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Bassin du lac Titicaca (Bolivie, Pérou)


Généralités

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Carte préparée par AFDEC pour le Programme mondial pour l'évaluation des ressources en eau.

Le lac Titicaca est une région pleine de mystères et de légendes. D'abord peuplée par les Urus, une ethnie qui n'a pas subsisté jusqu'à nos jours, elle fut successivement dominée par les chefs militaires aymaras, les Quechuas de l'Empire inca, et les conquistadors espagnols. La culture tiahuanaco qui se développa sur la rive bolivienne du lac (1 500 avant J.-C.) a laissé derrière elle d'immenses constructions mégalithiques et des systèmes agricoles complexes, qui témoignent d'une civilisation avancée. Son art, sa culture et sa religion gagnèrent l'ensemble de la région andine, avant de disparaître pour des raisons qui demeurent inexpliquées.

Localisation et principales caractéristiques physiques

Au niveau du 14o S., la cordillère des Andes se sépare en deux pour former les chaînes orientale et occidentale. Entre les deux massifs, s'étend un vaste système hydrologique fermé, d'environ 140 000 km2 et situé entre 3 600 et 4 500 mètres au-dessus du niveau moyen de la mer (ANMM). Ce système hydrologique comprend quatre bassins principaux : le lac Titicaca (T), la rivière Desaguadero (D), le lac Poopó (P), et le lac salé de Coipasa (S). Ces quatre bassins forment le système TDPS dont le principal élément, le lac Titicaca (8 400 km3), est le plus grand lac d'Amérique du Sud, le lac navigable le plus élevé du monde et, selon la cosmologie inca, l'origine de la vie humaine.

Au sein de ce système, on distingue trois unités géographiques:

  • la chaîne de montagnes, dont certaines culminent à plus de 4 200 mètres (ANMM);
  • les versants et les zones intermédiaires, à une altitude comprise entre 4 000 et 4 200 mètres (ANMM);
  • le haut plateau, à une altitude comprise entre 3 657 et 4 000 mètres (ANMM), où se situe le lac Titicaca.
Vue aérienne du lac Titicaca
Vue aérienne du lac Titicaca

Au nord, la source qui alimente le lac appartient principalement au Pérou. Sur les cinq principaux cours d'eau se jetant dans le lac, quatre traversent le territoire péruvien. La partie méridionale du système, qui appartient à la Bolivie, est plus aride et se termine par le lac salé de Coipasa, formé par suite de l'évaporation des eaux de débordement du lac Poopó.

Le climat, au sein du système TDPS, est celui d'une région de haute montagne à régime hydrologique tropical caractérisé par de fortes irrégularités interannuelles. La plupart des événements extrêmes sont liés aux risques d'inondation autour du lac Titicaca, aux sécheresses dans les parties centrale et méridionale du système, et à l'incidence de la grêle et du gel sur l'ensemble de la région.

Les précipitations varient entre 200 et 1 400 millimètres (mm), les valeurs maximales étant enregistrées au centre du lac. Au Nord et au Sud, le système présente des zones où l'humidité régresse : humides autour du lac Titicaca, elles sont semi-arides autour du lac Poopó et arides au niveau du lac salé de Coipasa. Les variations saisonnières sont de forte amplitude, avec des étés humides et des hivers secs. La saison des pluies dure de décembre à mars, la saison sèche de mai à août. La température de l'air varie de - 10 à 23o.
L'humidité est faible sur l'ensemble du système. La région reçoit également un fort rayonnement solaire, ce qui explique l'intense processus d'évaporation subi par le lac Titicaca.

Comme en témoigne le tableau ci-dessous, quatre types de terres caractérisent le bassin du lac Titicaca.

Types de terres au sein du système TDPS
  Superficie (km2) Distribution (%) Caractéristiques
Terres arables 44 692 33,9 Sols déficients en matière organique et en nutrition azotée. Exigent des pratiques agricoles spéciales.
Terres non arables 28 063 21,3 Des pratiques spéciales sont nécessaires pour conserver en permanence les plantes de couverture.
Terres marginales 40 844 31 Érosion modérée à forte. Pourraient être utilisées pour le pâturage extensif.
Mauvaises terres 18 178 13,8 Impropres à l'agriculture ou au pâturage. Peuvent être utilisées comme zones humides, pour le loisir ou l'exploitation minière.

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Principales caractéristiques socio-économiques

Une population en luttre contre la pauvreté

Sur les îles flottantes Uros du lac Titicaca
Sur les îles flottantes Uros du lac Titicaca

Les conditions de la pauvreté structurelle de cette zone sont telles, que la lutte pour la survie l'emporte sur toutes les priorités. L'éducation passe donc au second plan. 22% des habitants sont analphabètes, mais le taux varie en fonction des régions et du sexe. Il est plus élevé dans les zones rurales que dans les villes, et dans les zones rurales, plus élevé chez les filles que chez les garçons. Au sein du système TDPS, les problèmes de santé sont clairement liés à la pauvreté endémique et, par extension, aux problèmes concomitants, notamment la malnutrition, l'absence d'eau pure et d'assainissement, la fragilité des écosystèmes, et la faiblesse des mesures qui aideraient les populations à améliorer leurs conditions de vie et leurs moyens de subsistance.

Une économie qui repose sur l'agriculture

L'agriculture et l'élevage du bétail, centrés sur la production alimentaire, sont les deux premières activités économiques de la région. Les principales cultures sont le quinoa, la pomme de terre et d'autres tubercules, les aliments fourrage, quelques plantes légumineuses et des légumes. Généralement, les rendements sont faibles, car les agriculteurs n'ont que rarement recours aux graines de semence, aux engrais ou aux machines. Les sécheresses, les inondations et le gel ont également des effets significatifs. Au milieu du XXe siècle, la Bolivie et le Pérou ont, chacun de leur côté, engagé de grandes réformes de la propriété foncière. Dans les deux pays, les terres étaient jadis entre les mains de quelques propriétaires qui possédaient de vastes territoires. Néanmoins, les efforts de réforme ont entraîné une baisse de la production agricole et une fragmentation excessive du tissu rural, notamment en Bolivie, où les propriétés, dans les cas extrêmes, ne font pas plus que quelques mètres carrés. Dans ces conditions, seule est possible une agriculture de subsistance, à toute petite échelle.
D'autres activités, telles que l'industrie agro-alimentaire et la pêche, sont également exercées au sein du système TDPS. Mais elles sont généralement insuffisamment développées ou inefficaces.

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Ressources en eau

Hydrologie

Quatre grands bassins hydrographiques forment le système TDPS : le lac Titicaca, au nord, est le premier d'entre eux. Ses principaux affluents se situent sur le territoire péruvien. Le plus important, le Ramis représente 26% du bassin tributaire.
Les principaux aquifères se situent au niveau des bassins moyens et inférieurs des fleuves Ramis et Coata, du bassin inférieur de la Ilave, et d'une bande qui s'étend du lac Titicaca jusqu'à Oruro, le long de la cordillère orientale. Le volume total des eaux souterraines qui alimentent le système est d'environ 4 m3 / seconde. Une grande partie de ces eaux souterraines est prélevée dans les puits tubés utilisés pour approvisionner les villes. Tel est le cas d'El Alto, d'Oruro et de plusieurs autres petites villes.

Les niveaux de salinité sont plus élevés au sud du système TDPS, pour deux raisons: les précipitations plus nombreuses au nord réduisent les concentrations de sel dissous, tandis que l'évaporation, plus importante au sud, a l'effet inverse. Les valeurs de salinité maximales ont été relevées dans le lac salé de Coipasa où l'évaporation est importante et les précipitations très faibles (seulement 200 mm par an).

L'impact des activités humaines sur les ressources en eau

Un enfant dans un bateau fait en roseaux
Un enfant dans un bateau
fait en roseaux

Compte tenu de la fragilité du système en matière de prévention et de protection contre les inondations, une série de travaux de régularisation du débit a été définie au niveau du bassin et de l'ensemble du système. En 2001, le premier barrage-réservoir était achevé, à proximité du Pont International qui franchit le Desaguadero. Le principal objectif du barrage-réservoir est d'empêcher que les environs ne soient inondés ou, en tout cas, de protéger cette région contre les inondations. Le barrage a également pour avantage de protéger les poissons et la végétation aquatique, et d'assurer un approvisionnement suffisant pour étendre l'irrigation.

Les contaminations organiques et bactériologiques sont la conséquence de certaines activités humaines, notamment les exploitations minières et les déchets urbains. L'insuffisance des dispositions en matière d'évacuation des déchets est, dans tous les grands centres urbains du bassin, la cause principale de la contamination organique. Les zones les plus polluées, affectées notamment par le rejet des eaux usées, sont la baie de Puno (où sévit un processus d'eutrophisation modéré), le cours inférieur du Coata (en raison des déchets de la ville de Juliaca), et le lac Uru Uru (déchets de la ville d'Oruro). La contamination par les métaux lourds est la conséquence des activités d'exploitation minière exercées dans la région.


Espèces menacées de disparition

Des espèces de poissons non endémiques, à forte valeur économique, telles que la truite et le maquereau, ont été introduites dans le lac Titicaca dans les années 1930. Depuis, certaines espèces indigènes, telles que le karachi (Orestias) et la boga (Trichomicterus) ont reculé et leurs populations sont considérées comme vulnérables et menacées.

Surexploitation agricole

La superficie des terres propres aux cultures et au pâturage est comparativement inférieure à celle des terres utilisées ; le pourcentage des terres exploitées au-dessus de leur capacité atteint 35,2 %. Cette surexploitation est un des grands problèmes environnementaux qui affectent le haut plateau, car la productivité de la région est très faible et les technologies utilisées pour exploiter les terres particulièrement rudimentaires.

Données et informations sur les ressources en eau

Depuis la création, en 1993, de l'Autorité binationale du lac Titicaca, plusieurs efforts ont été déployés pour rassembler les informations disponibles sur les ressources en eau du système TDPS. La plupart des informations étaient dispersées et conservées par différentes institutions boliviennes et péruviennes.
La création de l'Autorité binationale et l'élaboration d'un Plan directeur ont permis de compiler dans un même système les informations en provenance des différentes sources et il est désormais possible à la Bolivie et au Pérou, sous l'égide de l'Autorité, de partager ces informations.

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Besoins, utilisations et demandes

Les systèmes d'approvisionnement en eau potable et d'assainissement sont nettement insuffisants dans la zone TDPS, comme en témoigne le tableau ci-dessous. Dans les grandes villes, seulement 60% des habitants (en moyenne) ont accès à de l'eau potable. El Alto est la seule ville qui bénéficie d'une station d'épuration des eaux usées. Les autres grandes villes du système TDPS (Oruro, Puno et Juliaca) n'ont pas d'infrastructures appropriées et leurs évacuations des eaux d'égoût sont à l'origine d'une contamination des ressources.

Approvisionnement en eau potable et assainissement dans le système TDPS
  Côté bolivien Côté péruvien
Approvisionnement en eau potable
(couverture moyenne)
24% 19%
Systèmes d'égoûts
(couverture moyenne)
13% 20%

 

Environ 48 % des terres du système TDPS sont utilisées pour l'agriculture. Les différentes utilisations sont présentées dans le tableau ci-dessous.

Utilisations agricoles dans le système TDPS
Cultures 4,4%
Pâturage 21,7%
Pâturage / foresterie 14,9%
Autres utilisations 7%

La plus grande partie des terres utilisées pour la production végétale se situe autour du lac Titicaca. Cependant, seulement 17% de cette zone est véritablement propre aux cultures. L'érosion et la dégradation des sols suscitent par conséquent nombre de préoccupations. La fragmentation excessive des propriétés est un autre problème récurrent dans toute la région. Cette fragmentation est à l'origine de la faible productivité des cultures car les agriculteurs ne sont pas en mesure d'utiliser les technologies qui font augmenter les rendements.
La consommation d'énergie dans cette région est faible et la principale source d'énergie est la biomasse (environ 70%) ; ceux qui ont accès à l'électricité sont principalement des citadins.

Habitants alimentés en électricité dans le système TDPS
Côté péruvien 21%
Côté bolivien 29,8%

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Gestion des ressources en eau

Ile Taquile sur le lac Titicaca, Pérou
Ile Taquile sur le lac Titicaca, Pérou

La superficie du lac Titicaca est équitablement répartie entre le Pérou et la Bolivie ; ces deux pays exercent sur leurs eaux "un droit de propriété commun, exclusif et indivisible". En fait, le principe du droit de propriété commun ne s'applique pas uniquement aux eaux du lac Titicaca ; il concerne également le bassin versant et permet d'assurer une gestion intégrée du réseau d'eau.

Institutions

Le système TDPS relève de trois institutions assumant des fonctions clairement définies:

  • le ministère bolivien du Développement durable et de la planification;
  • l'Institut du développement péruvien (Pérou);
  • l'Autorité binationale du lac Titicaca, créée en 1996.

Deux projets nationaux qui, techniquement, relèvent de l'Autorité, ont été élaborés pour le Pérou et la Bolivie. Le projet bolivien, établi à La Paz, est la Unidad Operativa Boliviana (l'Unité d'exploitation bolivienne) et le projet péruvien, établi à Puno, est le Proyecto Especial del Lago Titicaca (le Projet spécial du lac Titicaca). Ces organismes ont la responsabilité de coordonner les mesures avec les gouvernements nationaux et de centraliser les informations. L'Unité des ressources hydrologiques et le Plan directeur sont respectivement chargés de la surveillance continue des ressources en eau et du suivi du développemenent du Plan directeur.

Plans de développement

Lac Titicaca, près de Nacas
Lac Titicaca, près de Nacas

Le Plan directeur, conçu avec le soutien de la Communauté européenne et élaboré entre 1991 et 1993, porte le titre suivant : Plan directeur pour la prévention des inondations et l'utilisation des ressources en eau du système TDPS. Ce plan, qui est le document de référence définissant les grandes orientations, pour les vingt années à venir, du développement du système, s'articule autour des éléments suivants:

   - La nécessité de recentrer les mesures sur les ressources naturelles et une utilisation durable de ces ressources;
   - La restauration de l'intégrité écologique du système grâce à la protection des espèces menacées, à la reconstitution des populations de poissons et à l'atténuation des effets des activités humaines sur le système;
   -La promotion du développement humain au sein des bassins.

La gestion du lac fait apparaître que des efforts importants sont déployés en faveur des deux premiers points. En revanche, les difficultés rencontrées pour faire reculer la pauvreté dans la région ont considérablement alourdi la tâche des responsables du développement humain.

Liens et contacts utiles

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