La mémoire collective des peuples du monde revêt une importance vitale au regard des efforts pour préserver les identités culturelles, jeter un pont entre le passé et le présent et façonner l'avenir. Le patrimoine documentaire constitue un pan essentiel de cette mémoire, qui témoigne de la diversité des peuples, des langues et des cultures. Mais cette mémoire est fragile. De précieux documents, des pièces d'archives uniques, quand ce n'est pas la totalité d'une collection de bibliothèque ou d'un fonds d'archives, sont détruits à jamais dans des catastrophes naturelles ou d'origine humaine. Et tant d'autres, exposés à l'usure, à la négligence et aux ravages du temps sont en si piètre état qu'ils risquent à tout instant de tomber en poussière. Une proportion considérable du patrimoine documentaire mondial est victime de processus "naturels" : papier acide qui s'effrite, cuir, parchemins et bandes magnétiques sensibles à la lumière, à la chaleur, à l'humidité ou à la poussière. C'est ainsi que le cinéma risque de se voir amputé de la plupart des oeuvres qui en ont fait l'art du XXIe siècle au moment même où l'on célèbre son centenaire. Les images impressionnées sur des milliers de kilomètres de film pourraient bien s'évanouir purement et simplement si elles ne sont pas restaurées et préservées dans les plus brefs délais. Outre ces causes naturelles, les bibliothèques et les fonds d'archives doivent régulièrement faire face à des accidents : inondations, incendies, ouragans, tempêtes, séismes, guerres et conflits... La liste est longue des catastrophes contre lesquelles il est difficile de se prémunir, sinon par des mesures de prévention. On n'a encore jamais recensé l'ensemble des bibliothèques et fonds d'archives détruits ou gravement endommagés par des actes de guerre, des bombardements ou des incendies criminels ou accidentels. La Bibliothèque d'Alexandrie en est probablement l'exemple le plus illustre dans toute l'histoire, mais combien d'autres trésors connus ou inconnus ont disparu à Constantinople, Varsovie, Florence, ou plus récemment à Bucarest, Saint-Pétersbourg ou Sarajevo ? On n'en finirait pas de les citer, et la liste n'est hélas pas close - sans parler des collections ou fonds documentaires dispersés à la suite du transfert, involontaire ou délibéré, d'un dépôt d'archives ou d'une bibliothèque. Une liste mondiale des collections de bibliothèques et des fonds d'archives perdus ou détruits au XXe siècle est en cours d'élaboration et sera publiée prochainement. L'ampleur même de l'effort requis pour préserver tout ce qui compose cette irremplaçable "Mémoire du monde" nécessitait un programme de sauvegarde cohérent, capable de fédérer les initiatives et de mettre en oeuvre les techniques les plus avancées. Responsable de par son mandat du développement culturel et de la protection du patrimoine culturel mondial, l'UNESCO a reconnu la nécessité d'agir sans tarder pour éviter que le patrimoine documentaire du monde ne subisse de nouveaux dommages. En conséquence, elle a lancé en 1992 le programme "Mémoire du monde", qui vise à sauvegarder et promouvoir ce patrimoine. Le programme "Mémoire du monde" est conçu comme une nouvelle approche de nature à faciliter la préservation du patrimoine documentaire mondial par les techniques les plus appropriées, d'en permettre l'accès sans discrimination aucune, de faire mieux prendre conscience partout dans le monde de son existence et de son intérêt, ainsi que de la nécessité de le préserver, et de promouvoir les activités et les produits auxquels il donnera lieu auprès d'un public aussi large que possible. Dès son lancement, le programme a suscité un vif intérêt. Des demandes d'assistance, parfois même de véritables appels au secours, parviennent régulièrement à l'UNESCO. La tâche est immense, et seule la mobilisation de toutes les parties intéressées permettra de concrétiser les déclarations d'intention en mettant sur pied un vaste atelier mondial voué au sauvetage, à la reproduction et à la diffusion des trésors documentaires en péril. Le présent document, élaboré en vertu d'un contrat avec la Fédération internationale des associations de bibliothécaires et des bibliothèques (IFLA) et approuvé par le Comité consultatif international du programme "Mémoire du monde", définit le cadre technique, juridique et financier du programme, ainsi que ses structures de travail. Je tiens à exprimer ma gratitude aux membres du Comité, et en particulier à son Président, Jean-Pierre Wallot, pour ses précieux conseils. Toute observation ou suggestion concernant ce document ou le programme "Mémoire du monde" en général est la bienvenue et doit être adressée à la Division du Programme général d'information, 1 rue Miollis, 75732 Paris Cedex 15.
Abdelaziz Abid
Division du Programme général d'information-UNESCO
Merci de libeller vos contributions à l'ordre de : UNESCO
"Memory of the World"
(Réf. 406INT61)
Les présents Principes directeurs sont le fruit de la coopération de longue date entre l'UNESCO et deux des principales organisations professionnelles non gouvernementales représentant les bibliothèques et les fonds d'archives : la Fédération internationale des associations de bibliothécaires et des bibliothèques (IFLA) et le Conseil international des archives (CIA). Au terme d'une série de consultations avec des représentants des Etats membres, des entreprises privées et des organisations professionnelles non gouvernementales représentant les bibliothèques et les fonds d'archives, au cours desquelles furent examinés les objectifs, la faisabilité, le financement et la gestion du programme "Mémoire du monde", le Programme général d'information (PGI) de l'UNESCO a chargé l'IFLA d'élaborer des principes directeurs pour la gestion de ce programme. L'IFLA a accepté cette responsabilité, convaincue qu'elle était qu'une approche professionnelle mûrement réfléchie de la sauvegarde du patrimoine documentaire mondial était un préalable indispensable à la mise en oeuvre efficace des ressources considérables qui seraient nécessaires pour mener à bien les activités de préservation envisagées dans le cadre du programme "Mémoire du monde".
La tâche a été entreprise par des spécialistes travaillant en collaboration dans le cadre du "Core Programme on Preservation and Conservation" (IFLA PAC) de l'IFLA avec l'appui du Centre international du programme PAC, à la Bibliothèque nationale de France (Paris), ainsi que du siège de l'IFLA (La Haye). Le maître d'oeuvre des présents Principes directeurs est Jan Lyall, directrice de l'Office national de conservation de la Bibliothèque nationale d'Australie (Canberra) et directrice régionale du Programme IFLA PAC. Elle était assistée dans son travail par une petite équipe de consultants, de bibliothécaires et d'archivistes, et a consulté les autres bureaux régionaux du Programme PAC (à Caracas, Washington, Tokyo et Leipzig). Le CIA a pleinement coopéré à cet exercice par l'intermédiaire de son secrétariat à Paris et des archives nationales de divers pays, notamment les Archives australiennes. Des avis ont en outre été formulés par d'autres organismes, dont la Commission on Preservation and Access des Etats-Unis et l'Association internationale d'archives sonores (IASA).
Les Principes directeurs tiennent également compte des travaux du sous-comité de la technologie du programme "Mémoire du monde". Ce Comité a accompli un travail précieux en déterminant les utilisations possibles des techniques de numérisation à grande échelle et de compression des données aux fins des projets de conservation prévus dans le cadre du programme. Le Comité consultatif international du programme "Mémoire du monde" a examiné et approuvé le texte du dernier projet de Principes directeurs durant une réunion tenue au Siège de l'UNESCO en mai 1995, réunion à laquelle l'IFLA et le CIA étaient également représentés. L'IFLA espère que ces Principes directeurs auront apporté des réponses satisfaisantes à certains problèmes délicats auxquels est confrontée la profession, tout en respectant les contraintes du programme "Mémoire du monde" telles qu'elles ont été définies par l'UNESCO. Au nombre de ces problèmes figurent les critères à utiliser pour la sélection des documents (ou des collections de bibliothèque ou fonds d'archives) qu'il convient de préserver, les méthodes permettant de gérer un programme d'une telle complexité en conciliant des intérêts antagonistes, et la mise en oeuvre judicieuse des technologies les mieux appropriées, compte tenu des différentes questions d'ordre technique, juridique, commercial qu'elles soulèvent.
Il appartient au Comité consultatif international de veiller à la bonne application et à l'efficacité de ces Principes directeurs. Les enjeux sont considérables : les grands programmes de préservation permettent aux peuples d'avoir accès à leur propre patrimoine culturel - accès dont ils étaient parfois privés - et évitent, dans certains cas, que ce patrimoine soit à jamais perdu. Ils peuvent aussi mettre au jour des données historiques présentant une grande valeur sur le plan social ou économique. L'IFLA est convaincue que les présents Principes directeurs offrent au programme "Mémoire du monde" une base opérationnelle solide et elle est fière d'avoir été associée à l'UNESCO dans cette entreprise.
Winston D. Roberts (coordonnateur des activités professionnelles, siège de l'IFLA, La Haye)