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 |  Société de l’information et technologies - par Yves Courrier |
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Le 3 mai 2000 était lancé sur Internet le virus ILOVEYOU, le plus dévastateur de l’histoire de l’informatique par l’ampleur géographique, technique et financière des dégâts qu’il a causés dans le monde entier. Cet événement sans précédent est-il un amusement de collégien en mal de reconnaissance ou le signe avant coureur des conflits de la société de l’information ? Il est sans doute trop tôt pour le dire. Il est certain cependant que cet événement soulève de nombreuses questions sur l’expansion mondiale des technologies de l’information et de la communication (TIC) et leur influence sur nos sociétés contemporaines.
Nul ne peut mettre en doute, en effet, que les technologies de l’information et de la communication aient pris une place prépondérante dans un très grand nombre d’aspects de la vie économique, de la vie sociale et de la vie politique actuelle. La littérature sur le sujet est extrêmement abondante ; l’ampleur du phénomène est indéniable et l’UNESCO peut difficilement l’ignorer. Car le développement fulgurant des TIC ne peut qu’avoir un impact considérable sur les domaines d’action de l’UNESCO, l’éducation, les sciences, la culture et la communication. Toutefois, nombreux sont les vocables utilisés pour décrire cette nouvelle réalité : société de l’information, révolution de l’information, société de la connaissance, révolution communicationnelle, société informationnelle et bien d’autres termes. La terminologie surabondante masque peut être une certaine confusion. Au moment où l’UNESCO doit redéfinir les priorités de son action, il n’est peut être pas inutile de réexaminer ces questions et de tenter d’entrer dans ce débat avec des termes aussi précis que possible.
La première partie de cette communication sera consacrée à ces clarifications terminologiques et l’on essaiera de décrire ce que l’on entend par société de l’information et société de la connaissance. La deuxième partie vise à discuter de manière plus concrète quelques domaines où l’évolution à la fois des TIC et de la société de l’information semble appeler l’action de l’UNESCO.
De manière générale, cette présentation, en utilisant des données économiques et historiques générales, vise à se placer à un niveau d’analyse plus théorique que celui qui est trop souvent adopté. Ceci nous amènera à remettre en question quelques idées reçues et quelques clichés concernant la place des TIC, y compris Internet, dans la Société de l’information et leur rôle potentiel dans les efforts de développement.
I.; La société de l’information et la société de la connaissance : aspects économiques et sociaux.
La confusion terminologique dont nous avons parlé cache un débat de fond. Le concept de société de l’information a été élaboré pour faire pendant à celui de société industrielle, de la même manière que la révolution de l’information fait pendant à la révolution industrielle. Ces concepts relèvent de l’histoire du développement économique et ont un sens bien précis. La révolution industrielle est une mutation fondamentale des sociétés humaines qui a pris naissance en Europe au milieu du XVIIIème siècle. Il s’agit d’une mutation fondamentale parce que dans une période relativement courte par rapport à l’histoire humaine, moins de cent ans, l’économie, le niveau de vie, les rapports sociaux et les mécanismes politiques ont été complètement transformés. Le capitalisme industriel a remplacé une économie basée sur la production agricole, les campagnes se sont dépeuplées et les masses ouvrières se sont accumulées dans les villes. Dans l’histoire économique de l’humanité, cette mutation n’a pas d’équivalent ou du moins n’en avait pas jusqu’à ce que l’on introduise le concept de société de l’information, qui correspondrait à une mutation d’ampleur aussi considérable. Mais avant de passer à cette étape, il faut préciser un point important : la révolution industrielle est une mutation plus importante que bien d’autres événements historiques comme l’invention de l’écriture ou de l’imprimerie, la " découverte " du nouveau monde ou la chute de l’empire romain à cause de l’ampleur de ses effets. Les conséquences de la révolution industrielle sont en effet un accroissement sans précédent de la productivité par la maîtrise des sources d’énergie et leurs transformations ainsi que par l’introduction de nouvelles méthodes de travail, l’explosion démographique et des nouveaux modes d’urbanisation et enfin l’élévation généralisée du niveau de vie des sociétés concernées. La seule mutation comparable serait la révolution néolithique, avec la maîtrise de l’agriculture et de l’élevage ayant amené la fin des sociétés nomades, le début de la sédentarisation de l’humanité avec la création des villes, le développement des transports et l’invention de l’écriture et enfin, les premières grandes organisations sociales. Il n’est pas indifférent dans ce contexte de souligner qu’après la révolution néolithique, les sociétés humaines vivaient dans une économie dominée par le secteur primaire, l’extraction de produits bruts et production agricole alors que la société industrielle fonctionne essentiellement grâce à la production industrielle, ou secteur secondaire.
Dans cette perspective, la troisième période de l’évolution du développement économique de l’humanité est celle de la société de l’information. L’augmentation de la productivité, et donc l’accumulation de richesses, vient de la maîtrise de l’information ou du savoir favorisés par le développement de l’éducation et la révolution des techniques de l’information et de la communication. Le secteur dominant est le secteur tertiaire. Trois révolutions ont donc été à l’origine de trois grandes périodes de l’histoire humaine, la révolution néolithique pour l’époque préindustrielle, la révolution industrielle pour la société du même nom, et la révolution de l’information pour la société postindustrielle ou société de l’information.
Ce schéma est très séduisant par sa simplicité, ce qui explique sans doute pourquoi il est si souvent utilisé. On peut se demander cependant s’il permet une analyse suffisamment fine de la réalité lorsqu’il s’agit de déterminer les lieux d’intervention d’une organisation comme l’UNESCO. Mais avant d’explorer cette question, il est nécessaire d’analyser plus précisément l’idée même de société de l’information afin de déterminer s’il est possible d’affirmer que l’humanité est passée de la société industrielle à la société de l’information, et si tel est le cas, quelles sont les conséquences de ce passage
Sommes-nous entrés dans la société de l’information ?
Dès la fin des années soixante est apparue en sciences économiques la notion de société postindustrielle. En effet, les économistes avaient perçu des tendances ‘lourdes’ dans l’évolution des économies des pays développés : le secteur secondaire (production industrielle) devait faire face à des crises profondes et perdait des emplois. Le secteur tertiaire, au contraire (éducation, services, banques, transports, santé, loisirs et tourisme, administrations publiques à tous les niveaux) était en pleine expansion et prenait une place de plus en plus importante dans les pays concernés. Ce phénomène est apparu d’abord aux Etats- Unis, mais s’est vite répandu dans l’ensemble des pays industriels. La mutation du secteur secondaire au secteur tertiaire s’est accompagnée d’un changement de nature du travail. Le travail de bureau s’est substitué au travail en usine, les cols blancs ont succédé aux cols bleus. Employés de bureau, professionnels et techniciens forment le groupe clé de l’économie de l’information : dès la fin des années soixante, ils dépassaient 50% de la population active américaine. Bien évidemment, ce changement dans la nature du travail se reflète dans les qualifications : le nombre d’années d’étude s’accroît rapidement. Alors que l’enseignement primaire était la règle dans la société industrielle, l’enseignement technique et universitaire domine la société de l’information. Le personnel hautement qualifié est indispensable pour effectuer des tâches qui exigent des compétences élevées. L’importance du capital physique diminue au profit du capital humain.
Si l’on examine de plus près les tâches effectuées, on saisit aussitôt l’importance de l’information et du savoir dans les sociétés postindustrielles : qu’il s’agisse de la recherche scientifique et technique, des nouvelles techniques de gestion, de la transmission du savoir et des produits culturels, les entreprises ne restent compétitives que si elles sont capables d’être à la pointe de leur secteur par les produits qu’elles présentent et les méthodes de vente et de gestion hautement compétitives. D’où la notion de société de l’information, introduite dès les années soixante-dix dans les milieux spécialisées, où de société de la connaissance, introduite à la fin des années quatre-vingt dix. On peut dire en fait qu’il s’agit de deux notions très proches. Elles réfèrent toutes les deux à un troisième âge de l’humanité qui succède à la société industrielle, mais la première met l’accent sur le contenu du travail et la seconde sur les agents économiques. Le terme de société de l’information fait référence aux processus de saisie, de traitement et de communication des informations nécessaires, au sens le plus large du terme ‘information’. Selon les termes de Castells, la société de l’information ‘intègre savoir et information à tous les processus de production et de distribution matérielle’ (Castells, 1998, p.120). Avec le terme de société de la connaissance, on met l’accent sur le fait que les agents économiques doivent posséder des qualifications supérieures qu’ils mettront à contribution dans l’exercice de leurs métiers. La société de la connaissance est basée sur ‘la capacité technologique à utiliser comme force productive directe ce qui fait la singularité biologique de notre espèce : son aptitude supérieure à manier les symboles.’(Castells, 1998, p.121).
Dans la mesure où l’essentiel du phénomène vient de l’utilisation au savoir -populations mieux formées, rationalisation du travail, utilisation des TIC pour manipuler le savoir – le terme " société de la connaissance " est sans doute préférable, mais en termes linguistiques, ce ne sont pas les intellectuels qui peuvent imposer un usage. Et nous continuerons dans le présent texte à utiliser le terme " société de l’information " plus couramment rencontré. La terminologie adoptée n’affecte pas l’essentiel du problème : sommes-nous en train de vivre une mutation capitale de l'histoire humaine, comparable par ses effets à la révolution industrielle ?
Nombreux sont les auteurs pour lesquels le doute n’est pas permis. J. Robinson, Professeur de Sciences politiques, aime à dire que la révolution de l’information remonte à 1885, date à laquelle le Bureau du recensement des Etats Unis, ayant pris cinq ans de retard pour dépouiller les données du recensement, fait appel à Hollerith qui invente la carte perforée et le traitement mécanographique. Alvin Toeffler, journaliste, considère que ce qu’il appelle la " troisième vague " date du milieu des années cinquante. Manuel Castells la situe pendant les années soixante-dix/quatre-vingt, période où l’intégration des technologies de la communication et de l’information fait naître le formidable développement que l’on connaît. Les variations de dates n’ont guère d’importance, si l’on se souvient que la révolution industrielle, née en Angleterre au milieu du XVIIIème siècle, a mis plusieurs décennies pour se répandre dans la majeure partie de l’Europe occidentale. Quelle que soit la date choisie pour l’" arrivée " de la société de l’information, on comprendra qu’il n’y a pas grand sens à parler d’une transition de la société de l’information à la société de la connaissance, comme si, en moins de trente ans, deux mutations d’une importance comparable à la révolution industrielle auraient pu avoir lieu. Par contre, il est important d’essayer de comprendre un peu mieux la nature de cette transition, car de cette compréhension découleront les types d’intervention à suggérer.
De la société industrielle à la société de l’information : les mécanismes de transition
Le schéma que l’on a présenté plus haut des caractéristiques respectives de la société industrielle et de la société de l’information était évidemment très simplifié. On sait que les origines et les causes de l’apparition du capitalisme industriel fait encore l’objet de controverses : certains privilégient les facteurs économiques, d’autres les facteurs culturels, d’autres enfin les facteurs politiques. Alors que cette question fait partie désormais de l’histoire, il n’en est pas de même pour l’apparition de la société de l’information, car nous sommes probablement en train précisément d’effectuer cette transition. Il nous manque le recul indispensable pour analyser avec impartialité les causes et les effets et donc choisir les modalités d’action les plus efficaces. Nous allons cependant suggérer quelques hypothèses qui vont à l’encontre des idées reçues, notamment que les technologies de la communication et de l’information sont à l’origine et la cause principale de cette transition.
Pour éclairer ce point, reprenons deux exemples qui sont considéré comme déterminant dans la transition vers la société industrielle.
Pour P. Bairoch, il y a eu plusieurs éléments qui font que cette révolution a eu lieu en Angleterre au milieu du XVIIIème siècle, avant les autres pays européens. Parmi ceux-ci, le premier facteur est une brusque amélioration de la productivité agricole qui a permis de dégager à la fois des capitaux et de la force de travail. Le deuxième est une expansion de la demande dans la sidérurgie et le textile, qui est une conséquence du premier. Le troisième élément est un milieu social qui favorisait la prolétarisation. Notons en passant que les progrès technologiques (amélioration de la machine à vapeur, notamment) ne sont venus qu’après. Il n’est pas facile d’améliorer la productivité dans un domaine particulier (agriculture, industrie ou service), mais on peut certainement créer un environnement favorable. On peut aussi dégager des capitaux pour favoriser la croissance comme l’a fait le Plan Marshall à l’égard de l’Europe dévastée après la seconde guerre mondiale. Par contre, une action sur le milieu social est beaucoup plus difficile à mettre en œuvre avec des résultats très incertains. Le fait que le milieu social anglais favorisait la prolétarisation est un facteur sur lequel il semble difficile d’agir.
On connaît, et c’est là le deuxième exemple, la thèse classique de Max Weber selon laquelle l’éthique protestante, qui considère la réussite matérielle comme une confirmation d’une conduite juste et donc de l’élection divine, aurait favorisé le développement du capitalisme industriel dans le Nord de l’Europe. On sait, par ailleurs, que la diffusion de la religion réformée est due en grande partie à l’expansion foudroyante de l’imprimerie, qui a permis aux croyants réformés d’accéder par eux-mêmes à la Bible. Personne ne prétendra qu’il était possible d’agir ni sur le développement technique de l’imprimerie, dont les éléments constitutifs existaient déjà depuis plusieurs siècles en Extrême-Orient, ni sur le contenu et les sphères d’expansion de l’éthique protestante.
Qu’en est-il pour la transition vers la société de l’information ?
Pour clarifier la présentation de notre hypothèse concernant ces phénomènes complexes, nous continuerons à nous placer sur un plan macro-économique. La période où, dans les pays développés, la majorité de la population active est passée dans le secteur tertiaire est la fin des années soixante et le début des années soixante-dix (Bairoch, 1997, III, p.378). Cette date correspond à la fin des ‘trente glorieuses’, très mauvais vocable puisqu’il ne s’agit que d’une vingtaine d’années… En d’autres termes, c’est pendant les années cinquante et soixante que s’est préparé le changement fondamental et presque constitutif de la société de l’information. Il est la conséquence d’un développement économique très rapide en Europe et en Amérique du Nord, celui du Japon accusant un certain décalage. Il faut souligner que cette transition, toujours en termes macro-économiques, n’a pas directement affecté le secteur secondaire, car les transferts de population active -au niveau des statistiques globales- se sont effectués du secteur agricole directement vers le tertiaire. Selon les définitions généralement admises, ceci signifie que l’importance économique et sociale du secteur secondaire n’ayant pas diminué durant cette période, on se trouvait toujours jusqu’à la fin des années soixante dans la société industrielle.
Deux autres caractéristiques importantes de cette période méritent d’être signalées par rapport aux événements qui vont suivre et leur interprétation. La première est l’augmentation spectaculaire du taux de fréquentation de l’enseignement supérieur. Entre 1950 et 1970, les taux bruts de scolarisation universitaire sont passés en Europe d’une moyenne de 3% à 20% et aux Etats Unis de 20% à 49%. On a d’ailleurs souligné que cette augmentation du pourcentage américain s’explique par le programme de bourses d’enseignement supérieur lancé à la fin de la seconde guerre mondiale pour éviter le chômage des G.I. démobilisés (Chorafas, 1970). Dans certains pays, notamment les Etats-Unis et la France, cette mutation s’est vue multipliée par le fameux baby-boom. Les premières ‘cohortes’ du baby-boom sont arrivées à l’âge adulte vers la fin des années soixante et sont entrés en masse dans l’enseignement supérieur, créant la fameuse crise de 1968.
La seconde caractéristique est le développement spectaculaire de la recherche scientifique, militaire d’abord à cause de la guerre froide, mais également civile, avec un progrès technologique sensible.
Au début des années soixante-dix, et avec les deux chocs pétroliers, a commencé une longue période ponctuée de crises et qui a duré jusqu’à la fin du siècle, presque trente ans. Durant cette période, les grandes entreprises ont fait d’énormes efforts de transformation et d’innovation, downsizing, recherche de la qualité totale, organisation basée sur le ‘juste à temps’, recherche de la maîtrise des réseaux de clientèles. Ces transformations nécessitent la maîtrise de l’information. Comme l’a si bien démontré Castells (1998), malgré les développements fulgurants des technologies de l’information et de la communication des années soixante-dix et quatre-vingt, fibre optique, microprocesseurs, satellites de télécommunication, téléphone cellulaire et Internet, il a fallu attendre presque vingt ans, c’est-à-dire le début des années quatre-vingt dix, pour constater une nette amélioration de la productivité et une reprise ferme et durable. En d’autres termes, ce décalage temporel de deux décennies démontre que ce ne sont pas les nouvelles technologies de l’information et de la communication qui ont provoqué le passage des pays développés dans la société de l’information. C’est la demande créée à la fin des années soixante-dix par le développement du secteur tertiaire et un accroissement sensible d’une population ayant bénéficié de l’enseignement supérieur qui permit le développement d’un marché des TIC. Celui-ci a pu à son tour accélérer la transition vers la société de l’information de la même manière que la maîtrise de l’énergie est venue accélérer la révolution industrielle mais ne l’a pas provoquée.
Ce renversement de perspectives est essentiel au moment où l’on cherche à identifier les domaines d’action prioritaires de l’UNESCO, comme on le verra plus tard. Mais il est nécessaire, auparavant, de clarifier d’autres éléments concernant la transition vers la société de l’information.
Société de l’information, capitalisme mondial et développement.
Revenant une fois de plus à la société industrielle, on se souviendra que le capitalisme marchand a précédé le capitalisme industriel. En d’autres termes, ce n’est pas la révolution industrielle qui a ‘créé’ le capitalisme qui lui préexistait. Toutefois, celle-ci à donné à celui-là un visage entièrement nouveau, largement documenté dans l’histoire, la littérature et la science politique : l’exploitation de masses ouvrières par le capitalisme ‘sauvage’. Le capitalisme s’est révélé souvent – mais pas toujours, loin de là – être un système de valeurs où le profit est le seul moteur de l’action. Le principe de la libre entreprise suppose trop souvent une philosophie implicite selon laquelle la libre concurrence favorise la survie des meilleurs, et aboutit à ce que l’on a appelé le ‘darwinisme social’. De nombreux auteurs ont déjà fait le parallèle entre l’âge d’or du capitalisme industriel international des années 1870-1914 et l’époque actuelle, toutes deux caractérisées par des situations de monopoles, les fortes concentrations du capital, les fortunes colossales de quelques individus, la recherche du profit sur la scène internationale, sans parler des pratiques malhonnêtes ou violentes pour arriver à ses fins. Ils ont aussi souligné l’absence de mécanismes de régulation – hier à l’échelle de l’occident, aujourd’hui à l’échelle mondiale – pour tempérer les excès du système : lois anti-trust, limitations des heures de travail, protection des femmes et des enfants, représentation syndicale, etc… la seule différence est que le capitalisme industriel avait pour base le secteur secondaire alors que l’essor actuel du capitalisme mondial a pour moteur le secteur tertiaire et l’utilisation, au sens large du terme, de l’information et de la connaissance.
Il a fallu des décennies de luttes sociales et politiques pour que les autorités gouvernementales introduisent en Occident des mesures de protection sociale et divers mécanismes de redistribution des ressources pour protéger les plus faibles. Elles ont également mis sur pied des mécanismes nombreux de protection des syndiqués et des syndicats dans le droit du travail et sur la scène politique. Ces acquis sociaux et politiques ont abouti à des transferts monétaires énormes (20% à 50% du PIB selon les pays) qui ont amené à la création de l’’Etat providence’ des années soixante/soixante-dix.
Les crises répétées des années soixante-dix/quatre-vingt que nous avons déjà évoquées ont abouti à une remise en cause très sérieuse de ce modèle. La plupart des pays occidentaux ont essayé dès lors de stabiliser et même de réduire les dépenses sociales et de mieux contrôler le budget de l’état et la dette publique. Les arrivées au pouvoir de M. Thatcher en Grande Bretagne et de R. Reagan aux Etats-Unis ne sont que les plus connus de ces épisodes, l’ultralibéralisme s’étant imposé dans de nombreux pays occidentaux, avec les phénomènes massifs d’exclusion que l’on connaît. Toutefois, la grande majorité de ces pays ont maintenus les acquis de l’Etat providence.
Ce bref rappel est important, car en soulignant les principes de fonctionnement du capitalisme – libre entreprise, recherche du profit, libre concurrence et lois du marché -, on met en évidence qu’ils ne sont pas liés par nature à un type de société ou à un autre. On peut donc raisonnablement supposer qu’ils continueront à fonctionner librement, d’autant plus que le seul modèle alternatif connu, le socialisme d’état, s’est terminé par un échec total. Toutefois, il faut souligner que, si les pays occidentaux, après des décennies de luttes politiques et sociales, ont réussi à obtenir l’introduction de mécanismes qui limitent – ou limitaient – les effets les plus excessifs du capitalisme, tel n’est pas le cas dans de nombreux pays en développement.
Ceci nous mène à la seconde caractéristique de la société industrielle : si on analyse les faits sérieusement, on s’aperçoit qu’elle a touché en grande majorité les pays occidentaux, laissant la plus grande partie de la planète dans le sous-développement. On n’entrera pas ici dans les discussions sur les véritables causes du sous-développement, des rôles respectifs du colonialisme, de l’esclavagisme, des despotismes locaux ou des guerres civiles, de l’exploitation des ressources primaires minières et agricoles, de la dégradation des termes de l’échange ou de l’augmentation de la dette. Mais on doit rappeler qu’aussi bien la révolution industrielle que le début de la révolution de l’information ont bénéficié presque exclusivement aux sociétés occidentales, phénomène qui a conduit à la création du concept d’impérialisme, aujourd’hui tombé dans l’oubli, qui suppose que l’Occident s’est développé au détriment du reste du monde. Sans vouloir entrer dans ce débat, on doit néanmoins constater que dans une perspective historique globale, l’émergence de quelques grandes puissances économiques comme le Brésil, la Chine ou l’Inde et d’une poignée de ‘dragons’ asiatiques laisse encore dans le sous-développement la majeure partie de l’humanité. Selon la terminologie marxiste, le tiers-monde serait le prolétariat du XXIème siècle. Comme l’ont constaté beaucoup d’auteurs, le capitalisme est devenu mondial dans le sens où les décisions sont prises à l’échelle de la planète par des conglomérats dont la puissance économique est largement supérieure à celle de nombreux états. C’est donc l’humanité entière qui est affectée par des décisions pour lesquelles il n’existe pas de cadre régulateur digne de ce nom.
On peut facilement illustrer ce point en rappelant un phénomène maintenant bien connu, l’hypertrophie du tertiaire dans de nombreux pays en développement. Selon Bairoch (1997, III, pp.743-744), il est le résultat de la croissance trop rapide des villes et se caractérise par des excès d’emploi non productif dans les services commerciaux et les services publics. Cette situation montre que la croissance du secteur tertiaire ne suffit pas, à elle seule, à placer un pays dans la société de l’information. Pour que les effets de la croissance de ce secteur soient bénéfiques, il faut qu’elle améliore la productivité, ce qui n’est possible que sous certaines conditions comme la présence d’activités productives, d’une infrastructure de transport et de communication, d’une population éduquée etc…, conditions malheureusement souvent absentes dans les pays en développement. On sait que les mesures de réajustements structurels imposées par les institutions de Bretton Woods avaient pour but de corriger cette situation. Ainsi, 36 pays regroupant 670 millions d’habitants ont " bénéficié " des facilités d’ajustement structurel renforcé entre 1987 et 1994. Mais la réduction brutale du secteur tertiaire – y compris santé et éducation – était une action n’agissant que sur les symptômes. Cet exemple est très significatif : il montre que le capitalisme ultralibéral fonctionne selon sa propre logique avec des effets pervers dans de nombreux pays en développement. Selon Pierre de Senarclens (1998, p. 90) : " La crise de l’endettement des années quatre-vingts fut d’un bout à l’autre une affaire politique. Sa gestion refléta des rapports d’hégémonie et de pouvoir. Par le biais de ses exigences à l’encontre des pays endettés, le gouvernement américain a propagé directement, ou par l’intermédiaire du FMI et de la Banque mondiale, le modèle d’économie d’inspiration néolibérale. Les institutions financières internationales ont recommandé des modalités d’ajustement structurel que les pays de l’OCDE, infiniment plus riches, n’acceptaient pas pour eux-mêmes ". La dynamique du système, qui a facilité pour les pays développés le passage de la société industrielle vers la société de l’information, n’aura pas nécessairement les mêmes effets pour les pays en développement. On peut même craindre sérieusement des effets opposés.
Ainsi, on peut affirmer sans hésitation que l’idéologie libérale selon laquelle l’augmentation générale des richesses aboutira nécessairement à une meilleure répartition de ses bénéfices doit encore faire ses preuves si on se place du point de vue de l’humanité dans son ensemble. Une position moins minimaliste peut facilement soutenir que le capitalisme mondial est actuellement dans une période ultralibérale qui rappelle celle du tournant du siècle précédent dans laquelle la majeure partie de l’humanité ne peut bénéficier d’aucun mécanisme de régulation ou de rééquilibrage des ressources équivalent à ceux qui ont été mis lentement en place dans les pays occidentaux à l’ère du capitalisme industriel.
La société de l’information : exclus et privilégiés
En somme, il faut rester précis lorsque l’on évoque les concepts de ‘société industrielle’ et de ‘société de l’information’. Du point de vue des bénéficiaires, ils ne s’appliquent qu’à une partie minoritaire de l’humanité, qui a réussi à établir certains équilibres sociaux à la suite d’une longue histoire de luttes politiques et sociales, équilibres fortement ébranlés par les phénomènes d’exclusion. La majorité de l’humanité par contre ne bénéficie aucunement, ni en termes de santé, ni en terme d’éducation, ni en termes de niveau de vie, ni en termes d’emplois ou de protection sociale, des formidables progrès qu’ont connus les pays développés, qu’ils soient de l’occident ou d’ailleurs.
Ce n’est pas le développement des TIC qui a permis de passer de la société industrielle à la société de l’information. Les technologies ne sont venues qu’après, pour faciliter et multiplier les effets du passage à la société de l’information. Elles n’ont pu avoir cet effet multiplicateur que sur la base de l’infrastructure très sophistiquée, à la fois matérielle et humaine, dont bénéficient les pays développés à la suite de la révolution industrielle. Pour de nombreux pays en développement, où manquent des composantes essentielles de cette infrastructure, les technologies ne peuvent avoir des effets semblables. Le discours trop souvent répété selon lequel les technologies de l’information vont permettre aux pays en développement de ‘sauter’ (leapfrog) les étapes du développement et les amener dans la société de l’information est une imposture.
Du point de vue des mécanismes fondamentaux, le capitalisme libéral mondial semble être le moteur essentiel de cette évolution, alors que ni les principes idéologiques de ce système ni le contexte politique international actuel ne dressent quelque limite que ce soit à sa dynamique ou à son emprise sur les sociétés humaines, notamment dans les pays en développement. Contrairement à ce que propose le discours du capitalisme libéral, l’augmentation des richesses n’aboutit pas nécessairement à une meilleure répartition de ses fruits. De nombreux pays en développement souffrent des effets pervers de la gestion mondiale du capitalisme, l’appauvrissement des zones rurales ou isolées, l’urbanisation pléthorique et l’hypertrophie du tertiaire.
Pour aller au bout du raisonnement, il ne faut pas craindre d’affirmer que pour une organisation intergouvernementale comme l’UNESCO, qui de part son Acte constitutif doit agir en vue de la ‘solidarité intellectuelle et morale de l’humanité’, la notion de ‘société de l’information’, si elle est prise au sens précis que lui donnent actuellement les économistes et les sociologues, masque la situation tragique de la plus grande partie de l’humanité et n’a de valeur opérationnelle que limitée.
Pourtant, il est indéniable que les technologies de l’information et de la communication sont dans une phase d’expansion extraordinaire. On leur prédit un avenir très prometteur qui influencera la majeure partie sinon toutes les facettes de la vie économique, sociale, culturelle et politique. Nous croyons avoir montré qu’il est inexact de dire que les TIC sont la cause principale du passage de la société industrielle à la société de l’information. Il reste à examiner les effets dans les domaines de compétence de l’organisation de l’arrivée de la société de l’information et des développements très rapides des TIC.
II. L’UNESCO, la société de l’information et les progrès technologiques.
Les clarifications théoriques et terminologiques de la première partie visaient à établir un cadre de discussion aussi précis que possible. Nous examinerons dans cette deuxième partie des questions beaucoup plus concrètes dans les domaines de compétence de l’UNESCO. Toutefois, il est nécessaire auparavant de décrire plus précisément ce que l’on entend par TIC et, sur la base des données fournies entre autres dans le Rapport mondial sur la communication et l’information 1999-2000, d’en décrire l’évolution récente au niveau mondial.
Les technologies de l’information et de la communication : développement et utilisations.
Les TIC représentent un très large éventail de produits créés pendant une longue période : téléphone, radio, télévision, satellites, fibres optiques, ordinateurs sont les exemples les plus connus, mais il faut ajouter tous les appareils du multimédia : appareils photos, caméras, jeux électroniques, bornes informatiques, disques analogiques ou digitaux, modems, toute la variété des terminaux informatiques et tous les appareillages à fonctionnement électronique à utilisation industrielle ou domestique. En termes économiques, les TIC correspondent à quatre grands secteurs : les télécommunications, l’électronique, l’informatique et les mass média.
On oublie malheureusement trop souvent que la plupart de ces technologies sont liées à des services bien précis (service pris au sens de la science économique) et que l’on ne peut les dissocier sans prendre le risque de n’avoir qu’une vue très partielle de la situation. Déjà les Perses avaient inventé, avec la ‘technologie’ du cheval, un service postal, qui dans d’autres civilisations, a plus ou moins suivi les progrès technologiques utilisables (train, avion, télégraphe et téléphone). Les services d’information et de loisirs de masse ont commencé avec le livre et le journal imprimé. Cinéma, radio et télévision et Internet sont venus prendre la place qui leur revenait et ont parfois bousculé les technologies plus anciennes. Plus récemment, les décisions de dérégulation ont permis de dissocier l’infrastructure du téléphone des différents services qui y étaient traditionnellement attachés. Et la bataille d’Internet est désormais placée sur les services offerts plus que sur l’accès.
Comme le montre C. Hamelink (Rapport mondial sur la communication et l’information 1999-2000, Chapitre 1), l’ensemble des technologies et des services d’information constitue un secteur extrêmement dynamique des économies occidentales, à la fois par les taux de croissance, par les masses financières en jeu et par les mouvements de concentration financière, sans parler des variations boursières qui sont encore dans toutes les mémoires.
Dans le contexte capitaliste que nous avons évoqué dans la première partie, cela signifie que la concurrence joue à plein dans une course effrénée de conquête des marchés. On en tire donc aisément la conséquence que pour rester concurrentiel, il faut absolument adopter les nouvelles technologies dans tous les domaines où elles peuvent s’appliquer. Malheureusement, toutes les statistiques dans ce domaine convergent, et on peut comparer les chiffres du Rapport mondial sur la communication 1999-2000 de l’UNESCO avec ceux du PNUD, de l’UIT ou de l’OCDE : qu’il s’agisse d’équipement (télécommunication, informatique ou mass média) ou de services, l’écart entre les pays développés et les pays en développement ne cesse de se creuser. Les forces économiques qui sont en jeu dépassent largement les possibilités d’action d’une organisation comme l’UNESCO. Il est intéressant également d’examiner de près les statistiques fournies dans le Rapport mondial que l’on vient de citer sur la communication et l’information, notamment au chapitre 12. On constatera que s’il est vrai que le tirage des quotidiens par habitant est en légère régression sur vingt ans (il ne s'agit donc pas d’une chute brutale), le nombre d’objet postal par habitant continue d’augmenter, ainsi que l’équipement en appareils de radio et de télévision. Ainsi, l’utilisation de technologies et de services traditionnels continue d’augmenter et comme on l’a constaté maintes fois, il est faux de prétendre que les nouvelles technologies se substituent toujours aux anciennes. On peut même souligner à cet égard l’explosion de la production de livres sur la technologie !
On peut donc se demander s’il ne faudrait pas relativiser le discours technologiste dominant. Dans sa stratégie de conquête des marchés, le capitalisme mondial attribue aux TIC des vertus qu’elles n’ont peut-être pas et martèle un discours exagérément optimiste dans le seul but d’élargir le marché potentiel des TIC au niveau mondial (Bomsel et Le Blanc, 2000, p.82). Une analyse un peu précise des notions en jeu devrait permettre de mieux cadrer leur impact réel et leurs conséquences éventuelles.
La polysémie du terme d’information
On l’a vu dans la première partie, l’idée de " société de l’information " renvoie à une notion d’information extrêmement large. Elle englobe toute activité individuelle ou collective qui fait intervenir l’intelligence humaine. De leur côté, les technologies de l’information et de la communication font nécessairement référence à une information que l’on peut mettre sur un support. Jusqu’à maintenant, il pouvait être analogique (par exemple pour le téléphone, la radio et la télévision) ou numérique (ordinateurs, réseaux numériques). Faut-il rappeler que, malgré la tendance très forte au tout numérique, d’énormes quantités d’information ne sont pas encore disponibles sous cette forme. Par ailleurs, la relation entre le support, la collecte, le traitement et la diffusion de l’information est loin d’être simple. La diffusion d’émissions de radio et de télévision à des milliards d’êtres humains, notamment dans le domaine du sport, n’a pas de commune mesure avec les informations numérisées circulant sur Internet, dont le nombre d’utilisateurs, en août 1998, était estimé à environ 130 millions de personnes, dont 73% aux Etats-Unis d’Amérique.
On distingue traditionnellement plusieurs niveaux d’information : les données, qui sont des relevés de quantité, les informations ou les faits, qui sont des énoncés utilisant le langage naturel, les connaissances, qui sont un ensemble de savoirs théoriques ou concrets sur un sujet donné. Les capacités de collecte, de traitement et de diffusion des informations, y compris numérique, varient beaucoup selon que l’on parle des unes ou des autres. Que l’on songe à la mode si vite passée des systèmes experts ou aux longs tâtonnements de la traduction automatique. Il faut également distinguer une information, même au sens très large, d’une transaction. La première est présente dans un système d’information et apparaît à la demande de l’utilisateur, la seconde constitue un acte juridique ou commercial qui lie deux acteurs et qui a des effets dans la réalité. Comment comparer le nombre de pages web ‘vues’ avec les flux sur les marchés des changes, estimés en 1998 à 1500 milliards de dollars par jour ?
L’économie numérique
Déjà se profilent les caractéristiques de l’économie numérique : c’est le secteur des TIC qui est le moteur de la croissance. Aux Etats-Unis d’Amérique, bien qu’il représente 8% du PIB, il a contribué pour 35% de la croissance du pays entre 1995 et 1998. Internet et le commerce électronique deviennent une nouvelle frontière. Les gains de productivité proviennent de la mise en réseau, c’est-à-dire de la capacité de constituer une clientèle et de la fidéliser. C’est ce qui explique la dynamique très concurrentielle dans ce milieu, où les stratégies des grands conglomérats cherchent à combiner l’accès physique, le transport et les services qui retiennent le client. Il s’agit de valoriser " le verrouillage informationnel des clients. " (Bomsel et Le Blanc, 2000, p.87). Dans ce nouveau champ d’activité, le plus frappant et sans doute le plus pertinent pour l’UNESCO n’est pas tellement la dynamique commerciale, que la fusion dans un même marché des activités de loisirs, éducatives, culturelles et communicationnelles, d’où la création du néologisme anglais ‘infotainment’.
Bien entendu, ce nouveau champ atteindra à un moment donné ses limites. C’est à la fin du XIXème siècle que sont nées la grande distribution de proximité, les grands magasins et la vente par correspondance, qui utilisaient les nouvelles technologies de l’information qu’étaient à l’époque le télégraphe, le téléphone et la machine à écrire. La question est de savoir, comme pour la vente par correspondance, à quel moment le commerce électronique atteindra son niveau de saturation. Et cela, bien sûr, personne ne le sait. L’expérience montre toutefois que le plus important dans ce type d’activités est la maîtrise de la chaîne logistique pour satisfaire le client (Licoppe, 2000, p.89).
Ces questions sont extrêmement complexes et devraient certainement donner lieu à un travail de réflexion approfondie. On se contente trop en la matière de slogans ou d’idées vagues ou superficielles. Et on ne fait pas la distinction capitale entre les activités qui sont strictement du domaine de l’économie, les transactions, des aspects sociaux, éducatifs, culturels et politiques, qui sont du domaine de compétence de l’UNESCO. Il ne sera pas possible, même à titre d’ébauche, d’entrer dans ce débat et nous nous limiterons à l’identification de quelques domaines d’action de l’UNESCO où les technologies de l’information semblent avoir un impact important et, à la lumière des distinctions qui viennent d’être proposées, de faire des suggestions aussi précises que faire se peut.
Société de l’information et éducation
Au premier marché mondial de l’éducation qui s’est tenu à Vancouver en mai dernier, on estimait que le chiffre d’affaires de ce nouveau marché s’élèverait à 90 milliards de dollars en 2005. Cet optimisme fera-t-il écarter les derniers doutes sur l’impact des technologies de l’information sur l’éducation ? Peut-être là aussi, faut-il faire la différence entre des prétentions abusives et des possibilités réelles. Certes Internet et les autres TIC permettent de développer des produits très sophistiqués d’excellente qualité. Sans nul doute, l’interactivité du réseau donne des possibilités considérables pour améliorer le contact entre l’apprenant et le matériel qui lui est soumis. Très certainement, l’enseignement à distance bénéficiera de ces améliorations. Doit-on en conclure que les systèmes éducatifs nationaux doivent être complètement renouvelés ? Cela est moins sûr.
En premier lieu, la prudence s’impose car d’autres promesses technologiques n’ont pas été tenues : déjà au début des années soixante-dix, le développement de l’informatique (qui était déjà interactive) et du multimédia (radio, télévision, diapositives, films) promettait une révolution des méthodes d’enseignement. Grâce à l’utilisation d’une documentation multimédia très riche, le maître disposerait d’instruments pédagogiques extraordinaires. Il ne serait plus le dispensateur du savoir, désormais contenu dans la documentation ou l’ordinateur, mais le guide ou le conseiller de l’apprenant. On sait ce qu’il est advenu de toutes ces belles promesses. Certes, il y a quelques émissions de radio ou de télévision éducatives qui ont réussi à émerger. On commence à trouver des sites Internet et des cd-rom éducatifs de qualité. Est-ce que le processus d’enseignement a été bouleversé ? A mon avis non, pour des raisons à la fois théoriques et pratiques.
Une raison théorique me semble capitale : l’enseignement ne se réduit pas à la transmission de l’information pour plusieurs raisons. En premier lieu, les marchands de technologie supposent, et parfois affirment que toute information enregistrée est automatiquement transmissible. Rien de plus faux. Depuis les années soixante-dix, la base de données de la bibliothèque nationale de médecine des Etats-Unis, Medline, est accessible en ligne. On peut y trouver les derniers résultats de la recherche médicale. Ceci ne veut pas dire que l’on peut se soigner en ligne. Seul le médecin peut donner un diagnostic faisant suite à un examen clinique. L’immense majorité de la population est incapable d’interroger la base de données, tout simplement parce qu’elle ne connaît pas le langage spécialisé et extrêmement précis utilisé par les médecins. En second lieu, l’acquisition d’un savoir ou d’un savoir-faire ne se limite pas à l’acquisition d’une information. On peut ouvrir cent fois la première page d’un abécédaire sans apprendre à lire. Ce qui est vrai pour l’alphabétisation de base est encore plus vrai pour la formation à des professions hautement qualifiées : l’ingénieur ou le médecin ne sont pas des banques de données à interroger. Ils ont acquis des savoir-faire, des attitudes et même des valeurs, que l’on pense par exemple au serment d’Hippocrate, qui sont transmis de manière plus ou moins formelle à travers le système éducatif et la fréquentation des pairs. En troisième lieu, l’enseignant joue un rôle capital de motivation et d’orientation qu’aucune machine ne pourra remplacer. C’est d’ailleurs une des difficultés majeures de l’enseignement à distance, qui souffre de taux d’abandon excessifs. Enfin, en quatrième lieu, le système éducatif n’a pas pour unique but l’obtention d’une qualification ou d’un diplôme. Le Rapport Faure parlait ‘d’apprendre à être’ et le rapport Delors ‘d’apprendre à vivre ensemble’. Deux formules lapidaires lourdes de sens : le rôle social du système éducatif n’est plus à défendre dans l’enceinte de l’UNESCO, mais il reste du travail à faire à l’extérieur.
Faut-il s’étendre sur les raisons pratiques, largement connues de tous ceux qui ont travaillé dans ce domaine des technologies éducatives. Il est très difficile de faire des produits de qualité : cela nécessite des investissements élevés en temps, en équipement, en argent et en compétence. Les produits obtenus doivent s’adresser à une audience bien ciblée et pour être utilisés dans un autre environnement, nécessitent des adaptations. Celles-ci, que ce soient des adaptations linguistiques (traduction) ou culturelles, sont également très dispendieuses en coût et en temps. Souvent, le matériel indispensable pour utiliser ces produits n’est pas disponible ou appelle des conditions d’utilisation très contraignantes. Enfin, les produits obtenus vieillissent vite.
Quoique l’on puisse lire sur le potentiel d’Internet en éducation permanente (voir par exemple le Chapitre 2 du Rapport mondial sur la communication et l’information), il faut donc observer une certaine prudence sur les conséquences réelles des développements des TIC pour l’enseignement en général.
Cette discussion remet en cause une logique trop souvent défendue et qui se présente ainsi : la société de l’information créera une grande mobilité de l’emploi et il sera nécessaire d’étudier tout au long de sa vie. Les TIC permettent un tel enseignement, notamment par l’éducation à distance. Il est donc urgent d’investir dans l’enseignement à distance qui devient dès lors prioritaire. Bien qu’une bonne partie des faits invoqués soient réels, les conséquences que l’on en tire sont largement excessives. Pour la grande majorité de la population à travers le monde, la formation initiale dans le système éducatif traditionnel restera la règle : les ingénieurs, les avocats, les chercheurs, les médecins, les gestionnaires et les fonctionnaires acquièrent, comme on l’a dit plus haut, des savoir-faire et des valeurs dont on voit difficilement qu’ils puissent être transmis par le seul biais des technologies, même améliorées par un environnement humain. De surcroît, il faut des mécanismes qui garantissent la qualité de certains niveaux de qualification. Parfois, c’est l’état lui-même, parfois ce sont les institutions éducatives et parfois les corporations professionnelles. Dans tous les cas, on ne peut promouvoir l’enseignement à distance et l’utilisation des TIC sans poser la question de la validation des formations dispensées par ces moyens.
Est-il nécessaire de préciser que les vues qui viennent d’être présentées ne doivent pas être considérées comme une attitude systématiquement négative. Elles ont pour but de faciliter une appréciation plus juste des possibilités réelles des TIC par rapport à la fonction éducative en général, en opposition avec des revendications souvent excessives des ‘vendeurs’ de technologie. Une telle appréciation devrait avoir des incidences très concrètes à la fois sur les priorités et les options d’action de l’UNESCO, ainsi que sur les positions que l’Organisation défend.
Société de l’information et créativité.
Les enjeux de la société de l’information, on l’a déjà vu, ne sont pas tellement dans les technologies. Au fond, ces dernières viennent remplacer les activités symboliques répétitives ou relativement simples comme les échanges d’information, le traitement logique ou mathématique et les transactions commerciales ou financières. Le parallèle est frappant avec la manière dont la force de travail humaine, avec les progrès de la société industrielle, s’est vue rapidement remplacée par les sources d’énergie naturelle et artificielle. Par contre, ce qui est proprement humain, c’est la créativité, la capacité d’innover en faisant appel au travail mental élaboré qui exige l’intervention des capacités linguistiques et intellectuelles et qui est difficilement remplaçable par la machine. Ce n’est pas le lieu de s’interroger ici sur la nature exacte de ce processus, encore largement inaccessible au savoir scientifique ; mais pour les besoins de la présentation, il est utile de distinguer la créativité d’ordre scientifique de celle qui est d’ordre culturel.
Les discussions sur la brevetabilité des gènes ne sont que la partie visible de l’iceberg. On a déjà évoqué l’importance de la recherche scientifique. C’est un atout majeur dans la compétition très vive qui se joue sur le marché mondial. Depuis la fin de la guerre froide, les investissements publics dans la recherche sont en train de baisser et le secteur privé s’en empare. L’idée que les connaissances scientifiques font partie du bien public est remise en question. Les entreprises qui investissent dans la recherche visent à en tirer le plus de bénéfices possible. On voit donc des chercheurs retarder la publication de leur découverte pour que l’entreprise qui les paie – ou eux-mêmes – puissent obtenir les brevets qui y correspondent. La validation par les pairs, mécanisme fondamental de la recherche, s’en trouve entravée. Les grandes entreprises se trouvent largement favorisées, car le coût marginal du dépôt des brevets est relativement faible pour elles. En outre, certains états ont confié à des entreprises privées la constitution de bases de données recueillies grâce à des fonds publics et qui portent sur le bien public, rendant inévitable la commercialisation de données du domaine public. Il faut se demander si le rendement social de la recherche privatisée est aussi élevé que celui de la recherche publique. Comme le titrait Le Monde du 30 mai 2000, " la privatisation de l’activité de connaissance menace de bloquer l’innovation ".
Le handicap des pays en développement dans ce contexte est terrible. Alors qu’ils souffrent depuis au moins trente ans de l’exode des cerveaux, ils se voient dénié l’accès au savoir. En 1996, les Etats-Unis d’Amérique dépensaient moins de 8 milliards de dollars pour des licences d’exploitation de brevets alors que les recettes de ce pays s’élevaient à plus de 32 milliards de dollars…On peut consulter aussi les indicateurs scientifiques mondiaux du Rapport mondial sur la Science de 1998 pour constater le poids démesuré de la triade Union Européenne/Etats-Unis d’Amérique/Japon qui s’arroge 92% des brevets mondiaux déposés en 1995. Les enjeux de cette évolution risquent d’être cruciaux pour l’évolution de l’humanité ; l’avance prise par plusieurs pays dans ce domaine ne devrait pas empêcher la communauté internationale de se pencher sur ces questions. Pour le Rapport mondial sur la science : " le message est limpide. L’état doit assumer une responsabilité majeure et intervenir pour assurer l’équilibre des deux ensembles de politiques afin de garantir que la science soit soutenue en tant que bien public en attendant que la société soit en mesure d’absorber les bouleversements créés par les forces du marché. " (p.285)
La créativité d’ordre culturel est plus difficile à mesurer, comme en atteste la lecture du premier Rapport mondial sur la culture, mais les problèmes n’en sont pas moins aigus. Pour les auteurs du Rapport, il ne fait pas de doute que la culture est devenue un secteur économique qu’il faut placer dans le contexte de la globalisation. Pour utiliser les termes de B. Miège (Rapport mondial sur la communication et l’information, 1999-2000, chapitre 3), on assiste à un élargissement de la production marchande et industrialisée de la culture, alors qu’une des conditions essentielles de la production culturelle est un lien étroit avec les communautés d’appartenance. Les forces du capitalisme mondial risquent donc d’affecter la créativité et la diversité culturelles, alors qu’elles sont toutes deux des composantes indispensables d’un développement endogène et durable.
Au-delà de ce problème général, deux autres questions plus techniques doivent être réexaminées à la lumière des développements des TIC, celle du droit d’auteur et celle du patrimoine culturel. La première question a été largement étudiée dans le Rapport mondial sur l’information publié en 1997 et dans le Rapport mondial sur la communication et l’information 1999-2000. La propriété intellectuelle comprend des droits économiques et moraux. Les premiers permettent l’établissement d’un marché, élément indispensable d’un environnement qui favorise la création. Mais les biens culturels ne sont vivants que s’ils sont partagés par une communauté. Les mécanismes économiques qui sont indispensables pour créer un environnement créatif doivent être équilibrés par des mécanismes qui facilitent l’accès aux œuvres créées à des fins éducatives, culturelles ou de progrès scientifique. L’absence totale de régulation dans ce domaine que prônent la majorité des utilisateurs d’Internet est un leurre. D’autant plus que l’on a pu assister à des tentatives d’appropriation marchande des biens culturels de pays en mal de devises de la part des grands conglomérats internationaux. La responsabilité des états sur cette question est indubitable : les nouvelles technologies constituent à la fois une menace et une opportunité de faire connaître les richesses culturelles d’un pays.
Compte tenu des intérêts économiques qui sont en jeu, les moyens d’action de la communauté internationale sur ces questions risquent d’être plutôt limités. Il s’agit peut-être de faire connaître les risques, de proposer des politiques et d’essayer d’appréhender dans le concret de projets pilotes des possibilités de solution.
Information et communication
Ce qui a été dit dans la première partie sur la société de l’information et le capitalisme mondial est résumé dans une formule lapidaire : la fracture numérique (en anglais, digital divide qui remplace de plus en plus ‘information gap’). Le diagnostic et les moyens d’intervenir de l’UNESCO font actuellement l’objet des réflexions du Secteur CII et il n’est pas nécessaire de revenir ici sur cette question, qui est par ailleurs abondamment discutée dans le Rapport mondial sur la communication et l’information 1999-2000. Deux points toutefois méritent d’être soulignés.
En premier lieu, on ne répétera jamais assez que l’accès physique aux TIC n’est pas la question essentielle. On sait que les coûts des technologies baissent très rapidement, les rendant ainsi accessibles à un nombre toujours croissant d’utilisateurs. Les obstacles réels sont d’un autre ordre : éducatifs, culturels ou sociaux. Pour utiliser de manière profitable les nouvelles technologies, il faut une double alphabétisation : l’alphabétisation ‘générale’, qui permet d’utiliser l’écrit de manière fonctionnelle, et l’alphabétisation ‘numérique’ ou ‘informationnelle’, qui permet de définir l’information que l’on cherche, de la trouver et de l’utiliser. De plus, on semble ignorer que dans les pays développés, les réseaux informatiques et Internet sont venus s’ajouter à une infrastructure complexe comprenant les moyens de transport physique (routes, réseau ferré, réseau aérien), de transports d’énergie (électricité, pétrole) et de transport d’information (téléphone, télex, fax, mais aussi radio et télévision) avec les services et les acteurs économiques qui leur sont associés, depuis les chaînes de télévision jusqu’aux services bancaires. Après tout, fournir de l’équipement est une tâche relativement facile. Contribuer au développement en utilisant des moyens adaptés à tous les aspects du contexte économique et social l’est beaucoup moins.
En second lieu, comme on l’a vu plus haut, les intérêts économiques en jeu sont énormes et les leviers d’action que pourrait utiliser la communauté internationale sont en nombre limité. Ceci ne signifie pas qu’aucune action est possible. En tant qu’organisation intergouvernementale, l’UNESCO peut débattre des questions d’éthique, de sécurité, d’équilibre et de coordination internationale dans le domaine des nouvelles technologies, pour éviter, comme il a été dit récemment, que l’on laisse des renards libres dans un poulailler libre. Il y a à cet égard un exemple très éclairant. Comment se fait-il qu’il y ait des accords internationaux et des mécanismes de régulation nationaux pour la presse, les mass média et les télécommunications de tout ordre alors qu’Internet reste la jungle que l’on connaît ?
Pour terminer sur ce point de la communication, il n’est pas inutile de soulever la question de la démocratie électronique. Certes Internet permet une communication immédiate entre les décideurs et la société civile, mais compte tenu à la fois des difficultés d’utilisation et des irrégularités de répartition évoquées plus haut, peut-on parler de représentativité ? (Vedel, 2000, pp.196-199).
L’homme et les technologies
Pour l’essentiel, il s’agit de garder à l’esprit que les TIC, comme toutes les technologies, ne sont qu’un instrument au service de l’homme, à titre individuel ou collectif. Que ce soit pour l’éducation, la science, la culture ou la communication, le rôle de l’UNESCO ne peut se borner à distribuer des technologies. L’Organisation doit s’assurer qu’elles sont au service de l’homme et du développement des individus et des groupes sociaux. Les technologies doivent être utilisées à des fins établies en fonction d’autres valeurs : l’éducation, le développement scientifique, la créativité, la liberté d’expression et le respect de la dignité humaine. Tout ceci peut sembler bien banal, mais il n’est peut-être pas inutile de rappeler que ces notions forment les bases de l’action de l’UNESCO, telles qu’elles ont été définies dans l’Acte constitutif.
Conclusion : l’avenir de la société de l’information
Même si le début du troisième millénaire les a rendus plutôt populaires, les exercices de futurologie sont toujours périlleux. Si l’on en croit Castells, la société de l’information sera une société où les réseaux financiers seront les vrais détenteurs du pouvoir. La classe privilégiée sera composée essentiellement des producteurs de savoir et des spécialistes du traitement de l’information. Le reste des populations sera à la merci des décideurs du capital organisés en réseaux planétaires. Pourtant, il n’y aura plus de structure rigide du pouvoir car les relations devront être redéfinies continuellement sur des bases spécifiques en fonction des acteurs et des institutions. Or, ces derniers seront définis, toujours selon Castells, en fonction des communautés culturelles et des réseaux d’affinité. Ceci explique l’importance des batailles pour le pouvoir culturel qui ont commencé dans le monde des médias et des réseaux (Castells, 1999, pp. 410-411).
Ce portrait très résumé des tendances de la société de l’information souligne l’importance des domaines de compétence de l’UNESCO : l’éducation, car les producteurs de savoir seront ceux qui contribueront le plus à l’augmentation de la productivité ; la science, car le savoir scientifique est en train de devenir la clé de la compétitivité ; la culture, car la production culturelle devra satisfaire une demande de plus en plus vaste et diversifiée ; et la communication, puisque tous les moyens de communication et les réseaux seront l’outil fondamental des rouages économiques et des échanges culturels et sociaux à l’échelle planétaire.
Toutefois, les analyses qui ont été présentées dans la première partie de cette présentation laissent peu de doutes sur l’avenir immédiat. Les forces du capitalisme libéral feront que l’avance des pays développés dans la société de l’information ne fera que s’accentuer. Les moyens à la disposition de l’UNESCO pour agir dans un tel contexte ne sont pas à une échelle comparable. Pourtant, l’histoire a montré que la parole peut se révéler un instrument plus puissant que bien des pouvoirs établis. C’est peut être surtout par ce biais que l’UNESCO pourra faire oeuvre utile. Dans un monde où les puissances technologiques et financières se sont emparées des rênes du pouvoir, il revient peut être à notre Organisation de continuer à proclamer indéfectiblement son message humaniste.
Ouvrages cités
Bairoch, P. - 1997 - Victoires et déboires. Histoire économique et sociale du monde du XVIème siècle à nos jours. Paris, Gallimard.
Bell, D. - 1973 - Vers la société post-industrielle. Paris, Laffont.
Bomsel, O. et Le Blanc, G. - 2000 - L’économie numérique, une nouvelle économie ? La Recherche, février 2000, pp.82-87.
Castells, M. - 1998 - La société en réseaux. L’ére de l’information, I. Paris, Fayard.
Id. - 1999 - Fin de millénaire. L’ère de l’information, III. Paris, Fayard.
Chorafas, D.N. 1970 - The knowledge revolution - New York, McGraw-Hill
De Senarclens, P. 1998 - Mondialisation, souveraineté et théories des relations
internationales. Paris, Armand Colin
Licoppe, C. - 2000 - Commerce électronique, mythes et réalités. La Recherche, pp.88-89.
PNUD - 1998 - Rapport mondial sur le développement humain. New York, Economica.
UNESCO - 1997 - Rapport mondial sur l’information 1997/1999, Paris, UNESCO.
UNESCO - 1999 - Rapport mondial sur la communication et l’information 1999/2000. Paris, UNESCO.
UNESCO - 1998 a. - Rapport mondial sur la culture 1998. Paris, UNESCO.
UNESCO - 1998 b. - Rapport mondial sur la science 1998. Paris, UNESCO/Elsevier.
Vedel, T. - 2000 - Internet. Vers une démocratie électronique. Universalia 2000, pp.196-199.
World Bank - 1999 - World development report 1999. Knowledge for development. Washington, the World Bank.
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 Yves Courrier est spécialiste de programme dans le Secteur de la Communication, l’information de l’informatique de l’UNESCO |
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