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Le Bogue de l'An 2000. Enjeux et perspectives
par Momar Aly Ndiaye

Le Bogue de l’An 2000 est un problème qui crée une situation d’incertitudes aux conséquences souvent imprévisibles au sein de chaque nation et à l’échelle de toute la planète du fait du contexte de mondialisation accrue. Il nous met face à nos responsabilités dans le cadre d’un conflit inédit où les rôles et responsabilités de l’Etat doivent être perçus et analysés dans une dynamique de partenariat à risque partagé avec tous les partenaires que sont les fournisseurs de matériel, les responsables de l’administration et du secteur privé, impliqués à la conduite et la bonne marche du service public ainsi que le secteur informel qui occupe une bonne part de marché dans la vente et la distribution des biens et services; mais surtout les consommateurs qui ignorent même que beaucoup de leurs appareils électroménagers sont susceptibles d’être impactés. De ce point de vue, nous assistons à un problème éminemment économique qu’il faut cesser de caractériser dans ses seules manifestations informatiques.

Mais à toute chose malheur est bon et ses effets bénéfiques pourraient devenir pour un pays comme le Sénégal une occasion rêvée pour, d’une part, moderniser nos systèmes de gestion et d’autre part, valoriser notre industrie des services qui a pour cela besoin de la complicité agissante de l’Etat. Il nous appartient dés lors, à l’instar de tous les autres Etats soucieux de sa bonne prise en charge, de rompre avec les anciennes méthodes de travail et d’action, non pas puisqu’elles n’étaient pas bonnes, mais simplement parce qu’elles ne sont plus appropriées. La nouveauté et la complexité du problème sont telles que chaque Etat doit concevoir ses stratégies et initier les synergies qui s’imposent pour une bonne prise en charge de son dossier An 2000.

Dans ce cadre, je voudrais rassurer les uns et les autres que c’est par des efforts concertés et soutenus, et en ouverture à ce qui se fait de mieux dans le monde que notre pays s’est doté de mécanismes institutionnels appropriés pour transformer les défis de l’An 2000 en une véritable ère riche en possibilités. Bien évidemment, à la condition que certains pesanteurs que j’évoquerai ne viennent briser cet élan qui est notre seule chance pour, d’une part minimiser les conséquences néfastes du bogue, et d’autre part, permettre à l’Etat et à toutes les organisations de manière générale, de distribuer des services de meilleure qualité aux citoyens, tout en soutenant l’entreprenariat privé et aider par dévers nos promoteurs privés à compétir dans ce vaste marché occasionné par le Bogue. Nos atouts dans ces enjeux sont d’abord nos avantages comparatifs.

Le Sénégal est en effet crédité par l’UNESCO, en terme de nombre d’ingénieurs et de techniciens supérieurs par million d’habitants, respectivement de 342 et 467, loin derrière l’Afrique du Sud et l’Ile Maurice qui sont des pays de références en matière de services à valeur ajoutée. Le paysage informatique est doté d’un réseau dense de distributeurs et de nombreuses sociétés de services et d’ingénierie ainsi que de multiples associations professionnelles. En 1995, le ratio du nombre d’ordinateurs pour mille habitants s’établissait, selon une étude de la Banque Mondiale, à 7,2, soit légèrement avant la Tunisie et devançant largement le Maroc et le Nigeria .

Nous disposons également d’un réseau de télécommunications performant offrant tous les services nouveaux imaginables, nos experts dans ce domaine sont également une référence dans le monde. Dans le domaine tout nouveau des technologies de l’information et de la communication, les forums les plus prisés font appel à l’expertise sénégalaise.

Dans le domaine des téléservices, on assiste à l’émergence de nouveaux pôles de compétence qu’il va falloir organiser et encadrer. L’Etat s’y est pris en imaginant des mécanismes incitatives spécifiques qui s’appuieront sur deux études de marché en cours au plan national et sur l’échelle Européenne, en rapport avec l’école supérieure de commerce de Paris.

Toujours dans ce cadre, l’Etat pourrait, à l’image de certains pays comme la Tunisie, organiser une nouvelle forme de partenariat avec des sociétés de service locales pour moderniser des applications publiques comme la douane pour les commercialiser auprès de pays ayant un régime réglementaire similaire et qui sont soucieux de profiter de l’An 2000 pour moderniser leurs systèmes de gestion. Il n’est pas tard d’entreprendre ces types d’activités car les chantiers de l’An 2000 seront encore ouverts jusqu’en 2003 au moins.

Dans ces enjeux, le passage à l’An 2000 est un événement exceptionnel qui requiert une vision et une approche nouvelles qui ne sont pas malheureusement souvent supportées par certaines procédures en vigueur. Je ne peux pas manquer d’évoquer les procédures de passation des marchés pour citer par exemple la difficulté de juger l’adjudication d’un marché An 2000 suivant la réglementation en vigueur si l’on sait que quelque soit la compétence et l’expertise des sociétés soumissionnaires, 60% des clés du succès reposent sur la connaissance des programmes en vigueur détenue par les informaticiens de l’Etat. Ces derniers sont à leur tour sollicités et courtisés journalièrement par les sociétés soumissionnaires, toujours prêtes à leur payer 5 fois leur salaire. Il s’y ajoute d’autres tentations venant cette fois de l’extérieur, je veux faire référence à certains pays de l’OCDE qui ne réclament plus aux informaticiens des visas, d’entrée tout en leur proposant des rémunérations défiant toute concurrence.

Je voudrais enfin souhaiter qu’une réflexion profonde soit menée sur les problèmes juridiques liés à l’An 2000 qui nul doute susciteront de nombreux contentieux.

 

  Momar Aly Ndiaye est Délégué à l'informatique du Sénégal

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