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Programme Mémoire du Monde


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2.CADRE DU PROGRAMME

2.1 HISTORIQUE

2.1.1 Le programme "Mémoire du monde" est né de la prise de conscience croissante de l'état de préservation alarmant du patrimoine documentaire et de la précarité de son accès dans différentes régions du monde. La guerre et les troubles sociaux, conjugués à une grave pénurie des ressources nécessaires aux activités de préservation et de conservation, ont ajouté à des difficultés vieilles de plusieurs siècles. D'importantes collections dans le monde ont souffert des dommages divers : pillage et dispersion, trafic illicite, locaux inappropiés, mesures préventives inadéquates et manque cruel de moyens financiers ont contribué à mettre ce patrimoine en péril. Une bonne partie a disparu à tout jamais ; d'autres documents que l'on croyait détruits ont fait récemment leur réapparition.

2.1.2 Un comité consultatif international a été constitué en 1993. Des principes directeurs préliminaires ont été élaborés au cours de cette même année, et en 1994 et 1995 ont été lancés sept projets pilotes mettant à profit les techniques modernes pour reproduire un certain nombre de documents sur d'autres supports sous forme textuelle, graphique et sonore. Ces projets, qui ont permis d'élargir considérablement l'accès à ces éléments du patrimoine documentaire et ont contribué à leur préservation, ont donné lieu aux réalisations suivantes :

Chacun de ces projets bénéficie d'un financement de l'UNESCO dont le montant varie entre 20.000 et 50.000 dollars des Etats-Unis. Certains d'entre eux ont été présentés au Comité consultatif international lors de sa première réunion à Pultusk (Pologne) en septembre 1993.

2.1.3 Au cours de cette réunion, le Comité consultatif a élaboré un plan d'action définissant les activités à entreprendre en 1994-1995, qui était articulé autour des grands axes suivants :

2.1.4 L'UNESCO a chargé par voie de contrat la Fédération internationale des associations de bibliothécaires et des bibliothèques (IFLA) de définir des principes directeurs pour l'exécution globale du programme. Un projet de document a été élaboré en étroite liaison avec le Conseil international des archives (CIA). La Fédération internationale des archives de télévision (FIAT), la Fédération internationale des archives du film (FIAF), l'Association internationale des bibliothèques, archives et centres de documentation musicaux (IAML) et l'Association internationale d'archives sonores (IASA) ont également apporté leur concours.

2.1.5 La deuxième réunion du Comité consultatif international s'est tenue à Paris en mai 1995 et a examiné le projet de principes directeurs. Des représentants de toutes les organisations non gouvernementales (ONG) compétentes et de plusieurs organismes de financement y ont assisté en qualité d'observateurs.

2.1.6 Le projet de principes directeurs a été approuvé après quelques modifications mineures au cours de la réunion de Paris. Le présent document intitulé "Principes directeurs pour la sauvegarde du patrimoine documentaire" est l'aboutissement de ce processus.

2.1.7 L'UNESCO a chargé par voie de contrat l'IFLA et le CIA d'établir, selon leurs compétences respectives, une liste des collections de bibliothèques ou des fonds d'archives ayant subi des dommages irréparables au cours du XXe siècle et une liste des activités menées actuellement en vue de préserver le patrimoine documentaire. Par l'intermédiaire des commissions nationales, l'UNESCO devait dresser la liste des collections de bibliothèques et des fonds d'archives en péril, ainsi qu'une liste mondiale des patrimoines cinématographiques nationaux. Ces listes ont été établies au cours de l'année 1995.

2.1.8 Outre l'élaboration des principes directeurs et des listes, le programme a fait l'objet de plusieurs réunions en différentes régions du globe, et notamment d'une consultation des représentants de l'Europe centrale et orientale organisée parallèlement à la réunion du Comité consultatif international à Pultusk en septembre 1993, et d'une réunion tenue à Kuala Lumpur en décembre 1994 au cours de laquelle a été explorée la possibilité de créer un comité régional "Mémoire du monde" pour l'Asie du Sud et du Sud-Est et le Pacifique.

2.2 OBJECTIFS

2.2.1 Le programme vise quatre objectifs complémentaires et d'égale importance :

(a) 1er objectif - Préservation : assurer la préservation, par les méthodes les mieux adaptées, des éléments du patrimoine documentaire qui présentent un intérêt universel, et encourager la préservation de ceux qui présentent un intérêt national ou régional.

(b) 2e objectif - Accès : rendre ces documents accessibles à des publics très variés, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du territoire des pays qui en sont les dépositaires, et promouvoir l'égalité d'accès.

(c) 3e objectif - Diffusion de produits dérivés : élaborer des produits à partir de ces documents et leur assurer une large diffusion.

(d) 4e objectif - Sensibilisation : faire mieux prendre conscience à tous les pays du monde de la valeur de leur patrimoine documentaire, en particulier des aspects de ce patrimoine présentant un intérêt universel.

2.3 QUELQUES POSTULATS DE BASE

2.3.1 Le programme "Mémoire du monde" repose sur l'idée que certains documents, collections ou fonds appartiennent au patrimoine commun de l'humanité, à l'instar des sites présentant un intérêt universel exceptionnel qui sont inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Ces documents, collections ou fonds sont donc considérés comme revêtant une importance telle qu'elle transcende les frontières entre les époques et entre les cultures. Il convient par conséquent de les préserver pour le bénéfice des générations présentes et futures, et de les mettre, sous une forme ou une autre, à la disposition de tous les peuples du monde.

2.3.2 Préservation du patrimoine documentaire et élargissement de l'accès à ce patrimoine sont deux aspects complémentaires. Ainsi, des enregistrements numériques ou des copies sur microfilm peuvent être consultés par un plus grand nombre de personnes ; inversement, la demande peut inciter les dépositaires d'éléments du patrimoine documentaire à entreprendre des projets de préservation.

2.3.3 Le programme s'emploie à encourager l'accès aux documents, sans discrimination aucune, chaque fois que cela est possible. Dans certains cas, toutefois, les activités de préservation ont pour effet d'accroître l'accès à des documents présentant une valeur spéciale aux yeux de certaines communautés. On s'efforcera de consulter les communautés concernées. Il sera tenu compte de leurs souhaits et de leur sensibilité culturelle au moment de fixer les conditions d'accès.

2.3.4 La négligence à l'égard du patrimoine documentaire tient souvent au fait que l'on n'en perçoit pas l'intérêt. Aussi attache-t-on une importance considérable à l'organisation et à la conduite active de campagnes de sensibilisation.


2.4 QU'EST-CE QUE LE PATRIMOINE DOCUMENTAIRE ?

2.4.1 Les définitions proposées ci-après précisent les différents types de documents constituant le patrimoine documentaire et les lieux où ils sont déposés.

2.4.2 Le patrimoine documentaire comprend des documents isolés, des collections et des fonds d'archives.

2.4.3 Aux fins du programme "Mémoire du monde", un document est défini comme se composant de deux éléments : l'information qu'il contient et le support sur lequel celle-ci est fixée. L'information peut se présenter sous de nombreuses formes différentes et être fixée sur toutes sortes de supports. Il peut s'agir par exemple :

2.4.4 Une collection est un ensemble de documents individuels sans lien organique. Un fonds est une collection ou un ensemble de collections détenu par une institution ou un particulier, ou un ensemble ou groupe organisé de documents détenu par un service d'archives. Parmi les institutions qui détiennent des collections ou des fonds figurent les bibliothèques, les dépôts d'archives, les organisations telles qu'organismes éducatifs et religieux et institutions historiques, les musées, les administrations publiques et les centres culturels. Les conditions d'accès à ces éléments du patrimoine documentaire varient d'un pays et d'une institution à l'autre en fonction de la législation et de la politique propre à chaque organisme.

2.4.5 Les documents peuvent également être la propriété de particuliers ou d'organismes privés. Le degré d'accès à ces documents varie considérablement entre deux cas extrêmes : refus total d'en autoriser la moindre consultation et liberté totale d'accès. Si le contenu de certains éléments de ce patrimoine privé demeure inconnu, nombreux sont les détenteurs de documents prêts à les rendre publics, ce qui permettra de les étudier pour en déterminer la valeur.

2.4.6 Le programme "Mémoire du monde" ne fait aucune distinction entre patrimoine public et patrimoine privé. Quand bien même l'accès en est restreint, le patrimoine documentaire privé doit être considéré comme une composante potentielle de la Mémoire du monde. Le programme offre un mécanisme pour le recensement des collections privées. Il est fréquent que des documents privés passent dans le domaine public à la faveur d'un changement de circonstances. Il importe, dans l'intérêt du patrimoine mondial, de préserver ces trésors documentaires, qu'ils demeurent entre des mains privées ou deviennent propriété publique.

2.4.7 La tradition orale, transmise de génération en génération, contribue elle aussi à garder la mémoire du monde vivante. Le programme "Mémoire du monde" doit en encourager la perpétuation et l'étude en soutenant les projets relatifs à l'histoire orale, assurant ainsi la continuité des cultures par le recours à la technologie. C'est là un impératif dans bien des sociétés où les moyens traditionnels de perpétuer la mémoire sont en train de se perdre.


2.5 STRATEGIES

2.5.1 Quatre grandes stratégies sont mises en oeuvre en vue de réaliser les objectifs du programme.

2.5.2 1re stratégie - Identification du patrimoine documentaire : il s'agit tout d'abord d'identifier les éléments du patrimoine documentaire présentant un intérêt universel et de les recenser dans un Registre de la "Mémoire du monde", que ces éléments soient déjà conservés de façon adéquate ou qu'ils nécessitent des soins immédiats. L'important n'est pas de savoir si tel ou tel élément appelle une intervention, mais s'il présente un intérêt universel. On n'a donc pas cherché à préjuger du nombre des projets qui seront inscrits dans le registre, dont il y a lieu de penser qu'il évoluera, à peu près de la même façon que la Liste du patrimoine mondial a évolué, au fil des ans, depuis sa création.

2.5.3 2e stratégie - Sensibilisation de l'opinion quant à la nécessité de sauvegarder le patrimoine documentaire : il importe en second lieu d'attirer l'attention de l'opinion dans le monde sur l'intérêt du patrimoine documentaire mondial et sur la nécessité de le préserver. Cela est particulièrement important dans les pays et régions dont le patrimoine documentaire est en péril. Les activités consisteront notamment à organiser des campagnes de sensibilisation, à faire connaître le programme et à soutenir des programmes d'éducation et de formation. Certains pays n'ont pas conscience de la richesse de leur patrimoine documentaire. Ces trésors pourraient être sauvés si leur valeur était mieux connue.

2.5.4 3e stratégie - Préservation d'éléments spécifiques du patrimoine documentaire : il s'agit ensuite d'entreprendre des projets visant à préserver des éléments particuliers du patrimoine déjà inscrits sur le Registre de la "Mémoire du monde". Diverses formes d'aide pourraient être envisagées selon les projets. L'inscription sur le registre n'ouvre pas automatiquement droit à une assistance financière. Le financement de projets de préservation au titre du programme est décidé en fonction des besoins, du montant des fonds disponibles et des objectifs du programme. Certains de ces projets pourront être financés par des sources autres que l'UNESCO. Cela est même souhaitable.BR>

2.5.5 4e stratégie - Accès - Promotion et diffusion du patrimoine documentaire : un certain nombre d'éléments du patrimoine documentaire inscrits sur le Registre de la "Mémoire du monde" seront reproduits sous des formes diverses en vue de les promouvoir et de les diffuser à des fins commerciales ou non commerciales. Cela sera fait en coopération avec les propriétaires et les dépositaires de ces documents. L'objectif est double : rendre le patrimoine documentaire du monde accessible au plus grand nombre et collecter des fonds qui serviront à financer des activités du programme, et notamment des projets de préservation, dans le cadre de la troisième stratégie.

2.5.6 Les programmes complétant le programme international "Mémoire du monde" aux niveaux national et régional seront encouragés. Chaque programme national ou régional "Mémoire du monde" fera siennes les quatre grandes stratégies, en les adaptant aux besoins locaux, et constituera un élément important de l'infrastructure du programme international. De fait, le succès de ce dernier dépendra dans une large mesure des efforts, des initiatives et de l'enthousiasme des comités nationaux et régionaux.


2.6 LES PEUPLES DU MONDE

2.6.1 Le programme "Mémoire du monde" vise à susciter dans le monde entier une prise de conscience de l'intérêt du patrimoine documentaire dont dispose chaque nation. Il importe qu'un nombre aussi grand que possible de personnes comprennent la portée du programme, la nature des matériels que désigne l'expression "patrimoine documentaire", le sens que revêt leur inscription et le fait que la valeur attribuée à ce patrimoine tient à toutes sortes de raisons, et pas seulement à son ancienneté ou à ses qualités esthétiques.

2.6.2 Les groupes minoritaires au sein de certaines nations doivent être eux aussi encouragés à considérer leur patrimoine documentaire comme une composante potentielle du patrimoine mondial. Il peut se faire également que le patrimoine documentaire de certaines minorités ou ethnies déborde les frontières nationales. Ces groupes souhaiteront peut-être participer au programme par l'intermédiaire de comités "Mémoire du monde" régionaux ou sous-régionaux.


2.7 SAUVEGARDE DE LA MEMOIRE COLLECTIVE

2.7.1 Le programme "Mémoire du monde" appuie certains projets de préservation, en leur apportant éventuellement un soutien financier. Ces projets doivent être conformes aux usages professionnels les plus exigeants chaque fois que cela est possible, et observer les normes recommandées (voir annexe D).

2.7.2 La préservation comprend toutes les actions requises pour assurer l'accès au patrimoine documentaire aussi longtemps que nécessaire. Les personnes responsables de la préservation du patrimoine documentaire dans le cadre du programme "Mémoire du monde" devront avoir reçu une formation adéquate, afin d'être capables d'élaborer et de mettre en oeuvre des stratégies appropriées.

2.7.3 La préservation englobe également des programmes de conservation spécifiques visant à sauver des documents en péril. Les documents fragiles exigent souvent des techniques de conservation hautement spécialisées.

2.7.4 Dans certains cas, la préservation d'un élément du patrimoine documentaire peut être réalisée par transfert sur un nouveau support, en particulier par numérisation, photographie, copie sur microfilm, photocopie ou réenregistrement. La sauvegarde de l'information contenue dans certains documents ne peut être assurée que par de telles méthodes. Le problème délicat de l'élimination ou de la conservation des originaux doit être résolu au cas par cas. Dans certains cas, il sera approprié et possible de garder et conserver l'original ; dans d'autres, cela ne sera pas faisable ou souhaitable.

  1. La décision d'éliminer un original ne doit pas être prise à la légère, le transfert sur un autre support entraînant en général une certaine déperdition de l'information.

Programme général d'information et UNISIST - Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture


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14 Novembre 1996