Sénégal
Programme intégré d’éducation des adultes (PIEA)
Profil du pays
Population : 11 658 000 (2005)
Taux d’alphabétisation des adultes : 39.3 % (2002)
Population sous le seuil de pauvreté national : 33.4 % (1992)
Contexte
En 1993 le gouvernement sénégalais a formulé une politique d’alphabétisation et un plan d’action proposant de réduire le taux d’analphabétisme de 5 % par an. Ce programme imposant était financé par le gouvernement, ainsi que par des fonds supplémentaires provenant de différents partenaires telles la Banque Mondiale, l’Agence canadienne de développement international (ACDI) et l’Agence de coopération technique allemande (GTZ), dans le but d’abolir les disparités entre les sexes, liées à l’âge, économiques et sociales en améliorant l’infrastructure éducative.
Le Programme d’alphabétisation fonctionnelle Priorité Femmes, PAPF, un programme financé par la Banque Mondiale, faisait partie du plan d’action. Ses deux composantes principales étaient l’alphabétisation et la post-alphabétisation fonctionnelles et visaient à :
- apprendre à lire et écrire à 135 000 personnes dans cinq régions, 75 % d’entre elles étant des femmes âgées de 15 à 39 ans ;
- élaborer des approches qualitatives répondant aux demandes des bénéficiaires ; et
- renforcer les capacités des ministres afin de leur permettre de diriger efficacement le secteur.
Une évaluation du programme menée en 2002 a montré un écart entre l’offre et la demande. Les contenus du programme ne répondaient pas aux besoins des participants et leur taux de motivation et de participation avait donc diminué. Les connaissances acquises ne pouvaient pas être transférées pour répondre aux contraintes de la vie quotidienne. Aucun programme de suivi ou de post-alphabétisation n’avait été proposé. Les conclusions de l’évaluation débouchèrent sur l’élaboration d’une nouvelle approche sous le nom de Programme intégré d’éducation des adultes (PIEA).
Programme
L’approche intégrée du PIEA associe deux objectifs :
- renforcer les capacités et les compétences des apprenants et des facilitateurs afin de réduire la pauvreté ; et
- développer et améliorer le programme d’enseignement de base.
Afin d’atteindre ces objectifs, le programme est principalement destiné, dans les zones de grande pauvreté, aux femmes dont on affermit l’autonomie en renforçant leurs compétences techniques. Pour que la connaissance s’inscrive dans la durée, elle est appuyée par la mise à disposition de ressources humaines qualifiées et d’une bonne infrastructure d’enseignement assurant aux apprenants un développement de leurs aptitudes à la vie quotidienne et un engagement dans un processus d’apprentissage permanent. Un environnement alphabète est créé par la mise à disposition de centres de ressources communautaires dotés d’un équipement professionnel et de supports pédagogiques adéquats dans les langues locales reflétant la réalité des situations. En même temps, cela a pour effet de sensibiliser le public au programme et de favoriser la réussite de sa mise en œuvre. Les programmes d’alphabétisation assurent à la fois la mise en œuvre de compétences techniques liées à des activités génératrices de revenu et le suivi et le réinvestissement de techniques apprises en situation réelle.
Le PIEA a été mis en place en associant ses deux principaux objectifs afin de proposer une phase initiale et une phase de post-alphabétisation. Les stratégies utilisées pour la mise en œuvre du programme visaient à :
- renforcer les capacités de gestion des bénéficiaires ;
- créer un environnement alphabète (centres de ressources communautaires, journaux locaux, etc.) ; et
- relier les éléments organisationnels, associatifs et financiers du programme.
La partie initiale du programme était l’approche basée sur les compétences qui ciblait les activités génératrices de revenus en attribuant des tâches liées à la gestion, à la formation de réseaux et à la création d’un environnement alphabète. Le programme a été élaboré à partir des besoins définis par les participants et de leurs expériences d’apprentissage antérieures. Des unités d’étude ont été formées qui regroupaient les capacités et compétences communes dans tous les domaines.
Le programme a été conduit entre 2000 et 2004 et l’approche en a été modifiée en fonction des constatations de la recherche-action, ce qui a permis son extension. Les résultats concrets suivants ont été obtenus :
- 85 % des femmes ont participé ;
- 75 % des participants ont gagné des compétences fonctionnelles en lecture et en écriture ;
- 65 % à 80 % des participants ont pu améliorer leurs connaissances en matière de gestion et de commerce ;
- 80 % des organisations bénéficiaires étaient reliées aux niveaux managerial et financier ;
- 185 facilitateurs ont été employés et financés ;
- un guide d’enseignement PIEA, un guide méthodologique et de nouveaux outils d’évaluation ont été élaborés, et
- presque tous les centres de ressources communautaires ont disposé de bibliothèques et la production de supports écrits, tels des journaux locaux, a pu être augmentée.
En dépit de ces résultats positifs, 25 % à 30 % des participants ont encore des difficultés à lire et écrire. Cela vient du fait que certains facilitateurs utilisent encore des méthodes d’alphabétisation traditionnelles qui échouent à impliquer les participants et à respecter le profil psychologique et les besoins des adultes. La formation des alphabétiseurs est insuffisante et inadéquate tout comme l’est le soutien fourni. Le manque de qualification des superviseurs se traduit par une offre de services du programme de suivi et de post-alphabétisation qui est irrégulière et inefficace. Les services de transport dans les zones rurales ne sont pas fiables.
Conclusion :
Le PIEA doit suivre plusieurs principes :
- il doit être intégré aux plans de développement des communautés locales ;
- les objectifs du programme doivent correspondre aux besoins de la communauté ;
- les tâches des différents acteurs doivent être coordonnées ;
- le personnel d’alphabétisation et les décideurs politiques doivent être formés à la défense de ses intérêts ;
- pour assurer une mise en œuvre réussie du programme, une enquête approfondie doit être menée afin de déterminer les besoins auxquels répondre, de formuler et d’intégrer ceux-ci au programme et aux supports pédagogiques respectifs et de les corréler aux activités concrètes des apprenants ;
- les personnes ressources doivent être impliquées à l’ensemble du processus et être constamment formées ;
- les groupes cibles doivent être motivés ; et
- les communautés et organisations impliquées devraient être structurées de manière dynamique afin de mobiliser et de garantir des conditions optimales d’apprentissage permanent et d’acquisition d’autonomie par les bénéficiaires et leurs organisations.
Leçons tirées
Pour réussir, le Programme Intégré d’Éducation des Adultes (PIEA) doit obéir à certains principes, notamment s’intégrer au programme de développement de la communauté locale, répondre aux besoins de la communauté, coordonner les tâches effectuées par les différents acteurs impliqués et s’assurer que les alphabétiseurs reçoivent une formation continue. Une étude locale approfondie est nécessaire afin de déterminer les besoins autant des apprenants que de leurs communautés. Il est essentiel que les contenus des leçons soient formulés et intégrés de manière à correspondre aux activités concrètes des bénéficiaires.
Le programme doit être participatif et orienté vers les apprenants afin que les acteurs impliqués y gagnent en autonomie. La réussite dépend de la qualité des enseignants et des superviseurs, de leur formation permanente et de leur motivation globale. Il est indispensable que tous les partenaires impliqués dans le développement de communautés locales interagissent et collaborent avec efficacité.
Les programmes d’alphabétisation réussis viennent appuyer les programmes de développement de base destinés à lutter contre la pauvreté. En identifiant et en répondant aux besoins d’éducation supplémentaires, ils encouragent les parties prenantes et les décideurs politiques à prendre en compte ces problématiques.
Pour conclure, un programme intégré d’alphabétisation réussi qui cible l’acquisition d’une autonomie durable par ses acteurs devrait être un programme d’enseignement permanent.
Contact
Programme intégré d’éducation des adultes (PIEA)
Binta Rassouloula Sall
Unité coordination et suivi
Projet Qualité d’éducation pour tous
Division Éducation informelle (CCS/EQPT/ENF)
Cabinet du Ministre de l’Alphabétisation et de la culture francophone
Villa 1271 Sicap Liberté
Dakar/Sénégal
Tél. : (221) 510 77 20 or (221) 855 75 70 (privé)
E-mail : ndisall@yahoo.fr

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