Programme d’alphabétisation des adultes Kha Ri Gude (Apprenons) ou programme KGALP

Profil de pays: Afrique du Sud

Population

47 432 000 (estimations 2007)

Pauvreté (Population vivant avec moins de 1 dollar par jour, %):

10,7 % (1990-2004)

Langue officielle

sepedi, sésotho, setswana, siswati, tshivenda, xitsonga, afrikaans, anglais, isindebele, isixhosa et isizulu

Dépenses publiques totales d’éducation en % du PNB

5,5

Taux net d’admission dans l’enseignement primaire (TNA total, %)

51 % (2005)

Taux d’alphabétisme total des jeunes (15 – 24 ans)

94% (1995-2004)

Taux d’alphabétisme des adultes (15 ans et plus, 1995-2004)
  • Total : 82 %
  • Homme : 84 %
  • Femmes : 81 %
Sources

Présentation générale du programme

Titre du programmeProgramme d’alphabétisation des adultes Kha Ri Gude (Apprenons) ou programme KGALP
Organisation chargée de la mise en œuvreGouvernement d’Afrique du Sud (ministère de l’Éducation de base)
Langues d’enseignementLangue maternelle de l’apprenant et anglais comme deuxième langue
Partenaires de financementgouvernement d’Afrique du Sud
Coûts annuels du programmeBudget total : 6 milliards de rands, soit environ 780 millions de dollars américains
Date de création2008— (programme de cinq ans 2008 – 2012)

Historique et contexte

Depuis sa démocratisation en 1994, l’Afrique du Sud a mis en place plusieurs programmes d’éducation, notamment le Programme d’éducation et formation de base des adultes ABET et l’Initiative nationale sud-africaine pour l’alphabétisation SANLI en 2000. Ces mesures diverses visent à promouvoir l’accès à l’éducation pour tous et, plus important encore, à éradiquer l’analphabétisme chez les adultes, dont la plupart n’ont bénéficié d’aucune opportunité d’apprentissage pendant l’apartheid. Par ailleurs, ces programmes permettent à des groupes auparavant socialement défavorisés d’être indépendants et de participer plus efficacement aux processus de développement national.

Cependant, malgré les efforts coordonnés des gouvernements post-apartheid successifs visant à élargir les opportunités d’apprentissage à tous les adultes, le taux d’analphabétisme chez cette catégorie de la population reste particulièrement élevé dans le pays. Selon une étude menée par le Comité ministériel pour l’alphabétisation en juin 2006, environ 9,6 millions d’adultes, soit 24 % de la population totale âgée de plus de 15 ans, étaient des analphabètes fonctionnels. 4,7 millions d’entre eux ne savaient ni lire ni écrire car ils n’avaient jamais été scolarisés et les 4,9 millions restants avaient quitté l’école avant la fin de l’enseignement primaire. Cette étude a également révélé un taux d’analphabétisme chez les adultes bien supérieur au sein des communautés de couleur et parmi les femmes. Cette tendance reflétait en partie les conséquences négatives générées par les politiques ségrégationnistes lors de l’apartheid qui ont affecté la mise à disposition de services sociaux, comme l’éducation, et les pratiques socioculturelles visant à promouvoir davantage l’éducation des garçons que celle des filles. Face à la persistance de l’analphabétisme des adultes et à ses conséquences négatives sur le développement et l’évolution sociale, le gouvernement de l’Afrique du Sud a décidé de mettre en œuvre le programme d’alphabétisation des adultes Kha Ri Gude (Apprenons) également appelé programme KGALP en février 2008.

Programme d’alphabétisation des adultes Kha Ri Gude (Apprenons) ou programme KGALP

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Le programme KGALP est une campagne d’alphabétisation des adultes à grande échelle intégrée et multilingue actuellement mise en œuvre dans tous le pays par le gouvernement avec l’aide du ministère de l’Éducation de base. L’Afrique du Sud a engagé six milliards de rands (soit environ 780 millions de dollars américains) afin de financer ce programme pendant cinq ans, de 2008 à 2012. Bien que le programme KGALP soit une campagne d’éducation inclusive conçue pour tous les adultes n’ayant que peu, voire pas du tout, bénéficié d’un enseignement formel, des efforts spécifiques ont été fournis afin de cibler les groupes sociaux vulnérables et souvent marginalisés, comme les femmes, les jeunes et les personnes handicapées (voir photos ci-dessous). Ainsi, parmi les 620 000 apprenants inscrits à ce programme en 2009, environ 80 % étaient des femmes, 8 % des personnes handicapées et 25 % des jeunes. Dans l’ensemble, 50 % des participants à cette campagne étaient âgés de 25 à 55 ans et 20 % avaient plus de 60 ans. Par ailleurs, une majorité disproportionnée d’apprenants étaient originaires de zones rurales ou de quartiers informels pauvres. La quasi-totalité d’entre eux étaient sans emploi ou travaillaient à leur compte.

Afin de satisfaire efficacement les besoins en éducation spécifiques et diversifiés des différents groupes d’apprenants, le programme KGALP emploie une approche intégrée et multilingue en matière de formation aux compétences en lecture et en écriture. En conséquence, le programme d’étude comprend une formation des apprenants à ces compétences de base dans leur langue maternelle mais aussi une formation aux compétences nécessaires dans la vie courante. Ces dernières mettent particulièrement l’accent sur des thèmes fondamentaux du contexte socioéconomique des apprenants ou de leurs expériences quotidiennes, notamment en ce qui concerne :

En outre, ce programme comprend des cours d’anglais deuxième langue afin que les apprenants puissent effectuer des tâches ordinaires, comme remplir des formulaires officiels.

Buts et objectifs

Le programme KGALP vise à :

Mise en œuvre du programme : approches et méthodologies

Afin de faciliter la mise en œuvre efficace du programme, le ministère de l’Éducation de base a recruté et formé au sein des communautés concernées environ 75 000 animateurs chargés de la formation en alphabétisation, éducateurs, superviseurs et coordinateurs bénévoles, dont 100 éducateurs aveugles et 150 éducateurs sourds qui offrent un enseignement spécifique à leurs compatriotes handicapés analphabètes. Le ministère de l’Éducation de base a également développé et produit divers supports d’enseignement-apprentissage dans les 11 langues officielles du pays. Ces documents ont été adaptés aux apprenants sourds et aveugles de manière professionnelle. En outre, le ministère de l’Éducation de base a créé partout dans le pays près de 35 000 sites ou centres d’apprentissages directement implantés au cœur des communautés. Ces centres d’apprentissage vont des infrastructures de base, comme la ferme/la cour du participant ou les abribus, aux institutions établies, telles que les églises locales, les centres communautaires ou les prisons. Certains cours ont même lieu en plein air sous des arbres, preuve de l’engagement de l’État envers tous les apprenants potentiels, y compris ceux qui vivent dans des conditions difficiles et sont dépourvus d’infrastructures basiques.

Recrutement et formation des animateurs

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La mise en œuvre du programme, y compris l'inscription de nouveaux apprenants, repose largement sur une équipe d'éducateurs, d’animateurs, de superviseurs et de coordinateurs bénévoles provenant des communautés concernées. Actuellement, environ 75 000 bénévoles travaillent comme éducateurs ou animateurs dans le cadre de ce programme. Approximativement 66 % d’entre eux ont moins de 35 ans, 80 % sont des femmes et 85 % étaient auparavant sans emploi. Tous ont été recrutés au sein des mêmes communautés que leurs apprenants. En règle générale, seuls les candidats détenteurs d’un baccalauréat ou d’un diplôme équivalent et les professionnels qualifiés sont recrutés et formés en tant qu’animateurs. Actuellement, 51 % des bénévoles (coordinateurs, superviseurs et éducateurs) sont titulaires d’un ou plusieurs diplômes universitaires. Les animateurs bénéficient d’une formation de base sur différents aspects de l’enseignement pour adultes, notamment les suivants :

Par ailleurs, les animateurs du programme bénéficient en permanence d’une formation, d’un encadrement et d’un soutien de la part de superviseurs et de coordinateurs qualifiés, tous détenteurs d’un diplôme universitaire supérieur et justifiant d’une vaste expérience dans le développement communautaire. Ils obtiennent également un calendrier de bureau sur lequel sont inscrits les plans des leçons et les modules d’apprentissage pour les 35 cours d’alphabétisation en langue maternelle, les 35 cours de calcul et les 10 cours d’anglais pour tous organisés.

Chaque éducateur/animateur formé s’occupe de 15 à 18 apprenants. Les bénévoles reçoivent un salaire mensuel d’environ 1 200 rands, qui dépend de leur capacité à atteindre un nombre de critères prédéfinis, comme la soumission des portefeuilles LAP. Cette rémunération basée sur les résultats est nécessaire à des fins de comptabilité, de motivation et de garantie de l’apprentissage. En outre, elle permet d’assurer l’intégrité du système de paiement de la campagne. Outre la prestation de services d’enseignement, les éducateurs jouent un rôle essentiel dans l’inscription de nouveaux apprenants au programme et dans diverses campagnes de sensibilisation conçues pour intégrer cette initiative au cœur de la vie de la communauté.

Recrutement des apprenants

Diverses stratégies permettent d’encourager les apprenants potentiels à s’inscrire au programme, notamment les suivantes :

Approches et méthodes d’enseignement et d’apprentissage

Enseigner la lecture et l’écriture n’est pas chose facile, particulièrement lorsque l’apprenant est adulte et que l’éducateur est un bénévole non formé. La situation devient encore plus complexe lorsque les processus d’enseignement et d’apprentissage impliquent des apprenants aux besoins spéciaux, comme les sourds et les aveugles. Ainsi, pour s’assurer que les apprenants acquièrent des compétences en lecture et en écriture de manière efficace, le programme KGALP fournit aux participants des supports d’apprentissage gratuits et appropriés mais aussi du matériel de bureau de base, et les oblige à suivre les cours trois fois par semaine pendant six mois. (Chaque cours dure trois heures en moyenne.)

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En outre, le programme a adapté les supports d’apprentissage afin de satisfaire les besoins spécifiques des apprenants aveugles et sourds. En conséquence, les apprenants aveugles reçoivent divers appareils et supports d’apprentissage spécifiques, comme des panneaux Braillette et des machines à écrire le braille Perkins à utiliser en classe, des calculatrices parlantes, des pointes pour apprendre l’alphabet braille, des boîtes à œufs et des balles de ping-pong pour les cours de braille de base. Ainsi, ils apprennent à lire et à écrire en braille avec l’aide d’éducateurs handicapés spécialisés bénévoles. De la même manière, des animateurs sourds formés fournissent des instructions spécialisées en langue des signes aux apprenants sourds. D’une part, cette stratégie de recrutement d’éducateurs handicapés est bénéfique pour les enseignants et, d’autre part, elle garantit que les apprenants ayant des besoins spécifiques bénéficient d’une instruction et d’une aide efficaces fournies par des formateurs qui comprennent leurs besoins existentiels et les défis à relever.

Les supports d’enseignement et d’apprentissage sont spécialement conçus pour aider les animateurs à développer les compétences en lecture et en écriture de leurs apprenants à l’aide d’un processus très instructif mais aussi d’exercices pratiques guidés pour les apprenants (voir photos ci-dessous). Les supports permettent également aux animateurs de se concentrer sur les besoins spécifiques de chaque apprenant.

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En outre, ces supports sont fondés sur une approche intégrée de l’alphabétisation qui mêle les avantages générés par des expériences linguistiques et la méthode globale de lecture tout en tenant sérieusement compte des résultats récents de la recherche neurocognitive. Conformément à ces derniers, les supports du programme KGALP enseignent le principe de la lecture tout en essayant d’améliorer les compétences en lecture et en écriture visuelles et perceptives des apprenants et en introduisant systématiquement les phonèmes/graphèmes des mots de haute fréquence et de basse fréquence, selon les typologies développées pour chaque langue. Ainsi, les supports du programme KGALP planifient et dirigent la progression des compétences et des connaissances phoniques des apprenants.

Étant donné que la campagne repose sur le travail, dans des circonstances défavorables, de bénévoles non formés, il est essentiel de proposer des supports parfaitement structurés et adaptés à des activités d’apprentissage séquencées et intégrées, dont voici quelques exemples :

Or, il est reconnu que savoir décoder des mots distincts n’est pas une compétence suffisante. Par conséquent, les supports mettent l’accent sur la fluidité de la lecture qui favorise la compréhension en libérant les ressources cognitives nécessaires à l’interprétation. Pour faciliter ces automatismes, les supports comprennent un éventail de jeux de domino phonique et de cartes sur lesquelles des mots sont inscrits. À terme, les apprenants pourront lire à une vitesse minium de 45 mots par minute, ce qui leur permet de se souvenir du début de la phrase lorsqu’ils en lisent la fin. Conformément aux rudiments des expériences linguistiques et des méthodes globales, les résultats d’apprentissage obtenus sont répartis dans huit catégories d’organisation afin d’offrir aux apprenants un contenu motivant, à des niveaux auxquels leurs compétences leur permettront de vivre de manière indépendante tout en élargissant le choix et les opportunités offertes aux adultes. Chaque leçon commence par une image visant à encourager les apprenants à discuter d’un thème spécifique, à réfléchir aux problèmes sociaux y afférents et à appliquer les solutions identifiées à leur vie et à leur quotidien. Ensuite, des phrases et des mots clés sont isolés. Voici quelques exemples de thèmes abordés :

Évaluation des apprenants

Le programme KGALP a mis en place un vaste système de contrôle et d'évaluation géré par les superviseurs qui suivent le travail de 10 éducateurs/animateurs chacun et par les coordinateurs qui suivent le travail de 20 superviseurs chacun. Ce processus interne continu comprend :

Ce système continu de contrôle et d’évaluation centré sur les actions permet aux superviseurs de conseiller les animateurs sur la manière dont ils peuvent améliorer leurs stratégies d’enseignement afin d'aider les apprenants à acquérir plus efficacement des compétences en lecture et en écriture. En outre, il aide les coordinateurs et les superviseurs du programme à résoudre les nombreux problèmes qui surviennent sur place et ainsi à garantir un programme de haute qualité.

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Par ailleurs, dans le cadre du programme Kha Ri Gude, tous les apprenants bénéficient d’une évaluation continue grâce à un portefeuille comprenant 10 activités de contrôle de l’alphabétisation disponibles dans leur langue maternelle et 10 activités de calcul. Ces exercices tiennent compte des compétences acquises et du déroulement des diverses étapes de l’apprentissage. Les apprenants doivent également remplir leurs portefeuilles LAP qui sont ensuite corrigés par un bénévole, relus par les superviseurs et contrôlés par les coordinateurs. Puis, ces portefeuilles LAP sont recueillis et envoyés au siège social du programme où les notes données sur site sont vérifiées par des membres de l’Autorité sud-africaine de qualification (SAQA). Actuellement, plus de 80 % des portefeuilles LAP sont réceptionnés, ce qui démontre le fort taux de rétention des apprenants de ce programme. Grâce à ce processus d’évaluation interconnecté, les apprenants qui réussissent obtiennent un diplôme (équivalant au niveau 1 du programme ABET) délivré par le comité d’examen du ministère de l’Éducation de base. Les apprenants dont les résultats sont inférieurs reçoivent une récompense équivalant à l’un des cinq niveaux du programme LAMP de l’UNESCO qui atteste de leur niveau d’alphabétisation. À la fin du processus d’évaluation, les données personnelles des apprenants et leurs notes pour chaque activité sont saisies dans une base de données d’évaluation à des fins d’analyse statistique. Ceci permettra de définir les mesures et les stratégies à mettre en place afin d’optimiser les résultats générés par le programme.

Impact et défis du programme

Impact

Bien que très jeune, le programme KGALP a rapidement évolué pour s’imposer comme la plus vaste campagne d’alphabétisation des adultes d’Afrique du Sud à ce jour. En effet, le nombre d’apprenants diplômés est passé de 380 000 en 2008 à 620 000 en 2009. Par conséquent, le taux d’inscription des apprenants au programme devrait augmenter au cours des prochaines années, ce qui permettra à la campagne d’atteindre son objectif principal, à savoir diminuer de moitié le taux national d’analphabétisme des adultes d’ici 2012.

Par ailleurs, le programme a généré des avantages concrets tant pour les apprenants que pour leurs familles, pour leurs communautés et, par extension, pour le pays tout entier, dont voici quelques exemples :

Défis

Malgré les réussites enregistrées à ce jour, la mise en œuvre de ce programme s’est heurtée à nombre de défis financiers et techniques, notamment les suivants :

Leçons apprises

Pérennité

La viabilité à long terme du programme n’est pas remise en question. En effet, les apprenants potentiels sont toujours nombreux à vouloir y participer, comme le prouve la liste d’attente comptant environ 1,2 million d’adultes. En outre, l’État finance ce programme pendant les cinq prochaines années. Ce budget permet principalement de développer la plupart des supports d’enseignement et d’apprentissage.

Contacts

Prof Veronica McKay, présidente de la campagne d’alphabétisation de masse Kha Ri Gude
Adresse :
Kha Ri Gude National Office
Department of Education
Room 208, Sol Plaatje Building, 123 Schoeman Street, Pretoria, Afrique du Sud
Tél. : 012 312 5687
Fax : 012 328 2595
Courriel : mckay.v (at) doe.gov.za
http://www.kharigude.co.za