ARRIÈRE-PLAN
L'eau fait partie intégrante de l'environnement et le bon fonctionnement de la biosphère exige qu'elle soit disponible. Elle revêt également une importance vitale pour tous les secteurs socio-économiques - le développement humain et économique est purement et simplement impossible sans un approvisionnement en eau sûr et stable. D'un autre côté, l'eau peut également être destructrice. Les phénomènes extrêmes sont susceptibles d'avoir des répercussions non seulement sur la société humaine mais aussi sur les environnements aquatiques et terrestres.
Les conflits entre intérêts rivaux sont devenus plus fréquents. La mauvaise utilisation des ressources en eau et des pratiques de gestion peu satisfaisantes entraînent souvent une diminution des approvisionnements, la baisse des nappes phréatiques, la réduction de la superficie des lacs intérieurs, la diminution de l'écoulement des cours d'eau jusqu'à des niveaux écologiquement dangereux. La pollution de l'eau, essentiellement imputable à des activités humaines, est de plus en plus fréquente et de plus en plus répandue, ce qui diminue le volume d'eau utilisable pour de nombreux usages. Bien que le Programme hydrologique international (PHI) de l'UNESCO se concentre sur tous les aspects possibles de l'hydrologie, chacune de ses phases - tout en conservant une vision d'ensemble - fixe certaines priorités. La sixième phase met ainsi l'accent sur les aspects sociaux des ressources en eau. Cependant, cette mise en relief ne se substitue pas à la préoccupation principale, à savoir l'étude de la présence et de la répartition de l'eau dans l'environnement naturel.
L'intégration de la dimension sociale souligne la nécessité de parvenir à une gestion meilleure et plus efficace des ressources en eau et à une connaissance plus précise du cycle hydrologique afin de mieux évaluer les ressources en eau. Jusqu'à présent, la gestion de l'eau reste fragmentaire. Les activités de développement étudient séparément les eaux de surface et les eaux souterraines sans tenir compte de leur interdépendance. Dans de nombreux endroits, il n'y a toujours aucun lien entre la gestion des ressources en eau et celle des ressources terrestres. Les systèmes de distribution d'eau, générateurs à terme de grandes quantités d'eaux usées dans les zones consommatrices sont, surtout dans les pays en développement, généralement conçus et construits sans que soient prévus les réseaux d'égouts et les installations de traitement des eaux usées qui devraient aller de pair. Quantité et qualité sont généralement traitées séparément, tout comme la science de l'eau et la politique de l'eau. Une telle fragmentation empêche également de procéder à une analyse hydrologique cohérente aux niveaux régional, continental et mondial.
Le programme international de coopération scientifique de l'UNESCO dans le domaine de l'hydrologie et des ressources en eau a été créé pour répondre à la prise de conscience suivante: les ressources en eau constituent souvent l'un des principaux freins au développement harmonieux de nombreux pays et régions du monde. La communauté scientifique internationale et les gouvernements ont donc compris la nécessité de mettre sur pied un programme coordonné à l'échelon international, consacré à la question de l'eau. Il a joué un rôle primordial en servant de catalyseur à la coopération. La cinquième phase du PHI (1996-2001) se proposait de favoriser le resserrement des liens entre la recherche scientifique, ses applications et l'éducation. Elle mettait l'accent sur une planification et une gestion intégrées et écologiquement rationnelles des ressources en eau s'appuyant sur une méthodologie scientifiquement éprouvée sur le thème général « Hydrologie et mise en valeur des ressources en eau dans un environnement vulnérable ».
Dans le prolongement, la sixième phase du PHI (2002-2007) repose sur le principe fondamental selon lequel l'eau douce est aussi essentielle au développement durable qu'elle l'est à la vie et qu'au-delà de ses fonctions géophysiques, chimiques et biologiques dans le cycle hydrologique, elle possède une valeur sociale, économique et écologique, ces différents aspects étant interdépendants et complémentaires.
Le lancement du PHI-VI coïncide avec une profonde évolution dans la façon dont la société perçoit l'eau. Cette évolution se traduit par des appels à la gestion intégrée des ressources en eau. Il convient d'y intégrer également la recherche hydrologique. Cela nécessite de multiplier les approches interdisciplinaires et multidisciplinaires mais aussi d'intensifier la coopération et les partenariats pour mettre en œuvre les programmes de recherche. À cet égard, les OIG et les ONG devraient coopérer et coordonner leurs projets relatifs à l'eau. Cette synergie pourrait être le fondement essentiel de la bonne mise en œuvre du PHI-VI.

CADRE GÉNÉRAL
Reconnaissant que la réflexion scientifique a cessé de compartimenter la recherche relative à l'eau pour adopter une approche plus intégrée, le thème général choisi pour le PHI-VI est le suivant : « L'eau - phénomènes d'interaction : systèmes menacés et grands problèmes sociaux ». Lors de la définition des composantes essentielles de la recherche pour la période 2002-2007, il est apparu clairement que ce qui avait fait jusque-là défaut était une étude rigoureuse des sciences et de la politique de l'eau "aux marges". Que se passe-t-il, par exemple, à l'intersection des différentes composantes de la gestion des ressources en eau ?
Certaines des interactions à examiner de façon plus approfondie ou à cibler plus particulièrement lors de la sixième phase du PHI sont les suivantes :
- eaux de surface et eaux souterraines;
- phase atmosphérique et phase terrestre du cycle hydrologique;
- eau douce et eau de mer;
- échelle de la planète, des bassins hydrologiques et des cours d'eau;
- quantité et qualité;
- masses d'eau et écosystèmes aquatiques ;
- science et politique;
- eau et civilisation.
Établir un rapprochement entre ces composantes disparates de manière à les intégrer doit être le fil directeur du programme du PHI-VI.
Les ressources en eau sont de plus en plus sollicitées dans le monde entier alors même que l'on enregistre des changements anthropiques et climatiques à l'échelle planétaire; il faut donc une approche multidisciplinaire intégrée très dynamique pour s'attaquer aux problèmes scientifiques et sde société qui impliquent les ressources en eau. D'où la nécessité d'étudier de près les sciences et la politique de l'eau " aux marges ". Nous avons besoin de savoir ce qui se passe dans l'interface entre les eaux de surface et les eaux souterraines, l'eau douce et l'eau de mer, l'échelle mondiale et celle des bassins hydrologiques. Il faut étudier les phénomènes et les éventuels changements intervenus en s'intéressant simultanément aux aspects quantitatifs et qualitatifs, scientifiques et politiques, ainsi qu'aux rapports entre eau et civilisation.
Le point faible de nombreuses méthodes actuelles de recherche en science de l'eau est qu'elles reposent sur des données et des procédures informatiques remontant à plusieurs décennies. Étant donné le développement et l'amélioration des techniques modernes d'observation de la terre, il est possible d'obtenir et de mettre à la disposition de la recherche des données relatives aux sciences de l'eau ayant une bien meilleure résolution spatio-temporelle.
En outre, le développement des technologies de l'information donne accès à des moyens informatiques plus puissants, ce qui exige un réexamen des principes fondamentaux afin de mieux diversifier les modèles destinés à divers usages. Ces évolutions nécessitent l'élaboration d'une nouvelle génération d'outils de modélisation en science de l'eau, qui non seulement tireront parti des technologies et des données disponibles, mais fourniront une analyse plus fiable des interactions en tenant compte des changements d'échelle, de l'interface eau-chimie-biologie et autres. Il s'agit toutefois d'une démarche progressive et le PHI-VI met l'accent sur l'interaction de ces éléments fondamentaux afin de former les spécialistes et les professionnels des sciences de l'eau à mieux comprendre ces éléments et à les utiliser de manière appropriée. La fiabilité des données et des modèles acquiert à cet égard davantage d'importance, raison pour laquelle les activités proposées et les projets spécifiques en tiennent dûment compte.

THèMES DU PHI-VI
Afin de tenir compte de cette meilleure compréhension des phénomènes d'interaction de l'eau, de l'évolution technologique en matière d'acquisition des données et de l'amélioration des modèles de processus et d'interaction, les sujets du programme de recherche hydrologique, de gestion des ressources en eau et d'enseignement du PHI-VI sont regroupés en cinq thèmes. Ces thèmes ont pour idée maîtresse la transition et l'interaction entre échelle mondiale et échelle du bassin versants, sans oublier les relations complexes entre l'eau et la société et la nécessité d'assurer le transfert de connaissances, d'information et de technologie.
Deux programmes transdisciplinaires qui, par leur concept opérationnel, interagissent avec chacun des cinq thèmes, ont été définis : FRIEND (Régimes d'écoulement déterminés à partir de séries de données internationales expérimentales et de réseaux) et HELP (Hydrologie au service de l'environnement, de la vie et de la politique).
Outre sa similitude manifeste avec FRIEND, l'initiative HELP est conçue pour être financée en totalité par des sources extrabudgétaires ou extérieures. Cette structure reflète en premier lieu le fait que les exigences financières et la durée des projets HELP sont bien supérieurs à ceux des projets entrepris dans le cadre temporel et budgétaire normal du PHI. L'initiative HELP est cependant considérée comme faisant partie intégrante du PHI-VI (et des phases ultérieures) pour ce qui est de ses objectifs scientifiques, de son approche et de la diffusion de ses résultats.

Thème 1 : Évolution à l'échelle mondiale et ressources en eau
Il est vital pour la société humaine comme pour la biosphère de pouvoir compter sur un approvisionnement fiable en eau propre. Il s'est toutefois avéré difficile d'évaluer avec précision l'état des ressources mondiales en eau et leur réaction aux principaux facteurs déterminant l'évolution à l'échelle mondiale, à savoir l'effet de serre et la variabilité climatique ; les modifications de la couverture végétale, l'industrialisation et la croissance démographique ; et le contrôle du cycle naturel de l'eau par le biais des aménagements hydrauliques. Les données quantitatives permettant de dire comment, quand et où ces changements imputables à l'homme, associés à des conditions météorologiques et climatiques extrêmes, influenceront certains écosystèmes-clé dont l'humanité est lourdement tributaire, sont rares. Il n'existe aucun corpus de données clair et soigneusement tenu à jour de l'évolution hydrologique à l'échelle mondiale susceptible de permettre d'évaluer l'effet cumulatif des activités humaines sur les systèmes mondiaux d'eau douce et sur les systèmes côtiers. Contrairement à l'atmosphère, qui est bien brassée, l'eau douce et les écosystèmes côtiers ont, selon le site et la région, des caractéristiques physiques très spécifiques et la qualité de l'eau y est très particulière, ce qui rend une telle évaluation extrêmement difficile. Et compte tenu de la détérioration des réseaux ordinaires de surveillance dans de nombreuses régions du monde, une évaluation précise à toutes fins pratiques est actuellement impossible.
On peut raisonnablement dire que la recherche hydrologique fondée sur les processus, si elle est extrêmement productive à l'échelle restreinte des bassins hydrographiques, doit encore faire ses preuves à l'échelle des continents et du monde. Il est impératif de réaliser des études de synthèse de bassins hydrographiques complexes qui constituent globalement le domaine où il convient d'évaluer les changements imputables aux activités humaines et leur incidence sur les ressources en eau et la viabilité de la biosphère. À dire vrai, c'est là ce qui a motivé le lancement de plusieurs grands programmes internationaux et nationaux d'observation et de modélisation tels que la GEWEX-GCIP, le projet BAHC du PIGB et le système SMOC/GTOS. L'objectif des deux programmes transdisciplinaires du PHI-VI, FRIEND et l'initiative HELP, est de contribuer à préciser les problèmes scientifiques propres à l'échelle du bassin, en liaison avec les aspects et les impacts en termes juridiques et de gestion de l'eau. Bien que des progrès aient été réalisés, surtout au niveau des échanges terre-atmosphère, aussi bien à l'échelle continentale que mondiale, il subsiste d'importantes incertitudes en ce qui concerne les réserves, les flux et le caractère inhérent des interactions entre les principaux éléments hydrologiques.
Il existe néanmoins diverses possibilités d'analyse de l'état mondial de la phase terrestre du cycle hydrologique et des ressources en eau associées. L'amélioration des modèles, de la qualité des ensembles de données biophysiques, de l'accès aux images obtenues par télédétection et l'apparition de systèmes d'assimilation des données offrent une occasion unique de surveiller l'état du cycle hydrologique à grande échelle et en temps quasi réel. Il est en outre possible d'associer ces informations à des modèles appropriés pour mieux comprendre les aspects spatio-temporels des ressources mondiales en eau.
Par son champ d'action et les résultats scientifiques qu'il cherche à atteindre, le Thème 1 constituera l'un des grands fondements scientifiques du Programme mondial pour l'évaluation des ressources en eau (WWAP) des Nations Unies.
Thème 2 : Dynamique intégrée des bassins hydrologiques et des aquifères
On connaît assez bien les processus hydrologiques, hydrauliques, morphologiques, biologiques et chimiques du cycle de l'eau, ainsi que l'incidence des activités humaines sur celui-ci à l'échelle restreinte d'un bassin hydrographique et d'un aquifère lorsque les phénomènes sont étudiés isolément. Avec la croissance démographique et l'aggravation des contraintes pesant sur les systèmes naturels, de vastes régions du monde sont désormais confrontées à des problèmes liés à l'eau, imputables à de nombreuses activités humaines. Il faut donc extrapoler les connaissances acquises à l'échelle locale afin d'évaluer les problèmes et d'élaborer les stratégies hydrologiques et de gestion de l'eau qui permettront d'assurer la pérennité écologique, sociale et économique de vastes espaces. La dynamique du cycle hydrologique fait en outre intervenir l'interaction de tous les éléments des hydrosystèmes, en combinant le flux de l'eau à celui des sédiments, des substances nutritives ou des agents polluants à la surface et sous la surface de la terre. Il existe des interactions dynamiques entre les processus environnementaux (changements climatiques, phénomènes naturels extrêmes, désertification), économiques (croissance agricole, industrie, besoins énergétiques), sociaux et culturels (urbanisation, santé). Pour gérer l'eau, il convient par conséquent d'analyser les systèmes fluviaux et aquifères sous-jacents dans toute leur complexité, en faisant appel à une approche intégrée qui associe les processus naturels et anthropiques (format PDF) à diverses échelles spatio-temporelles.
La nouvelle initiative intitulée « Programme international mixte AIEA/UNESCO d'application des isotopes à l'hydrologie » (JIIHP) est destinée à améliorer l'utilisation des isotopes en hydrologie et entreprendre des expériences sur les résultats hydrologiques. Il faudra renforcer l'application à l'échelle mondiale des résultats de ces projets et activités expérimentales dans le cadre du PHI. Les nouveaux ensembles de données à haute résolution recueillis par les systèmes d'observation de la terre et les mesures in situ à l'échelle du bassin donneront des descriptions plus fiables des processus régissant le cycle hydrologique, puis conduiront à l'élaboration de nouveaux concepts permettant de représenter les flux de l'eau et des éléments associés (nutriments, charges de pollution) dans les modèles à l'échelle du cours d'eau.
L'échelle du bassin versant convient pour comparer les ressources en eau (précipitations, eaux souterraines et eaux de surface) et la consommation ou la demande d'eau (domestique, industrielle et agricole). C'est l'échelle naturelle pour les processus hydrologiques mais c'est également l'approche pertinente pour la cartographie des paysages et de l'utilisation des sols, car la structure du bassin versant est fonction de la topographie. L'évaluation des ressources en eau au niveau d'un bassin exige la synthèse de données de diverses origines. Le problème est toutefois plus compliqué pour la demande d'eau, qui est souvent évaluée à des échelles administratives. Les mécanismes qui régissent cette dernière sont mal définis et il reste à proposer des paramètres pertinents.

ThÈme 3 : Hydrologie de l'habitat terrestre
Le Thème 3 offre un grand nombre d'interactions entre les axes d'études régionaux selon le climat (aride, humide, tempéré, froid), la topographie (zones sèches, zones humides, montagnes, petites îles, zones côtières) et l'utilisation des sols (environnement urbain, rural, naturel). L'utilisation du terme « habitat », dans le titre de ce thème, se réfère à une dimension supplémentaire de l'interaction, celle de l'environnement physique (topographie/utilisation des sols et climat) avec l'environnement écologique, en mettant en avant le fait que la topographie, l'utilisation des sols et le climat définissent des habitats pour les être humains, la flore et la faune. Le Thème 3 souligne ainsi les problèmes scientifiques de ces interactions tri-dimensionnelles.
C'est dans les zones arides et semi-arides que le problème de l'eau se pose avec le plus d'acuité. Ces zones ont en commun avec les zones tropicales humides de connaître une forte croissance démographique. En outre, plus de 90% des pays en développement du monde sont concentrés dans ces deux aires géographiques. La pénurie d'eau, conjuguée au fort taux d'accroissement de la population, aboutit souvent à de graves crises d'approvisionnement. La situation risque fort d'empirer dans les années à venir, voire de dégénérer en conflit, notamment dans les cas de ressources en eau partagées. D'où la nécessité d'élaborer des projets qui aideront à prévenir les graves problèmes que pose l'eau dans ces régions.
Dans les zones tropicales humides, l'analyse des processus hydrologiques à différentes échelles est très importante compte tenu du rôle essentiel que joue la région dans le cycle hydrologique mondial. Celle-ci constitue en outre une véritable mine de ressources naturelles puisqu'elle compte plus de 1.200 millions d'hectares de forêts ombrophiles tropicales et une part assez considérable des quelque 30 millions d'espèces végétales et animales existant dans le monde. Sur le plan de la croissance démographique, certaines estimations laissent à penser qu'en l'an 2005, la ceinture équatoriale abritera un tiers des 7,1 milliards d'habitants de la planète. Ces remarques soulignent la complexité des problèmes environnementaux et sociaux des zones tropicales humides, dont beaucoup sont liés à l'eau mais aussi la nécessité de mettre au point des systèmes de gestion de l'eau qui prennent mieux en compte les caractéristiques environnementales spécifiques des zones tropicales humides. La compréhension des mécanismes et interactions complexes des différents composants de l'environnement de ces régions est fondamentale pour l'élaboration de bons systèmes intégrés de gestion de l'eau, comme l'est la prise en compte des dimensions sociales et culturelles.
Les zones tempérées, quoique confrontées en principe à des phénomènes hydrologiques moins spectaculaires, n'en continueront pas moins d'être au centre de l'intérêt du PHI-VI. Comme les autres régions climatiques, elles sont aussi touchées par les changements climatiques. En outre, l'exploitation intensive des terres, l'industrialisation, le développement des infrastructures et autres problèmes du même ordre, en font un objectif primordial de l'étude des interactions du climat et des influences anthropiques, et de leur impact conjoint sur le cycle hydrologique. Les bassins versants des zones tempérées, dotés des plus vastes archives et réseaux d'observation à long terme, constituent un excellent terrain pour la recherche vidant à quantifier les modifications du régime hydrologique induites par un impact.
Les zones froides sont des régions situées aux hautes latitudes et altitudes, là où la neige, la glace et le pergélisol peuvent être de bons réservoirs de ressources en eau. Elles couvrent par ailleurs une vaste région du globe et influent beaucoup sur le climat de la planète ou la circulation globale eau/énergie. Elles jouent, à cet égard, un rôle important dans l'hydrologie mondiale et régionale, ainsi que dans l'approvisionnement en eau. Les avalanches, embâcles, inondations et autres catastrophes liées à l'eau, qui sont caractéristiques des zones froides, doivent également être prises en compte. On commence à peine à comprendre le rôle de la glace et de l'embâcle en tant qu'agents non seulement de la dégradation mais aussi du renouvellement d'importants habitats et écosystèmes septentrionaux. Par ailleurs, les régions froides comptent parmi celles qui sont les plus susceptibles d'être affectées par les changements climatiques, si l'on en croît les simulations MCG dans le scénario 2xCO2. Bien que des progrès considérables aient été réalisés dans ces deux domaines, il subsiste des manques importants qui empêchent l'élaboration d'une modélisation fondée sur les principes physiques et qui nécessitent d'avoir largement recours à l'empirisme.
Outre ces régions climatiques, il faut tenir compte des problèmes d'hydrologie et de gestion des ressources en eau que pose l'écosystème fragile des zones sèches, des zones humides, des montagnes, des zones côtières et des petites îles, quelle que soit leur situation géographique/climatique, ainsi que des zones urbaines et périurbaines et des zones de peuplement rural.
Les environnements urbains apparaissent de plus en plus comme l'espace vital prédominant de l'humanité avec ses propres problèmes sociaux, écologiques et de gestion de l'eau. L'érosion et la sédimentation, les inondations induites par l'urbanisation, le problème de l'interaction eau douce-eau salée dans le contexte à la fois des eaux de surface et des eaux souterraines, la conception et la mise en œuvre de stratégies de gestion appropriées des ressources en eau pour les petites îles, font partie des questions sur lesquelles il faut également se pencher. L'expansion urbaine dans les zones côtières, les îles et/ou les régions montagneuses aggrave l'ampleur des problèmes à résoudre.
Les zones sèches sont associées aux déserts et aux semi-déserts mais, pour ce qui est des interactions de l'eau, elles peuvent être définies comme toute région où les précipitations sont insuffisantes et leur répartition sur l'année trop déséquilibrée pour soutenir les activités de la société sans avoir recours à des activités supplémentaires de gestion des ressources en eau (irrigation, collecte de l'eau). Certes, les zones sèches sont principalement situées dans les régions climatiques arides et semi-arides, mais on les trouve également dans les régions tempérées ou froides voire, ponctuellement, dans des zones climatiques essentiellement humides.
Les zones humides sont l'objet d'une préoccupation particulière parce qu'elles jouent un rôle écologique essentiel dans un environnement déterminé principalement par l'eau. Elles sont de plus en plus menacées par la pollution et l'aménagement du territoire. Les interactions de l'eau étant mal connues dans ces zones, il convient de déployer des efforts supplémentaires à la fois pour les protéger et les remettre en valeur.
L'optique scientifique des activités proposées offre des catégories supplémentaires selon que ces activités contribuent essentiellement à :
- la gestion des données;
- la meilleure compréhension des processus hydrologiques (expérimentation et modélisation);
- l'élaboration d'une approche écohydrologique;
- les techniques et la technologie analytiques (à la fois pour l'hydrologie et la gestion des ressources en eau);
- les prévisions et l'analyse des scénarios (en termes de changements climatiques mais aussi d'évaluation des conséquences des évolutions socioéconomiques sur les terres, l'habitat et l'hydrologie).
En suivant la logique fixée par les thèmes 1 et 2, qui consiste à partir des problèmes mondiaux pour arriver à l'échelle du bassin fluvial ou de l'aquifère comme l'unité d'étude hydrologique la plus adaptée, les axes d'étude du thème 3 sont définis selon une classification géographique (topographie/utilisation des sols) et non climatique.

Thème 4 : Eau et société
Tous les problèmes environnementaux sont, par nature, également des problèmes sociaux. Le thème « Eau et société » traite des questions complexes entre populations et ressources en eau. Il met l'accent sur la composante humaine de l'équation et cherche à répondre à des questions relatives aux attitudes, idées et croyances et à déterminer les liens existants.
De manière générale, la démarche adoptée pour étudier les bassins versants devrait intégrer ces aspects humains. Comment les populations humaines peuvent-elles croître et se développer de manière durable ? Comment, dans un bassin, prendre en compte les besoins, les intérêts et les croyances des différentes parties concernées ? Quelle est la meilleure manière de régler les différends relatifs à l'utilisation ou à la qualité de l'eau ou, mieux encore, de les éviter ? Comment peut-on instaurer une éthique de l'eau dans la gestion des bassins versants et quel est le retentissement des questions relatives à l'eau sur la sécurité des populations et de l'environnement ? Le thème 4 se propose d'étudier ces questions afin de définir des directives permettant de gérer les ressources en eau de manière équitable et durable et dans le respect des principes éthiques.

Thème 5 : Éducation et formation relatives à l'eau
Le programme d'éducation et de formation relatives à l'eau (WET, Water Education and Training) forme l'ossature globale de soutien du PHI-VI. Thème prioritaire, il est aussi étroitement lié aux autres thèmes, comme l'indiquent les objectifs respectifs et la liste d'activités proposées.
Tous les thèmes de la sixième phase du PHI devraient tendre vers des résultats applicables à l'éducation et à la formation permanentes (EFP) afin de renforcer ses résultats par des activités de formation et de sensibilisation. Le thème 5 est toutefois conçu de façon à offrir aux institutions des États membres spécialisées dans l'élaboration de matériels de formation et dans l'organisation de cours la possibilité d'organiser des activités à différents niveaux, s'adressant aux milieux spécialisés en hydrologie et aux organismes de coopération intéressés en partant du postulat que la technologie disponible au moment de la mise en œuvre de la sixième phase du PHI permettra à un public beaucoup plus large d'accéder aux sources de données, d'information et de connaissances. Les hydrologues tout comme le grand public bénéficieront par conséquent davantage du transfert de connaissances, d'information et de technologie.
Certes, les activités WET concerneront tous les niveaux et tous les aspects de l'éducation, mais il faut clairement privilégier l'enseignement supérieur, l'enseignement de la recherche au niveau du troisième cycle, l'éducation professionnelle permanente et les activités visant à « former des formateurs », ce qui favorisera l'effet multiplicateur des efforts entrepris au titre du thème 5 dans le cadre du PHI-VI.

PROGRAMMES TRANSDISCIPLINAIRES
Régimes d'écoulement déterminés à partir de séries de données internationales expérimentales et de réseaux (FRIEND)
Le projet FRIEND a été lancé en 1985 en Europe dans le cadre du PHI-III en partant du principe que des améliorations pouvaient être réalisées si les hydrologues échangeaient leurs données et leurs expériences avec leurs homologues des pays voisins. À ce jour, huit projets FRIEND ont été mis en place en Europe du Nord, en Afrique australe, dans la région Alpes-Méditerranée (AMHY), en Afrique occidentale et centrale (AOC), dans la région Hindu Kush-Himalaya (HKH), dans la région Asie-Pacifique, dans le bassin du Nil et dans les Caraïbes (AMIGO). Un certain nombre d'autres projets régionaux FRIEND sont en cours d'étude en Asie Centrale, en Amérique du Sud et en Amérique du Nord.
Le projet FRIEND cherche à répondre au problème de l'évaluation et de la gestion des ressources en eau au moyen de la recherche appliquée, centrée sur des problèmes définis régionalement. Il s'agit d'une collaboration internationale dont l'objectif premier est de développer les connaissances et les techniques à l'échelle régionale par l'échange mutuel des données et de susciter une meilleure compréhension de la variabilité et de la similarité hydrologiques à travers le temps et l'espace. La connaissance approfondie des processus hydrologiques et des régimes d'écoulement acquise grâce à FRIEND contribue à améliorer les méthodes de gestion des ressources en eau.
FRIEND fournit également un appui aux chercheurs et au personnel des services hydrologiques des pays en développement et renforce ainsi leur capacité à évaluer et gérer leurs ressources nationales en eau. Avec ses caractéristiques et sa structure particulières, mises au point lors des phases précédentes du PHI, FRIEND joue non seulement un rôle de premier plan dans le PHI-VI mais interagit également avec chacun des cinq thèmes du programme. Ainsi, l'apport spécial de FRIEND est illustré par son statut de programme transdisciplinaire.
Le volet scientifique du projet FRIEND comprend des études portant sur les sujets suivants : étiages, inondations, variabilité des régimes, modélisation pluie/écoulement, processus de formation de l'écoulement des cours d'eau, transport des sédiments, fonte des neiges et des glaciers et conséquence du climat et de l'utilisation des sols.
Non seulement FRIEND s'inscrit dans un grand nombre des projets proposés dans le cadre du PHI-VI, mais ses activités relèvent aussi de plusieurs programmes environnementaux et sanitaires mondiaux tels que WHYCOS, GEMS/Eau et HELP.

Hydrologie au service de l'environnement, de la vie et de la politique (HELP)
L'initiative HELP vise à établir un réseau mondial de bassins versants pour améliorer les liens entre l'hydrologie et les besoins de la société. Le rôle crucial joué par l'eau dans la préservation de la santé humaine et environnementale a été largement reconnu par de nombreux forums nationaux et internationaux. Cependant, il n'existe aucun programme destiné à répondre aux grands problèmes de gestion des ressources en eau sur le terrain et à les intégrer aux orientations politiques et à la gestion. L'initiative HELP est conçue pour changer cet état de choses en créant une nouvelle approche de la gestion intégrée des bassins versants. Elle est envisagée comme une initiative orientée vers les problèmes et modulée en fonction de la demande, et traite de cinq grandes questions politiques :
- Eau et climat
- Eau et nourriture
- Qualité de l'eau et santé humaine
- Eau et environnement
- Eau et conflits
Pour souligner la recherche de cohérence entre le concept et l'approche HELP et son adéquation avec chacun des cinq thèmes du PHI-VI, cette initiative possède également le statut de programme transdisciplinaire.

Programme international mixte AIEA/UNESCO d'application des isotopes à l'hydrologie (JIIHP)
Le but du Programme international mixte AIEA/UNESCO d'application des isotopes à l'hydrologie (JIIHP) est de faciliter l'intégration des isotopes aux pratiques hydrologiques grâce aux activités suivantes :
- élaboration d'outils permettant de mieux comprendre certains processus hydrologiques et améliorer l'évaluation, la mise en valeur et la gestion des ressources en eau;
- soutien aux programmes nationaux, régionaux et internationaux relatifs aux ressources en eau par le biais des méthodes isotopiques;
- intégration de l'hydrologie isotopique dans les programmes d'enseignement des sciences hydrologiques dans les universités du monde entier;
- intégration des données isotopiques aux bases de données à l'échelle nationale, régionale et mondiale.
Il est prévu que ce programme international couvre les aspects scientifiques, pratiques et éducatifs des études pertinentes sur l'hydrologie et les ressources en eau et améliore la mise en œuvre et la coordination des programmes hydrologiques de l'UNESCO, de l'OMM et de l'AIEA ainsi que d'autres organisations internationales gouvernementales ou non gouvernementales. Les grandes domaines de coopération ont déjà été intégrés à la sixième phase du PHI.
Pour en savoir plus sur le PHI-VI:
