APLICA : alphabétisation participative libératrice mise en œuvre par les communautés

Profil de pays: Angola

Population

18 021 000 (2008)

Langue officielle

portugais

Langues locales

ombundu, kimbundu, et kikongo, entre autres

Taux de pauvreté (population vivant
avec moins de 1,25 dollar américain par jour, 2000 - 2007)

54%

Dépenses publiques totales d’éducation en % du PIB (2006)

2,6

Taux brut et net d’inscription/de fréquentation
dans l’enseignement primaire (2005 – 2009)

58%

Taux brut d’inscription à l’école primaire
(2005 – 2009)

128%

Taux total d’alphabétisation des jeunes
(15 à 24 ans, 2005-2008)

Hommes : 81
Femmes : 65 %
Total : 73 %

Taux d'alphabétisation des adultes
(15 ans et plus, 2005–2008)

Hommes : 83%
Femmes : 57%
Total : 70%

Sources

Présentation générale du programme

Titre du programmeAPLICA : alphabétisation participative libératrice mise en œuvre par les communautés (Alfabetização Participativa Libertadora Instrumentada por Comunidades)
Organisation chargée de la mise en œuvreAssociation angolaise pour l’éducation des adultes (Associação Angolana para Educação de Adultos)
Langues d’enseignementportugais
Partenaires de financementministère de l'Éducation, DVV International, ICCO, IBIS
Date de création2000 – aujourd'hui

Historique et contexte

Après une guerre civile qui a duré 27 ans (1975 - 2002) et fait 1,5 millions de victimes, l’Angola s’évertue aujourd’hui à relever un défi de taille, à savoir améliorer l’éducation dans le pays. En Angola, l’espérance de vie à la naissance ne dépasse pas 48 ans. Le pourcentage élevé de jeunes citoyens âgés de 14 ans ou moins (43,2 % de la population) en témoigne. Environ 70 % de la population vit dans la pauvreté et 54 % dans l’extrême pauvreté. La prévalence du VIH/SIDA, de 2 %, est certes inférieure à la moyenne constatée dans les pays de l’Afrique subsaharienne (5,5 % en 2009) mais on estime toutefois à 180 000 le nombre de personnes vivant avec le VIH dont 60 % sont des femmes. L’inégalité entre les sexes constitue un autre problème majeur du pays, en particulier concernant l'accès à l'éducation. Selon les estimations, sur les 800 000 enfants d'âge scolaire qui sont déscolarisés, 433 600 sont des filles (1998). En outre, le rapport hommes-femmes en termes de taux brut d’inscription dans l’enseignement primaire est de 81 % et l'on constate une différence de 16 % et 26 % entre hommes et femmes concernant les taux d'alphabétisation des jeunes et des adultes respectivement.

En Angola, le taux d'analphabétisme reste très élevé et représente l'un des plus importants défis auquel la société doit faire face. Le programme d’alphabétisation et d’accélération de la scolarisation (Programa de Alfabetização e Aceleração Escolar, PAAE) conçu par le gouvernement fédéral illustre bien la façon dont le secteur public s’attaque à ce problème. Le PAAE s’inscrit dans un plan stratégique de 14 ans visant à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement relatifs à l’éducation et l’alphabétisation. Il s’agit d’une campagne d’alphabétisation nationale qui, selon le rapport préparatoire du pays (2008) à CONFINTEA VI, a vu le taux annuel d’alphabétisme augmenter de 9,02 % en moyenne avec 180 000 personnes nouvellement alphabétisées entre 2002 et 2008. Les dépenses publiques consacrées à l’éducation restent néanmoins très basses, seulement 2,6 % du PIB, et n'ont pas évolué depuis dix ans, ce qui montre clairement que le gouvernement ne place pas l’éducation au premier rang des investissements publics. Par conséquent, l’implication d'acteurs de la société civile, comme l'Association angolaise pour l'éducation des adultes (Associação Angolana para Educação de Adultos, AAEA) est devenue indispensable pour améliorer le taux national d’alphabétisme.

L’AAEA a été fondée en 1998 avec pour mission d’augmenter l’offre éducative grâce à des services d’apprentissage des adultes innovants, peu onéreux et non formels afin de combattre la pauvreté et l'exclusion, en particulier au sein des communautés mal desservies. Elle œuvre également à mettre un terme à la « culture du silence », l’aliénation et le manque de représentation et d’autonomie des personnes opprimées et pauvres des pays en développement face aux autorités, aux dirigeants et aux membres de l’élite. Cette organisation nationale a contribué à étendre et renforcer les pratiques mises en œuvre dans le cadre de la méthode d’alphabétisation freirienne régénérée au moyen de techniques d'autonomisation collectives, également appelée REFLECT (Regenerated Freirean Literacy through Empowering Community Techniques), un programme participatif conçu dans les années 1990 et utilisé dans le monde entier par plus de 500 organisations. En Angola, cette méthode a été rebaptisée APLICA, Alfabetização Participativa Libertadora Instrumentada por Comunidades, soit alphabétisation participative libératrice mise en œuvre par les communautés.

Le programme APLICA

Lancé en 2000, le programme APLICA n’est pas uniquement une méthode visant à promouvoir les compétences en lecture et en écriture et l’apprentissage des adultes comme une fin en soi ; il tend également à encourager les changements sociaux en responsabilisant les apprenants grâce à leurs nouvelles capacités, d'une part, et par le biais de groupes de discussion et d'un véritable travail d'équipe, d'autre part. Ce programme est doté d’autres caractéristiques innovantes telles que l'utilisation de supports conçus sur mesure, le recours à des techniques basées sur la participation, la mise en place d'un forum permettant aux participants d'échanger idées et expériences et la promotion de l'apprentissage et de la connaissance des droits de l'Homme. En outre, le programme d’étude comprend des sujets transversaux particulièrement adaptés au contexte social où le programme APLICA est mis en œuvre tels que le VIH/SIDA et la question de l’égalité des sexes. Enfin, le programme offre un degré élevé de souplesse en termes de méthodologie, de calendrier, de durée et de lieu où se déroulent ce que l'on appelle les cercles d'apprentissages. Tout cela varie entre les communautés afin de répondre aux besoins personnels, professionnels et éducatifs des participants.

Buts et objectifs

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Ce programme a pour objectif principal de lutter contre la pauvreté et l’injustice sociale, d’une part, et de réduire les inégalités en matière de sexes et d’accès à l’éducation, d’autre part, en dispensant un enseignement non formel et en responsabilisant les apprenants afin d’induire des changements durables au sein de leurs communautés. Le programme vise également à :

Mise en œuvre du programme

Recrutement et formation des animateurs

Pour devenir animateur, les candidats doivent être allés au moins jusqu’au CM1, ce qui sous-entend qu’ils disposent d'un solide répertoire de compétences à l'écrit. Ils doivent également être respectés dans leur communauté de résidence, faire preuve d’une réelle volonté de travailler et avoir conscience que l’apprentissage s’étend au-delà des apprenants pour inclure les animateurs eux-mêmes dans un processus constant d’échange, de développement personnel et d’acquisition de nouvelles compétences et de nouvelles connaissances. Les femmes sont depuis longtemps peu scolarisées, manquent de temps et doivent se charger de travaux domestiques pénibles si bien que la majorité des animateurs sont des hommes. Le processus de recrutement des animateurs commence lorsque l’organisation prend contact avec une communauté et fait connaître son travail aux responsables tels que les membres du clergé, les secrétaires et les responsables de programmes. Ensuite, ces responsables remettent à l'association une liste de noms de candidats potentiels choisis par le personnel de l'AAEA. On attend des animateurs qu'ils dirigent les cercles, qu'ils participent aux réunions mensuelles avec les autres animateurs de la municipalité, qu'ils rédigent des rapports mensuels sur leur travail et leurs difficultés et qu'ils élisent le responsable et le vice-responsable de la région. Le nombre d'animateurs varie en fonction de la densité de la population et des besoins de chaque communauté. Il peut aller de dix à trente par municipalité. Au cours des deux dernières années, on a constaté un nombre moyen de 245 animateurs et le rapport animateurs - apprenants était de 1 pour 20.

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Les animateurs doivent suivre une formation anticipée de cinq jours qui inclut des discussions de groupe concernant l’analphabétisme, une introduction à la méthode APLICA, une vue d’ensemble des théories sociales et pédagogiques élaborées par le pédagogue brésilien Paulo Freire, un exercice au cours duquel ils doivent identifier les différences entre l’apprentissage des enfants et des adultes et un guide des activités. Les ateliers de révision de deux jours, qui ont lieu deux fois par an, constituent une ressource supplémentaire visant à revoir les contenus déjà appris, renforcer les connaissances et les techniques d’enseignement des animateurs et leur présenter de nouveaux outils à utiliser dans les cercles. En outre, l’AAEA propose des ateliers sur des sujets transversaux grâce auxquels les animateurs approfondissent leurs connaissances et leur compréhension de thèmes qui les touchent eux et leurs communautés. Par exemple, la formation portant sur le VIH/SIDA a pour objectif de sensibiliser et de lancer des discussions entre les animateurs et les responsables de programme concernant les points essentiels tels que les comportements sexuels et la transmission. La rémunération mensuelle des animateurs est de 50 USD pour un travail à temps partiel dans les cercles. Certains animateurs perçoivent des prestations supplémentaires (100 USD) versées par le gouvernement. Ces prestations ne peuvent pas encore être garanties à tous les participants.

Inscription des apprenants

La mission de l’AAEA consistait au départ à cibler principalement les jeunes et les adultes. En raison des inégalités entre les sexes en matière d’accès à l’éducation formelle, qui étaient particulièrement marquées pendant la guerre civile (1975-2002), le pays compte un plus grand nombre d'hommes adultes qui présentent des niveaux élevés de scolarisation et n'ont pas besoin de cours de renforcement des compétences de base, ce qui n’est pas le cas des femmes. Il en résulte que la grande majorité des participants aux cercles APLICA sont des femmes (70 - 80 %). Par ailleurs, bien que les enfants déscolarisés ne figurent pas parmi les groupes ciblés par ce programme, ils peuvent toutefois y participer, et notamment ceux qui vivent dans des zones rurales éloignées où il n’y a souvent pas d'écoles ou qui ne disposent que de ressources limitées pour assurer un enseignement à tous les jeunes apprenants. On a également constaté au cours des dernières années une augmentation de la participation des adolescents. L’Angola étant un pays très jeune en termes de caractéristiques démographiques, l'âge moyen des participants va de 21 à 35 ans.

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Le pays est organisé en 18 provinces, 164 municipalités et 535 communes. Le programme ne couvre que neuf municipalités dans trois provinces (Luanda, Bengo et Kwanza Sul) mais a recruté plus de 36 000 participants depuis son lancement en 2000. Le nombre moyen annuel de nouveaux participants est de 4 000 mais en 2011, 7 000 apprenants ont intégré les cercles. Environ 42 % de la population angolaise vit encore aujourd’hui dans des régions rurales. Compte tenu des longues saisons des pluies auxquelles s'ajoutent un manque de moyens de transport efficaces et l'absence totale de routes goudronnées dans de nombreuses régions, la situation géographique constitue un enjeu important pour l’AAEA. En outre, une enquête menée au niveau national a montré que 84 % des répondants issus de régions rurales n'étaient jamais allés jusqu'au CM1 alors que 53 % des personnes vivant en zones urbaines avaient atteint des niveaux supérieurs. Pour relever le défi posé par cette configuration, les cercles sont principalement ouverts dans les zones rurales et les faubourgs des villes.

Parmi les nombreux facteurs qui ont incité les Angolais à participer aux cercles APLICA, citons le désir d’apprendre à lire et à écrire et d’accroître leurs connaissances, l’occasion d’augmenter leur employabilité et de renforcer leurs compétences de gestion, ainsi que la capacité à s’exprimer en portugais. L’inscription doit faire suite à une décision personnelle des candidats qui reconnaissent ainsi leur besoin d’apprentissage et l’importance de ce dernier ; c’est là le minimum requis. Les élèves sont recrutés par les responsables des communautés locales qui travaillent dans les institutions publiques ou religieuses. Ils doivent identifier les éventuels apprenants et demander à l’AAEA de mettre en place un ou plusieurs cercles APLICA.

Approches et méthodes d’enseignement-apprentissage

Comme mentionné précédemment, l'Association angolaise utilise la méthode APLICA qui est une adaptation de la méthode d'alphabétisation freirienne régénérée au moyen de techniques d'autonomisation collectives (REFLECT). REFLECT/APLICA souhaite allier alphabétisation et responsabilisation des apprenants par la connaissance et les compétences afin de leur donner de l’assurance et les capacités nécessaires pour promouvoir le développement social, politique et économique de leur communauté. Cette approche met en œuvre les techniques d’évaluation rurale participative, élaborées et diffusées par Action Aid et basées sur les enseignements de Paulo Freire. Ces techniques ont pour but de permettre aux populations locales d’analyser la réalité dans laquelle elles vivent en vue de transformer durablement leur environnement.

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Les animateurs et les participants se voient lors des cercles d'apprentissage, environ trois à quatre fois par semaine pendant deux heures, généralement avant ou après le travail. On emploie le terme cercle afin d'illustrer le type d’activités menées lors des réunions d’apprentissage et leur configuration. Les apprenants ne sont pas obligés de s'assoir à des bureaux et d'écouter passivement les consignes et les cours des animateurs comme c'est le cas à l'école. Au contraire, ils se placent où ils le souhaitent, en demi-cercle, et les activités débutent par la création d’un graphique, comme une carte, d’une matrice, d’un calendrier ou d’un diagramme. Ceux-ci sont réalisés à même le sol à l’aide de divers matériaux incluant des bouts de carton, des pierres, des boîtes de conserve, du papier de couleur, etc. Les animateurs incitent tous les apprenants à discuter d’un sujet précis, qui a généralement trait à leur vie quotidienne et est reporté sur le tableau final. Les apprenants doivent ensuite placer le graphique sur le mur, choisir un mot associé à la discussion, appelé mot générateur, apprendre à le lire et l'écrire puis réorganiser les syllabes du mot générateur de manière à apprendre de nouveaux mots. Enfin, les apprenants entament un processus de discussion et de planification d'actions concrètes fondées sur leurs précédentes conversations. Ces actions peuvent inclure de mener une campagne de propreté autour de la communauté, de rencontrer des responsables politiques et communautaires afin de revendiquer l’amélioration de leurs conditions de vie ou d’autres sujets qui leur tiennent à cœur, de rendre visite à des pairs qui n’ont pas suivi de cours, etc. Dans les niveaux plus avancés, les participants doivent également rédiger un texte portant sur leurs discussions et inclure les mots nouveaux qu’ils ont appris.

Les animateurs reçoivent un exemplaire du Mother Manuel, un guide qui contient dix unités traitant de différents sujets ainsi que toutes les étapes à franchir au cours des cercles. Y sont inclus des conseils sur les thèmes de discussion possibles, des idées de mots générateurs ainsi que des activités de lecture, d'écriture et de calcul. Voici quelques exemples d’unités : une matrice autour du thème de la santé dont l’objectif est de discuter des opinions des participants quant à différentes maladies et leurs traitements ; une carte de la communauté visant à encourager une discussion sur l’histoire du village pour élargir les connaissances des participants sur leurs origines et un calendrier agricole grâce auquel ils peuvent discuter de leur plan de travail et de leur calendrier sur un an, ce qui leur permet d’apprendre les uns des autres et d’améliorer leurs propres pratiques. Toutes ces unités incluent une approche en quatre étapes : dessiner le graphique, choisir le mot générateur, apprendre à lire et à écrire et prendre des mesures. Le temps nécessaire pour étudier toutes les unités varie en fonction des groupes mais cela prend généralement huit à dix mois.

Bien que la langue officielle du pays ne soit pas la langue maternelle de tous les Angolais, en particulier dans les régions rurales où le programme est très activement mené, l'enseignement et les supports sont en portugais. La communication ne constitue toutefois pas un défi majeur pour la réussite du programme car une grande majorité de la population parle le portugais comme deuxième langue et, dans certains cercles, les discussions sont menées dans la langue maternelle des participants. Par ailleurs, dans de nombreuses régions, les cercles se réunissent dans différents lieux, tels que les écoles, le domicile des animateurs et les églises et sont totalement gratuits. L’apprentissage est estimé grâce à une évaluation participative qui implique les participants, les animateurs et les techniciens. Cela permet d’identifier les changements de comportements qui surviennent aussi bien dans la vie des apprenants que des instructeurs. Les élèves qui souhaitent faire reconnaître leurs nouvelles compétences en lecture et en écriture peuvent participer à une évaluation formelle proposée par le ministère de l’Éducation.

Financement

Les coûts annuels du programme se montent à 180 000 USD et le coût par apprenant varie entre 70 et 100 USD selon l’endroit où se trouve le cercle. Si le gouvernement alloue quelques ressources limitées, notamment les rémunérations d’un certain nombre d’animateurs, la grande majorité des fonds provient de trois différentes sources. Dvv international, une organisation à but non lucratif allemande qui a pour objectif de soutenir et de renforcer les programmes d’éducation des adultes dans le monde, participe à une hauteur d’environ 35 %. Ses fonds servent à payer une partie des salaires du personnel de l’AAEA ainsi que les frais de fonctionnement quotidiens de deux bureaux. Le financement octroyé par ICCO se monte également à environ 35 % et est consacré aux restes des dépenses qui ne sont pas couvertes par le financement public. ICCO est une organisation inter-églises néerlandaise qui apporte un soutien financier et technique à des organisations locales afin de promouvoir le développement économique durable et la démocratie dans les pays en développement. Les 30 % des coûts restants sont financés par IBIS, une organisation danoise qui œuvre en faveur de l'égalité d'accès à l'éducation, en particulier pour les Africains et les Latino-américains pauvres et marginalisés.

Suivi et évaluation

Le système de suivi et d’évaluation de l’AAEA est actuellement en cours de restructuration. Cela permettra d’améliorer les pratiques et d’assurer un suivi participatif solide. L’objectif principal est de garantir l’assurance qualité des services en suivant les résultats des activités et en mettant à profit les informations obtenues pour reformuler les activités, les outils et les formations. En 2010, l’association a lancé des ateliers de formation des animateurs et des responsables pour qu'ils puissent suivre le travail mené dans les cercles de leurs municipalités. Ils ont eu recours au cadre Compter les graines du changement, un guide pratique visant à aider les professionnels (à savoir les animateurs, les formateurs et les responsables de programme) à évaluer de façon efficace et cohérente les points forts, les points faibles et les pierres d’achoppement des programmes REFLECT menés dans le monde entier et notamment en Angola. Avant la création de cette nouvelle méthode, le suivi se faisait en partie par le biais de réunions qui se tenaient régulièrement et ont toujours lieu malgré la mise en œuvre, l’année dernière, d’ateliers supplémentaires. Ces réunions regroupaient les participants, les animateurs, les pouvoirs publics locaux, les responsables religieux et le personnel du ministère de l'Éducation et de l’AAEA. Ensemble, ils discutaient, analysaient et suivaient les progrès des cercles, identifiaient les défauts et les lacunes, proposaient des idées d'amélioration et évaluaient les bénéfices sur toutes les personnes impliquées.

Le suivi du programme prend en compte certains indicateurs dont : le nombre de participants aux cercles, l’assiduité des apprenants et des animateurs, la durée des cercles, la fréquence des cercles et leur calendrier, les caractéristiques des participants et des animateurs, l’évaluation des compétences en lecture, écriture et calcul et les changements de comportement. La collecte des données se fait selon un schéma ascendant où l'animateur rend des comptes au responsable de programme de sa municipalité, qui lui même rend des comptes au responsable régional. Ce dernier envoie les données au responsable de la province qui rassemble les informations de toutes les différentes localités et les remet au responsable national. En outre, les responsables de programme de chaque municipalité, qui sont également des animateurs dans leur propre cercle, et le personnel des organismes de financement, assistent aux cercles en qualité d’observateurs.

À ce jour, une évaluation externe a été menée afin d’évaluer l’efficacité des méthodes employées par l’AAEA. En 2008, dvv international a évalué dans quelle mesure le programme APLICA remplissait ses objectifs en matière d’enseignement des compétences de base en lecture, écriture et calcul, d'une part, et améliorait la qualité de vie des apprenants et des animateurs, d'autre part. Des données ont été collectées par le biais de questionnaires, d'entretiens individuels ou de groupe, d'analyses de documents, d'observations participatives et d'évaluation des compétences en lecture, écriture et calcul. Il en est principalement ressorti que, grâce à leur participation aux cercles APLICA, les apprenants étaient parvenus à acquérir des compétences de base en lecture, écriture et calcul. La majorité des personnes étudiées avait atteint le niveau quatre (sur cinq) du test d’alphabétisation, ce qui signifie qu’elles avaient réussi à lire et à comprendre un texte simple et à répondre à des questions sur ce texte, et le niveau trois en calcul, à savoir réaliser des opérations mathématiques de base. D'autres résultats montrent que :

Des rapports de l’AAEA montrent également les nombreux effets bénéfiques que les cercles ont eus sur les apprenants et les animateurs. Tout d’abord, on a observé une très nette amélioration des infrastructures dans certaines communautés. Grâce aux plans d’actions conçus pendant les cercles, les apprenants ont réussi à modifier leur environnement. Ils ont construit des latrines et des salles où se réunir, nettoyé les rues et les maisons, amélioré les habitudes d'hygiène des membres de leur communauté, y compris ceux ne participant pas au programme APLICA, et amélioré l'accès à l'eau potable. On a également constaté un impact sur les relations entre les membres de la communauté en termes de solidarité, de communication et d’intégration sociale. Par exemple, certains apprenants ont spontanément proposé de s’occuper des travaux domestiques des personnes dans l’incapacité de s’en charger et l’on a signalé plusieurs fois que certains individus avaient réussi à mieux gérer les situations conflictuelles au sein de leur famille et de leur communauté. En outre, dans certaines communautés, et en particulier chez les femmes, la « culture du silence » a été atténuée et/ou éliminée. Par exemple, certaines femmes de cercles spécifiques ayant acquis une meilleure connaissance des droits de l'Homme ont manifesté dans leur communauté pour s'élever contre la violence domestique dont elles étaient victimes. Les résultats du programme APLICA ont même dépassé les attentes puisque les apprenants en ont tiré des bénéfices non seulement en tant que citoyens et membres de leur communauté, mais également en tant que parents. La participation au programme s’est traduite par une meilleure prise en compte de l’importance de l’éducation et, partant, par une augmentation des taux de fréquentation des écoles et un meilleur soutien parental dans les devoirs à la maison et les activités scolaires.

Défis

D’après l’AAEA, le principal défi à relever pour mettre en œuvre les cercles APLICA en Angola a été de sensibiliser le public à l'importance de l'alphabétisation et de l'éducation dans la promotion du développement humain. Aujourd’hui encore, la corrélation entre droits de l’Homme et éducation, et notamment l’alphabétisation, reste méconnue. En témoignent les faibles financements alloués par le gouvernement fédéral aux programmes d’éducation formelle et non formelle des adultes en Angola. Le fait que les bailleurs de fonds n’aient pas encore totalement pris conscience que les activités menées dans le cadre de l'éducation des adultes ne doivent pas tendre uniquement vers le développement de compétences en lecture, écriture et calcul mais promouvoir également l'acquisition de compétences plus larges, telles que les compétences nécessaires dans la vie courante et la responsabilisation des participants en les sensibilisant à des sujets comme les maladies, la question de l’égalité entre les sexes, la participation démocratique et les droits de l'Homme, constitue également un défi majeur. À cet égard, l’AAEA s’est faite le chantre des objectifs d’Éducation pour tous et de la mise en œuvre de programmes complets d’éducation non formelle des adultes dans le pays.

Les autres difficultés à surmonter sont :

Leçons apprises

Voici les principales leçons qui ont été tirées des onze années de mise en œuvre du programme REFLECT/APLICA en Angola :

Pérennité

Le manque de partenariats de financement à long terme et de stratégies visant à garantir des investissements durables constitue l'une des difficultés majeures à laquelle l'AAEA se heurte depuis le lancement du programme APLICA. L’association, qui doit pourtant constamment renégocier avec les donateurs, a réussi à entretenir des partenariats de longue durée avec trois organisations différentes, à savoir dvv international, ICCO et IBIS, qui assurent le gros du financement. En raison des taux élevés d’analphabétisme chez les adultes associés à l’immobilisme du gouvernement face à ce problème, le besoin d’initiatives similaires à celle de l’AAEA est urgent. Cela a d’ailleurs contribué au développement et à la pérennité des cercles APLICA en Angola. Au début du programme, seules deux municipalités de deux provinces comptaient des cercles. À l’heure actuelle, des cercles ont été mis en place par l'AAEA dans trois provinces et une autre organisation de la société civile en a lancé dans une autre province. Les cercles APLICA constituent l’un des rares projets d’alphabétisation des communautés rurales éloignées du pays.

D’autres facteurs ont permis de renforcer l’action de l’AAEA : l’accueil favorable réservé par les apprenants et les membres des communautés et leur participation active au développement de cercles chez eux ; la structure du projet qui permet aux communautés de s’approprier les cercles, les apprenants et les animateurs étant directement chargés de demander, mettre en œuvre, suivre et évaluer les activités ; et enfin l’établissement de partenariats avec d’autres initiatives telles que le projet d’alphabétisation des femmes en Angola et au Mozambique ((Projecto de Alfabetização Feminina em Angola e Moçambique, FELITAMO) qui ont fait connaître l'éducation des adultes.

Sources

Contact

Vítor Manuel Barbosa
Presidente da Direcção
Associação Angolana para Educação de Adultos
barbosa (at) netangola.com

Contact supplémentaire :

Fátima Ramos Sebastião
Directora para Administração e Finanças
fatimaramossebastiao (at) gmail.com

Dernière mise à jour: 12 septembre 2011