional integration, opening up political communities to globalization and human flows, and establishing new forms of democratic deliberation that go beyond the national setting. It must be responsible before being sovereign, with everybody accountable for the failings in the social contract of the other and thus being led to act in a subsidiary way with the other. Lastly, it is bound to be interactive since States operate in interaction with an international public space made up of non-State actors increasingly involved in international life, monitoring and watching over the use of power by States, and helping to define the conditions of war and of peace (NGOs, media, transnational networks, etc.).

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Bertrand Badie

 
© UNESCO dernière mise à jour : 22/10/2001   Secteur des sciences sociales et humaines
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