Programme d’apprentissage des adultes et d’éradication de l’analphabétisme

Profil de pays: Jordanie

Population

5 850 000 (2008)

Langue officielle

arabe

Accès à l'enseignement primaire - Taux net d'admission (TNA)

99% (2003-2006)

Taux d’alphabétisme total des jeunes (15 – 24 ans)

99%

Taux d’alphabétisme des adultes (15 ans et plus, 2007)

92,3 %

Sources

Présentation générale du programme

Titre du programmeProgramme d’apprentissage des adultes et d’éradication de l’analphabétisme
Organisation chargée de la mise en œuvregouvernement de la Jordanie (ministère de l’Éducation)
PartenairesUNESCO, Organisation islamique pour l’éducation, les sciences et la culture (ISESCO) et Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences (ALESCO).
Date de création1952 –

Historique et contexte

Depuis le début des années 1950, la Royaume hachémite de Jordanie a consenti des efforts coordonnés de lutte contre l’analphabétisme en mettant en œuvre des mesures stratégiques de développement de l’éducation et en assurant un financement durable de ce développement. Dès 1952, le gouvernement a créé le Programme d’apprentissage des adultes et d’éradication de l’analphabétisme (ALIEP). Ce programme s’adressait initialement au personnel militaire mais il a été, par la suite, élargi à tous les citoyens adultes analphabètes et/ou semi-alphabétisés (âgés de 16 ans et plus) qui, pour diverses raisons socioéconomiques, ont quitté l’école avant d’avoir atteint le niveau souhaité d’alphabétisation fonctionnelle. Grâce à cela, et à d’autres initiatives d’éducation du même ordre (comme la garantie d’une éducation gratuite et obligatoire pour tous les enfants jusqu’à l'âge de 15 ans), le taux d'analphabétisme total du pays a littéralement chuté pour atteindre 7,9 % en 2008, soit 4,1 % des hommes, et 11,4 % des femmes. La Jordanie affiche aujourd’hui les taux d’alphabétisme des jeunes (99 %) et des adultes (89 %) les plus élevés de la région arabe. Malgré cette réussite, le pays reste déterminé à éradiquer l'analphabétisme. Pour ce faire, le gouvernement, par l’intermédiaire du ministère de l’Éducation ,a élargi encore davantage l’ampleur et la portée du programme ALIEP qui est désormais mis en œuvre sur tout le territoire national.

Le programme d’apprentissage des adultes et d’éradication de l’analphabétisme (ALIEP)

Le programme ALIEP est un programme spécialisé dans la formation et l’éducation non formelle des adultes qui a beaucoup évolué depuis sa création en 1952. Au fil des ans, le ministère de l’Éducation a travaillé en étroite collaboration avec diverses parties prenantes, telles que le ministère du Développement social et l’UNESCO, afin d’améliorer le contenu et les méthodes d’enseignement du programme et d’en optimiser ainsi la pertinence et la contribution au développement global du pays. Le programme cible plus particulièrement les régions qui présentent les taux d'analphabétisme les plus élevés, comme celle d’Umm Al-Rassas où ce taux s’élève à environ 20 %.

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L’ALIEP est mis en œuvre sur l'ensemble du territoire sous les auspices du ministère de l'Éducation. Il a pour objectif de créer des opportunités d’éducation et de formation pour les adultes analphabètes ou semi-alphabétisés (âgés de 15 ans et plus) qui n’ont reçu aucune éducation de base dans leur enfance. Il a également été élargi aux prisons en complément des programmes déjà existants de réhabilitation des détenus. Par exemple, pendant l’année scolaire 2008-2009, 493 apprenants issus de 15 établissements pénitentiaires ont participé au programme. Ce dernier se base sur un plan d'études intégré et propose une formation de base et une formation continue aux compétences en lecture et en écriture axée en particulier sur les matières suivantes :

Buts et objectifs

Le programme vise à :

D’une manière générale, l'objectif principal du programme est d’instaurer une éducation durable pour tous, en mettant toutefois l’accent sur les personnes socialement défavorisées qui se voient souvent contraintes de quitter rapidement l’école.

Mise en œuvre du programme : approches et méthodologies

La mise en œuvre du programme est réglementée par la loi relative à l’éducation de 1964 et d’autres réglementations et directives afférentes de l’État. Au titre de cette loi, le ministère de l'Éducation est chargé de financer et de coordonner la mise en œuvre du programme. Cela inclut de fournir aux apprenants des supports d'apprentissage gratuits, d'ouvrir des centres d'apprentissage pour adultes et de recruter, former et rémunérer les professeurs et les animateurs qui dispenseront l'enseignement. Le ministère de l’Éducation a parfaitement bien rempli son mandat. Par exemple, pour la seule année scolaire 2007-2008, il a créé environ 500 centres d’apprentissage pour adultes répartis dans le pays (473 centres pour les femmes et 27 centres pour les hommes). Au cours de cette même période, 6 457 apprenants (455 hommes et 6 002 femmes) se sont inscrits dans ces centres et ont obtenu un diplôme.

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Le programme est composé de deux phases d’apprentissage : le niveau débutant ou de base et le niveau de suivi ou continu. Il faut 16 mois, soit deux années scolaires, pour terminer chaque niveau. À la fin de chaque niveau d’apprentissage, les apprenants reçoivent des certificats : le certificat du niveau de base correspond au CM1 et le certificat du niveau de suivi correspond à la sixième dans le système éducatif formel. Par conséquent, ALIEP est un programme éducatif accéléré qui permet aux apprenants d’effectuer six années d'éducation de base obligatoire en seulement quatre ans (32 mois). Plus important encore, il a très fortement contribué à faire baisser le taux d'analphabétisme. Par exemple, entre 2001 et 2008, le taux d’analphabétisme total est passé de 11 % à 7,9 %. Au cours de la même période, les taux d'analphabétisme des femmes et des hommes sont passés de 16,2 % à 11,4 % et de 5,6 % à 4,1 % respectivement.

L’enseignement aux apprenants

L’enseignement est basé sur une approche corrective qui identifie et met à profit les précédentes expériences d’apprentissage des apprenants. Les animateurs appliquent des stratégies d’enseignement-apprentissage innovantes, telles que le travail en groupe et l’encadrement individuel, afin d’assurer la perennité des compétences en lecture et en écriture acquises par les apprenants, d’une part, et d’encourager ces derniers à poursuivre les cours, d’autre part.

Outre l’inscription formelle des apprenants adultes aux centres, le programme met en œuvre deux approches d’enseignement-apprentissage novatrices qui visent à favoriser une éducation durable.

La première approche est le programme d’études à domicile (HBSP) dont l’objectif est d’encourager les apprenants ayant quitté le système scolaire formel à poursuivre leur éducation ou leur formation par un auto-apprentissage autonome à la maison. Le HBSP étant calqué sur le programme enseigné dans le système éducatif formel, les apprenants peuvent passer le diplôme de fin d’études secondaires. Ceux qui réussissent l’examen sont ensuite invités à continuer leurs études, soit dans le cadre du programme HBSP, soit au sein du système d'enseignement formel. Comme le montre le tableau ci-dessous, le HBSP a connu un franc succès :

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La deuxième approche est le programme d’étude du soir. À l’instar du HBSP, ce programme a pour but de créer des opportunités d’apprentissage pour les personnes socialement défavorisées qui sont sorties du système d'enseignement formel et peuvent avoir des obligations professionnelles pendant la journée. Les cours ont lieu le soir dans des centres d'apprentissage pour adultes et s'adressent aux adultes qui souhaitent poursuivre leur éducation au-delà du niveau de base et à partir de la classe de cinquième jusqu'au niveau secondaire. Comme le montre le tableau ci-dessous, le programme d'études du soir a obtenu d'excellents résultats :

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Suivi et évaluation

Le ministère de l’Éducation, par le biais du service d’enseignement non formel, est le seul responsable du suivi et de l’évaluation réguliers du programme. Pour cela, il a désigné des superviseurs en éducation qui travaillent sur le terrain. Ils se rendent fréquemment dans les centres d’apprentissage pour adultes de leurs régions et sont chargés de suivre et d’évaluer le processus d’apprentissage mis en œuvre dans ces centres. Ils offrent également une assistance technique ou des conseils aux professeurs ou aux animateurs afin de veiller à ce que le processus en question soit conforme aux politiques et aux stratégies du ministère.

Impact et réussites

L’ALIEP a énormément contribué au développement du pays en général et, en particulier, à l’autonomisation des personnes défavorisées en améliorant les taux d’alphabétisme. En constituant un réseau de professeurs spécialisés dans l’éducation des adultes, il a créé un vivier de professionnels compétents, extrêmement qualifiés et formés qui mènent aujourd'hui des activités de développement au niveau des communautés.

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Concernant le développement de l’éducation, le programme a créé des opportunités d’apprentissage pour les adultes socialement défavorisés et aidé, par voie de conséquence, à résoudre les problèmes d’analphabétisme, de chômage et de productivité limitée qui gangrénaient ces groupes cibles. Il a également ouvert la voie à un apprentissage tout au long de la vie égal pour tous les citoyens du pays qui peuvent désormais poursuivre leur éducation en s'inscrivant dans l'un des nombreux centres d'apprentissage pour adultes répartis sur le territoire, ou en optant pour l'auto-apprentissage à domicile. De la même manière, et sans doute encore plus important, le programme a créé davantage d’opportunités d’éducation pour les femmes qui, en raison de pratiques socioculturelles bien ancrées, ont souvent un accès restreint à l’éducation. Ainsi, alors que 455 hommes se sont inscrits dans les 19 centres d’apprentissage pour adultes créés en 2007-2008, 6 002 femmes se sont inscrites dans les 412 centres d'apprentissage pour les femmes établis au cours de la même période. D’une manière générale, le programme a permis à la Jordanie de lutter contre le fléau de l'analphabétisme et de se rapprocher de la réalisation des objectifs internationaux de l'Éducation pour tous.

Grâce au programme, le pays a également été en mesure de créer de fortes synergies entre les systèmes d'enseignement formel et non formel. L’intégration de ces deux systèmes a permis aux apprenants issus du système d’enseignement non formel d'avoir accès à l'enseignement formel et d'obtenir des qualifications délivrées et sanctionnées par l'État. Les personnes défavorisées ont ainsi pu atteindre des niveaux équivalents à ceux de leurs homologues issus de l’enseignement formel et prendre une part active au développement culturel, économique et social du pays, au même titre que n'importe quel citoyen.

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Ce programme génère également des bénéfices sociaux concrets pour les individus et leurs sociétés en mettant l’accent, par exemple, sur des thèmes qui occupent une place centrale dans leur vie quotidienne comme la santé, le développement des communautés, l’écologie, la culture et la religion. Aborder ces sujets fournit aux apprenants les compétences sociales nécessaires non seulement à une coexistence paisible et une gestion ou résolution non violente des conflits, mais également au développement des communautés et à la réduction de la pauvreté.

Au niveau individuel, le programme galvanise la confiance en soi (statut social) et la personnalité des apprenants, ainsi que leurs capacités à mener des activités économiquement plus viables. Ce dernier point les aide à mieux jouer leur rôle de parents ou d'adultes au sein de la société et à mettre un terme à la stigmatisation sociale et à l’absence d’autonomie auxquelles les analphabètes sont souvent confrontés. Le cas de Haya Fares Al-Awadat illustre parfaitement les bienfaits du programme au niveau individuel. Haya Fares Al-Awadat s’était inscrite en tant que débutante dans un centre d'alphabétisation et d'apprentissage des adultes et elle a poursuivi son éducation jusqu'à obtenir une licence en éducation spécialisée. Elle travaille aujourd’hui comme responsable du centre pour handicapés d'Al-Hussinya dans la province de Ma'an. Les exemples de réussite comme celui-ci sont nombreux. Ils montrent que les programmes d’éducation des adultes peuvent être, et sont, un tremplin vers une meilleure mobilité socioéconomique.

Défis

Malgré ces réalisations, le programme se heurte à un certains nombre de difficultés dont voici quelques exemples :

Leçons apprises

Pérennité

La pérennité à long terme du programme ne fait aucun doute principalement parce que le pays, par le biais du ministère de l’Éducation, a fait de l’alphabétisation des adultes une priorité nationale. À cette fin, le système d’enseignement non formel bénéficie du soutien technique et financier sans faille du gouvernement. Le pays a également signé des accords avec les principales parties prenantes internationales telles que l’UNESCO, l’ISESCO et l’ALESCO, garantissant ainsi la durabilité de la plupart des initiatives d’éducation.

Par ailleurs, la plupart des apprenants sont fermement décidés à reprendre et à poursuivre leurs études afin, par exemple, de pouvoir mieux lire et comprendre le Coran. Par conséquent, les programmes d'apprentissage pour les adultes bénéficient d’un fort soutien de la communauté qui veille également à en garantir le succès.

Sources

Contact

M. Abdullah Al-Naser, directeur du service d’enseignement non formel
Adresse : Amman, Jordanie
Téléphone : 00962-777553067 (portable)
Fax : 00962-6-5683137
Courriel : abdullah.al-naser (at) moe.gov.jo

Dernière mise à jour: 2 février 2012