UNESCO-WebWorld-Memory of the World

PGI-96/COUNCIL/.XI/4

Distribution: limitée
Paris le 22 novembre 1996
Original: français

ORGANISATION DES NATIONS UNIES
POUR L'EDUCATION, LA SCIENCE ET LA CULTURE

Conseil intergouvernemental du Programme général d'information
(Onzième réunion)

Maison de l'UNESCO, Paris, salle X (bâtiment Fontenoy), 2-3 décembre 1996

Exposé liminaire III
INTERNET : UN OUTIL POUR LE DEVELOPPEMENT
par
Joachim Tankoano, Délégué Général à l'Informatique, Burkina Faso
Résumé

1.    Le sous-développement est la résultante d'un développement inégalitaire qui s'est accumulé au fil des révolutions des moyens technologiques qui ont émaillé l'histoire de l'humanité. Le déséquilibre qu'il sous entend a connu une très forte accélération avec la révolution industrielle. Ses manifestations sont très bien connues. Elles s'appellent très faible croissance économique, démographie galopante, sous emploi, inaccessibilité aux soins primaires, malnutrition, analphabétisme, instabilité politique, etc. Par contre, le cheminement à suivre pour amorcer une réduction du déséquilibre par une accélération plus forte et plus soutenue du développement des pays défavorisés par cette situation semblent moins bien connu et fait de ce fait l'objet de controverses.

2.    L'optimisme et le volontarisme que les fervents des technologies de l'information et de la communication (TIC) appellent dans leurs discours sont ainsi souvent taxés d'utopie ou de rêve. Face à cette absence d'unanimité, la question fondamentale qui vient à l'esprit quand on oppose TIC et développement est de savoir si les TIC vont résoudre tous les problèmes de développement et changer radicalement le monde.

3.    Ce questionnement est d'autant plus important que des innovations tout aussi porteuses d'espoir comme l'école, l'électricité ou les moyens modernes de transports n'ont pas empêché la révolution industrielle d'exclure les pays du Sud des pays qui produisent des biens à grande valeur ajoutée. Mais que serait aujourd'hui ces pays s'ils avaient refusé ces innovations parce qu'ils veulent d'abord consacrer leurs énergies à la production alimentaire pour manger à leur faim ou parce qu'ils n'ont pas suffisamment de moyens pour en faire profiter au plus grand nombre.

4.    Les TIC font sûrement partie de ces innovations qui viennent, elles aussi pour creuser l'écart entre les pays qui vont parvenir à les conquérir au profit de leur développement et les autres. Pire, elles peuvent réduire la compétitivité de ces derniers dans tous les domaines au point de leur faire perdre leurs repères culturels, de les exclure totalement des milieux scientifiques et du monde des affaires.

5.    Faut-il pour autant considérer que les “info-routes” vont à elles toutes seules résoudre tous les problèmes de développement et changer radicalement le monde? Le développement est sans conteste un problème trop complexe qui nécessite d'agir simultanément sur plusieurs registres à la fois pour espérer des résultats tangibles. En outre, les TIC ne sont qu'un moyen. Il n'est donc pas raisonnable de prétendre sans risque d'erreur qu'elles vont résoudre tous les problèmes de développement et changer radicalement le monde. Elles constituent cependant une réelle chance de progrès pour l'humanité, les familles linguistiques, les pays du Nord et surtout pour les pays du Sud, qu'on ne peut ignorer.

6.    Pour l'humanité, les TIC peuvent aider

  1. à progresser vers un monde de solidarité et de responsabilité grâce à un rapprochement des êtres humains et à un meilleur partage de l'héritage de l'humanité ;
  2. à renforcer la démocratie en garantissant certains droits fondamentaux comme le droit à l'éducation, le droit à l'information et le droit à la communication ;
  3. à donner à chaque être humain les mêmes chances de réussite grâce à une démocratisation de l'accès au savoir et au savoir-faire, et à une mondialisation du marché du travail ;
  4. à démultiplier les capacités créatives de l'être humain tant dans le domaine des sciences et des techniques que dans le domaine des arts et de la culture ;
  5. à élargir les marchés afin de créer de nouveaux équilibres économiques et de nouveaux emplois dans tous les pays ;
  6. à parvenir à une meilleure maîtrise de la gestion de l'environnement et des catastrophes naturelles ;
  7. à réduire le fossé qui sépare les pays du Sud des pays du Nord.

7.    Pour les familles linguistiques, les TIC peuvent aider

  1. à favoriser la communication et les échanges et à garantir ainsi leur survie;
  2. à renforcer leur identité ;
  3. à valoriser leurs potentialités culturelles et à accroître l'impact économique de ces potentialités
  4. à créer un espace plus propice à la compréhension mutuelle, à la solidarité et au développement des synergies dans tous les secteurs d'activité afin de garantir un développement durable.

8.    Dans les pays du Nord, les TIC peuvent aider

  1. à trouver une alternative au modèle de développement issu de la révolution industrielle qui a atteint aujourd'hui ses limites ;
  2. à créer de nouveaux emplois directement ou indirectement liés à l'industrie et aux applications des TIC ;
  3. à réduire le fossé qui les sépare des pays en développement afin de valoriser le marché potentiel que ces pays constituent pour eux notamment dans le domaine des télécommunications.

9.    Dans les pays du Sud, les TIC peuvent aider

  1. à accroître l'efficacité globale de l'administration et la maîtrise de la décentralisation administrative initiée avec la mise en place des structures démocratiques, grâce à une amélioration de la circulation et du partage de l'information ;
  2. à produire à temps des informations fiables pour le pilotage de l'économie ;
  3. à offrir aux populations des possibilités nouvelles de communication avec l'administration ;
  4. à mettre à la disposition des opérateurs économiques des moyens modernes pour leur permettre
  5. à accroître par la pratique de l'enseignement à distance leur capacité
  6. à rompre l'isolement des spécialistes et à renforcer leur capacité d'innovation en leur offrant des possibilités d'accès à l'information scientifique et technique et d'insertion dans des communautés planétaires ;
  7. à assurer une meilleure gestion de l'environnement et des ressources naturelles grâce à une meilleure maîtrise de la gestion de l'information sur le milieu ;
  8. à créer ainsi des conditions plus favorables pour les investissements et pour un développement durable ;
  9. et à tirer le meilleur profit de la mondialisation par la réduction du fossé qui les sépare des pays du Nord.

10.    Ces opportunités font sans aucun doute rêver mais méritent pour plusieurs raisons que la communauté internationale se mobilise pour transformer le rêve en réalité.

11.    Parmi ces raisons, on peut citer la faisabilité d'un tel projet en particulier dans les pays du Sud. Contrairement aux secteurs qui retiennent traditionnellement l'attention des partenaires du développement de ces pays, les investissements que requiert ce nouveau secteur sont moins importants. Ils sont donc à la portée de ces pays. En outre, ces investissements sont très rentables. Ils peuvent de ce fait se fonder sur un partenariat profitable aussi bien pour ces pays bénéficiaires des infrastructures techniques à bâtir que pour les pays du Nord pourvoyeurs des financements et du savoir-faire requis.

12.    En plus d'être faisable, ce projet peut éviter de creuser davantage le fossé qui sépare le Nord et le Sud et d'amenuiser ainsi de façon irréversible les chances d'une évolution vers un monde de solidarité.

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