Projet novateur d’alphabétisation et post-alphabétisation : Moyens d’autonomisation et d’intégration socio-économique des femmes au Maroc

Profil de pays: Maroc

Population

32 599 000 (2012)

Langue officielle

arabe, berber

Pauvreté (Population vivant avec moins de 1,25 dollar par jour, %)

3% (2000-2009)

Dépenses publiques totales d’éducation en % du PNB

5.5 (2010)

Taux d’alphabétisme des adultes (15 ans et plus, 2005-2010)

Total : 79 %
Hommes : 87 %
Femmes : 72 %

Sources

Présentation générale du programme

Titre du programmeProjet novateur d’alphabétisation et post-alphabétisation : Moyens d’autonomisation et d’intégration socio-économique des femmes au Maroc
Organisation chargée de la mise en œuvreDirection de la Lutte contre l’Analphabétisme (Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur, de la Formation des Cadres et de la Recherche scientifique)
Langues d’enseignementarabe
PartenairesGouvernement du Maroc, UNESCO et les associations et ONG nationales
Date de création2006

Contexte

Malgré les progrès réalisés, le taux d’analphabétisme au Maroc reste alarmant. Il est estimé à 32 % de la population âgée de 10 ans et plus selon le Ministère marocain de l’Éducation. En 2006, une enquête nationale sur l’analphabétisme au Maroc avait évalué ce taux à 38,5 % dont 46,8 % pour les femmes et 31,4 % pour les hommes, 27,2 % en milieu urbain contre 54,4 % en milieu rural. L’analphabétisme touche donc en premier lieu le monde rural et les femmes.

Pour faire face à ce fléau, le Gouvernement du Maroc a fait de la lutte contre l’analphabétisme l’une de ces préoccupations majeures. Cet engagement a conduit à de résultats importants. Depuis 2002, le nombre de bénéficiaires des programmes d’alphabétisation n’a cessé d’augmenter annuellement. Il est passé de 286 000 en 2002/03 à 656 000 en 2008/09. Le cumul des bénéficiaires pendant les six dernières années (2003 à 2009) s’élève à près de 4 millions de personnes soit le double du cumul des bénéficiaires pendant près de 20 ans (de 1982 à 2002), qui était estimé à 2 millions de personnes.

Il est maintenant reconnu que les faibles niveaux d’alphabétisation observés au Maroc, et en particulier chez les femmes, constituent des obstacles importants au processus de développement socio-économique au niveau national. Dans une perspective de diversification des programmes d’alphabétisation et de post-alphabétisation en matière d’approche d’intervention, de pédagogie, de supports éducatifs, de pérennisation des apprentissages et d’intégration de l’alphabétisation dans la dynamique du développement durable, de lutte contre la pauvreté et d’intégration socio-économique des bénéficiaires, la Direction de la lutte contre l’analphabétisme (DLCA) a lancé en 2007 une initiative visant à promouvoir des actions novatrices dans le secteur de l’alphabétisation et de la post-alphabétisation à travers des expériences et projets pilotes menés en partenariat avec des acteurs de proximité, notamment les associations/ONG. Ces associations/ ONG ont développé des projets novateurs de façon à mieux répondre aux besoins exprimés par le public cible.

S’inscrivant dans le cadre de la stratégie nationale d’alphabétisation qui accorde une priorité particulière aux femmes dans ses actions, le DCLA a mis en oeuvre un programme pilote grâce à l’appui de l’UNESCO dans le cadre de l’initiative LIFE et à travers un appui financier du programme de l’UNESCO pour le renforcement des capacités pour l’éducation pour tous (Cap-EFA Maroc 2006-2008). Le projet a visé la mise en place d’un modèle permettant la concrétisation du lien entre l’alphabétisation et l’intégration socio-économique des femmes néo alphabètes par le biais d’un programme de formation post-alphabétisation pour la consolidation des compétences acquises en alphabétisation et la préparation à la gestion de microprojets.

Le programme

Le programme couvrait la Région de Souss Massa Dâa, une des 16 régions du Maroc. Il a concerné deux provinces (Zagora et Ouarzazate) sur les 82 provinces du pays.

Objectifs principaux

Les actions de ce programme avaient pour objectif :

Réalisation du programme

Lancement du programme

Ce programme a été mis en œuvre de 2007 à 2009 par la Direction de la lutte contre l’analphabétisme (DNCA) en partenariat avec différents acteurs au niveau local. Des associations existantes au niveau des communautés ont occupé une part importante dans la réalisation des activités de formation et d’initiation des activités génératrices de revenus. D’autres formes de participation communautaire ont été développées pour assurer une appropriation du processus de mise en œuvre du programme par les membres des communautés. Ainsi des structures communautaires de gestion ont été initiées.

Etudes préliminaires à la mise en œuvre du programme

Deux études ont été réalisées en prélude à la mise en œuvre du programme

Formation des facilitateurs et facilitatrices

Les formations organisées au profit des facilitateurs ont porté sur l’andragogie, les techniques d’animation dans les programmes de post-alphabétisation, la mobilisation communautaire et la gestion des centres communautaires.

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Modules de formation pour les ONG locales

Ils visaient à renforcer les capacités des hommes et des femmes membres des associations de développement local et des coordinateurs des Centres d’apprentissage communautaire dans les domaines de la post-alphabétisation, la gestion des programmes de développement communautaire, les d’activités génératrices de revenus et la promotion de l’égalité et de l’équité en matière de genre.

Formation des bénéficiaires

La préparation et l’animation des séances de formation à l’intention des bénéficiaires étaient une phase essentielle du projet. Des séances de renforcement en alphabétisation et sur les thématiques de la phase post-alphabétisation étaient organisées quatre fois par semaine à raison de deux heures par séance. Cela fait un cumul de 8 heures par semaine sur une période de 9 mois au cours d’une année. Le groupe se composait en moyenne de 25 apprenantes.

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Les premières séances visaient des exercices de rappel et de renforcement des compétences en lecture, écriture et calcul lors de l’alphabétisation initiale. Il s’agissait là d’un renforcement du maintien des femmes en situation de néo alphabètes et d’une phase de transition et de passage aux séances de formation en post-alphabétisation.

Pour la phase post-alphabétisation, se sont tenues des formations pré professionnelles ayant trait aux métiers souhaités par les participantes selon les opportunités économiques de chaque région (agriculture, élevage, apiculture, tapisserie, etc.). Après cette phase, les bénéficiaires le souhaitant et sélectionnées pour mettre en place des activités génératrices de revenus ainsi que leurs accompagnateurs ont reçu une formation technique approfondie et un accompagnement individualisé durant toute la période du projet.

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Mise en place du dispositif local d’appui aux bénéficiaires

Le renforcement des capacités au niveau communautaire et l’appui continu aux femmes ont amené à la création des Centres d’apprentissage communautaires (CAC). Ces centres, créés et gérés par les communautés elles mêmes, participent à l’effort de transfert de compétences et d’autonomisation des communautés dans le cadre du renforcement des capacités au niveau local et soutiennent la création et le développement des opportunités économiques en faveur des couches vulnérables.

Suivi évaluation du programme

Un processus participatif a conduit à l’élaboration et à la mise en œuvre d’un système de suivi évaluation du programme. Cela a abouti à la mise en place d’un comité de pilotage en charge du suivi évaluation des activités du programme. Ce comité était habilité à formuler toutes les propositions pertinentes relatives à la bonne exécution des phases du programme. La définition du cadre de suivi évaluation a conduit à la mise en place d’indicateurs de suivi et d’un tableau de bord destinés à rendre compte objectivement de la mise en œuvre des différentes phases du programme.

Un dispositif a été mis en place pour l’évaluation des séances de formation. Dans un premier temps, des activités d’évaluation ont eu lieu à la fin des séances pour mesurer le degré d’acquisition des compétences et procéder aux interventions nécessaires pour corriger les insuffisances. Cette action a été assurée par les facilitateurs et facilitatrices dans le cadre de leurs taches d’encadrement. Dans un second temps, les participantes ont procédé à des activités d’auto évaluation au sein de leurs groupes en relation avec les activités d’apprentissage et avec l’appui et l’orientation des facilitateurs et facilitatrices.

L’autre phase pratique de système de suivi évaluation a été l’organisation de visites de terrain dans les zones d’intervention du programme. Ces visites de terrain ont permis aux différents acteurs de se rentre compte du niveau d’évolution des activités, d’identifier les faiblesses et de discuter des mesures à adopter pour y remédier. Pour la documentation des activités, des rapports périodiques étaient élaborés par les organisations partenaires à l’intention des membres du comité de pilotage.

Résultats du programme

Ce programme a permis le renforcement des acquis en alphabétisation et la formation professionnelle de plus de 11 700 bénéficiaires dont plus de 95 % étaient des femmes sur la période de 2007 à 2009. Les formations des facilitateurs et les formations des bénéficiaires ont couvert des thèmes permettant de faire la jonction entre les besoins des apprenants et les potentialités des régions couvertes en termes de création d’activités génératrices de revenus. Des études participatives ont été réalisées sur les activités porteuses, ce qui a conduit à la mise en place d’activités génératrices de revenus contribuant ainsi à l’insertion professionnelle des bénéficiaires. Dans ce cadre, 30 projets d’activités génératrices de revenus ont été initiés en faveur de 300 femmes dans le domaine de l’élevage, de la valorisation des ressources naturelles et de l’agriculture.

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Le renforcement des capacités des organisations au plan local avec la mobilisation et la formation des associations locales Les cadres associatifs ont participé à l’ensemble du processus de concertation autour du programme : identification des femmes bénéficiaires, identification et recrutement des facilitateurs et facilitatrices, élaboration des modules d’apprentissage, mise en place des Centres d’apprentissage communautaire (CAC), collaboration à l’étude de référence et à l’étude sur les opportunités d’activités génératrices de revenus.

Le renforcement de la participation communautaire à travers la création des Centres d’apprentissage communautaire (CAC) Quatre (4) CAC ont été créés dans ce cadre et équipés. Ces centres sont gérés par les communautés elles mêmes. Les responsables des centres ont été identifiés et formés. Des comités de pilotage ont été mis en place pour assurer une plus grande autonomie et une participation élargie des communautés à la gestion des CAC.

Au plan de la documentation et de la capitalisation, des acquis notables ont été observés. Des manuels de post-alphabétisation ainsi que des livrets thématiques ont été développés. Divers autres supports de capitalisation ont été produits à différents niveaux dont une étude de capitalisation des bonnes pratiques par la Direction de la Lutte Contre l’Analphabétisme (DNCA).

Défis rencontrés

Un certain nombre de défis ont été rencontrés dans le cadre de la mise en œuvre du programme :

Eléments novateurs

Plusieurs innovations ont été apportées dans le cadre de la mise en œuvre de ce programme.

La mise en place des Centres d’aprentissage communautaire (CAC) pour la première fois au Maroc. Ces CAC sont des centres qui offrent des opportunités d’apprentissage tout au long de la vie pour tous les membres de la communauté, et principalement les femmes. Il est d’usage que ces centres communautaires soient crées et gérés par les membres de la communauté et puissent être impliqués dans toutes les phases d’exécution des activités. Les CAC sont abrités par les associations ou les réseaux d’associations. Chaque centre dispose de ses propres programmes d’activités en fonction des besoins de la communauté tout en tenant compte des spécificités en rapport avec les femmes, les handicapés et les nomades.

A l’approche verticale classique en terme de participation et de mise en place des projets répondant à des besoins pratiques immédiats (alphabétisation/ post-alphabétisation, activités génératrices de revenus), ce programme ajoute une approche transversale destinée d’une part à assurer l’adhésion des principaux acteurs locaux et d’autre part à asseoir dans les pratiques quotidiennes du développement la prise de conscience puis l’appropriation de l’intérêt stratégique de la femme, catégorie souvent marginalisée dans le processus de prise de décision et de développement local.

La production de supports de formation assez divers : des manuels de formation professionnelle sur la conduite de l’élevage bovin laitier, la conduite de l’apiculture et un manuel reposant sur les thèmes de la santé et du civisme, des capsules audio-visuelles sur les thèmes relatifs au développement durable et des contes populaires destinés à l’usage dans la phase post-alphabétisation.

Leçons apprises

Les constats majeurs qui découlent de la réalisation de ce projet sont les suivants :

Points forts

Points de faiblesse

Durabilité du programme

Afin de contribuer à la viabilité et à la pérennité de ces actions, un programme de renforcement et d’appui aux CAC déjà mis en place est prévu dans d’autres projets de coopération entre 2009 et 2011. Le soutien à accorder à ces CAC est assuré d’une part par le budget alloué dans le cadre des plans provinciaux mis en place dans les deux sites du programme et d’autre part par la capacité de la société civile à être actuellement porteuse de projets novateurs en la matière.

Entre 2009 et 2010, un élargissement du programme à d’autres régions du Maroc est prévu : l’appui aux femmes néo alphabètes dans les régions de Taza-El Hoceima-Taounate, l’Oriental et la région de Tanger Tétouan à travers une formation de post-alphabétisation leur permettant ainsi de développer leurs acquis et savoirs et de mener des activités génératrices de revenus. Il y a aussi la mise en place de CAC dans les régions de Taza-El Hoceima-Taounate, l’Oriental et la région de Tanger Tétouan comme nouveaux modes d’intégration socio-économique.

La Direction de la Lutte Contre l’Analphabétisme a déjà sélectionné 9 associations porteuses de projets similaires (post-alphabétisation combinée à des programmes d’insertion socio-économiques des femmes) dont la mise en œuvre commencera les mois prochains.

Contact

El Habib NADIR
Directeur de la Lutte Contre l’Analphabétisme
31, Angle Avenue El Abtal et Rue Oued Fes Agdal
Rabat, Maroc
Téléphone/Fax : +212 537 77 49 55 / +212 537 77 49 60
Email : nadir (at) alpha.gov.ma, nadirhabib25 (at) yahoo.fr
Site web : http://www.alphamaroc.com

Dernière mise à jour: 30 juin 2011