Programme d’éducation bilingue

Profil de pays: Burkina Faso

Population

15 264 735

Pauvreté (Population vivant avec moins de 1 dollar par jour)

27 %

Pauvreté (Population vivant avec moins de 2 dollar par jour, %)

72 %

Taux d’alphabétisme des adultes (15 ans et plus, 2000–2006)

Femmes: 18 %
Hommes: 34 %
Total: 26 %

Taux d’alphabétisme total des jeunes (15 – 24 ans)

34 %

Taux net d’admission dans l’enseignement primaire (TNA total, %)

44 (2006)

Langue officielle

Français (langues régionales reconnues: Mòoré, Dioula, Fula, Bambara, Dogon, Dagaare, Nanerige, Sucite, Karaboro)

Sources

Présentation générale du programme

Titre du programmeProgramme d’éducation bilingue
Organisation chargée de la mise en œuvreL’Œuvre suisse d’entraide ouvrière (OSEO) ; Gouvernement du Burkina Faso,
Langues d’enseignementFrançais et langues nationales
Partenaires de financementLes gouvernements du Burkina Faso et les Pays-Bas; Coopération Suisse; Diakonia NGO; Catholic Church; Fund for Literacy and Non-Formal Education (FONAENF)
Date de création1994 –

Contexte

Le Burkina Faso est l’un des pays les plus pauvres du monde, avec un PIB par habitant de 1 200 USD. L’agriculture constitue 32 pour cent de son PIB et emploie environ 80 pour cent de la population active, tandis que l’accès à une éducation de qualité reste faible. Selon le PNUD, malgré des efforts concertés pour doubler son taux d’alphabétisme en le faisant passer de 12,8 pour cent en 1990 à 25,3 pour cent en 2008, le Burkina Faso a les niveaux d'alphabétisme les plus faibles du monde. Une étude nationale d'évaluation du système d’éducation financée par le gouvernement (1994) a révélé qu’il n’était pas en phase avec les réalités sociales et économiques du pays, et qu’il était coûteux et inefficace. Ces problèmes ont entravé l’accès à une éducation de qualité, ainsi que les efforts de développement du pays. Le gouvernement et ses partenaires de développement ont donc engagé au cours de ces dernières années des actions concertées pour réformer le système éducatif. Une partie de la solution consistait à mettre en place des stratégies qui encourageaient l'utilisation du français et des langues nationales dans l’enseignement. L’approche bilingue de l’enseignement est née de la conscience de l'importance des langues nationales pour une éducation de qualité. Le Programme d’éducation bilingue (PEB) a été lancé pour compléter ces stratégies et ces actions.

Le Programme d’éducation bilingue (PEB)

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L’Œuvre suisse d’entraide ouvrière (OSEO) et le gouvernement du Burkina Faso, à travers le ministère de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation (MEBA), supervisent la mise en œuvre du PEB depuis 1994. Ce projet avait initialement été conçu pour être un programme d'alphabétisation non formelle pour les adultes et de développement rural pour les petits fermiers. Mais le succès du programme d’alphabétisation des adultes a convaincu les responsables gouvernementaux et politiques d’adapter le programme et d’en étendre la portée afin d’en faire un programme éducatif diversifié et intergénérationnel ciblant tous les groupes d'âge à partir de trois ans. Le PEB fait actuellement le lien entre éducation formelle et non formelle, et est mis en œuvre dans les 13 régions du pays. L’enseignement est réalisé en français et en plusieurs langues nationales. Le PEB vise principalement à résoudre les problèmes qui entravent l’accès à une éducation adaptée et de qualité dans le pays.

Actuellement, le PEB est soutenu techniquement et financièrement par le gouvernement du Burkina Faso et les Pays-Bas, la Coopération suisse, l’ONG Diakonia, l’Église catholique et le Fonds pour l’alphabétisation et l’éducation non formelle (FONAENF) pour les méthodes ALFAA et AFI-D. L’ADEA (Association pour le développement de l’éducation en Afrique) apporte un soutien technique et financier pour l’évaluation du PEB.

Buts et objectifs

Le PEB vise à :

Mise en œuvre : approches et méthodes

Le développement et la mise en œuvre du PEB sont fondés sur des stratégies solides qui visent à satisfaire les besoins en matière de développement de l'alphabétisme et des compétences des apprenants. Cela comprend la formation des enseignants et la production de supports pédagogiques appropriés dans les huit langues principales. Pour augmenter l’efficacité et l’efficience de l’approche bilingue, les enseignants des écoles bilingues reçoivent une formation linguistique spécialisée qui va au-delà du programme de formation classique destiné aux enseignants.

La mise au point et la planification du programme sont basées sur des recherches professionnelles et nécessitent des études d’évaluation faisant appel à une participation active de tous les acteurs nationaux et locaux, notamment des membres de la communauté, qui sont souvent mis de côté dans ce type de processus. La participation active de la communauté à l’élaboration du programme crée un fort sentiment de responsabilité, ce qui facilite la mobilisation des apprenants. En outre, les membres de la communauté suivront également la mise en œuvre proprement dite du programme dans leurs localités.

Le PEB organise l'éducation bilingue en groupes d'âge, pour refléter la progression des besoins en matière d’alphabétisation et d'apprentissage depuis la petite enfance jusqu’à l’âge adulte. Conformément à cette structure, le PEB est mis en œuvre à travers une approche formelle et une approche non formelle.

Le PEB est sous-divisé en deux composantes principales : l’éducation de base formelle et l’éducation de base non formelle.

Dans le cadre du PEB, l’éducation de base formelle est composée de trois niveaux d’apprentissage et d’instruction, ou groupes d'âge, qui s’adressent aux enfants et aux jeunes de 3 à 16 ans, et couvrent le spectre de l’éducation bilingue. Ces groupes sont présentés ci-dessous.

Espaces d’éveil éducatif

Les Espaces d’éveil éducatif (3E) sont un projet d’apprentissage géré par la communauté qui s’adresse aux enfants de trois à six ans, et a été conçu pour leur fournir une base d’enseignement solide. Ce projet fournit des environnements d’apprentissage stimulants ainsi qu’une formation cognitive, psychomotrice et socioaffective formelle. Au niveau des 3E, les instructeurs sont des parents-enseignants bénévoles qui reçoivent une formation à l'éducation de la petite enfance, avec un accent sur la psychologie, l'hygiène et l'alimentation des enfants, ainsi que sur les activités de jeu et les méthodes d'enseignement adaptées à la petite enfance.

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L’élaboration des programmes et la production des supports pédagogiques sont gérées par des professionnels de la puériculture et de l’apprentissage des jeunes enfants. Les programmes intègrent les pratiques culturelles nationales de puériculture et de socialisation aux pratiques modernes d’éducation dans le domaine de la petite enfance.

Pour l’année scolaire 2005-2006, le programme disposait de 36 centres 3E fonctionnels qui s'occupaient de 2 832 enfants, dont 58,28 pour cent de filles.

Les objectifs spécifiques de cette composante du PEB sont :

Écoles primaires bilingues

Les Écoles primaires bilingues (EPB), qui sont en activité depuis l’année scolaire 1994-1995, ciblent les enfants âgés de 7 à 12 ans. Le principal aspect innovant du projet EPB est l’utilisation simultanée des langues nationales et du français comme langues d’enseignement, ainsi que la promotion d’activités productives et culturelles. Les élèves vont aux EPB pendant quatre ou cinq ans, au lieu des six ans habituels dans les autres écoles. En outre, pour améliorer l’efficience et l’efficacité du système des EPB, les enseignants reçoivent une formation professionnelle supplémentaire en éducation bilingue et les supports pédagogiques sont produits en français et dans les huit principales langues nationales.

L’EPB vise à :

Le programme EPB est évalué de façon continue par des enseignants et des évaluateurs professionnels externes. Mais en CM1 et CM2, les acquis des élèves sont évalués au moyen des mêmes méthodes rigides qui sont utilisées dans les écoles classiques, afin de les préparer aux examens officiels de fin de cycle primaire. Plusieurs acteurs et institutions participent au processus de suivi et d’évaluation des écoles primaires bilingues :

Collèges multilingues spéciaux (CMS)

Les collèges multilingues spéciaux accueillent les élèves de 12 à 16 ans qui ont terminé avec succès leurs études en EPB. Au CMS, les élèves approfondissent leur connaissance des langues nationales et du français. Ils apprennent également une deuxième langue nationale choisie parmi les langues les plus répandues au Burkina Faso. Les CMS sont innovants parce que - outre le programme d'éducation secondaire classique - ils proposent également des cours spécifiques en langues nationales, ainsi que des activités culturelles et axées sur la production (formation aux compétences nécessaires à la subsistance). Pour améliorer l’efficacité et l’efficience du programme, les enseignants des collèges multilingues spéciaux reçoivent une formation spéciale dans les langues nationales et en anglais fonctionnel, ainsi que dans les questions relatives à la culture et à la production.

Le projet des CMS vise à :

Alphabétisation fonctionnelle intensive pour le développement (AFI-D)

L’AFI-D est un programme d’alphabétisation intensive non formelle qui a été intégré au PEB en 1994. Il s’adresse aux enfants et aux jeunes non scolarisés de 9 à 14 ans, qui ne sont jamais allés à l'école ou qui ont abandonné le système éducatif. Dans le cadre de ce programme, la formation dure quatre ans et est proposée dans les langues nationales et en français.

Le programme AFI-D comporte de nombreux avantages pour les apprenants. Il leur donne l’opportunité de :

L’intégration de la formation pratique et de l’alphabétisation a permis à de nombreux apprenants de s’intégrer à la société en tant que travailleurs indépendants dans l’agriculture, la menuiserie ou la métallurgie, tandis que d’autres ont trouvé un emploi dans le secteur public (en tant qu'enseignants ou personnel de santé) ainsi que dans le secteur privé (électriciens, techniciens, plombiers, etc.).

Apprentissage non formel de la lecture et de l’écriture pour les adultes (ANFLEA)

Dans le cadre de l’ANFLEA, les cours se déroulent en français et en langues nationales. L’ANFLEA est un projet intégré qui associe l’alphabétisation au développement rural ; il est donc organisé et structuré de façon à satisfaire les besoins socioéconomiques et de subsistance spécifiques des apprenants adultes, dont la plupart vivent dans des régions rurales. À cette fin, le programme est axé sur la formation aux compétences techniques dans : l’agriculture (l’élevage, la production de cultures et le maraîchage) ; la gestion financière et la comptabilité de base ; l’éducation sanitaire et l’organisation et la gestion des activités socioéconomiques individuelles et/ou de groupe. Cette approche de l’autonomisation par l’alphabétisation a permis aux parents d’améliorer leurs conditions de vie ainsi que d’aider leurs enfants dans leur travail scolaire.

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En ce qui concerne l’alphabétisation, les jeunes adultes et les adultes participent à des cours où la méthode ALFAA est utilisée pour enseigner le français grâce à l’alphabétisation fonctionnelle. La méthode ALFAA permet aux apprenants d’atteindre un niveau équivalent à celui de la sixième année d’éducation primaire classique. Le principal objectif de cette stratégie est de permettre aux apprenants adultes d’utiliser les compétences acquises en matière d‘alphabétisme et de moyens de subsistance pour améliorer leurs conditions de vie, ainsi que pour les responsabiliser afin qu'ils puissent suivre le travail scolaire de leurs enfants grâce à de meilleures compétences bilingues.

Impact et défis du programme

Impact et réussites

Le PEB a obtenu d’excellents résultats qui ont eu un impact profond et positif sur tout le système éducatif ainsi que sur la qualité de vie des bénéficiaires. Les indicateurs clés de l’impact du PEB sont détaillés ci-dessous.

L’approche bilingue de l’éducation s'est révélée plus rentable que le système classique.. Par exemple, une étude comparative menée par Korgho (2001) a montré que les écoles bilingues sont moins chères que les écoles classiques : pour une école bilingue de Nomgana, le coût unitaire moyen de l’éducation d’un diplômé du Certificat d’enseignement primaire (CEP) est de 455 388 francs CFA (922,373 USD), contre 3 879 396 francs CFA (7 857,723 USD) dans une école classique – une différence de 3 424 008 francs CFA (6 935,357 USD).

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Défis et solutions

La mise en œuvre efficace du programme a été entravée par les défis suivants :

Pour réduire l’impact de ces défis sur le PEB, les stratégies suivantes ont été adoptées :

Pérennité

La pérennité du PEB repose sur un partenariat solide qui s'est développé entre organisations gouvernementales et non gouvernementales ainsi qu’avec les communautés locales et les chercheurs professionnels. Ces partenariats ont permis au programme de bénéficier de soutien moral local ainsi que d'un vaste éventail de systèmes d'expertise technique et de soutien financier.

Leçons apprises

Le programme a fait émerger les grandes leçons suivantes :

Conclusion

Les années ont apporté un enseignement capital : l’utilisation des langues locales comme langue d’enseignement dans les écoles et dans la formation améliore l’efficacité et l’efficience du processus d’apprentissage. En outre, une approche bilingue de l'éducation augmente les capacités d'acquisition linguistiques des apprenants. Mais surtout, pour un pays pauvre comme le Burkina Faso, cette approche réduit les coûts de l’éducation et permet donc aux parents de financer l’éducation de leurs enfants.

Sources

Contact

Paul Taryam Ilboudou
Oeuvre Suisse d’Entraide Ouvrière (OSEO) Burkina Faso
01 BP 2057 Ouagadougou 01
Burkina Faso
paultaryam (at) yahoo.fr

Dernière mise à jour: 19 juillet 2010