Projet d’alphabétisation bilingue sur la santé procréative (programme Bi-Alfa)

Profil de pays: Bolivie

Population

9 119 152 (estimation 2007)

Langue officielle

espagnol, quechua, aymara, guaraní et autres

Pauvreté (Population vivant avec moins de 1 dollar par jour, %):

23,2 (1990-2004)

Taux net d’admission dans l’enseignement primaire (TNA total, %)

95 (2006)

Taux d’alphabétisme total des jeunes (15 – 24 ans)

97 % (1995-2004)

Taux d’alphabétisme des adultes (15 ans et plus, 1995-2004)
  • Total : 87 %
  • Hommes : 93 %
  • Femmes : 81 %
Sources

Présentation générale du programme

Titre du programmeProjet d’alphabétisation bilingue sur la santé procréative (programme Bi-Alfa)
Organisation chargée de la mise en œuvreministère de l’Éducation, de la Culture et des Sports (MECD)
Langues d’enseignementquechua et espagnol
Partenaires de financementFNUAP (Fonds des Nations Unies pour la population), Fondation Turner
PartenairesVEA (vice-ministère de l’Éducation alternative), Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (ECLAC/CEPAL) et Centre latino-américain de démographie (CELADE)
Date de création1999

Présentation générale

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Depuis 1998, le ministère de l’Éducation, de la Culture et des Sports (MECD) travaille en partenariat avec le FNUAP afin de mettre en œuvre le « Projet d’alphabétisation bilingue sur la santé procréative ». Le projet a été engagé en réponse aux niveaux élevés des taux d’analphabétisme et de mortalités maternelle et infantile chez les personnes pauvres, en particulier au sein de la population autochtone. À la lumière de cette situation, le projet s’efforce de promouvoir le développement des compétences en lecture et en écriture afin d’améliorer le niveau de vie des personnes ainsi que leurs pratiques de santé en matière de procréation et de soins aux enfants. Le projet suit une approche sexospécifique et cible principalement les femmes (85 %). Il s’adresse aux personnes vivant dans des zones urbaines ou rurales pauvres comme Chuquisaca, Potosí et Cochabamba où la concentration de populations autochtones est la plus forte et où les niveaux d’analphabétisme et de mortalités maternelle et infantile sont élevés. En outre, le programme adopte une approche multiculturelle pour prendre en compte la diversité culturelle et linguistique des participants.

Le projet est également mis en œuvre au Paraguay, au Mexique, au Pérou, au Chili, en Argentine et au Guatemala et bénéficie de la coordination et du soutien de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPAL/ECLAC).

Historique et contexte

La Bolivie est l’un des pays les plus pauvres d’Amérique latine. Les richesses et les services socio-économiques sont concentrés dans les zones urbaines, tandis que 90 % de la population rurale, dont la plupart est autochtone, vivent dans une extrême pauvreté et n’ont qu’un accès limité aux services de base comme la santé et l’éducation. Ceci s’est traduit par des niveaux élevés d’analphabétisme et des normes d’hygiène médiocres dans les zones rurales. Par exemple, le taux national d’analphabétisme des femmes est de 19 % alors qu’il est d’environ 40 % dans le département de Potosí où 90 % de la population est d’origine autochtone. Des disparités similaires existent en ce qui concerne la santé procréative : alors que le taux de natalité moyen est de 3,8 %, il peut s’élever jusqu’à 5,5 % dans les zones rurales. En 2001, le taux de mortalité maternelle dans ces zones rurales s’élevait à 235 pour 10 000 naissances vivantes, et 62 % des décès concernaient des femmes qui n’avaient aucun accès à des services professionnels de santé en matière de procréation. Ces indicateurs révèlent dans l’ensemble une forte corrélation entre les normes de santé procréative d’une population (par ex. l’utilisation de contraceptifs, les taux des mortalités maternelle et infantile) et son niveau d’éducation.

Dans ce contexte et compte tenu du fait que 58 % de la population bolivienne a moins de 25 ans et que 25 % est en âge de procréer (15 à 49 ans), il est apparu primordial de mettre en œuvre le « Projet d’alphabétisation bilingue sur la santé procréative » afin de répondre aux défis correlatifs que sont l’analphabétisme et la faible sensibilisation à l’hygiène en matière de procréation. La nécessité d’un tel programme était d’autant plus grande au sein de la population autochtone du fait des disparités entre les taux d’alphabétisme et les normes de santé procréative détaillées ci-dessus.

Mise en oeuvre du programme : approches et méthodologies

Le programme se fonde sur les expériences recueillies lors du projet pilote au Pérou qui s’est intéressé à 100 femmes autochtones issues de communautés pauvres. En 1999, le « Projet d’alphabétisation bilingue sur la santé procréative » a été introduit en Bolivie par le FNUAP et le ministère de l’Éducation. Il a été depuis lors financé par le ministère de l’Éducation, les municipalités locales et des ONG dans des secteurs où les taux d’analphabétisme et de mortalité maternelle sont élevés comme à Chuquisaca, Potosí et Cochabamba. Le FNUAP a choisi l’alphabétisation comme moyen pour améliorer la santé des participants en matière de procréation et encourager une participation sociale active à la mise en œuvre du programme.

Buts et objectifs

Les objectifs visent à :

Formation des formateurs

Les facilitateurs du programme Bi-Alfa sont principalement des enseignants issus du système d’éducation formel, cependant, des personnes ayant au moins une éducation secondaire et des chefs de communauté ont également été engagés. Tous les animateurs participent à une formation officielle de 16 à 20 jours par an. Le cursus de formation comprend les méthodologies d’alphabétisation, le contenu et l’organisation du programme, la gestion et l’évaluation du processus d’apprentissage. Le rôle des facilitateurs est de guider le processus d’apprentissage tout en encourageant les apprenants à apprendre les uns des autres par un engagement et une participation dynamiques aux activités du programme. Chaque facilitateur prend en charge une vingtaine d’apprenants afin d’assurer l’efficacité de l’apprentissage.

Méthodes d’enseignement/ d’apprentissage

La méthodologie d’enseignement utilisée dans le programme est basée sur les principes et les approches en matière d’éducation de Paulo Freire et met l’accent sur les expériences de vie et les apprentissages des apprenants, au moyen de formes d’enseignement et d’apprentissage critiques, créatives et actives. L’alphabétisation est par conséquent pratiquée de façon bilingue afin d’encourager une participation dynamique des apprenants aux activités, débats et discussions du groupe. De plus, les cours d’alphabétisation de base sont conçus pour être le plus possible en rapport avec la vie des apprenants. Par exemple, l’alphabet est présenté et enseigné en utilisant des mots thématiques clés et pertinents comme santé, grossesse, enfants ou relations entre les sexes. Le but de cette méthode est de provoquer et d’encourager une réflexion et un débat critiques.

Les animateurs complètent ces méthodologies centrées sur l’apprenant avec des aides visuelles pertinentes (comme les affiches ou les vidéos) et des activités pratiques (comme la peinture, les sessions de lecture en groupe, l’écriture sur le tableau noir, le découpage de mots dans les journaux et le travail avec des manuels d’alphabétisation). La plupart des supports ou des matériels d’apprentissage sont exclusivement élaborés et réalisés par les communautés autochtones et les apprenants eux-mêmes, ce qui constitue une stratégie innovante dans ce contexte.

Le programme est divisé en deux niveaux, basique et avancé. À l’un comme à l’autre niveau, les apprenants participent à deux ou trois sessions par semaine (totalisant 144 heures) au cours d’une période de six à huit mois.

Thématiques principales

Les cours d’alphabétisation cherchent en particulier à mettre en valeur : l’alphabétisation bilingue, la santé en matière de procréation, l’égalité entre les sexes et le multiculturalisme.

Alphabétisation bilingue

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La Bolivie est une société multiculturelle et multiethnique. Afin d’encourager et de renforcer les relations ethniques et l’identité culturelle, le projet suit une approche bilingue de l’alphabétisation. L’apprentissage est donc pratiqué à la fois en langues indigènes et en espagnol. L’approche bilingue est vitale car non seulement elle aide les apprenants à comprendre les questions traitées mais elle s’appuie aussi sur leurs expériences et sur leurs sensibilités culturelles.

Santé en matière de sexualité et de procréation

Une démarche soucieuse d’égalité entre les sexes – une dimension négligée par de nombreux projets d’alphabétisation – est au centre du Projet d’alphabétisation bilingue sur la santé procréative. Comme souligné plus haut, les niveaux élevés d’analphabétisme parmi les femmes autochtones signifient qu’elles ont besoin d’une assistance particulière pour ce qui touche à la santé procréative, et seul le développement des compétences en lecture et en écriture peut leur procurer ce soutien. Le projet s’efforce donc de sensibiliser les apprenants et d'accroître leurs connaissances sur les questions des droits et besoins des femmes en matière de santé procréative afin qu’elles accèdent à une autonomie leur permettant de mener une vie saine en utilisant les services médicaux primaires dans le domaine de la procréation. L’objectif ultime est de réduire l’incidence des mortalités maternelle et infantile.

En outre, les cours d’alphabétisation adoptent une démarche soucieuse d’égalité entre les sexes afin de discuter ouvertement de sujets comme la confiance en soi, les soins d’hygiène personnelle, les relations sans violence, l’autonomisation des femmes, les rôles des parents dans l’éducation des enfants, ainsi que la prise de décision et la négociation au sein des familles. L’intégration de sujets sexospécifiques a pour but de faire progresser la prise de conscience, l’égalité et le respect des droits des deux sexes. Ceci s’avère particulièrement important pour les femmes, étant donné la position socialement soumise dictée par leur culture tant au sein des familles que dans l’ensemble de la communauté.

Le programme encourage non seulement des groupes mixtes d’hommes et de femmes à discuter de ces questions, mais il utilise un système d’apprentissage basé sur la communauté et des activités de sensibilisation qui impliquent la communauté entière, car l’idée de l’égalité des droits et des chances pour les femmes défie les clivages des systèmes de valeur traditionnels.

Multiculturalisme

Le programme adopte une approche multiculturelle qui reflète la diversité culturelle de ses apprenants, en particulier pour ce qui à trait à leur histoire, leur langue, leur cosmologie, leurs croyances, leurs formes de production et leurs structures sociales. Le multiculturalisme s’entend comme examen horizontal et reconnaissance mutuelle des différences culturelles et les apprenants sont encouragés à réfléchir sur leurs propres culture et identité culturelle et sur celles des autres afin de reconnaître ces différences et d’en tirer un enseignement. Une approche multiculturelle implique également d’intégrer les systèmes de connaissance autochtones dans le processus d’apprentissage, ce qui consolide les identités ethnoculturelles, plutôt que d’imposer une vision du monde ou des pratiques particulières et d’adopter une attitude protectionniste excluant les traditions culturelles. L’objectif du projet est en fin de compte de renforcer l’autonomie des autochtones afin qu’ils deviennent des membres à part entière, actifs et respectés de la société.

Alphabétisation avancée

Au terme du niveau d’alphabétisation basique, le programme offre aux apprenants la possibilité d’entamer une formation avancée aux compétences en lecture et écriture. Le niveau avancé s’appuie autant sur le système de médecine scientifique que sur le système de médecine traditionnel pour approfondir les connaissances des apprenants de sujets d’ordre sanitaire comme la santé et l’hygiène communautaires, l’équilibre alimentaire, le planning familial, la naissance et l’hygiène postnatale, les soins aux enfants et les maladies sexuellement transmissibles. Le programme encourage également le développement de compétences aux fins de générer des revenus.

Impact et défis du programme

Suivi et évaluation

Le projet utilise un système d’évaluation continue au cours duquel les animateurs se chargent des évaluations. Des évaluateurs professionnels extérieurs sont également engagés pour effectuer une évaluation quantitative et qualitative des répercussions du programme sur les participants et leurs communautés.

Impact/ réalisations

Défis

Quelques-uns des défis cruciaux auxquels le programme est confronté sont évoqués ci-dessous.

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Leçons apprises

Les leçons essentielles ayant émergé du programme sont les suivantes :

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Sources

Contact

Monica Yaksic Prudencio
Avenida del Maestro N° 345
Edificio SEDUCA 1er. Piso
Sucre – Bolivia
E-mail : yaksic (at) unfpa.org.bo
Tél. : +591 46456166

Rolando Encinas Caballero
et
Maria Martinez Mita
E-mail : mmartinez_mita (at) yahoo.com / bialfa (at) entelnet.bo

Dernière mise à jour: 15 janvier 2010