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DOMAINE PUBLIC ET MULTILINGUISME DANS LE CYBERESPACE

La production mondiale croissante d’information numérique et sa diffusion par des réseaux interactifs et interconnectés, préfigurés par l’Internet, soulève la question fondamentale de l’accès au contenu de l’information. Deux aspects peuvent faciliter cet accès : la mise de l’information dans le domaine public et l’emploi par l’utilisateur de sa propre langue.

L’accès à l’information à caractère privé est souvent restreint pour des raisons d’ordre commercial, politique ou moral; il existe, par ailleurs, vis-à-vis de la société, l’obligation morale de fournir le meilleur accès possible à l’information abondante qui appartient au domaine public, c’est-à-dire celle qui devrait être mise gratuitement à la portée de tous.

La langue est un obstacle important à l’obtention de l’égalité d’accès au contenu de l’information; il y a, en outre, l’obligation morale de faciliter l’emploi de toutes les langues sur le Web; le multilinguisme est un facteur important de l’universalisation de l’accès.

 

Table ronde 1 (1er octobre 1998, matinée)

Que représente exactement le domaine public dans le cyberespace ? Quelles en sont les limites ? Que considérons nous aujourd’hui comme étant la propriété collective de l’information ? Quels critères faut-il utiliser pour définir l’information relevant du domaine public ? Quelle attitude morale et quel comportement doivent choisir les producteurs, les serveurs et les utilisateurs à l’égard de l’information publique ? Peut-on adopter dans ce cas le concept de "l’usage loyal" ? Doit-on définir un nouveau concept correspondant plus spécifiquement à ce type d’information, autrement dit un "copyleft" (absence de droit de rétribution financière de l’auteur) par opposition au "copyright", droit d’auteur qui repose principalement sur la rémunération financière ? Que devrait être l’éthique (ou même le code de conduite fondamental) de la "citoyenneté mondiale" ?

 

Table ronde 2 (1er octobre 1998, après-midi)

Pourquoi la diversité des langues a-t-elle tant d’importance sur le Web ? Existe-t-il pour les sociétés des risques d’uniformisation des cultures et des langues ? Quels sont-ils ? Quelle en est éventuellement l’incidence sur l’accès à l’information ? A qui incombe la promotion des langues locales sur le Web ? Le besoin se fait-il sentir d’élaborer des principes directeurs concernant la nécessité d’utiliser ces langues ? Doit-on, au contraire, continuer à n’employer qu’un nombre restreint de langues vernaculaires ?

Les réponses à ces questions devraient tendre vers des propositions d’action visant à faciliter l’accès à une information abondante, utile et multilingue dans le domaine public.

 

VIE PRIVÉE, CONFIDENTIALITÉ, SÉCURITÉ DANS LE CYBERESPACE

Une des grandes difficultés à résoudre, pour promouvoir la croissance économique et mettre à profit les possibilités sociales et éducatives qu’offre le cyberespace, reste celle d’obtenir la confiance des utilisateurs dans les transactions portant sur l’information électronique. Il faut que le droit des personnes au respect de leur vie privée, les droits de propriété des entreprises, les droits de confidentialité des gouvernements et les droits de sécurité des pays soient protégés contre toute tentative injustifiée de "prospection de données" en ligne. La protection de la vie privée et les flux transfrontières de données personnelles véhiculés par des réseaux de communication mondiaux, dont la sécurité n’est pas acquise, sont à l’heure actuelle des problèmes politiques qui se posent aux niveaux national et international. Il reste à mettre en place de bonnes politiques de cryptage pour protéger les utilisateurs en ligne contre les intrusions menaçant les données privées.

Il faudra, en outre, mettre en place des modalités garantissant l’application de la loi afin d’assurer la même protection à tous. Ces garanties devraient offrir une protection non seulement contre le préjudice financier et commercial (cas le plus fréquent) pouvant être causé par des pirates ou des entreprises concurrentes mais aussi contre les préjudices humains (personnels et sociétaux). De plus en plus d’Etats membres envisagent actuellement de mettre en place des systèmes de réglementation reposant principalement sur des solutions techniques à ces problèmes, qui négligent les aspects moraux et éthiques qui devraient, en toute circonstance, accompagner les solutions. Il en résulte une mosaïque de règlements internationaux qui entrave le développement de communications mondiales sûres et d’un commerce électronique qui, pour l’heure, reste souvent hors de portée des communautés et des pays peu industrialisés.

 

Table ronde 3 (2 octobre 1998, matinée)

Quelles sont les véritables raisons du manque de confiance dans les flux de données transfrontières véhiculés par les médias électroniques ? Comment instaurer la confiance en l’environnement numérique pour les transactions financières électroniques et le commerce électronique ? Quels sont les dangers possibles pour les entreprises et pour les sociétés, plus spécialement dans les pays en développement ? Le cryptage peut-il à lui seul garantir la sécurité ? Quelles sont aujourd’hui les diverses positions en ce qui concerne un recours massif au cryptage ? Y a-t-il un risque de voir apparaître des "clones d’information" comparables aux clones biologiques ?

 

Table ronde 4 (2 octobre 1998, après-midi)

Que représente une personne dans l’environnement numérique ? Quel est en fait le droit de la personne dans le cyberespace ? Quels sont les risques d’abuser des personnes ? La cryptographie suffit-elle à protéger les données personnelles des intrusions illégales ? Faut-il établir des principes éthiques complétant l’application des solutions techniques (produits de cryptage) pour rassurer les usagers des communications électroniques ? Applique-t-on les mêmes valeurs éthiques aux créateurs, aux serveurs et aux utilisateurs de l’information numérique ? Dans quelle mesure ce problème engage-t-il la responsabilité morale et éthique des professionnels de l’information (serveurs, bibliothèques, etc.) ?

Les réponses à ces questions devraient répondre au souci de faire régner la justice sur le Web et de sensibiliser les utilisateurs de l’Internet à la nécessité de protéger leur vie privée; elles devraient viser à établir la sécurité de l’environnement numérique afin d’instaurer la confiance, en particulier dans les populations auxquelles l’utilisation de ces technologies n’est pas encore familière; faute de quoi, il pourrait y avoir là un frein majeur à l’expansion des possibilités offertes par le cyberespace.

 

LES SOCIÉTÉS FACE À LA MONDIALISATION

Le cyberespace n’est pas la réalité mais plutôt sa "représentation", une forme d’"abstraction de la réalité". La démocratisation de l’accès à l’information fait que nous nous dirigeons vers une nouvelle culture, à caractère plus humaniste, qui nous fait passer du "liberespace" au "cyberespace", des objets matériels à des images virtuelles et à des hypertextes. Cela exige des gens, qui veulent participer à cet environnement, une certaine capacité de pensée abstraite. Il existe différents niveaux d’abstraction qui nécessitent une nouvelle forme d’éducation, de nouveaux outils mentaux et une méthodologie cognitive d’un genre nouveau.

Par ailleurs, les personnes et les sociétés ont besoin d’être préparées à la mondialisation et à ses conséquences d’ordre social, économique et éducatif, telles que la création de nouveaux lieux de travail, l’éducation pour tous, l’éducation permanente, l’apprentissage à distance, mais aussi la fuite des cerveaux et l’élargissement du fossé entre les générations. Leur participation ne va pas sans un certain degré de responsabilité civique et d’acceptation de la diversité culturelle. Le développement des possibilités qu’offrent les services existant dans le cyberespace dépendra non seulement de l’acquisition de savoir-faire technique mais aussi de l’adoption de certaines attitudes morales et de modes de comportement que la majeure partie des utilisateurs, appartenant à des cultures diverses, accepteront de respecter.

Ces deux aspects sont à renforcer dans les systèmes éducatifs actuellement en place dans la plupart des pays.

 

Table ronde 5 (3 octobre 1988, matinée)

Quels sont les niveaux d’abstraction existant dans le cyberespace ? Que signifie la "navigation mentale dans le cyberespace" ? Quels sont les risques de susciter l’anarchie dans les liaisons fonctionnant dans le cyberespace ? Comment la formation peut-elle préparer les utilisateurs à la pensée abstraite ? De quels outils mentaux faut-il disposer pour maîtriser les problématiques du cyberespace ? Des travaux ont-ils été faits dans ce domaine ? Existent-t-il des pays ayant adoptés des mesures visant à promouvoir ce type d’éducation, notamment des pays en développement ?

Table ronde 6 (3 octobre 1998, après-midi)

Comment peut-on préparer l’individu et la société à réaliser pleinement les potentialités sociales, économiques et éducatives de l’infrastructure mondiale de l’information ? Quels sont les principes d’éthique fondamentaux dont il faut promouvoir l’application générale dans le processus de mondialisation pour faciliter la création de nouveaux lieux de travail et l’éducation permanente et à distance pour tous et contribuer à réduire le fossé qui est en train de se creuser entre les générations ? Que se passe-t-il actuellement à cet égard dans différentes sociétés/cultures ? Quelles recherches convient-il de promouvoir dans ce domaine ? Comment pourrait-on pourvoir dans les différentes sociétés l’application de principes éthiques associés à la mondialisation ?

Les réponses à ces interrogations devraient obéir au souci principal de discerner les moyens de préparer l’individu à adopter un comportement éthique s’accompagnant de respect mutuel dans le cyberespace et dans une société mondialisée, ainsi que les mesures à mettre en oeuvre pour y parvenir.

 


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